Faire le point

Il y a deux mois, je listais mes envies pour 2019. En ouverture de mars, je voulais faire le point sur ce qui concerne les lectures et les envies « écolos ».

Côté lecture, quand j’ai été arrêtée, j’ai pensé « génial, je vais avoir plein de temps pour lire ». En effet, j’ai du temps. Mais je n’y arrive pas. Je me l’explique mal. J’ai des difficultés à me mettre à lire, je n’en ai pas forcément envie. Une fois que j’y suis, je me sens bien. Mais si je suis chez moi, rapidement, je m’endors… Du coup, j’ai peu lu depuis janvier. Mais j’ai lu essentiellement des choses qui m’ont beaucoup plu !

Mon objectif est de lire 60 livres dans l’année dont 30 qui ne soient pas de la littérature jeunesse, et dont 19 qui soient de ma PAL actuelle. Et d’essayer de lire plus d’autrices, j’ai l’impression de ne lire que des hommes.

  1. MURAIL, Marie-Aude. Papa et Maman sont dans un bateau. L’Ecole des loisirs, « Médium », 2009. 294 p. #CDI (1er janvier)
  2. HEURTIER, Annelise. Envole-moi. Casterman, 2017. 261 p. #CDI (2 janvier)
  3. OLAFSDOTTIR, Audur Ava. L’embellie. Editions Zulma, 2012. 336 p. #Kube (3 janvier – 9 janvier ?)
  4. HUNTER, Erin. La Guerre des clans, Cycle I, livre 1. Retour à l’état sauvage. Pocket Jeunesse, « PKJ », 2007. 305 p. #PrêtElève (9 janvier ? – 15 janvier)
  5. TROPPER, Jonathan. Le Livre de Joe. 10/18, 2006. 411 p. #PAL #Eleusie_ (16 janvier – 28 janvier)
  6. VIDAL, Séverine. CAUSSE, Manu. Nos Coeurs tordus. Bayard jeunesse, 2017. 223 p. #CDI (28 janvier – 29 janvier)
  7. CENDRES, Axl. Dysfonctionnelle. Sarbacane, « X' », 2015. 305 p. #CDI (30 janvier – ?)
  8. ERNAUX, Annie. Mémoire d’une fille. Gallimard, « Folio », 2016. 164 p. #Kube (? Février)
  9. MARI, Silvana de. Le Dernier elfe. Albin Michel, 2005. 287 p. (sur la liseuse) #DameAmbre (? – 27 février)

Soit : 9 livres, reste 51 ; 4 livres qui ne sont pas de littérature jeunesse, reste 26 ; 1 seulement de la PAL, reste 18 ; 8 autrices pour 2 auteurs (!) (Oui, ça fait 10 auteurs pour 9 livres mais le 6 et coécrit. Et j’ai découvert qu’Axl Cendres est une femme)

Côté « écolos », j’ai listé les actions suivantes. Certaines sont à mener dans leur totalité, d’autres sont en cours, et d’autres en attente.

Les goûters : je prépare les goûters de Peanuts en bonne partie et ceux que j’achète ne sont pas emballés individuellement. Par contre, il mange des compotes en gourde tous les jours, boit de régulièrement des jus de fruit en briques individuelles accompagnées de leurs petites pailles et certains de mes goûters sont transportés dans des caissettes jetables (muffins…) ou du papier d’aluminium (parts de gâteau…), en particulier quand il les emmène à l’école.

Donc :

Pratique 1 > Supprimer les déchets « gouters ».

  • Passer aux gourdes lavables, faire la compote maison quand je peux et acheter de la compote en grands bocaux en verre. Etat : On ne s’en est pas encore occupé, il faut que j’achète les gourdes lavables
  • Passer au jus de fruit en brique d’au moins 1L (plus grand si je trouve) et aux pailles lavables Etat : Fait. On n’achète plus de briquettes. On n’a pas de pailles lavables mais Peanuts s’est habitué à boire sans donc je ne sais pas si je vais en acheter. D’autant que faute de briquette à paille, il demande moins souvent du jus de fruits !
  • Changer mes moules à muffins pour pouvoir me passer des caissettes, trouver des solutions pour que les parts de gâteaux et de cake ne finissent pas en miettes dans la boite à goûter : Fait !

Les bouteilles d’eau. En général, on boit l’eau du robinet mais on utilise des bouteilles en plastique pour transporter l’eau. Bouteilles qui s’abîment, qui s’accumulent, qu’on perd… Bref.

Pratique 2 > Supprimer les bouteilles en plastique et investir dans des gourdes. Je ne m’en suis pas encore occupé car j’ai besoin, joyeuseté de la grossesse, de boire de l’eau d’Hépar quotidiennement et en grande quantité. Par contre, l’école reprend plein de bouteilles en ce moment, c’est toujours ça qui ne finit pas à la poubelle.

