Une citation

« J’ai eu comme un remous de triomphe dans le creux de l’estomac. Il y a une justice. Tim ne passera pas en S.
Et il ne peut pas passer en L vu qu’il est nul en français.
Il devra aller en ES – en ES ! – ou redoubler. Dans les deux cas, il est out.
La vengeance est un plat qui se mange à la cantine de Polytechnique. »

Comme des images de Clémentine Beauvais p. 72

Menues et moins menues douceurs du jour

Marcher dans la rue avec Peanuts sur son vélo en chantant « Ah tu sortiras Biquette, Biquette ».

Apprendre que j’ai participé à faire découvrir les livres d’Anne-Laure Bondoux à une copine twitteuse.

« Maman, si tu veux jouer avec moi c’est maintenant ou jamais ».

Danser dans la salle de bain avec Popcorn pour calmer ses pleurs d’être sorti de l’eau en chantonnant « Shake shake shake Sinora »

« Maman, viens, je te fais un bisou ».

Les bouilles de Popcorn qui gouttait du pain pour la première fois.

Être tombée juste avec un cadeau d’anniversaire.

La caissière qui m’a fait une réduction « Parce que vous, vous êtes toujours aimable ».

Me rendre compte à quel point j’ai changé mes habitudes et me passe de plus en plus de la voiture.

Le bébé qui rit en regardant son frère.

Partager la lecture de l’épisode de Zouk la petite sorcière qui a du caractère du numéro des Belles histoires de ce mois-ci avec les deux enfants.

Jouer à manger Popcorn avec Peanuts. « Je peux avoir une cuisse de bébé ? »

Dessiner le marchand de sable.

Que Peanuts ait trouvé la fève sans que personne ait triché.

Popcorn qui se fait rire tout seul en jouant.

 

 

La recette du gâteau au chocolat préféré.e* de Peanuts

*Celle qu’il préfère réaliser et celui qu’il préfère manger. Qu’elle est archi simple et qu’on ne peut pas la rater.

Ingrédients :

  • Chocolat noir pâtissier : 200 g
  • Beurre : 100 g
  • Oeufs : 3
  • Farine : 50 g
  • Sucre : 70 g (Quantité rectifiée par rapport à la recette d’origine)

Recette :

1/ Préchauffer le four à 180°.

2/ Faire fondre le chocolat et le beurre. Mélanger.

3/ Par ailleurs, battre ensemble les œufs et le sucre. Puis ajouter la farine et mélanger.

4/ Mêler les deux mélanges.

5/ Beurrer les moules, verser l’appareil et enfourner 15 à 20 minutes.

Astuces :

Dans un moule à cake (et mon four), le cœur est fondant à 18 minutes.

Quand les grands-parents ont offert à votre enfant son poids en chocolat de Pâques, vous pouvez en mettre dedans. On a testé ce gâteau au chocolat aux chocolats. C’est très chocolat. (Donc c’est bon).

 

 

 

Oups

Pour 2020, j’ai décidé de tenter de publier quelque chose chaque jour. Un texte, un lien, une photo, un extrait, une citation…

Hier, ma grosse journée m’a fait rater une marche : j’ai oublié. Je vais tout de même continuer de me défier à publier quotidiennement et viser 366 publications dans l’année (en en postant deux aujourd’hui).

Pour rebondir sur le thème du 366 réels à prise rapide d’hier qui disait « 8 janvier. Aujourd’hui une question lue quelque part », je vous conseille un compte Twitter : Questions Trapenard (@QuestiTrapenard) : https://twitter.com/QuestiTrapenard?s=09

Ce compte reprend les questions posées par Augustin Trapenarden interviews, mais en les retranscrivant hors contexte. C’est drôle et intrigant et toujours intéressant d’essayer d’y répondre. Beaucoup de personnes jouent le jeu des réponses et c’est assez sympa à lire.

Mes lectures 2019

Pour 2019, je m’étais fixé quelques objectifs dans mes lectures :

  • lire 60 livres au moins
  • que la moitié ou plus qui ne soient pas de la littérature jeunesse
  • dont 19 qui soient de ma PAL telle qu’elle était début 2019
  • lire plus d’autrices d’une manière générale donc essayer au moins d’arriver autour d’un 50/50.

