Les petites annonces

On a trié et on a mis en vente…

Le transat, le tapis d’éveil, la baignoire. Ces choses de bébé qui ne servent plus parce que le bébé n’est plus si bébé.

Et puis la poussette. Pas qu’il soit assez grand pour qu’on imagine se passer totalement de poussette mais on utilisera l’autre, celle qu’on apparlle « la petite ».

Qu’on se sépare de cette poussette, c’est logique, c’est raisonnable. Ça va permettre de récupérer plein de place. Parce que ce n’est pas qu’une poussette, c’est une nacelle, une coque, une base isofix pour la voiture et une poussette.

Je me rappelle encore quand on l’a achetée. On était partis se renseigner, on est revenu avec une poussette qu’on n’avait même pas payées, elle a ouvert la liste de naissance. J’ai trouvé que c’était allé un peu vite. Je n’ai jamais regretté.

Elle a été ma partenaire dans des tas de moments. Oh, elle m’a encombré, souvent. Je l’ai soulevée plus souvent qu’à mon tour, pliée, installée dans le coffre. J’y ai changé des couches, donné des petits pots. Je l’ai emmenée partout dans la ville. Et pas que dans cette ville. Elle a été mon alliée dans beaucoup de situations. Oui, je le dis, même si je suis toute aussi convaincue par le portage.

J’espère qu’on va trouver une famille sympa pour la vendre. Ça me ferait vraiment mal au cœur qu’elle parte chez des cons…

Parce que, qu’on se sépare d’elle, c’est logique, c’est raisonnable, mais ça me schreugneugneu tout de même pas mal.

La tête comme une passoire

Je me trompe. De mots, de prénoms, d’ordre. J’oublie. Pourquoi j’ai ouvert le frigo, pourquoi je suis dans cette pièce, pourquoi j’ai ceci à la main.

J’ai la sensation que les deux tiers de ma journée se font presque sans moi. Je fonctionne sur des réflexes, des enchaînements tellement connus et répétés, des automatismes.

Et quand j’ai quelques minutes pour penser, ça grippe. Lundi, je me suis retrouvée à plusieurs reprises dans ma journée de travail perdue. A ne pas savoir quoi faire, dans quel ordre et sans réussir à reprendre un fil de réflexion sans passer par un canalisateur extérieur (écrire, lancer des repères dans le logiciel documentaire, placer physiquement les documents de manière précise…)

Je ne sais pas dans quel état je vais sortir de cette période. Ni combien de temps il me faudra pour m’en remettre.

Mais quelque part, ce sera déjà une bonne nouvelle d’avoir à répondre à ces questions là car ça voudra dire que j’ai tenu jusque là…

Anecdote

Longtemps, la nuit, revenait dans mes rêves une scène. J’étais assise sur un brancard, très haut. A droite, se tenait ma mère et à gauche, un inconnu en blouse blanche. Au mur pendaient des bandages. Les couleurs changeaient mais le plus souvent, la lumière était blanc verdâtre.

C’était une scène qui intervenait parfois seule et qui entrait parfois dans le scénario du rêve.

Elle n’était pas particulièrement angoissante mais pas très confortable non plus.

Un jour, je ne sais plus pourquoi, j’en ai parlé à ma mère. Je me rappelle qu’elle cuisinait et que moi, j’étais assise dans les escaliers.

Je lui ai décrit la pièce , l’homme brun en blouse.

Elle s’est arrêté un instant et s’est tourné vers moi, surprise. Quand j’ai eu deux ans, on a dû me plâtrer la jambe suite à une mauvaise chute. Ça s’est fait dans cette pièce.

Depuis, je n’en ai plus jamais rêvé. C’est sans doute mon premier souvenir.

La maternité de l’autre

On discutait l’autre jour sur Twitter, avec des personnes de qualité forcément – parce que j’ai un compte privé et une petite TL constituées de personnes de qualité – du fameux phénomène « T’es une femme, ta tort » aussi résumé par la phrase « Pile tu perds, face ils gagnent ».

Le point de départ était les tweets de réponses à un article dont j’ai perdu les références mais qui disait, en gros, que le confinement avait accentué les inégalités entre les hommes et les femmes dans la gestion des tâches ménagères et « du foyer », comme on dit. Et ouais, parce que les mecs qui disent qu’ils n’en font pas plus à la maison parce qu’ils n’ont pas le temps, quand ils ont le temps, ils n’en font toujours pas plus. Pile, face.

Plusieurs commentaires réagissaient en disant que quand même, toutes ces connes de bonnes femmes, elles n’avaient qu’à pas décider de faire leur vie avec des connards parce que y a plein de mecs très bien qui savent vider un lave vaisselle et j’ai même un ami qui le fait sans que sa femme le lui demande, hein.