Le ménage : on utilise depuis longtemps peu de produits d’entretien différents et tous sont écolabélisés. On a un bidon de lessive qu’on remplit avec des recharges qui utilisent moins de plastique, les tablettes pour lave vaisselle ne sont pas sur-emballées et le paquet est en carton… Celuiquej’aime utilise des lingettes pour quelques endroits très précis. Il est d’accord pour limiter mais pas supprimer… Je vais en reparler avec lui mais je ne peux pas décider pour lui. Puis bon, il fait le ménage, hein. Par contre, on a encore une marge de manoeuvre.

Pratique 3 > Réduire les déchets liés au ménage.

  • Passer aux éponges lavables : En cours. J’en ai une, qui est devenue mon éponge à vaisselle et j’ai retrouvé des chiffons qui ont remplacé en partie les éponges pour le ménage. Il faut que je nous équipe d’autres éponges lavables, ce que j’ai prévu de demander à une amie qui les coud
  • Limiter l’utilisation de l’essuie-tout. On y arrive. On a ressorti beaucoup de torchon et de serviette et j’ai trouvé chez carrefour un essuie-tout qui fait de petites feuilles qui suffisent très souvent là où on en aurait utilisé une grande. Je n’ai pas de « chiffres » précis mais le dernier paquet de 3 rouleaux que j’ai acheté dure depuis un bon moment déjà. On peut encore progresser mais c’est pas mal.

Pratique 4 > Réduire les déchets de la salle de bain. On a beaucoup réduit notre consommation de cosmétiques mais nos essaies en cosmétiques solides ne nous ont pas vraiment convaincus pour ceux qu’on a gardé. Mais…

  • Passer aux lingettes lavables à la place du jetable : Fait ! J’ai retrouvé des lingettes que j’utilisais pour débarbouiller Peanuts et nettoyer ses mains. J’en ai gardé quelques unes pour moi. Les autres serviront pour Popcorn.
  • Tester les brosses à dent en bambou avec têtes interchangeables : Pas encore fait.

Le papier. Cette année encore, j’ai emballé tous mes cadeaux de papier acheté pour l’occasion. Qui n’était pas recyclé et qui est parti avec les autres déchets… On jette aussi beaucoup de papiers d’une manière générale.

Pratique 5 : Limiter les utilisations du papier.

  • Passer aux paquets cadeaux en tissu et à la réutilisation de papiers : En cours. J’ai récupéré des tissus mais ce ne sera pas suffisant.
  • Remettre un « stop pub » sur la boite à lettres : Fait ! (Bon, c’est pas forcément respecté mais ça limite)
  • Essayer de stopper au maximum tout ce qu’on reçoit sur papier et qu’on ne demande pas et ne lisons pas… En cours, mais ce n’est pas facile parce que c’est le plus souvent publicitaire…

La voiture : On a deux voitures et on s’en sert quasi quotidiennement alors qu’on travaille dans la ville où on habite. On avait réduit nos trajets mais entre ma grossesse et d’autres aléas, on est revenus en arrière.

Pratique 6 : Circuler plus propre.

  • On va revendre les deux voitures et n’en reprendre qu’une seule (qui, de plus, est récente et raisonnable dans sa consommation). En cours, la nouvelle voiture est commandée. 
  • Je vais remettre sérieusement au vélotaf et s’équiper en conséquence. On verra ça quand je travaillerais, que j’aurais accouché et que j’aurais fini de rééduquer ce qu’il y aura à rééduquer.

Le stockage en ligne : Je stocke beaucoup de données en ligne qui utilisent de la place et font fonctionner des serveurs. Une partie y est faute de temps consacré au tri et à la suppression.

Pratique 7 : Trier et supprimer au maximum les données que je stocke partout et régler mes applications de téléphone pour qu’elles ne tournent pas toute la nuit. Les mis à niveau et notifications peuvent bien attendre le matin. En cours : Je dois poursuivre le tri.

Je suis arrêtée à 7 sur 12 pour le moment parce que je n’ai pas encore trouvé quelles autres pratiques on pourrait adopter ou modifier. Je prends vos idées si vous en avez !

Voilà pour ce début mars. C’est pas si mal, l’année ne fait que commencer.

 

 

Installations

De tout petits vêtements ont séché chez nous tout le week-end, tantôt au soleil, tantôt à l’intérieur. Ce matin, trois si petits pyjamas attendent sur les barreaux du lit de bébé, achevant de se déshumidifier cette nuit. Parmi eux, celui que porte Peanuts sur son faire-part de naissance. Deux jours – huit, même – que se mêlent ainsi les préparatifs de l’arrivée du bébé-qui-vient et les souvenirs de ce bébé-qui-est-venu, maintenant si grand. Ce pull, ces rayures, cette couverture, ce nid d’ange.

