Mondanités

Pourquoi je vous parle autant de Peanuts et aussi peu de moi, depuis un bout de temps ?

Parce que vous parler de Peanuts, c’est aussi vous parler de moi, en creux. Parce qu’il est ce petit bonhomme, sorti de moi-même, qu’il est cette petite personne mais qu’il est aussi mon univers. Parce que je ne vis pas pour lui mais ne pourrais pas vivre sans lui. Parce qu’il prend l’espace, le temps et l’énergie aussi. Parce que les choses évoluent mais en dehors de Peanuts, il y a moins.

Parce que je ne peux pas vous parler des pièces de théâtre que j’ai vu, je n’y vais plus. Des films, non plus. Des livres, je n’en lis que pour le travail et une fois que je les ai indexés, résumés, promus auprès des élèves, je n’ai plus l’envie de le faire ici. Parce que je n’ai plus d’anecdotes tirées de mes cours d’occitan, je n’y vais plus. Parce qu’on sort beaucoup, tout le temps, mais pour des promenades, des extérieurs, sur lesquels je n’ai pas forcément long à vous dire. Parce que je n’ai plus de « performance » sportive à échanger. Parce que je ne produis plus guère de mes mains, si ce ne sont quelques pâtisseries de base.

Parce que je ne veux pas m’épancher trop sur certaines choses car si je tire le bilan de cette année, non pas de 2015 mais de la première année de vie de mon fils, et que j’ôte tout ce qui le concerne lui pour me concentrer sur l’uniquement moi, ce n’est pas folichon. Et que je sais ce que vous allez me dire et me conseiller, parce que je l’entends déjà et parce que vous m’aimez, pour beaucoup d’entre vous, et que vous voulez que j’aille franchement bien. J’ai les clés, peut-être pas toutes mais quelques unes. J’ai aussi mes résistances.

Parce qu’il y a tout ce que j’ai toujours tu en ligne, même si on s’en rend peu compte, ce(ux) sur qu(o)i je n’écris jamais. Et c’est très bien comme ça.

Parce qu’il y a ce que je ne peux pas vous dire. A propos de mon travail. La partie qu’il m’est interdit, par mon devoir de réserve, de partager avec vous. Et la partie qui flirte avec les limites de ce devoir avec laquelle je ne peux pas me permettre de prendre de risque, vraiment pas. Je peux vous dire que ça ne concerne pas directement le CDI, mon poste, mon rôle mais que ça les impacte. Je peux vous dire que ça concerne mon établissement, mes élèves, mes collègues, ma communauté éducative donc que ça me touche. Je peux vous dire que ça influence toutes mes tâches au quotidien et que ça contamine ma manière d’enseigner, mes rapports aux élèves. Je peux vous dire que ça mine mon enthousiasme pour ce métier, que ça le ronge. Et que ça, ça me rend triste assez loin à l’intérieur de moi. Mais que vous ne pouvez strictement rien y faire. A part me lire. Mais je ne peux pas vous l’écrire.

Alors je pense que je vais pas mal continuer à vous parler de Peanuts. Puis peut-être que je vous parlerai un peu de moi. On verra bien ce qui veut bien se présenter sous mes doigts. Parce que vous savez, si je ne vais pas toujours bien, je ne vais tout de même pas si mal.