En chuchotant

Je ne le dis pas trop fort parce que c’est fragile mais je vais mieux.

Ces journées sans enfant, sans grandes contraintes de temps et d’horaires, sans to do list, ces journées à avoir le temps et l’espace pour penser, pour marcher, pour pédaler, pour manger (…) à mes rythmes à moi, ces journées sont exactement ce dont j’avais besoin.

Elles ont le prix d’enfants gardés dont un loin de chez nous, d’appels à base de « Tu me passes Popcorn ? Je veux essayer de le faire rire », d’échanges de photos et de « Ciel, que cet enfant est grand » au détour d’un MMS.

J’appréhende un peu le retour à autre chose, avec l’arrivée des vacances, les autres, celles à quatre et un peu cinq, non, je n’échappe toujours pas complètement à Là Où C’est Haut. J’en ai envie, aussi. (Non, pas vraiment de Là Où C’est Haut. Mais.)

Je réfléchis à mon quotidien, je me demande comment m’offrir de cela suffisamment régulièrement pour ne plus sombrer. Bon, pour commencer, ce serait bien qu’on ne soit pas reconfinés, que les conditions sanitaires permettent que les écoles restent ouvertes, que vivre ensemble ne suppose pas risquer des vies en respirant…

Pour le reste, je vais continuer d’y penser.

18 juillet. Aujourd’hui pas malin

Je m’inquiète d’observer combien les précautions sont mises en vacances vis à vis du Virus. C’est celui qui tend la joue, celle qui caresse le visage de mon bébé, celleux qui portent leurs masques sur le menton ou sous le nez. J’ai très peur de la reprise de l’épidémie. A titre collectif et à titre individuel. Pas de la même façon. J’ai peur pour toutes les personnes qui mourront, celles qui vont être violemment atteintes, celles qui le seront moins mais tout de même. J’ai peur pour toutes les conséquences indirectes. Les pertes d’emplois, les violences domestiques, les conflits familiaux, les traitements mis en attente, les phobies, les psychoses… J’ai peur pour moi, qui sors la tête de l’eau en ce moment parce que j’ai enfin le temps de m’écouter penser, qu’on soit de nouveau confinés ou une situation encore plus bâtarde comme la fermeture de certains services, telles les écoles, mais sans vraiment être confinés. J’ai peur de tomber malade, de cet épuisement dont témoignent les malades, alors que je n’ai pas beaucoup de réserve de ce côté là.

Je ne comprends pas l’inconscience que j’observe chez nombre de personnes. Pourtant, on la connaît sur de nombreux sujets, ça ne devrait pas m’étonner.

Non, je ne suis pas sereine.

16 juillet. Aujourd’hui ça ressemble presque à une blague

On se voit pour travailler. Ce n’est pas que du boulot mais c’est essentiellement ça. « Et ça se passe bien les vacances sinon ? » Oui, oui, il fait ceci, il fait cela. Puis il commence à glisser dans une confidence plus personnelle. Je réponds des banalités, je refuse de jouer, non je ne ferai l’étonnée, non je ne ferai pas l’offusquée et non, je n’ai pas d’avis. S’il ne m’avait pas fait aussi mal par le passé, ça pourrait presque être drôle. Mais non, Maître Loup, ça ne prend plus : je me souviens.

Pédale

Quand j’ai commencé à vélotafer, je pensais le faire 2 ou 3 fois pas semaine, quand il faisait beau et pas trop froid, pas trop chaud, pas trop de vent.

Aujourd’hui, je n’ai plus de voiture.

On en a une mais je n’en ai plus. C’est Celuiquim’accompagne qui s’en sert. Je la prends uniquement le samedi matin pour aller faire les courses. Et encore.

Il y a quelques jours, j’ai acheté un siège pour transporter Popcorn derrière moi. Peanuts, lui, est très à l’aise avec son propre vélo. On est paré pour sortir tous les trois.

En faisant ça, c’est comme si j’avais débloqué quelque chose quelque part. Ça et d’avoir accompagné à vélo Peanuts jusqu’à son cours d’escrime. J’ai enfin enregistré que je peux circuler à vélo. Pas seulement aller à mon travail et m’arrêter de temps en temps faire une course au retour. Non, non circuler, me servir de mon vélo pour aller là où j’ai besoin d’aller.

Oui, je sais, je suis longue à la détente.

Ce qui est cool c’est que d’ordinaire, l’été, je reste beaucoup chez moi parce que je n’ai pas le courage d’affronter la chaleur à pied. A vélo, j’y vais sans problème.

Je commence à prendre le pli pour trouver où l’attacher, je ne suis plus en stresse quand je le laisse, je découvre de nouvelles pistes cyclables. Et je me fais les cuisses !