Les tailles sont absurdes. Comment un être humain tout entier peut-il, d’aussi peu de tissu, s’habiller des orteils au menton ? Je n’y crois pas, ma mémoire, les photos, les étiquettes, toutes mentent. A l’inverse, à quoi rime ce lit immense ? Quand on l’a descendu, je suis certaine qu’il était plus court de 30 bons centimètres. Il a forcément poussé, à la cave, comme une plante. Après tout, il a été arbre dans une de ses vies. Ou alors a-t-il trouvé les biscuits, suivi l’injonction, « Eat me », croc, paf, huit barreaux supplémentaires. Allez savoir ce qu’il se trame dans les sous-sol aux heures grises.

Bébé s’installe. Enfin. Cela vient d’un coup, moi j’attendais, je piaffais. La chambre, les placards, la voiture. Mon ventre s’élance encore vers l’avant, les mouvements qu’il abrite ondulent à sa surface, se glissent dans la main qui vient les chercher. Bébé s’installe.

Bébé ne se prénomme pas encore. Ou l’a-t-il fait mais son père n’a pas encore entendu. La nuit, quand je rêve de lui, il s’appelle. Bébé se prénomme peut-être, en fait.

Bébé occupe, m’occupe, s’affiche. Bébé patiente, se peaufine, s’entraine. Bébé est là, n’est pas encore là, mais il est là.

 

 

Fauchée

Ça s’est compliqué. L’Hiver.

Il y avait de la fatigue, trop, qui tombait, paf, écrasante, comme des attaques. C’était impossible de toute mener de front alors je ne l’ai pas fait : arrêt de travail. Quinze jours mais je savais que ce serait prolongé. L’année scolaire continuera sans moi, allez-y, les gars, je vais vous ralentir.

Je le prenais plutôt bien. Je me disais que j’irai marcher tous les matins, que j’essaierai de faire de la pâte à gyozas, que la panière ne dégueulerait plus de linge, que ma pile à lire mincirait, que mon abonnement Netflix serait sur-rentabilisé.

Puis. Virus, microbes, bactéries, fièvre, toux, lit, KO.

Allez, l’affaire de 5 jours, 7, 10 au pire. C’est ce que confirme le médecin.

Sauf que non, ça ne passe pas. La toux, en particulier, est installée, à toute heure, le jour, la nuit, surtout la nuit. Je les traverse quasi assise, tantôt dans mon lit, tantôt au salon. Certaines heures, je les vois dix, douze fois affichées en digital. D’autres disparaissent tout de même. La fatigue devient lancinante, le corps ralentit, les courbatures, la fièvre, la tension, je suis à plat. Le moral aussi. Je culpabilise de n’être là pour personne, mon fils né, mon fils pas encore né, moi. Les jours alternent. La toux reste. Deuxième visite chez le médecin. Sirop, 5 jours, ça va aller. Ça ne va pas. Troisième visite. 17 jours, docteur, 17 jours que je tousse. Côté gauche, mes côtes ont démissionné. J’ai mal, surtout quand je tousse. « Et quand vous ne toussez pas ? – Je ne sais pas, je tousse tout le temps » On s’est sourit. « Ça dépend les gestes. Si je ne soulève rien, ne me penche pas, ne me tourne pas de ce côté, ça peut aller ». Elle pense à une déchirure. Le muscle, crac, surmenage. Elle écoute à nouveau mes poumons. Ce coup-là, antibiotiques (moi qui croyais qu’on ne pouvait rien prendre enceinte, je découvre qu’on nous ment. Encore.) Depuis hier, donc. 5 jours, ça va aller. Je doute un peu, quand même, je commence à être échaudée. J’attends voir. Si tout le monde s’accorde sur une chose c’est à me répéter que je dois être patiente. Tout le monde a raison, sur ce coup-là.

Ça s’est compliqué. Et je suis fatiguée, si fatiguée par moments. Mais bon, 5 jours, ça va aller.

A point nommé.

L’hiver est doux.

Il est installé : neige dans les montagnes, arbres en deuil, joues piquetées, kleenex, baumes à lèvres au fond des poches, soupes dans les marmites.

Mais.

Le linge sèche au soleil.

Les radiateurs ronronnent en sourdine.

Les doigts sortent nus. Les orteils aussi, du lit.

Cet hiver ne mord ni ne plante, n’engouffre ni ne sombre, n’attaque ni ne cingle. Il s’étale, se déballe, se tartine, finesse, grâce, diplomatie.

