Début de vacances

Le contre coup m’a rattrapé et je le réceptionne comme une grosse brique balancée à toutes forces : mal et avec violence. Je suis fatiguée, lasse et à bout de patience. Ce sont 7 semaines de reprises, de cours nez et bouche masqués, de stratégie d’évitement, de Covid, de police du masque, d’élèves n’ayant pas été scolarisés depuis mars…

C’est l’attentat perpétré contre Samuel Paty.

Je n’ai envie que de mon lit. Peut-être mon canapé. J’ai faim de cet appétit est dans ma tête au lieu de mon ventre. Je vis très mal le bruit. Les jouets qui se dérangent au fur et à mesure que je les remets en place. Je me sens vide.

Moins quelque chose

J’ai perdu ce qu’il fallait pour que mon IMC passe tout juste en dessous de la limite du surpoids.

Je suis comme ça, les chiffres, les comptes, ça me parle.

Ainsi, je peux aussi dire que j’ai perdu un tiers de mon objectif raisonnable. (Parce que j’ai un objectif raisonnable et une envie déraisonnable. Je pourrais peut-être atteindre le poids de cette envie mais y rester me paraît utopiste. Alors je compte à partir du raisonnable.)

J’ai déjà perdu du poids, plusieurs fois, dans ma vie. Mais c’est la première fois que ça se passe ainsi. Aussi peu de frustration alimentaire. Aussi peu de pulsion. De sensation de me priver. Autant de naturel et d’évidence.

Je ne me l’explique pas bien.

Je profite, surtout.

J’ai fait des photos. De moi. Dans ma tenue de yoga. Confortable, oui, très. Absolument pas flatteuse, discrète sur rien. Je n’aime pas ce que je vois. Je regardais mes jambes en particulier et je crois qu’elle ne me plairont jamais. Tant pis pour les jambes. Je garde les clichés, pour me rappeler. Pour comparer, aussi, c’est plus efficace pour voir. Parce que dans la glace, je ne me vois pas pareil. Ce qui est bizarre c’est que les photos sont celles de mon reflet dans ce miroir.

J’ai du mal à me voir. Moins à me ressentir. Et au ressenti, cette perte, c’est plutôt pas mal.

Je ne peux pas m’en empêcher. Je reviens aux images, encore et encore. J’essaie de comprendre comment de l’eau (de l’Eau) peut faire cela. Même si quelque part très loin dans mon ventre quelque chose me dit qu’on sait. Des générations d’être humains, celles qui m’ont précédée, cette mémoire de l’espèce.

Dévastés. Les villages, les routes. Les maisons entières emportées ou laissées perchées au dessus du vide. Mon imagination remonte dans les montagnes, le long des sentiers, des pierriers. Rien de tout cela n’existe plus, sans doute.

Les infos. Les coupures d’électricité. D’eau. Les distributions. Une bouteille par personne. Une seule ! Un homme qui a rempli des sceaux à une cascade. Pour le vaisselle, se brosser les dents. Les repas froids, un chandelier posé sur la table de la cuisine.

Depuis les hélicoptères, journalistes et secours filment les lits béants, éventrés, cicatrices suintante de boue. Les arbres, troncs, branches, empilés le long des ponts comme l’ouvrage de castors fous.

Je couve un cri muet, une plainte, une peur. Et dehors, encore, la pluie tombe.

En septembre

En septembre, j’ai fait 27 séances de yoga sur 26 jours pour un total de 9h27. 14 séances de vinyasa flow, 6 de hatha, 6 de yoga sur chaise et 1 de salutation au soleil.

J’ai lu 3 livres seulement, deux romans et un manga. C’est pas beaucoup. Mais les 3 étaient bien.

J’ai fait 21 fois des abdos. 12 fois ma routine « bras ».

(Je vous ai déjà dit que depuis mon adolescence je rêve d’avoir les bras de Linda Hamilton dans Terminator 2 ? Je n’ai jamais fait ce qu’il faut pour).

J’ai fêté un anniversaire (pas le mien).

J’ai élaboré une playlist avec plusieurs morceaux modernes repris au violoncelle pour aider Popcorn à s’endormir.