Résultats :

  • J’ai lu 50 livres. Mais bon, j’ai eu un bébé, aussi.
  • Sur ces 50 livres, 26 étaient en littérature jeunesse. Donc 24 n’en étaient pas.
  • J’ai lu 14 livres de ma PAL de début 2019.
  • J’ai lu 15 livres écrits par des auteurs, 36 par des autrices (je sais, ça fait 51 mais l’un a été écrit par un binôme). Par contre, il y avait 14 auteurs différents mais seulement 16 autrices différentes. Et pour 24 de ces auteurs et autrices, c’était la première fois que je les lisais.

Je n’ai pas tout à fait atteint les chiffres que je m’étais fixés mais je n’en suis vraiment pas loin. Et surtout, je suis très contente de cette année de livres. J’ai réussi à diversifier mes lectures. Je garde beaucoup de littérature jeunesse mais d’une part, j’aime ça, et d’autre part, par mon travail, je me dois d’en lire. Je trouve que j’arrive à un équilibre qui me convient bien.

Côté autrices, je pensais qu’il faudrait que je m’applique à en choisir et finalement, la répartition s’est faite d’elle-même. Il faut dire que la littérature jeunesse reste un domaine dans lequel on trouve plus facilement de femmes. Une nouvelle fois, j’ai lu beaucoup de Marie-Aude Murail et de Robon Hobb. Il y a des amours qui ne se démentent pas !

Mes larmes de l’année vont à La Couronne du berger de Terry Pratchett. J’ai mis longtemps à me décider à m’y lancer mais il le fallait et maintenant, ça y est, je n’aurais plus jamais de nouveau tome des Annales du Disque Monde à lire. C’est un petit deuil que je continuerai de porter longtemps. (Oui, le mot est gros, mais si vous êtes lecteurs et lectrices, vous savez). Robin Hobb, également, m’en a arraché. Je l’ai retrouvée avec plaisir et il y avait quelque chose d’assez agréable à me plonger dans une nouvelle saga d’elle (Le Fou et l’Assassin) en attendant Popcorn alors que je la lisais déjà (La Cité des anciens) en attendant Peanuts. Elle m’aura accompagné par deux fois à la maternité dans les premiers jours de mes bébés. Dans les deux cas, je ne peux expliquer les larmes sans spoiler…

Plusieurs de mes lectures étaient offertes par des amies et elles ont touché juste A CHAQUE FOIS (parce que j’ai des amies FORMIDABLES). Merci merci merci Shaya, Eleusie, Ambre, Minka notamment, puisque vous, vous me lisez ici.

Je me suis ennuyée ferme, à l’inverse, dans La Guerre des clans, Le poids du papillon mais surtout, surtout, surtout, dans Les lettres de mon moulin. A l’inverse, j’ai eu plusieurs, beaucoup, plein !, de coups de cœur. J’ai mis les principaux en gras dans ma liste.

Pour l’année à venir, je garde plus ou moins les mêmes objectifs. Ma PAL compte 26 livres aujourd’hui et j’en ai 24 « prioritaires » dans ma liseuse. Je ne vais pas me fixer un nombre de livres pour l’année parce que finalement, ça me pousse plus à la quantité qu’à la qualité. Mais voilà mes objectifs :

  • Qu’au moins un tiers de ce que je lirai cette année vienne de ce qu’il y a dans ma PAL et ma liseuse aujourd’hui,
  • Que la littérature jeunesse ne soit pas plus de la moitié de ce que je lis
  • Qu’au moins un tiers des auteurs et autrices que je lis soit une découverte

Et vous, qu’avez-vous lu qui vaille le coup d’en parler cette année ?