Je remonte la frise, épingle les souvenirs. On est en juillet, on est en août, on est été. Bas sont les ciels, étriquées les températures, rabougrie la saison. Sous mon nombril, un bébé danse. En juin mon corps s’éteignait dans la chaleur, la tension s’affaisse, je m’affale, on s’affole. Un frais été m’est doux, un doux m’eut effrayée, je savoure cette météo.

Ellipse contournée, je goutte à nouveau de n’être rudoyée, alors que danse un autre tout pareil. Que la lumière ne manque, que l’humidité se rationne, qu’il fasse bon sortir.

Et c’est un peu comme si les cieux, les petits peuples ou les petits dieux, l’ordre des choses, je ne sais, comme si on me glissait que tout cela, ces bébés, moi, nous, tout arrivait, les bons moments, à point nommé.

Envies de

On n’est pas encore tout à fait en janvier mais je voulais me lancer dans ma liste d’envies pour la nouvelle année.

Si personne ne peut prédire précisément de quoi 2019 sera faite, ici, on sait déjà que beaucoup de choses vont changer au printemps.

J’ai beaucoup de mal à projeter. Pas que je manque de souvenirs concernant la naissance de Peanuts mais parce que dans tous ces souvenirs, il est seul enfant à bord et que peu de choses restent transposables tels quels pour Popcorn. Je m’apprête donc à me lancer dans la nouvelle année avec une grosse part de « On verra bien ! » (qui, quelque part, est un mantra qui fait ses preuves depuis que nous sommes parents).

Et cela ne m’empêche pas d’avoir des envies pour la nouvelle année. J’en parlais en janvier 2017, des envies plutôt que des résolutions. Ça m’engage sans risquer de me mettre en échec, c’est plus doux, de moi à moi.

Pour l’année qui vient, j’ai envie, en vrac et sans hiérarchie…

J’ai envie de soigner la lecture. Je ne vise pas d’aligner des quantités importantes, ni même de m’attaquer à un défi – bien que j’ai beaucoup aimé participer à celui de Dame Ambre cette année – qui pourrait donner des limites : je sais qu’avec un nourrisson, elles seront nombreuses. Mais je sais aussi que les chiffres nous aident, la part de mon cerveau légèrement toqué de nombres et moi. Alors voilà ce que j’ambitionne : 60 livres dans l’année, dont 30 qui ne soient pas de la littérature jeunesse et dont la moitié de ma Pile à Lire dans son état actuel (et sur lequel je pourrais être plus précise dès qu’elle ne sera plus cachée par le sapin de Noël).

J’ai envie de retrouver l’écriture. Fiction ou non, je l’ai totalement délaissée depuis plusieurs mois. Certes j’écris des lettres, des compte-rendus, des projets, des bilans, des tweets, des pouets (et encore), mais je parle de l’écriture qui fait le lien direct entre toutes les choses qui font que je suis moi et les mots. Posts de blog, jeux d’écriture, micro défis, idées à venir, à la main ou sur clavier, peu importe : 30 textes, que je publierai… ou pas. L’important, c’est de les créer, quitte à me forcer un peu parce qu’en écriture, ça me réussit souvent.

J’ai envie de progresser dans nos démarches que je regrouperai sous l’étiquette à guillemets « écolos ». En cette fin d’année, je me suis penchée sur le « zéro déchet » de près et je suis en mesure de déclarer… qu’on n’est pas prêts du tout à se lancer dans cette démarche là de manière… comment dire… réellement significative. Pour autant, je pars du principe que tout ce qu’on produirait en moins serait toujours ça de pris. Et cela concerne aussi nos émissions de CO2. Alors sans prétendre sauver la planète à moi toute seule ni même réaliser quelque chose de… voyons… grand, je veux mettre en place 12 pratiques au moins qui me permettront de réduire nos déchets et/ou notre production de CO2, dès cette année et de manière durable.

J’ai envie de faire la paix avec mon épilepsie. Je ne sais pas encore comment m’y prendre. Je comprends juste que cette colère que je ressens contre elle, contre moi, contre la situation, même si elle n’est pas permanente, ne rime à rien et m’use. J’ai envie de trouver comment m’autoriser à ce que les crises surviennent, même quand ce n’est pas le bon moment, même quand ça gâche des choses, et à vivre sans me limiter à cause du risque de crise. J’ai envie de trouver comment ancrer en moi que si je fais une crise au restaurant en amoureux un soir ou au cinéma en famille, au moins, j’aurais essayé d’aller au restaurant en amoureux un soir ou au cinéma en famille. Parce que plus ça va, plus je m’interdis de choses parce qu’il serait possible qu’une crise survienne. Certes, elles se tiennent davantage tranquilles ainsi. Mais est-ce une vie ? Parce que si je réfléchis au pire, et bien au pire je fais une crise. Ça ne sera pas la première fois, c’est un moment long et désagréable – très long et très désagréable quand je suis en plein dedans – mais c’est un moment.

