Marre

On a eu pas tout à fait 48 heures sans enfants. Le temps de se rappeler ce que c’est, pourquoi ça nous manque, combien ça nous manque. Pas assez pour qu’ils nous manquent, même pas un tout petit peu.

Puis ils sont rentrés.

Popcorn avec 38,9 de température, de la morve plein le nez, les cordes vocales enrouées.

Peanuts deux jours avant ce qui était prévu à la base.

Donc demain et sans doute mardi, je vais passer la journée seule avec les deux enfants. Exactement ce que j’ai tout fait pour éviter en ce début juillet. Parce que je savais pertinemment que je n’aurais pas le ressource. Et comme je me connais bien, je ne m’étais pas trompée.

Alors là, moi, j’éprouve un très, immense, sépulcral, abyssal, ras le bol.

Carnet rose nostalgique

Il y a deux ans, je me couchais, un peu difficilement comme l’étaient toutes les manœuvres de mon corps encombré. J’adressais à mon abdomen protubérant une prière de bonne nuit. On était un mardi. J’avais très peu contracté dans la journée, bien moins que les autres jours. Je réfléchissais à m’organiser pour mes rendez-vous du lendemain. Et je m’endormais.

Il y aura deux ans dans quelques heures, une douleur dans les reins me réveillait. Il y aura deux ans dans quelques heures de plus mais pas tant, je touchais sa peau pour la première fois.

Mon puceron, mon ourson, mon sorcier, mon chichon, mon pi chou, mon bébé… qui n’en est plus un.

Il y a deux ans. Et depuis, mais même avant, chaque jour et pour toujours, mon enfant.

Artiste

Hier, Popcorn a fabriqué des choses avec des fils de chenille. Des serpents, pour commencer. Puis des éclairs. Puis j’ai perdu le fil et quand je l’ai rattrapé, il me présentait un enchevêtrement compliqué composé de plusieurs couleurs en me déclarant « Regarde, Maman, j’ai maîtrisé le chaos ».

Cette phrase résonne encore.

Je crois que c’est parce que dans le fond, ça dit assez bien ce que je la sensation de faire de mes journée.

Maîtrise du chaos, Peanuts, six ans un tiers

Mute mum

J’arrive presque au bout de deux journées et demi sans voix mais avec enfants. Et cette situation me parle énormément de ma parentalité.

Je parle beaucoup à mes enfants. Je suis bavarde, parler m’est confortable, me rassure. Avec mes enfants, je mets des mots partout, forcément, par contre, je parle le plus souvent posément. Moi qui ai un débit à chanter la Valse à mille temps sans fourcher, je le pose avec ma marmaille.

Ma voix me sert à attirer leur attention, à leur répondre, à discuter, à donner des consignes, à rassurer, à consoler, à gronder, à passer des annonces. Je leur parle d’une pièce à l’autre, les interpelle à travers le parc pour leur faire des signes, ma voix est un lien à travers l’air.

Depuis vendredi, je me rends compte que j’utilise aussi énormément le contact pour fixer leur attention. Un main dans les cheveux, sur la joue, une caresse dans le dos, sur le bras, un index sur l’épaule, sur le bout du nez. Parce que naturellement, j’ai glissé là dessus pour palier la défaillance de ma voix. Peanuts se lasse, ça lui fait un peu trop, je limite et remplace par des claquements de doigts. Popcorn, à l’inverse, s’en goinfre et en redemande. Il vient chercher mes mains, mes bras. Comme s’il avait accepté ce changement de mode de communication. De toutes façons, lui, des mots, il lui en manque quand même beaucoup (même s’il dit « crodi » (ils sont partis n’en parlons plus) depuis hier et « l’est là » et « ‘a y est » depuis le milieu de semaine), alors tous les moyens sont bons pour se faire comprendre. Et visiblement, si on peut avoir un câlin au passage, c’est assez satisfaisant.

Je sais qu’au quotidien, je me répète beaucoup. Notamment pour me faire obéir. Forcément, condamnée à chuchoter, à lutter contre le bruit ambiant pour me faire comprendre, j’économise la quantité et m’assure de me faire entendre dès la première fois. Je n’irais pas dire que ça marche aussi bien mais finalement, ça fonctionne pas si mal. J’ai sans doute une leçon à retenir ici. Même si je sais que Peanuts joue le jeu parce qu’il a compris que la situation est particulière et que ça ne tiendrait pas sur le long terme.

Finalement, ce qui manque le plus, c’est de ne rien pouvoir leur chanter. Les comptines apaisent beaucoup Popcorn et lancer youtube dans ma poche n’est pas aussi satisfaisant. Chanter en écho à la radio, chanter parce qu’un mot, une phrase m’a fait penser à un texte, chanter pour taquiner. Il va falloir attendre quelques jours encore…

Je vais me refaire un thé avec beaucoup de miel.

Petit pouce

Pendant ces deux années de crèche, Peanuts ne « m’accueillait » pas quand je venais le chercher le soir. Il manifestait qu’il m’avait vue, assez souvent, il me souriait. Mais il poursuivait son activité, parfois se carapatait en démarrer une autre. Lors de sa deuxième année, c’était devenu une source de blagues récurrentes avec les auxiliaires. Des parents arrivaient, repartaient avec leurs enfants et moi, j’étais là à essayer de convaincre mon petit bonhomme de rentrer.

Popcorn, lui, est toujours content de me voir. Il m’accueille avec de grand « Maman ! » et vient chercher un contact. Un câlin, les bras, une caresse. Ce soir, un autre enfant a osé s’approcher de moi en faisant mine de me faire un câlin et il a rencontré une épaule de Popcorn bien décidé à récupérer sa mère à lui sans interférence.