Je ne réagirai même pas au « not all men » , hein, ni au « tu souffres à cause d’un homme, femme, mais c’est ta faute » parce que ce n’est pas là que je veux emmener cet article. Je voulais partager cette réflexion que nous avons eu à plusieurs et qui disaient que les mecs changent et en particulier, qu’ils changent avec la maternité. Non non, pas avec leur paternité, avec la maternité de l’autre, de celle avec qui ils vivent.

Si je me fie aux très nombreuses expériences partagées à ce propos, l’entrée dans la parentalité et dans la co-parentalité exacerbe très souvent chez les hommes un forme d’égoïsme et… disons, de connerie humaine profonde. Heureusement, ça ne se fait pas au même degré pour tous mais c’est quand même super fréquent, il n’y a qu’à voir le nombre de couples hétéros qui se séparent alors qu’ils ont des enfants en bas âge.

Je n’ai aucun élément statistiques, aucune études, rien à citer. Je suis juste étonnée parce qu’on lit des tas de choses sur le fait de devenir papa mais pas sur celui de devenir le compagnon d’une maman.

Evidemment, on préfère nous taper dessus, à nous, les femmes, avec cette injonction culpabilisante au possible qui est qu’on doit réussir à être mère ET femme. Parce que c’est forcément notre faute. Et parce que visiblement, c’est un problème d’attendre des hommes qui partagent nos vies qu’ils aiment une mère (qui n’est pas la leur mais celle de leur enfant). Par contre, nous, on est censée mouiller notre petite culotte quand on voit un barbu avec une écharpe de portage.

Et si on disait aux mecs d’apprendre à être homme et mère, un peu, tient. Mère au sens parent impliqué qui gère 120% de la charge mentale du foyer ainsi que des responsabilités concernant de près ou de loin les enfants ?

La fête des mères approchent et on voit fleurir partout les publicités pour faire des cadeaux afin de remercier les femmes extraordinaires que sont les mères. Perso, je rends ma cape de super héros quand vous voulez, les mecs. Parce que je n’ai pas de super pouvoirs. Ce que je fais, pas besoin d’être une mère pour le faire. Et je serais pas contre un véritable relais, fiable, efficace, durable, et moins d’injonctions aux parents au féminin.

Ce 14 mai

Aujourd’hui, j’ai pris une photo de Popcorn qui mange du popcorn.

J’ai préparé avec Peanuts un gâteau d’anniversaire en express et on fait une bonne vraie équipe.

J’ai fait une séance de yoga.

J’ai pris une douche sans que personne ne vienne ouvrir la porte de ma salle de bain pour me demander un truc.

J’ai piqué-niqué sur mon balcon avec Peanuts et une chauve-souris. (En peluche).

J’ai dessiné une idée qui me faisait rire.

J’ai pris le thé avec des amies. A très grande distance.

J’ai rigolé avec le bébé.

J’ai fait des tas de bisous.

Ce n’est rien

On marche dans la rue. On va faire une démarche administrative. On en profite pour s’aérer tous les quatre. Devant nous, un petit garçon tombe, il se fait mal, rien de grave mais les larmes sortent. Il est plus petit que Peanuts, plus grand que Popcorn. Sa mère le console. Elle lui parle avec une voix douce. Elle lui dit…

… »Là, là, c’est rien »

Ces mots, ils me venaient les tout premier temps, avec Peanuts. Je suppose que je les avais beaucoup entendu. Je les ai rapidement abandonné. Je dis…

Ça va aller

Je comprends

Oh oui là ça fait mal

Ça va passer

Parce que pour cet enfant, là, en larme, ce n’est pas rien. Il a mal, il a peut-être eu peur, il a besoin d’être rassuré. Ce n’est pas rien.

On dépasse l’enfant et sa mère. Peanuts les regarde. Puis il me dit « Il pleure, maman.

– Oui, il s’est fait mal.

– Parce qu’il est tombé. Moi aussi des fois je tombe et je me fais mal alors tu me fais un câlin. « 

Non, ce n’est pas rien.

Recette

Découverte du confinement (Google, donne nous une recette de gâteau sans sucre dans lequel je peux mettre mes fruits qui s’abîment !), trouvée je ne sais plus sur quel site (bouh, elle cite pas ses sources !) et pas mal personnalisée.

Ingrédients :

1 yaourt, 1 pot de farine, 1/2 pot d’amande en poudre, 1 œuf, 100g de compote, 1 banane (très mûre, c’est meilleur, comme pour le banana bread), 3 pommes au moins, de la cannelle, de la fleur d’oranger (si on aime. Nous on aime) , 1/2 sachet de levure.