  1. MURAIL, Marie-Aude. Papa et Maman sont dans un bateau. L’Ecole des loisirs, « Médium », 2009. 294 p.
  2. HEURTIER, Annelise. Envole-moi. Casterman, 2017. 261 p.
  3. OLAFSDOTTIR, Audur Ava. L’embellie. Editions Zulma, 2012. 336 p. #Kube
  4. HUNTER, Erin. La Guerre des clans, Cycle I, livre 1. Retour à l’état sauvage. Pocket Jeunesse, « PKJ », 2007. 305 p.
  5. TROPPER, Jonathan. Le Livre de Joe. 10/18, 2006. 411 p. #PAL #Eleusie_
  6. VIDAL, Séverine. CAUSSE, Manu. Nos Coeurs tordus. Bayard jeunesse, 2017. 223 p.
  7. CENDRES, Axl. Dysfonctionnelle. Sarbacane, « X' », 2015. 305 p.
  8. ERNAUX, Annie. Mémoire d’une fille. Gallimard, « Folio », 2016. 164 p. #Kube
  9. MARI, Silvana de. Le Dernier elfe. Albin Michel, 2005. 287 p. (sur la liseuse) #DameAmbre
  10. JI, Erwan. J’ai avalé un arc en ciel. Nathan, 2017. p. 62
  11. SHUA DUSAPIN, Elisa. Hiver à Sokcho. Gallimard, « Folio », 2016. 145 p. #Kube
  12. HOBB, Robin. Le Fou et l’assassin 1. J’ai Lu, 2014. 413 p. #PAL
  13. HOBB, Robin. Le Fou et l’assassin 2 : La fille de l’assassin. J’ai Lu, 2015. 442 p. #PAL
  14. HUSTON, Nancy. Instruments des ténèbres. Babel, 1996, 344 p. #PAL
  15. TOURNIER, Jacques. Jeanne de Luynes, comtesse de Verue. Gallimard, « Folio », 1984. #PAL
  16. BACH, Richard. Jonathan Livingston le Goéland. J’ai lu, 1970, 123 p. #PAL
  17. DE LUCCA, Erri. Le poids du papillon suivi de Visite à un arbre. Gallimard, « Folio », 2009. 81 p. #PAL
  18. WINTERSON, Jeanette. Les Oranges ne sont pas les seuls fruits. Points, « Signatures », 2013. 244 p.
  19. MURAIL, Marie-Aude. Le tueur à la cravate suivi de Comment naît un roman (ou pas) : Journal de bord du Tueur à la cravate. Ecole des Loisirs, « médium », 2010. 362 p.  #PAL
  20. CHEDID, Andrée. L’Autre. Flammarion, « Castor Poche », 1992. 269 p. #Celuiquej’aime #PAL
  21. SUTCLIFF, Rosemary. Le Pourpre du guerrier. Gallimard jeunesse, « Lecture junior », 1992. 307 p. #PAL #Celuiquej’aime
  22. HOBB, Robin. Le Fou et l’assassin tome 3 : En quête de vengeance. J’ai lu, 2015. #PAL
  23. HOBB, Robin. Le Fou et l’assassin tome 4 : Le retour de l’Assassin. J’ai lu, 2015. #PAL
  24. HOBB, Robin. Le Fou et l’assassin tome 5 : Sur les rives de l’Art. J’ai lu, 2018. #PAL
  25. HOBB, Robin. Le Fou et l’assassin tome 6 : Le destin de l’assassin. J’ai lu, 2019. #PAL
  26. Le ROMANCER, Frédérique. 3 bis, rue Riquet. Editions 84, 2019 #Minka
  27. MURAIL, Marie-Aude. Nils Hazard das Dinky Rouge Sang. L’Ecole des loisirs, 2019. 190 p. #UneAmie
  28. MANKELL, Henning. Les Chaussures italiennes. Seuil, « Point », 2009. 372 p. (Juillet) #PAL
  29. GRIMALDI, Virginie. Il est grand temps de rallumer les étoiles. Le Livre de poche, 2018. 376 p. #Shaya
  30. PRATCHETT, Terry. La couronne du berger : dernier livre des annales du Disque-Monde. L’Atalante, 2016. Sur la liseuse.
  31. MARI, Silvana de. Le Dernier orc. Albin Michel (sur la liseuse) #DameAmbre
  32. NIELSEN, Susin. Les optimistes meurent en premier. Hélium, 2017. 189 p. #DameAmbre
  33. MURAIL, Marie-Aude. Malo de l’ange 1. (Sur la liseuse)
  34. COUTURIER, Hélène. Trans Barcelona Express. Syros, 2018. 235 p.
  35. PEYRIN, Laurence. L’aile des vierges. Pocket, 2019. 479 p.
  36. FONTENAILLE, Elise. Un koala dans la tête .Éditions du Rouergue, 2006. 44 p.
  37. ARTWOOD, Margaret. La Servante écarlate. Sur la liseuse
  38. DELAPORTE, Florence. A quoi rêve Crusoé. Éditions du Rouergue, 2012. 119 p.
  39. HALLEUX, Martin de. L’inconnu du Pacifique. Le livre de poche, 2015. 120 p.
  40. FEREY, Caryl. La Dernière danse des Maoris. Syros, « Souris noire », 2011. 106 p.
  41. TURQUIN, Magali. Innocent. Editions du jasmin, 2008, 63p.
  42. DAHMAN, Myriam. Les chemins de l’école : Francklyn, Madagascar. Nathan, 2015. 70 p.
  43. VANNEAU, Anne Zoé. Mon père est un baobab. Oskar, 2010. 100 p.
  44. CHAUD, Benjamin. L’art à table. Hélium, 2016. 64 p. #Papa
  45. GRIPARI, Pierre. La sorcière de la rue Mouffetard et autres contes de le rue Brocca. Gallimard jeunesse, Folio junior, 2007. 134 p.
  46. MURAIL, Marie-Aude. Sauveur & fils saison 5. L’école des loisirs, « médium + », 2019. 309 p.
  47. DABOS, Christelle. La Passe-Miroir tome 4 : la tempête des échos. Gallimard jeunesse, 2019. 572 p.
  48. MOURLEVAT, Jean-Claude. L’enfant océan. Pocket jeunesse, « PKJ », 2006. 151 p.
  49. DAUDET, Alphonse. Les lettres de mon moulin.
  50. MOURLEVAT, Jean-Claude. Jefferson. Gallimard jeunesse, 2018. 270 p.