J’ai envie de ne pas me perdre. Je sais qu’à un moment donné, je vais être prise dans un tourbillon. Je sais que je vais retrouver la Fatigue, qu’il va y avoir ces moments où rien ne va, que je vais sans doute pleurer d’être à bout. Je sais que ça va durer, que ça semblera ne jamais devoir s’arrêter. Je sais que je vais être abattue, découragée, sans doute perdue, peut-être en colère. Je sais aussi que je vais être heureuse, que tout cela a du sens, qu’il y a une fin à cette période et qu’il y a du bon, du chouette, du doux à l’intérieur de cette période aussi. Je sais que je vais me mettre de côté, parce que c’est plus facile, parce que une part de moi pense moins compter que les autres. Lizly, pense à venir relire ceci : ne te perds pas, ne t’écarte pas de toi-même, tu comptes. Et rappelle toi que pour prendre soin des autres il faut commencer par prendre soin de toi et que tu es celle sur qui compter pour ça.

J’essaierai d’écrire ici à propos de tout ça. Je sais déjà que l’écoulement du temps sera différent cette année alors je ne m’engage pas à cela. Disons que c’est un souhait.

Et maintenant, 2019, il n’y a plus qu’à !

Et vous, quelles sont vos envies ?

 

All I want for Christmas

Noël, ça fait des années que j’en parle sur mes blogs successifs, parce que ça fait des années que c’est compliqué. Il y a la famille, il y a la belle-famille, il y avait celleux qu’il n’y a plus, il y a ce que j’aimerais faire, ce qu’on peut faire, ce qu’on ne peut pas faire, ce que les autres veulent faire, ce que les autres ne veulent pas faire, il y a les histoires individuelles, les histoires familiales, l’histoire de l’enfance de Peanuts qui se construit…

Voilà un moment que je me suis lancée dans la reconquête de Noël. Il fallait reconstruire et comme souvent pour cela, il fallait d’abord déconstruire. Il fallait trouver des pistes, les suivre, revenir sur mes pas. Il fallait composer, deviner, lâcher prise, créer des liens et des connexions.

Et c’est maintenant que le Noël de cette année est terminé que je me rends compte que ça y est, j’ai réussi.

C’est passé par les ami.e.s.

C’est passé par les rituels.

C’est passé par des priorités personnelles.

Déjà, j’ai commencé à préparer Noël tôt. Fin octobre, car cette année, j’ai préparé un calendrier de l’Avent pour Peanuts. C’est quelque chose que je n’ai jamais eu mais j’aimais bien l’idée et j’ai aimé égrainer décembre avec lui et les petites pochettes cadeaux préparées en douce, d’autant qu’il a vraiment bien joué le jeu. J’ai glané les petites surprises ici et là, ça s’est étalé dans le temps et c’était chouette à construire.

J’ai aussi pris le temps de choisir mes cadeaux, en ligne pour beaucoup, d’être certaines d’être livrées à temps et de pouvoir expédier itou. Je me suis, une nouvelle fois, offert d’offrir, de faire des cadeaux à toutes les personnes à qui j’avais envie d’en faire, même petits. Des amies ont proposé un Secret Santa et c’était bien chouette, cela, aussi.

J’ai emballé des paquets en regardant Love Actually un vendredi après-midi avant de chercher comment cacher toutes ces choses sans que Peanuts ne tombe dessus par hasard.

J’ai chassé les sapins en photo avec une amie tout au long du mois.

On a installé le nôtre, de sapin le soir de l’anniversaire de Peanuts, tous les trois, après qu’il ait eu sa journée à lui. Il a voulu le faire multicolore et on a accroché toutes les décorations qu’on avait. Et c’est le plus beau qu’on ait jamais eu.

On a passé le réveillon entre nous trois-un-peu-quatre et c’était parfait. Le 25, on était chez ma belle-mère. Le 26, dans la famille du côté de mon beau-père.

On a glissé des cadeaux en douce sous le sapin, entendu crier « Il est passé ! Maman, Papa ! Il est passé ! », pris des photos en pyjamas. J’ai été vraiment gâtée par des personnes qui montrent qu’elles me connaissent décidément vraiment bien.

Je comprends, maintenant qu’on en sort, que ce qui est réussi, c’est que Noël ne tourne plus autour de deux dates. C’est devenu une période, une manière d’entrer dans l’hiver, et ça a beaucoup apaisé l’enjeu autour des repas en eux-mêmes.

Reste ma famille avec qui cette année nous nous réunirons le 13 janvier. Je veux bien faire durer un peu l’esprit de Noël, mais là je sais déjà que c’est trop me demander. Mais, bien, tant pis. Je vais continuer de travailler à mes Noël avec ce que je maîtrise et peux décider. Et cette année, et bien, ça a marché !

