Mute mum

J’arrive presque au bout de deux journées et demi sans voix mais avec enfants. Et cette situation me parle énormément de ma parentalité.

Je parle beaucoup à mes enfants. Je suis bavarde, parler m’est confortable, me rassure. Avec mes enfants, je mets des mots partout, forcément, par contre, je parle le plus souvent posément. Moi qui ai un débit à chanter la Valse à mille temps sans fourcher, je le pose avec ma marmaille.

Ma voix me sert à attirer leur attention, à leur répondre, à discuter, à donner des consignes, à rassurer, à consoler, à gronder, à passer des annonces. Je leur parle d’une pièce à l’autre, les interpelle à travers le parc pour leur faire des signes, ma voix est un lien à travers l’air.

Depuis vendredi, je me rends compte que j’utilise aussi énormément le contact pour fixer leur attention. Un main dans les cheveux, sur la joue, une caresse dans le dos, sur le bras, un index sur l’épaule, sur le bout du nez. Parce que naturellement, j’ai glissé là dessus pour palier la défaillance de ma voix. Peanuts se lasse, ça lui fait un peu trop, je limite et remplace par des claquements de doigts. Popcorn, à l’inverse, s’en goinfre et en redemande. Il vient chercher mes mains, mes bras. Comme s’il avait accepté ce changement de mode de communication. De toutes façons, lui, des mots, il lui en manque quand même beaucoup (même s’il dit « crodi » (ils sont partis n’en parlons plus) depuis hier et « l’est là » et « ‘a y est » depuis le milieu de semaine), alors tous les moyens sont bons pour se faire comprendre. Et visiblement, si on peut avoir un câlin au passage, c’est assez satisfaisant.

Je sais qu’au quotidien, je me répète beaucoup. Notamment pour me faire obéir. Forcément, condamnée à chuchoter, à lutter contre le bruit ambiant pour me faire comprendre, j’économise la quantité et m’assure de me faire entendre dès la première fois. Je n’irais pas dire que ça marche aussi bien mais finalement, ça fonctionne pas si mal. J’ai sans doute une leçon à retenir ici. Même si je sais que Peanuts joue le jeu parce qu’il a compris que la situation est particulière et que ça ne tiendrait pas sur le long terme.

Finalement, ce qui manque le plus, c’est de ne rien pouvoir leur chanter. Les comptines apaisent beaucoup Popcorn et lancer youtube dans ma poche n’est pas aussi satisfaisant. Chanter en écho à la radio, chanter parce qu’un mot, une phrase m’a fait penser à un texte, chanter pour taquiner. Il va falloir attendre quelques jours encore…

Je vais me refaire un thé avec beaucoup de miel.

Petit pouce

Pendant ces deux années de crèche, Peanuts ne « m’accueillait » pas quand je venais le chercher le soir. Il manifestait qu’il m’avait vue, assez souvent, il me souriait. Mais il poursuivait son activité, parfois se carapatait en démarrer une autre. Lors de sa deuxième année, c’était devenu une source de blagues récurrentes avec les auxiliaires. Des parents arrivaient, repartaient avec leurs enfants et moi, j’étais là à essayer de convaincre mon petit bonhomme de rentrer.

Popcorn, lui, est toujours content de me voir. Il m’accueille avec de grand « Maman ! » et vient chercher un contact. Un câlin, les bras, une caresse. Ce soir, un autre enfant a osé s’approcher de moi en faisant mine de me faire un câlin et il a rencontré une épaule de Popcorn bien décidé à récupérer sa mère à lui sans interférence.

Pourtant, quand j’ai l’occasion de l’observer avant qu’il me voit, il s’amuse. J’aime l’apercevoir rire avec les autres, se passionner pour l’imagier que présente son auxiliaire, taper dans un ballon avec concentration ou jouer à se jeter dans la petite piscine à balles. Et j’aime quand tout à coup, il lève la tête, me voit et me sourit largement, « Maman ! » Masque oblige, pas de bisous à ce moment-là. Mais toujours la tendresse. Après, on rentre dans le fais pas ci fais pas ça vient ici que je t’enlève tes chaussures ôte toi de là mais dans quel casier tu as pris cette tétine ?