Ben t’es courageuse dis donc !

Un peu plus d’un mois après ma chute, et plus ou moins trois mois après la rentrée, je voulais vous dire que vélotafer est la meilleure décision que j’ai prise ces derniers mois.

Point d’ironie du tout, je le pense sincèrement. Et je suis convaincue que si je ne circulais pas ainsi, j’aurais explosé en vol sous le stress et l’épuisement depuis plusieurs semaines.

Pourtant, ces derniers temps, j’entends de plus en plus « Tu es venue à vélo ? Ben t’es courageuse ! » A cause de ma chute et à cause de la météo qui a tourné au froid et à la pluie. Et je me rends compte à quel point l’image que beaucoup de personnes se font de le circulation à vélo est fausse.

Vélotafer, pour moi, c’est entre 20 et 25 minutes de trajet dont plus de la moitié sur piste cyclable sécurisée (séparée de la circulation des véhicules motorisés), un peu moins de 5 kilomètres sur un très faible dénivelé. D’excellentes conditions, donc. L’alternative, puisque je n’ai pas de voiture, c’est le tramway, avec un changement de ligne, et un peu de marche, 45 minutes minimum en tout, aux heures où il est le plus fréquenté donc en mode sardines, en particulier le soir. Et je préfère mille fois être sur mon vélo sous la pluie que collée/serrée dans le tramway à alterner les 30 degrés de chaleur humaine et les 3 degrés de température ambiante extérieure.

Le froid, la pluie, ce n’est pas agréable, forcément, mais en s’équipant bien (Pour moi, une bonne veste chaude et étanche – merci le rayon équitation de Décathlon, des gants chaud, un surpantalon, un bonnet sous le casque), ce n’est pas compliqué à surmonter. Actuellement, je rentre tous les jours sous la pluie et me mouille moins à vélo qu’ensuite en allant à pieds chercher les enfants.

D’une manière générale, ce trajet m’aère l’esprit et me donne de l’énergie, je dors mieux – enfin, les heures où le bébé me laisse dormir – les jours de vélotaf que les autres. Je n’ai juste pas l’espace de faire du sport par ailleurs, donc c’est vraiment le moyen d’associer l’utile (les trajets entre chez moi et le travail) et, euh, ben l’utile (avoir une activité physique régulière). Et l’agréable aussi.

Morale ? Le vélotaf, c’est bon, mangez-en ! Ou un truc comme ça

Smack

Il y a du monde, plus que d’habitude, à cause d’une panne dans les transports en commun. Beaucoup de vélos en libres services, ces bécanes lourdes et difficiles à mener. En plus des groupes de touristes. Des gens qui n’ont pas l’habitude de rouler ainsi, qui ont tout leur temps – ou au moins le prennent. Et au milieu, les autres. Les habitués de la piste cyclable, qui circulent ainsi quotidiennement ou quasi. L’un d’entre eux me dépasse, très rapide. Je profite de sa trace, accélère, double une première personne, me range, m’écarte à nouveau et en dépasse une deuxième. Mais très vite, je rejoins encore quelqu’un. Je suis bien lancée, ça m’agace. D’autres personnes arrivent en face, roulant trop sur leur gauche. J’hésite, il y a de la place à droite sur la partie piétonne. Je peux facilement y grimper, dépasser par là, et me rabattre juste derrière. J’ai l’intention de faire ça. Je sais pourtant que ce n’est pas malin. J’oublie, surtout, qu’il a plu ce jour-là. J’oublie que je suis vraiment fatiguée. J’oublie que l’impatience est mauvaise conseillère.