Mes mots

C’est compliqué, les mots et moi, en ce moment. Les mots lus, un peu. Les mots écrits, surtout.

J’ai des difficultés à ressentir et transcrire, à traduire en lettres, en phrases. Les mots me fuient, les mots m’échappent, les mots s’agitent par delà moi. Je ne sais pas, je n’y arrive pas.

Peut-être est-ce parce qu’il est question de nommer. Je coince sur ce prénom. Pas qu’on n’arrive pas à s’accorder, non, même déjà moi, je ne trouve pas ceux, celui au moins, qui me ferai.en.t dire « oui ! » Et c’est un peu comme si tous les mots restaient en attente de celui-là.

Alors je tourne et je tâtonne, j’use d’artifices quand il faut forcer les choses, dictionnaire des synonymes pour remplir mes bulletins, « champ lexical » demandé à qwant pour mes résumés professionnels, motbis poussé dans ses retranchements, et puis j’attends. Je cherche. Dictionnaires couleurs layettes, sites internet roses et bleus malaisants, traquer le tilt à coup de critères et restrictions et de recherches.

Peut-être, mmmh, non, ah ?, euh, plait-il ?

Et alors que ce prénom m’échappe, sous mon nombril, les mouvements se sentent plus amples et francs, ici puis là. Non, on ne tient pas le prénom mais en ligne, déjà, je l’ai nommé et ici, il s’appellera Popcorn.

pix by jill111 via Pixabay

Bref. J’ai fait le ménage

Mercredi, 13h44. En vrac, j’ai.

Pris une douche.

Mis de l’ordre dans l’appartement.

Fais un masque à l’argile rose.

Habillé Peanuts, en trois fois.

Habillé mon corps personnel. En une seule fois.

Pris un petit déjeuner.

Lancé le DVD d’Azur et Asmar.

Lancé le disque de La Baleine bleue de Steve Warring.

Peins un cheval et des visages. Gardé le cheval, jeté les visages. Dessiné deux personnages au crayon gris. Géré une séance peinture avec un Peanuts très enthousiaste qui a peint une route avec deux voitures et un perroquet, une feuille tout en orange, une feuille en orange et en blanc, un « truc, c’est joli maman ? » et un peu la nappe mais c’est pas grave, elle est faite pour ça.

Eu des tas de conversation avec Peanuts. Pas forcément longue mais intéressantes.

Préparé un repas qui a eu un succès certains auprès de mon fils alors que ce n’était même pas des pâtes ni des saucisses.

Lu a Peanuts 5 livres, non 4, euh, attendez… Le Petit Prince en BD (une hérésie pour laquelle il a eu un coup de cœur sur une étagère de la bibliothèqueObelix et compagnie, l’histoire du loup qui se déguise en grand-mère pour manger le petit chaperon rouge mais ça ne se passe pas comme prévu… Ah ben non, 3, en fait.

Nettoyé la bouilloire et la carafe au vinaigre ménager.

Répété « Sur le canapé, on est assis ou couché. Pour être debout, tu peux en descendre », « Sur le lit, on est assis ou couché. Pour sauter, tu peux en descendre », « Je n’ai pas compris, tu peux enlever la tétine et me répéter ce que tu as dis ? », « Je ne sais pas. Viens, on va chercher » et « Qu’est-ce que je t’ai demandé ? » un bon nombre de fois.

Et aussi, j’ai fais le ménage de toutes les pièces de l’appartement.

Ça, c’est une histoire, ni drôle ni même originale. Elle commence au sein d’un couple dans lequel les tâches ménagères sont réparties plutôt équitablement. Pas forcément tout le temps mais l’un dans l’autre, en lissant sur l’année, ça tournait bien. Un couple, mon couple.

Il y a toujours cette tendance, tout de même, cette tentation. Bien que travaillant à plein temps, mon statue d’enseignante ma toujours assurée les mercredis de libre et ainsi que les vacances scolaires. C’est bien facile d’attendre à ce que celui des deux qui est plus souvent à la maison en fasse un peu plus. Surtout quand celui des deux, c’est celle, n’est-ce pas ? Alors pas tant sur le mercredi, sans doute, mais en période de vacances, bien certainement. Mais ça restait ponctuel, passager. Et il est difficile de réclamer à la personne qu’on aime d’assurer sa moitié de tâche alors qu’on a soi-même passé les deux journées précédentes à avaler une saison entière de série en DVD, sachez le.

