Mon ourson

L’Enfant Petit a été très malade une journée. Puis aujourd’hui, plus rien, à part l’appétit petit, tout petit, minuscule. Mais l’appétit tout petit de l’Enfant Petit, c’est partout et n’importe quand, alors…

L’Enfant Petit a décidé d’avoir peur de tout. Il dit « a peur ! » des bruits, des gens, des ombres, et même des câlins. Et quand il n’y a rien de tout ça, il a peur du fantôme, de la sorcière ou du monsieur sur la photo au dessus de mon bureau. (S’il savait ça, mon Papy…) C’est beaucoup un jeu, mais pas que. Et je ne sais pas trop quoi en faire.

L’Enfant Petit me laisse dessiner. Il vient voir de temps en temps ce que je fais et me pose des questions, ou commente. C’est très très mignon. Même s’il trouve que mes loups ressemblent à des lions. Il décrit aussi ce que je fais. Ça me donne l’impression d’être dans un documentaire en audio transcription, c’est assez rigolo.

L’Enfant Petit est fatiguant et réclame ma présence. Peut-être bien qu’il fait le plein. Il parle beaucoup de son frère et quand on lui demande où est ce dernier, il répond « L’est loin loin là-bas la voiture ‘a Manou l’est là loin » en montrant par la fenêtre, et il a raison (sauf qu’il n’est pas encore dans la voiture !) et avant de se coucher, il précise tout de même que la place de son frère est là au dessus de lui. Il a bien pris que son père retourne au travail. Mais je crois qu’il apprécierait que sa tribu soit belle et bien réunie.

L’Enfant Petit est enfin couché. Je vais un peu souffler.

Qui a remis une pièce ?

L’Enfant Petit est rentré hier. Et l’Enfant Petit est malade aujourd’hui. Fièvre, angine, antibios, perte d’appétit, et « A mal, Maman ».

C’est comme s’il signait clairement la fin des vacances pour lui, pour nous, paf, on est rentré, les affaires reprennent. Médecin, pharmacie de garde, vomi de l’antibiotique sur le carrelage de la cuisine, Doudou et le t shirt de papa, youpi tra la la. Et les idées que j’avais pour le début de semaine à lui et moi nous deux qui passent à la trappe.

Et surtout, surtout, je déteste le voir mal comme ça et ne rien pouvoir faire. Et que le peu que je puisse faire, c’est-à-dire lui administrer un traitement, ce soit aussi dur pour lui. Il a un nouveau mot. Il sait dire « Doliprane ». Pour dire « non pas le lip’ane, fermer la couche ma’tenant Maman » (les suppos, l’enfer de ce gosse, mais il venait de vomir l’antibio et il fallait faire quelque chose pour la température du petit lui…) Il se débat, crie, sert les dents, rue… Les négociations sont vaines. Alors on explique qu’on va être forcés de le forcer et on utilise qu’il n’a que 13 kilos et 85 cm à opposer à nos corps d’adulte. On finit par gagner. Sauf quand il vomit dans la foulée, là, tout le monde a perdu.

Soigner un enfant contre son gré, le truc trop nul de la parentalité.

Là il dort. Sans rien avoir mangé à midi. Je lui jette pas la pierre, les angines, je connais, j’en ai fait des paquets. C’était comme qui dirait ma spécialité, v’voyez. J’aurais autant aimé qu’il n’hérite pas de ça mais avec la deuxième en 6 semaines en plein été, j’ai un peu peur qu’il suive ma trace, cet enfançon.

Mon bébé, mon ourson, mon loulou, mon chouchou, mon sorcier, mon tout petit… C’est nul, les super pouvoirs de maman, quand on ne peut rien faire contre une bête angine…

Update : on a fini aux urgences (long story) pour rien (ouéé). Il ne va pas vraiment mieux mais pas pire.

Marre

On a eu pas tout à fait 48 heures sans enfants. Le temps de se rappeler ce que c’est, pourquoi ça nous manque, combien ça nous manque. Pas assez pour qu’ils nous manquent, même pas un tout petit peu.

Puis ils sont rentrés.

Popcorn avec 38,9 de température, de la morve plein le nez, les cordes vocales enrouées.

Peanuts deux jours avant ce qui était prévu à la base.

Donc demain et sans doute mardi, je vais passer la journée seule avec les deux enfants. Exactement ce que j’ai tout fait pour éviter en ce début juillet. Parce que je savais pertinemment que je n’aurais pas le ressource. Et comme je me connais bien, je ne m’étais pas trompée.

Alors là, moi, j’éprouve un très, immense, sépulcral, abyssal, ras le bol.

Carnet rose nostalgique

Il y a deux ans, je me couchais, un peu difficilement comme l’étaient toutes les manœuvres de mon corps encombré. J’adressais à mon abdomen protubérant une prière de bonne nuit. On était un mardi. J’avais très peu contracté dans la journée, bien moins que les autres jours. Je réfléchissais à m’organiser pour mes rendez-vous du lendemain. Et je m’endormais.

Il y aura deux ans dans quelques heures, une douleur dans les reins me réveillait. Il y aura deux ans dans quelques heures de plus mais pas tant, je touchais sa peau pour la première fois.

Mon puceron, mon ourson, mon sorcier, mon chichon, mon pi chou, mon bébé… qui n’en est plus un.