Il m’aura fallu 18 heures pour me rappeler précisément la suite. La roue arrière qui chasse, le vélo qui tortille, la roue avant qui frappe le rebord, le vélo qui s’arrête, pas moi.

Mon visage à heurter le sol. Une de mes incisives, ces incisives de cheval, a reculé. C’est la première chose que je sens. Ça, et le goût du sang. J’enregistre en même temps « Je tombe », « Je suis tombée », « Je n’ai rien de grave », « Putain, j’ai une dent cassée ». Des gens s’arrêtent mais moi, je pense aux enfants. Il faut que quelqu’un aille les chercher, moi, je n’y serai pas. Quatre coups de fil alors que des gens autour m’interrogent, proposent de l’aide. Je crois que quelqu’un a dit « Laissez-là, elle ne fera rien pour elle tant qu’elle s’inquiétera des enfants ». C’est exactement ça. Je raccroche : « C’est bon, maintenant je m’occupe de moi ».

Un jeune homme prend les choses en main. Il nettoie mes plaies, il me pose des questions, m’aide à faire le check up complet de mon corps. Il fait des phrases courtes, simples, efficaces. C’est exactement ce dont j’ai besoin. Sa compagne arrive avec de la glace qu’elle est allé demandée dans un restaurant en face. Un autre homme reste un moment puis voyant la situation bien en main nous salue et s’en va. Plusieurs personnes s’arrêteront ensuite, demander si on a besoin d’aide. Je remercie chaque fois à plusieurs reprises, c’est tellement précieux à ce moment là.

Mes anges gardiens resteront avec moi jusqu’à ce qu’ils soient sûrs que je suis capable de marcher, qu’on vient me chercher. J’ai la présence d’esprit de leur demander leurs prénoms mais pas leurs coordonnées. Je le regrette, j’aurais aimé les remercier encore, leur donner des nouvelles.

Je pousse mon vélo, appelle Celuiquej’aime qui me dit quoi faire, il est en route, j’ai juste besoin d’arrêter de penser quelques minutes.

Je verrai un médecin.

Mon genou est écorché et un gros hématome est en train de se former mais il n’a rien de plus. Ma tête, mes paumes, mes doigts ont été épargnés par mes gants et mon casque. C’est ma bouche qui a pris l’essentiel. Ma lèvre est abimée de l’extérieur mais surtout, de l’intérieur. J’aurai trois points de suture. Ma dent va nécessité des soins mais elle n’est pas cassée. Je m’en tire bien. Ma gencive, la peau sous mon nez, celle sur l’arrête, entre mes lunettes.

C’était jeudi dernier.

Si j’étais une artiste, je ferais quelque chose des couleurs qui fleurissent sur mon corps depuis. Les hématomes, les écorchures, les plaies à différents stades de guérison.

Rien n’est simple, ces jours-ci. Je n’ai pas pu m’enrouler sur moi-même comme j’en avais envie, comme j’en aurais eu besoin. Non, à 21h30, je me suis préparé des pâtes seule dans ma cuisine le soir même. L’adulterie dans toute sa mochitude.

Et s’il n’y avait que ça. L’enfant petit est encore malade, l’enfant grand en vacances a des réclamations, il faut trouver, répondre, entendre, téléphoner, réfléchir, anticiper, décaler, programmer, baliser, réagir, travailler, réaligner, gérer. Et Murphy est un putain de pit-bull.

J’ai embrassé un trottoir et ça n’a rien arrêté à ce tourbillon qu’est ma vie quotidienne. Ça l’alimente, donne des trucs en plus à gérer, dont il faut se préoccuper. Ça allonge un peu ce temps pendant lequel je n’arrive pas à m’endormir malgré l’épuisement. Alors je continue. Ce n’est pas comme si j’avais le choix.