Avec Peanuts, on avait le temps de trainer, on ne faisait rien de particulier après la crèche, je n’étais pas garée en double file, c’était juste lui et moi. Avec Popcorn, j’ai un oeil sur l’heure, il faut qu’on file à l’école chercher son frère. Sans doute le sait-il, comme Peanuts savait.

En attendant, j’aime comment mon enfant petit a su créer ce moment de doux dans la course de nos fin de journée.

Questionnement

Je me rends compte que mes parents m’ont élevée d’une telle manière que j’étais une enfant qui plaîsait aux adultes, par sa conversation, ses références, ses prétentions. Ça fonctionnait. En revanche, je manquais des codes pour fonctionner avec les autres enfants, j’étais maladroite dans mes relations, prétentieuse, exigeante, je n’avais pas les références qu’il fallait, les vêtements qu’il fallait, les goûts qu’il fallait.

La faute à mes parents mais pas que. La faute à plusieurs de leurs choix de vie, indirectement. La faute à moi, aussi. La faute aux autres adultes, parce qu’il n’y a pas que les parents qui « font » l’enfant une fois qu’il est né.

Une fois cela posé, je m’interroge. Comment je fais, moi, en tant que maman, pour aider mes mômes à ne pas être de ces enfants qui plaisent aux adultes mais ne savent pas y faire avec les autres enfants ? Parce que j’ai un peu peur que ce soit le chemin que prend l’enfant grand.

Popcorn

Un an et encore la moitié d’une année.

Qu’il est né, comme ça, à toute vitesse, sur un scénario tellement proche de celui de son frère.

Un an et encore la moitié d’une année. Qu’il fait son chemin. Qu’il pousse. Qu’il s’installe parmi nous. Qu’il s’est fait sa place.

On l’appelle encore souvent « bébé » alors qu’il ne l’est plus vraiment. Le drame des dernier né, on reste toujours le plus petit.

Il est formidable. (Comme de bien entendu ?) Il a de l’humour et il rit, tout le temps. Il parle. Se fait comprendre avec moulte gestes et un vocabulaire d’une poignées de mots. Il joue. Comprend très vite. S’adapte. Il dévore, appétit d’ogre auquel je ne sais pas toujours répondre. Il escalade, grimpe, teste son équilibre, ses limites, tombe et se fait mal, glisse, se relève et recommence. Il regarde des livres pendant des heures mais n’aime pas trop qu’on les lui lise. Quand je m’assois par terre en tailleur, il me rejoint toujours, s’installe dans le berceau de mes jambes, certaines fois fugitivement, d’autre pour s’installer vraiment, ou encore pour s’y allonger. Il fait des câlins. Il me mord aussi et répond des « aïoh ! » joyeux à mes « aïeuh !  » de douleur. Il veut se mêler de tout. Il vient voir ce qu’on fait, curieux. Il est toujours content de nous voir. Quand je vais le chercher à la crèche, il fonce vers moi dès qu’il m’aperçoit, heureux. Quand bien même il était en train de jouer tout content l’instant avant. Il comprend de mieux en mieux ce qu’on lui dit. Manifeste en grand qu’il n’accepte pas le frustration. Il joue beaucoup avec le garage de Peanuts. Il aime les très grands véhicules, qu’il maltraite allègrement, la jeep n’a pas survécu. Il repère tous les camions de pompiers et les hélicoptères. Il mange son poids en gressins chaque semaine. Il est merveilleux.

Parent

Le plus compliqué, en tant que mère de deux, c’est de donner du temps de qualité à chacun. Alors que j’ai déjà peu d’énergie. Alors que ces jours-ci, j’ai surtout envie de faire mes trucs à moi et qu’on me fiche la paix. Je sors d’un de ces mercredis satisfaisants en rien. Pas catastrophique mais aucun moment n’a été vraiment réussi. Un mercredi à oublier, voilà, qui a le seul mérite d’être passé.