Puis je suis tombée enceinte. Une grossesse plutôt cool qui ne m’a pas interdit grand chose, dans mes activités. Moins de 24h avant la naissance (surprise car très en avance sur la calendrier prévisionnel) de Peanuts, je remplissais, par exemple, le frigo pour, pensais-je, une bonne semaine. (Pour l’anecdote, cela a sauvé les meubles car quand je suis rentrée de la maternité 6 jours plus tard, on a mangé sur ces courses là pendant quelques jours. Ça n’a pas vidé les panières à linge, par contre.) Autant dire que le partage des tâches s’est plutôt bien maintenu jusque là.

Puis. Et bien, vous savez. Le congés maternité, qui fait que la femme est chez elle, pendant que l’homme travaille. D’autant que le mien, d’homme, il venait de changer de poste donc il en avait beaucoup, du travail, et tout ce qui va avec de préoccupation, stress et tout le toutim. Passé le chaos des premiers jours, la désorganisation totale des premières semaines, on a commencé à trouver un rythme.

Alors j’en entends qui pense « Oui, mais bon, son mec, il se levait, la nuit, pour donner des biberons », « Oui mais quand elle allait voir son psy, il se rendait disponible pour garder le môme », « Oui mais il faisait des choses, quand même ». Oui, il faisait ça. Parce que mon mec à moi n’est pas un connard misogyne et qu’en plus, il a compris qu’il est le père de notre enfant, que j’en suis la mère et que ça signifie qu’on est tous les deux ses parents. Il n’empêche que s’est installé un rythme et une organisation dans laquelle la répartition des tâches n’étaient plus équitable. D’autant que les tâches, elles ont augmenté. Non, je ne parle pas seulement de la quantité de linge, de draps, ou de surface à laver, je parle du nettoyage des biberons et de la chaise haute, de la préparation de repas spécifiques pour un nourrisson, je parle du bain à donner, de la poubelle de couches à vider, de la housse de la table à langer à changer. Je parle des rendez-vous chez le médecin à prendre et à assurer, des vaccins à aller chercher, du serum physiologique à avoir en quantité, des courses de liniment dans cette pharmacie précise qui vend cette marque précise et la bouteille 3€ moins cher qu’ailleurs et qu’au rythme ou elles passent les bouteilles, ça vaut le coût. Je parle du suivi des repas, de la surveillance de la couleur des selles, de la prévision des besoins en couches, de penser à remettre des kleenex et des carrés de coton dans le sac à langer. Je parle des soins à donner, des vêtements à acheter dans la taille du dessus, du dossier de la crèche à rapporter avant la date butoir, du chèque à faire pour le carnet de photos, des livres à rendre à la bibliothèque. Je parle des contraintes horaires, de la flexibilité indispensable et de l’adaptation permanente parce qu’à peine un truc est stable que déjà il change. Je parle d’être parents d’enfant en bas âge.

Et alors là, l’équilibre équitable des tâches, ha ha ha. Et je ne parle même pas de la charge mentale.

On a tout de même réussi à retomber plus ou moins sur nos pieds, l’un dans l’autre, en particulier depuis que Peanuts mange la même chose que nous (en gros, ses 18 mois, et non, je ne veux pas lancer un débat là-dessus).

Sauf que depuis des semaines et même des mois, les tâches qui reviennent à Celuiquej’aime « sur le papier », j’en assure une partie. Et surtout, que le ménage, ça devient toute une histoire. Parce que pendant qu’il le fait, il râle, rouspète, claque les portes, jette des trucs qui n’étaient pas forcément à jeter, qu’il s’agace, n’a pas envie, le fait quand même, le fait comprendre. Et surtout, parce qu’une fois qu’il l’a fait, Celuiquej’aime ne supporte pas qu’on dérange ce qu’il vient de ranger, qu’on salisse ce qu’il vient de laver. Et qu’en fait, ça dure jusqu’au milieu de la semaine. Logique ? Oui. Non. Ça dépend. Parce que, par exemple, quand il range mon bureau, il empile les papiers qui sont dessus. Et que pour les utiliser, j’ai bien besoin de les désempiler. Ce qu’il prend comme une mise en désordre de ce qu’il a rangé. Parce que Peanuts, qu’on vienne de ranger sa chambre, ça lui fait ni chaud ni froid, qu’il veut jouer, ou lire, et que donc il récupère le jouet, ou le livre, qu’on a rangé deux minutes avant. Que, accessoirement, il fait ça toute le temps, même quand je range sa chambre dans la semaine, c’est-à-dire quasi tous les jours. Parce que trois gouttes d’eau sur le sol de la salle de bain en sortant de la douche deviennent « avoir salie toute la salle de bain ». Parce qu’une trace de sauce tomate sur le plan de travail alors que je viens de terminer de préparer un repas pour trois en rentrant d’avoir fait les courses se transforme en « Je vais arrêter de faire le ménage, ça sert à rien ! ». Parce qu’il arrive, à trois ans et demi, qu’on se rate en faisant pipi et qu’il y ait des traces sur la lunette voire le sol des toilettes. Parce qu’en fait, cet appartement, on y vit, quoi.