Sortir les rames

La reprise est compliquée.

Il y a les petites choses. Se rapproprier l’espace, réinstaller les choses à la place où elles tomberont sous ma main sans que j’ai a regarder, découvrir les petites « surprises » laissées par ma remplaçante, les encaisser, y remédier, fouiller sa mémoire, devoir demander, se répéter, je ne sais pas, je n’étais pas là.

Et il y a le reste.

Se séparer de Popcorn. Ressentir majoritairement du soulagement, largement, du plaisir à retrouver autre chose. Culpabiliser de ne pas trouver cela plus dur, de ne rien se sentir arracher. Souffrir plutôt du manque de qualité du temps passer ensemble. Cette sensation qu’on ne me laisse pas toujours le temps et l’espace d’aimer ce bébé autant que j’en suis capable.

Surtout son frère.

Je commence à m’inquiéter de cette jalousie et surtout de son pendant, cette absence de complicité, ce regard de Peanuts sur Popcorn, et l’apparition de pointes de méchanceté. Je sais que tout cela s’explique, qu’il y a tant de naturel, mais je m’interroge : et s’il ne l’aimait pas, jamais, que rien ne naisse entre eux ? Je ne sais pas si je m’y prends bien, si on choisit au mieux. Plus on limite l’impact des besoins de Popcorn sur la vie de son ainé, plus celui-ci en demande. Je connais la valeur des jamais et des toujours d’un enfant de cinq ans moins le quart mais ça n’allège pas tant ses reproches…

Il y a eu la gastro qui s’est installée chez nous, l’implication de ma belle-mère pour aller libérer Peanuts de sa journée d’école, puis pour le garder le lendemain. Donc ces deux soirs où elle était là quand je suis rentrée, tardant, trainant, prolongeant le temps passé avec ses petits enfants. Chez moi. Comme ça, là, à peine la reprise. Déjà malades, déjà à demander de l’aide.

Et puis il y a cette nouvelle Direction au Petit Collège de la Rive Droite du Fleuve Sans Eau. Chef et Adjoint, un binôme qui s’installe, et déjà la salle de profs qui grince, grogne, gronde. A raison, pour l’essentiel. Et il y a ces échos, échos, échos, avec une autre reprise, après une autre naissance, avec une autre nouvelle Direction, et tant de semblances, jusque dans les éléments de langage. L’année qui a suivi, j’en garde à la fois des douleurs souvenirs vives et une sensation de flou général car traversée dans l’épuisement.

J’ai eu un moment de peur au ventre, la vraie, parce que je n’ai pas la ressource pour revivre cette année-là. Parce que je sais que le dénouement professionnel qu’elle a eu ne se renouvellera pas. Parce que je sais que sur le plan personnel, avec deux enfants ce sera deux fois plus compliqué. Je ne peux pas, je m’effondrerais.

Puis j’ai discuté avec quelqu’un de bien, collègue, amie, et j’ai décidé que je ne me laisserai pas prendre par la tempête que soulève les collègues. Elle a tout simplement rappelé que notre priorité reste les élèves. Qu’on bosse pour elleux, pour mettre de la qualité dans nos enseignements, de l’humain dans notre pédagogie, que c’est pour elleux qu’on mène nos projets, préparons nos cours, et tout le reste. Alors je ne vais pas perdre ça de vue. Je vais accepter qu’avec cette Direction, ce sera sans doute moins simple, plus difficile, qu’avec d’autres mais je vais garder en ligne de mire que je travaille pour faire, pour mes élèves, du mieux que je peux avec les moyens qu’on me donne. Je vais aussi me rappeler ce que les amies racontent, en particulier sur Twitter, de leurs Direction à elles, parce que, sans accepter tout et n’importe quoi, ça a bon de relativiser. Et je vais refuser d’entrer dans ce flot qu’on alimentait sans cesse, chaque récréation, chaque pause déjeuner, à lister, reprendre, répéter tout ce qui n’allait pas, mettre systématiquement en avant les problèmes et oublier, oublier tout ce qui était positif dans nos journées. Quitte à fuir s’il le faut un peu la salle des professeurs.

Et je vais traverser cette année. Mon année scolaire, celle de Peanuts, l’année de crèche de Popcorn, cette année. Je vais la traverser et l’été prochain arrivera.