J’ai fait une crise d’épilepsie.

J’ai fait trop de lessives, trop de repas, trop de ménage.

J’ai passé plusieurs heures à danser avec un bébé fatigué sur des airs de violoncelle.

J’ai vélotafé et c’est tellement agréable !

J’ai pris de nouvelles habitudes pour mes pauses de midi.

J’ai perdu du poids. Une part de moi à tendance à se dire que ça ne va pas assez vite. Je la modère. Je lui dis que si c’est pour que ça ne revienne pas, ça vaut le coup d’être patiente. Elle ne m’écoute pas toujours, prend un peu le dessus parfois. Mais pas tout le temps.

J’ai publié 30 posts sur ce blog.

Je me suis sentie vraiment mal.

Je me suis aussi sentie franchement bien.

Fin septembre

Le froid s’est installé. Pas le grand-qui-mord mais tout de même. Ce n’est pas juste le discret-qui-chafouine, ni uniquement le matinal-qui-picote. C’est le mais-merde-il-fait-froid-non ? Celui qui occupe tous les débuts de conversation.

C’est celui qui me paralyse. Beaucoup de choses simples me deviennent difficiles. Tout ce qui implique de l’eau, par exemple. Bien entendu, je me lave quand même mais là où je ne réfléchis pas à la question en été, ça se complique. Mon appétit change. Même mes gestes, je crois, plus concentrés.

Je suis une fille de l’été. J’y suis née et j’y habite. Pourtant, j’ai toujours eu de l’affection pour l’automne. Mon bébé du printemps, pas contre, encaisse mal ce changement, il est plein de fièvre et son nez n’est plus étanche.

Bref, l’automne est là et on commence à rêver de plaid en polaire et de mugs fumants.

Take care

Il y a deux ou trois jours je vous parlez de la charge mentale et de comment mon mec… ben… euh… est un mec, on va dire (pour faire plaisir aux Not All Men).

La situation a tout de même un avantage : j’ai arrêté d’attendre qu’on prenne soin de moi et j’ai admis que j’étais la seule à m’en préoccuper. Donc que j’étais celle qui allait pouvoir y faire quelque chose.

Je ne dis pas que c’est facile et il y a des jours plus enthousiaste que d’autres. Je ne dis pas que ça ne me manque pas de pouvoir lâcher cette charge mentale là parce que oui, ça aussi, c’est de la charge mentale. Je ne dis pas que je n’ai jamais envie de hurler « Vous me faites tous chier » et partir vivre seule loin avec un chien de berger et un merens dans une campagne reculée (mais avec la fibre). Je ne dis pas que je ne suis pas désabusée.

Mais ça reste que c’est efficace. Je prends soin de moi. Finalement, le « care » dans le foyer, c’est aussi sur moi et ce qui est facile c’est que je m’ai tout le temps sous la main. Alors ça peut passer par de toutes petites choses rapides, des mini attentions. J’apprends à « sauter sur l’occasion ». Attraper 20 minutes pour dérouler mon tapis de yoga, un miroir pour me faire un compliment, un promo pour m’offrir une crème pour les mains. Parce que je le mérite. Et qui sait, peut-être qu’à force d’y croire je finirai par convaincre les autres.

Comment la charge mentale fait des bébés

En juillet, j’ai eu une longue conversation avec Celuiquim’accompagne. A la base, je voulais lui faire comprendre combien je n’allais pas bien et comment sa manière de gérer les choses (ou de ne pas les gérer) et d’imposer ses humeurs – en particulier sa colère – à toute la maisonnée pouvait me maintenir fermement la tête sous l’eau. Assez vite, il a tenté de faire tourner la conversation en petit concours mesquin de qui de nous deux va le plus mal. J’ai réussi à ne pas tomber dans des listes à comparer pour tourner vers une liste commune de ce qui nous pesait.