Il y a deux ans. Et depuis, mais même avant, chaque jour et pour toujours, mon enfant.

Artiste

Hier, Popcorn a fabriqué des choses avec des fils de chenille. Des serpents, pour commencer. Puis des éclairs. Puis j’ai perdu le fil et quand je l’ai rattrapé, il me présentait un enchevêtrement compliqué composé de plusieurs couleurs en me déclarant « Regarde, Maman, j’ai maîtrisé le chaos ».

Cette phrase résonne encore.

Je crois que c’est parce que dans le fond, ça dit assez bien ce que je la sensation de faire de mes journée.

Maîtrise du chaos, Peanuts, six ans un tiers

Mute mum

J’arrive presque au bout de deux journées et demi sans voix mais avec enfants. Et cette situation me parle énormément de ma parentalité.

Je parle beaucoup à mes enfants. Je suis bavarde, parler m’est confortable, me rassure. Avec mes enfants, je mets des mots partout, forcément, par contre, je parle le plus souvent posément. Moi qui ai un débit à chanter la Valse à mille temps sans fourcher, je le pose avec ma marmaille.

Ma voix me sert à attirer leur attention, à leur répondre, à discuter, à donner des consignes, à rassurer, à consoler, à gronder, à passer des annonces. Je leur parle d’une pièce à l’autre, les interpelle à travers le parc pour leur faire des signes, ma voix est un lien à travers l’air.

Depuis vendredi, je me rends compte que j’utilise aussi énormément le contact pour fixer leur attention. Un main dans les cheveux, sur la joue, une caresse dans le dos, sur le bras, un index sur l’épaule, sur le bout du nez. Parce que naturellement, j’ai glissé là dessus pour palier la défaillance de ma voix. Peanuts se lasse, ça lui fait un peu trop, je limite et remplace par des claquements de doigts. Popcorn, à l’inverse, s’en goinfre et en redemande. Il vient chercher mes mains, mes bras. Comme s’il avait accepté ce changement de mode de communication. De toutes façons, lui, des mots, il lui en manque quand même beaucoup (même s’il dit « crodi » (ils sont partis n’en parlons plus) depuis hier et « l’est là » et « ‘a y est » depuis le milieu de semaine), alors tous les moyens sont bons pour se faire comprendre. Et visiblement, si on peut avoir un câlin au passage, c’est assez satisfaisant.

Je sais qu’au quotidien, je me répète beaucoup. Notamment pour me faire obéir. Forcément, condamnée à chuchoter, à lutter contre le bruit ambiant pour me faire comprendre, j’économise la quantité et m’assure de me faire entendre dès la première fois. Je n’irais pas dire que ça marche aussi bien mais finalement, ça fonctionne pas si mal. J’ai sans doute une leçon à retenir ici. Même si je sais que Peanuts joue le jeu parce qu’il a compris que la situation est particulière et que ça ne tiendrait pas sur le long terme.

Finalement, ce qui manque le plus, c’est de ne rien pouvoir leur chanter. Les comptines apaisent beaucoup Popcorn et lancer youtube dans ma poche n’est pas aussi satisfaisant. Chanter en écho à la radio, chanter parce qu’un mot, une phrase m’a fait penser à un texte, chanter pour taquiner. Il va falloir attendre quelques jours encore…

Je vais me refaire un thé avec beaucoup de miel.

Petit pouce

Pendant ces deux années de crèche, Peanuts ne « m’accueillait » pas quand je venais le chercher le soir. Il manifestait qu’il m’avait vue, assez souvent, il me souriait. Mais il poursuivait son activité, parfois se carapatait en démarrer une autre. Lors de sa deuxième année, c’était devenu une source de blagues récurrentes avec les auxiliaires. Des parents arrivaient, repartaient avec leurs enfants et moi, j’étais là à essayer de convaincre mon petit bonhomme de rentrer.

Popcorn, lui, est toujours content de me voir. Il m’accueille avec de grand « Maman ! » et vient chercher un contact. Un câlin, les bras, une caresse. Ce soir, un autre enfant a osé s’approcher de moi en faisant mine de me faire un câlin et il a rencontré une épaule de Popcorn bien décidé à récupérer sa mère à lui sans interférence.

Pourtant, quand j’ai l’occasion de l’observer avant qu’il me voit, il s’amuse. J’aime l’apercevoir rire avec les autres, se passionner pour l’imagier que présente son auxiliaire, taper dans un ballon avec concentration ou jouer à se jeter dans la petite piscine à balles. Et j’aime quand tout à coup, il lève la tête, me voit et me sourit largement, « Maman ! » Masque oblige, pas de bisous à ce moment-là. Mais toujours la tendresse. Après, on rentre dans le fais pas ci fais pas ça vient ici que je t’enlève tes chaussures ôte toi de là mais dans quel casier tu as pris cette tétine ?

Avec Peanuts, on avait le temps de trainer, on ne faisait rien de particulier après la crèche, je n’étais pas garée en double file, c’était juste lui et moi. Avec Popcorn, j’ai un oeil sur l’heure, il faut qu’on file à l’école chercher son frère. Sans doute le sait-il, comme Peanuts savait.

En attendant, j’aime comment mon enfant petit a su créer ce moment de doux dans la course de nos fin de journée.