Et que je ne supporte plus ça.

Dimanche dernier, Celuiquej’aime a boudé une bonne partie de l’après-midi. Partie de l’après-midi que j’avais demandé à consacrer à un salon du livre auquel je voulais aller, ça me tenait à cœur. « Qu’est-ce qu’il y a ? – Rien ». « Pourquoi tu fais la tête ? – Je fais pas la tête. » On y a été, oui, à mon salon du livre. J’ai eu des exemplaires dédicacés, parlé à deux auteur·e·s que j’aime beaucoup. Mais j’en garde un sale goût. « Ne dis pas qu’il n’y a rien, tu boudes ! – Non, je boude pas ». Tout en marchant 20 pas devant nous, en ne disant rien d’autres que les mots indispensables.

J’ai compris ensuite que c’était à cause du ménage, du rangement, de ce qu’il a fait, ce dimanche matin (pendant que je faisais les courses, parce que la veille, on était dans sa famille pour la journée). De ce que Peanuts et moi on a fait ensuite.

J’ai donc décidé de faire le ménage le mercredi, de lui libérer cette matinée par semaine dans laquelle il consacre deux heures à notre appartement, en prenant sur le temps qu’on passe ensemble, Peanuts et moi. Je lui ai proposé, en échange, qu’il établisse les menus de la semaine, parce que ça me pèse, de devoir choisir les repas, varier mais pas trop, équilibrer, rester dans des quantités qui satisfassent son appétit, dans des préparations que Peanuts accepte de manger. Il a dit qu’on verrait. ça ne lui parle pas, cette histoire de menu. N’a pas voulu en reparler. J’ai tout de même fait le ménage aujourd’hui. Même s’il avait été fait dimanche. Je ne lui laisse pas le choix, j’ai besoin que ça change.

Et c’est avec une sensation de libération, que j’ai fait ce ménage. Cette sensation d’acheter la liberté de ne pas surveiller chaque geste, chaque goutte, chaque grain de farine. La liberté de salir mon appartement en y vivant puisque c’est moi qui nettoie.

Alors que ce que j’ai fait ce matin, c’est déchargé mon mec d’une par non négligeable de ses responsabilités et de sa charge mentale sans garantie qu’il en fasse autant pour autre chose que je porte. Et je l’ai fait de moi-même, sans qu’il ne demande ni n’exige rien.

Alors que ce que j’ai fait ce matin, c’est préférer faire à la place de mon homme parce que c’est dur pour lui, comme si ce n’était pas dur pour moi, que c’est une régression dans mon couple et une régression pour les femmes d’une manière générale parce que si une féministe dans mon genre en couple avec un homme dans le sien n’arrive pas à partager équitablement tout cela, qui le peut ?

C’est surprenant, comme sensation, que ma raison sache que j’ai tort tout en n’arrivant pas à me défaire de cette impression de liberté gagnée.

 

Non, rien.

C’est un peu compliqué. D’écrire. De venir raconter. De confier. Déjà parce qu’il y a ces choses que je ne veux pas écrire ici. Puis celles que je ne peux pas trop dire parce que ça ne m’appartient pas ou parce que c’est mon devoir de réserve ou parce que d’autres raisons très valables.

Puis surtout, il y a toutes ces personnes autour de moi qui ne vont pas très bien. Voire par bien. Ou même pas bien du tout. Ce sont leurs job, leurs santés, leurs familles, leurs vies amoureuses, leurs identités, ce sont des mauvaises nouvelles, des nouvelles inquiétantes et des nouvelles tragiques, ce sont des situations compliquées, par forcément passagères. Ce sont des accumulations, des trop-pleins, des nouveautés, des qui durent depuis trop longtemps.

Et ce sont beaucoup de personnes. Des personnes que j’aime et à qui je tiens, sur une échelle allant de vraiment très proches à très bon collègue de travail.

Alors c’est un peu compliqué. D’écrire. De venir raconter. Parce que je mentirais en disant que tout va bien. Parce que ce n’est pas non plus que ça va mal. Ce sont… des petites choses, des agacements, des stress habituels, ce sont des inquiétudes pas si grave, des lassitudes, des usures. C’est aussi la frustration de ne pouvoir vraiment aider toutes ces personnes. C’est aussi cette empathie et que je suis une éponge alors quand celleux que j’aime ne vont pas si bien je ne peux aller qu’au moins un peu mal. Et qu’en même temps je ne suis pas légitime à venir me plaindre.

Donc j’ouvre le navigateur, l’onglet, l’article et je regarde clignoter le curseur puis je finis par tout fermer. Et l’un dans l’autre, et bien ça ira.