Tranches de cahouette

Il regarde par la fenêtre. De plus en plus souvent. Il s’installe contre elle, debout, dans le salon ou la cuisine, là où elles sont portes donc où les vitres descendent bas. Et il regarde. Souvent, il commente. Avec ses séries de syllabes sur différentes tonalités. Parfois, il se retourne, me cherche du regard, me trouve puis me sourit. Et s’en retourne à sa fenêtre.

Il se déplace debout. Il longe les meubles, les murs, pousse les portes… jusqu’à ce qu’il n’ait plus d’appui. Là, il hésite, évalue la distance vers le support suivant. Certaines fois, il plie doucement les genoux, reprend temporairement le quatre pas, puis enchaine. D’autres, il se lance, fait un pas, se déséquilibre et se rattrape. Et quand il veut aller vite, on entend son galop à quatre membres sur les sols de l’appartement, à toute vitesse.

Il jette, dérange, démonte, détruit. Son chaos personnel. Mais il sait aussi, minutieusement, changer les stations de radio en faisant tourner la molette avec son index, allumer la lampe portable, lancer les chansons du livre musical.

Il a compris qu’être trop petit pour attraper les choses en hauteur n’est pas insoluble. Il commence à transporter, ainsi, certains jouets, certaines boites, d’une pièce à l’autre pour atteindre d’autres hauteurs.

Il sait descendre les marches. Il se tourne et glisse en marche arrière d’un degré à l’autre. Je me demande bien où il a appris ça, on vit dans un quotidien sans marche.

Il a inventé le Peanuts Ball. Il ne nous manque qu’un tigre pour jouet avec nous.

Il devient un petit peu câlin. C’est fugitif mais on progresse.

Il rit mais qu’est-ce qu’il rit.

Et tout va mieux, quand il rit.