Il est ressorti qu’il supporte très mal la charge des tâches ménagères, en particulier leur récurrence et qu’elles ne varient pas. A savoir que lui s’occupait à ce moment là du linge et du ménage de l’appartement le week-end. De mon côté, j’ai partagé que ce qui me pesait particulièrement dans les tâches quotidiennes c’était la préparation des repas, en particulier de trouver les idées de menus. Ce qu’il faut faire « en bloc » (c’est-à-dire établir une liste de repas pour 7 soirs, 3 midis) au moment de faire les courses. Tâches qui me reviennent.

On est sorti de cette échange en s’engageant à échanger nos tâches quand cela était possible.

Très peu après, on est parti en vacances. L’organisation étant totalement différente, la question ne s’est plus posées. En rentrant, j’étais toujours en vacances alors que Celuiquim’accompagne avait repris. J’ai donc pris en charge quasiment tout, pendant 10 jours, en étalant sur un peu chaque jour. Pour lui alléger la reprise.

Puis j’ai repris.

Depuis début septembre, les seuls repas que j’ai mangé sans les avoir imaginés et préparés, on était au restaurant. J’ai fait toutes les courses en conséquence. En ligne. Avec livraison. Le mercredi, pendant la sieste des enfants, pour pouvoir être livrée le samedi matin. Pour pouvoir partager le ménage le week-end, alors qu’il faisait jusqu’ici seul pendant que j’étais en mission ravitaillement.

Je me suis aussi occupée de laver et étendre du linge chaque mercredi et les week-ends. Sans avoir tout fait, j’en ai fait la majorité.

Au delà du temps que je consacre à ces tâches, il y a le poids qu’elles représentent dans ma tête. Maintenant, quand je planifie mon mercredi, je cale les horaires de lessive et d’étendage dans le programme de la journée. Quand je regarde la météo, je pense au linge qui sèche ou doit sécher. Quand je mets du linge au sale, je regarde le bac et vois qu’il y a déjà de quoi faire une lessive de noir. Quand je fais les courses en ligne, je sais qu’il faut acheter de la lessive. Et du produit nettoyant anti calcaire. Et des éponges. Alors que tout ça, c’était Celuiquim’accompagne qui devait me le dire, au moment où je partais faire les courses.

C’est exactement comme ça que ça fonctionne, la charge mentale. Et voilà comment elle se transfert. Parce que maintenant qu’il n’a plus à me dire de penser à acheter de la lessive, ceci à totalement déserté l’esprit de Celuiquim’accompagne. Maintenant qu’il s’occupe de plier le linge et de le ranger, il a juste à voir si l’étendoir est plein. Il n’a plus à se demander combien de machine il va falloir faire tourner le week-end, je le sais, j’ai un œil dessus toute la semaine.

Dans toute ça, je n’ai pas encore lu un livre entier en septembre. Comment je ne regarde pas la saison 2 du Bureau des légendes, série que je regardais seule, pendant la sieste des enfants le mercredi (quand je ne faisais pas les courses et n’étendais pas le linge).

Pourquoi, me demanderez-vous sans doute ? Pour améliorer le confort de vie de l’homme qui partage la mienne. Pour éviter qu’il soit en permanence sur les nerfs, se mette en colère deux fois par jour en nous faisant peser ça dessus, à tous les 4. Pour l’aider. Parce qu’il est mon compagnon. Parce que c’est à moi que revient le « care » dans notre foyer.

Voilà comment ça marche, pourquoi on veut cramer des mecs et comment je peux vous dire que mercredi soir de la semaine prochaine, on mangera de la tarte aux aubergines et à la tomate, et des escalopes végétales.

22 septembre Aujourd’hui 4 murs

Je suis arrivée en salle des profs. Il y avait du monde. Pas mal. Et un tiers des visages n’étaient pas masqués.

J’ai posé la lourde pile de manuels que je déménageais, encore, d’une salle jusqu’au CDI. J’ai répondu à deux questions. J’ai été voir mon casier. Je suis passé aux toilettes. J’ai récupéré les manuels et je suis partie.

J’ai mangé de nouveau seule au CDI. Il est bien trop grand pour que je le qualifie de nid. Trop haut de plafond pour que ce soit une cabane.

Mais finalement, en ces temps de Covid, de fatigue, de besoin de se recentrer, il devient mon refuge.