1/ Écraser la banane.

2/ Ajoutez la compote. Mélangez. Ajoutez le yaourt. Mélangez. Ajoutez l’œuf. Mélangez. Ajoutez la cannelle et la fleur d’oranger (quantité selon les goûts)

3/ À part : mélangez la farine, l’amande et la levure.

4/ Versez le mélange 3 dans le 2 et mélangez

5/ Mettez votre four à préchauffer à 180°

6/ Épluchez vos pommes et coupez les en tenaces.

7/ Beurrez un moule à cake. Versez une partie de la pâtes, disposez des tranches de pommes sur toute la surface. Recouvrez de pâte. Puis recouvrez de pomme. Puis de pâtes… Jusqu’à ce que vous n’ayez plus de pâte et plus de pomme.

8/ Enfournez 40/45 minutes.

Roooh, je n’ai pas de photos pour illustrer cet article. On va devoir en refaire un ! Pas dommage ;-)

Vampirisée

Quand je dis un peu comment je vais et comment je vis ce confinement, c’est-à-dire quand je ne prétends pas que tout va bien et que je laisse entendre que cette période est rude pour moi, la réaction unanime : on me conseille de prendre un peu de temps pour moi.

La semaine dernier, j’ai complètement craqué. Cette semaine, les choses se passent mieux.

Et j’ai réalisé ce matin que la semaine dernier, j’avais décidé de prendre 20 minutes quotidiennes pour faire une séance de yoga ou de sport. Que je les ai prise, lundi, mardi, mercredi et même ce fameux jeudi où j’ai complètement craqué.

Mais il a fallu que je les vole, que je les impose, que je les fasse entrer en force, violente mes matinées, répète que non, là, c’était mon moment, et que je sois quand même disponible, pas physiquement, non mais que je réponde, que j’ai une oreille, un œil.

Certes, j’ai essayé de faire ça aux heures où Celuiquej’aime n’était pas là, c’était le pire moment sans doute. Mais dans l’après-midi, je savais que je n’arriverai pas à me motiver pour bouger…

Le jour où j’ai craqué, le chrono tournait alors je peux précisément vous dire que j’ai eu 9 minutes. 9 minutes avant que les enfants, pour qui j’avais été dispo depuis leur réveil, qui viennent me chercher dans les toilettes et sous la douche pour me demander des choses, 9 minutes avant que les enfants viennent me solliciter de nouveau.

J’ai laissé tomber. D’essayer d’avoir ce temps pour moi. Parce que finalement, j’arrive à des trucs encore plus frustrant. Comme Celuiquej’aime qui me dit qu’il veut bien que je sorte 1 heure mais qu’il ne pense pas réussir à me sauvegarder 1 heure où je serais enfermée dans la chambre.

Et finalement, j’encaisse mieux de ne rien avoir du tout, de ne rien attendre, que de grignoter 9 minutes…

Ça devait arriver. Je ne vois pas comment il aurait pû en être autrement…

J’ai craqué. J’ai hurlé. Hurlé sur mon grand fils. Hurlé fort et un peu longtemps. Le bébé a pleuré. Il a eu peur. J’ai eu du mal à me calmer parce que j’avais toute cette lave à l’intérieure de moi. Après j’en encore crié. Puis je me suis effondrée, en sanglots, sur mon balcon.

J’étais seule adulte encore et c’était trop.

On n’a pas signé pour ça. Personne. Être confiné. C’est arrivé de nul part, on regardait cette chose lointaine se dérouler en Chine. On a abdiqué en un discours, laissé filer nos libertés.

Je n’ai jamais voulu être femme au foyer. Je n’ai jamais voulu faire l’école à la maison. Je n’ai rien choisi de tout ça.

Et pourtant je dois le défendre et le faire admettre à un enfant grand encore petit qui se sert de moi comme paillasson pour ses émotions et à un bébé qui ne voit pas pourquoi, puisque je suis là, il ne pourrait pas être dans mes bras.

Je n’ai jamais signé pour être à moi seule l’intégralité ou presque de la vie sociale de mes enfants. Et qu’ils soient la t mienne.

Et j’ai sangloté encore et encore parce que là, c’était une chose un jour et que ça allait passer mais qu’il y a encore demain puis le jour qui va suivre puis le jour suivant encore et ainsi de suite pendant beaucoup beaucoup beaucoup de jours. J’ai sangloté parce que je ne voyais pas comment je pourrais tenir parce qu’il n’y aura rien de différents dans les 30 jours qui viennent, rien qui n’aidera. Parce que la seule idée claire que j’avais c’était que je ne peux pas tenir.

Et ce soir, et bien je ne sanglote plus mais je ne vois toujours pas.