Les vacances approchent et j’aurais très peu de temps seuls. Mes relais habituels sont peu accessibles, Covid oblige. On ne part pas, non plus. J’appréhende. Beaucoup. Je n’ai pas envie d’y être. Et en même temps, j’ai besoin d’un break dans le rythme des journées.

Ce soir je suis amère. C’est trop loin, la perspective de recommencer à avoir vraiment du temps pour moi. A pouvoir m’asseoir ou prendre une douche sans qu’un enfant ou l’autre ou les deux ne viennent me solliciter.

Ce soir, je suis une vieille louve fatiguée.

Le plus-si-bébé

Aujourd’hui, Popcorn…

a descendu plusieurs fois le toboggan des grands tête la première

a essayé de marcher le long d’un murée. N’a pas réussi, boum

a déplacé les chaises de la cuisine pour monter sur l’une d’elle puis sur la table pour jeter par terre tout ce qui se trouvait dessus

a escaladé les accoudoirs du canapé dans les deux sens

a essayé de faire une bataille d’oreiller avec son frère

Apprenti cascadeur, j’espère que son ange gardien a le cœur bien accroché !

Pikatchu

On a été acheter un cartable à Peanuts.

Un cartable de grand, parce qu’il rentre au CP.

Il a lorgné un moment sur les sacs à dos d’ados mais à ensuite repéré un cartable Ninjago mais au final, c’est avec Pikatchu qu’il ira à l’école des grands, celle pour laquelle on ne tournera plus à droite à l’angle mais à gauche. Une différence énorme.

Ça me fait quelque chose de lui acheter un cartable de grand qui entre au CP.

Mais celui-ci, jaune et bleu avec sa grande poche pokeball, sa forme rectangulaire typique des cartables que si tu demandes à un enfant d’en dessiner un c’est comme ça qu’il le fait, c’est un cartable de grand mais pas encore trop grand.

Alors ça va.

Rentrée

Aujourd’hui, j’ai fait les courses de rentrée de Peanuts. Les premières vraies courses de rentrée avec une liste à la con, qui demande 3 surligneurs mais forcément un jaune, un rose et un vert alors que les lots de 3 c’est avec du orange et pas du rose et 11 bâtons colle, oui, 11.

Je les ai faite aujourd’hui, toute seule, tranquille, dans le rayon quasi vide. J’ai choisi un cahier de texte avec de Minions déguisés en pirate sur la couverture et des tailles crayons en forme de grenouille. (Oui, des, parce qu’ils en demandent DEUX à l’école). Je me suis fait plaisir.

Oui parce que pour moi, loin d’être une corvée, acheter des fournitures neuves est un plaisir.

On prendra le temps tous les deux de lui choisir son cartable. Un cartable de grand parce qu’il rentre à la grande école. Mon tout petit, mon bébé, mon louveteau né avant hier entre au CP.

Et maintenant que les fournitures sont achetées, les vacances peuvent commencer.

Petit pouce

Le bébé est négatif au Covid.

Le bébé n’a plus vraiment de température et beaucoup moins le nez qui coule.

Le bébé refuse encore de dormir ce soir. C’est tellement usant, tellement.

Le bébé a fait 8 pas. Nouveau record établi à 20h34, homologué par sa mère.

Le bébé a fait sa première balade à vélo, en passager, derrière moi.

Le bébé sait grimper sur le canapé qui lui résistait encore hier.

Le bébé n’est plus vraiment un bébé.

Redite

J’avais écrit ce texte il y a quelques années. Chaque mot y a sa place encore aujourd’hui. Je suis en plein dans cette discordance, mon chant s’étouffe, se noie, et j’appuie fermement pour le tenir sous l’eau parce que l’entendre me fait mal.

Je ne sais pas dans quel état je vais sortir de cette période…