Pourtant, quand j’ai l’occasion de l’observer avant qu’il me voit, il s’amuse. J’aime l’apercevoir rire avec les autres, se passionner pour l’imagier que présente son auxiliaire, taper dans un ballon avec concentration ou jouer à se jeter dans la petite piscine à balles. Et j’aime quand tout à coup, il lève la tête, me voit et me sourit largement, « Maman ! » Masque oblige, pas de bisous à ce moment-là. Mais toujours la tendresse. Après, on rentre dans le fais pas ci fais pas ça vient ici que je t’enlève tes chaussures ôte toi de là mais dans quel casier tu as pris cette tétine ?

Avec Peanuts, on avait le temps de trainer, on ne faisait rien de particulier après la crèche, je n’étais pas garée en double file, c’était juste lui et moi. Avec Popcorn, j’ai un oeil sur l’heure, il faut qu’on file à l’école chercher son frère. Sans doute le sait-il, comme Peanuts savait.

En attendant, j’aime comment mon enfant petit a su créer ce moment de doux dans la course de nos fin de journée.

Questionnement

Je me rends compte que mes parents m’ont élevée d’une telle manière que j’étais une enfant qui plaîsait aux adultes, par sa conversation, ses références, ses prétentions. Ça fonctionnait. En revanche, je manquais des codes pour fonctionner avec les autres enfants, j’étais maladroite dans mes relations, prétentieuse, exigeante, je n’avais pas les références qu’il fallait, les vêtements qu’il fallait, les goûts qu’il fallait.

La faute à mes parents mais pas que. La faute à plusieurs de leurs choix de vie, indirectement. La faute à moi, aussi. La faute aux autres adultes, parce qu’il n’y a pas que les parents qui « font » l’enfant une fois qu’il est né.

Une fois cela posé, je m’interroge. Comment je fais, moi, en tant que maman, pour aider mes mômes à ne pas être de ces enfants qui plaisent aux adultes mais ne savent pas y faire avec les autres enfants ? Parce que j’ai un peu peur que ce soit le chemin que prend l’enfant grand.

Popcorn

Un an et encore la moitié d’une année.

Qu’il est né, comme ça, à toute vitesse, sur un scénario tellement proche de celui de son frère.

Un an et encore la moitié d’une année. Qu’il fait son chemin. Qu’il pousse. Qu’il s’installe parmi nous. Qu’il s’est fait sa place.

On l’appelle encore souvent « bébé » alors qu’il ne l’est plus vraiment. Le drame des dernier né, on reste toujours le plus petit.

Il est formidable. (Comme de bien entendu ?) Il a de l’humour et il rit, tout le temps. Il parle. Se fait comprendre avec moulte gestes et un vocabulaire d’une poignées de mots. Il joue. Comprend très vite. S’adapte. Il dévore, appétit d’ogre auquel je ne sais pas toujours répondre. Il escalade, grimpe, teste son équilibre, ses limites, tombe et se fait mal, glisse, se relève et recommence. Il regarde des livres pendant des heures mais n’aime pas trop qu’on les lui lise. Quand je m’assois par terre en tailleur, il me rejoint toujours, s’installe dans le berceau de mes jambes, certaines fois fugitivement, d’autre pour s’installer vraiment, ou encore pour s’y allonger. Il fait des câlins. Il me mord aussi et répond des « aïoh ! » joyeux à mes « aïeuh !  » de douleur. Il veut se mêler de tout. Il vient voir ce qu’on fait, curieux. Il est toujours content de nous voir. Quand je vais le chercher à la crèche, il fonce vers moi dès qu’il m’aperçoit, heureux. Quand bien même il était en train de jouer tout content l’instant avant. Il comprend de mieux en mieux ce qu’on lui dit. Manifeste en grand qu’il n’accepte pas le frustration. Il joue beaucoup avec le garage de Peanuts. Il aime les très grands véhicules, qu’il maltraite allègrement, la jeep n’a pas survécu. Il repère tous les camions de pompiers et les hélicoptères. Il mange son poids en gressins chaque semaine. Il est merveilleux.

Parent

Le plus compliqué, en tant que mère de deux, c’est de donner du temps de qualité à chacun. Alors que j’ai déjà peu d’énergie. Alors que ces jours-ci, j’ai surtout envie de faire mes trucs à moi et qu’on me fiche la paix. Je sors d’un de ces mercredis satisfaisants en rien. Pas catastrophique mais aucun moment n’a été vraiment réussi. Un mercredi à oublier, voilà, qui a le seul mérite d’être passé.

Les vacances approchent et j’aurais très peu de temps seuls. Mes relais habituels sont peu accessibles, Covid oblige. On ne part pas, non plus. J’appréhende. Beaucoup. Je n’ai pas envie d’y être. Et en même temps, j’ai besoin d’un break dans le rythme des journées.

Ce soir je suis amère. C’est trop loin, la perspective de recommencer à avoir vraiment du temps pour moi. A pouvoir m’asseoir ou prendre une douche sans qu’un enfant ou l’autre ou les deux ne viennent me solliciter.

Ce soir, je suis une vieille louve fatiguée.

Le plus-si-bébé

Aujourd’hui, Popcorn…

a descendu plusieurs fois le toboggan des grands tête la première

a essayé de marcher le long d’un murée. N’a pas réussi, boum

a déplacé les chaises de la cuisine pour monter sur l’une d’elle puis sur la table pour jeter par terre tout ce qui se trouvait dessus

a escaladé les accoudoirs du canapé dans les deux sens

a essayé de faire une bataille d’oreiller avec son frère

Apprenti cascadeur, j’espère que son ange gardien a le cœur bien accroché !