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Génération K. Tome 2. de Marine Carteron, publié aux éditions du Rouergue dans la collection « épik » en 2017

« … moi si je te demandais ça c’était pour éviter de te casser les oreilles mais, après tout, si tu préfères que je chante…

Et c’est ce que je fais. Je me mets à chanter.

Fort.

         Et puis, comme ça n’a pas l’air suffisant je fais glisser deux de mes plus grosses bagues sur les deuxièmes phalanges de mes indes et les utilise pour scander le rythme de ma chanson en les frappant sur la vitre de séparation. Je gueule, je frappe, je m’écalte… et dès la fin de la première chanson je récupère un chargeur pour mon iPod.

Kassandre : 1/ Papounet : 0″

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… Génération K. (tome 1), de Marine Carteron, paru dans la collection « épik » des éditions du Rouergue en 2017. »[…] j’ai beau lui dire de se calmer elle ne m’écoute pas.Mes oreilles bourdonnent, chacun des poils de mon corps se dresse, des milliers de pointes acérées me parcourent le corps.Je m’étire dans toutes les directions, tends mon cou en arrière jusqu’à ce que mes vertèbres craquent, serre et desserre mes phalanges, roule des épaules.Je lutte.Quelque chose est en train de se passer.Je suis connecté à ma bête noire comme jamais et je me sens… vivant, intensément vivant !Je ne comprends pas… je n’arrive pas… à la maîtriser… elle… est… moi… je su

is… nous !- Ça va ? »

Je voudrais que le temps s’arrête

On a d’abord trouvé ça loin. Puis ça s’est rapproché.

Ce n’est pas parce que c’était loin qu’on ne ressentait rien. Mais bon, c’est humain, on le vit pas pareil que quand c’est prés.

Puis on l’a vécu différemment parce que c’est devenu franchement très prés.

On a voulu en rigoler. Pas qu’on soit inconséquent·e·s : le rire met à distance.

Mais malgré les rires, c’est devenu tout prêt.

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors, c’est devenu moins facile. On a essayé de s’aider, on ne s’inquiétait pas toustes fort pareil, on a répondu aux questions, on a échangé des astuces.

Moi j’étais un peu comme tout le monde. Je regardais l’actualité asiatique avec empathie mais sans grande inquiétude, j’ai blagué, je me suis inquiétée, j’ai été rassurée, je me suis réinquiétée et j’ai été rérassurée.

Puis lundi, j’ai été malade. Et pas que moi. D’un coup, je suis passé de « Je ne connais personnellement personne » à « Je l’ai sans doute et il n’y a pas que moi ». J’ai continué de mettre à distance mais depuis hier soir, je n’y arrive plus. J’angoisse et j’ai vrillé, j’entends tout le rationnel qu’on m’oppose mais la part de moi qui y résiste est devenue trop grande et ça déborde, ça se mélange à plein d’autres choses et les maux de tête qui me battent le cerveau depuis dimanche n’aident en rien.

Le jour, la lumière, les autres humains à travers le Réseau mettent un peu de distance. Je sais déjà que ça n’ira pas bien ce soir.

Je voudrais que le temps s’arrête, ma tête n’est pas prête pour ça.

Note de bas de page :

Les vignettes ci-dessus sont issue de la BD Claude et Morino d’Adrien Albert sur laquelle Peanuts a eu un coup de cœur un jour en librairie. C’est une histoire à l’atmosphère assez étrange, publiée en 2018 à l’Ecole des Loisirs, qui m’a offert la menue douceur improbable de lire à mon fils ainé du Baudelaire cité par des moules. Mais si je suis totalement honnête, ce qui a achevé de me convaincre de l’acheter, c’est la perspective du défi de garder mon sérieux en lisant ceci à Peanuts le soir au couché :

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Le Photographe, de Mano Gentil, édité chez Syros en 2006 dans la collection « Les uns les autres ».

« …son bras et ils ont marché, l’un contre l’autre. Ils se dirigeait vers la maison des jeunes. J’ai pensé qu’ils s’étaient rencontrés là-bas. Plus tard, j’ai appris qu’elle avait eu des ennuis avec ses parents. Sa mère a dit à la mienne qu’elle avait dû l’envoyer à l’étranger. Je n’ai pas compris sur le moment, j’étais trop jeune. Quelques années plus tard, sa mère a reparlé devant moi de ce voyage. Elle a dit quelque chose comme : « Ils l’ont raté. Ils ont touché des organes. Elle aura des difficultés à avoir des enfants. » J’ai compris que l’Angleterre était synonyme d’avortement. »

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Boum ! de Mark Haddon. Première publication en 1992, puis texte retravaillé et réédité en 2009. Mon édition date de 2013 chez Pocket jeunesse. La traduction est de Marie Leymarie.

« … s’est regardés tous les quatre, incapables d’imaginer ce qui allait arriver. Puis l’homme a levé sa main illuminée vers Face-de-Cratère.

– Toi. Dégage.

– Fais quelque chose ! a crié Becky.

Elle n’a pas eu besoin de le lui dire deux fois. Il a repoussé une mèche de cheveux gras de ses yeux, a bombé le torse et à déclaré :

– Je laisse personne me dire de dégager, mec.

Il a tendu ses mains dans une position de kung-fu, puis à saute en avant en rugissant, comme quelqu’un qui s’apprête à couper un aéroplane en tranches. »

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En nous beaucoup d’hommes respirent, Marie-Aude Murail (édité en 2018 chez l’Iconoclaste, lu sur la liseuse, 256 p. )

« … vitale pour continuer à penser et à découvrir. »

Je vois les vertus de l’oubli quand j’écris. Pour avoir l’audace d’écrire, il faut oublier ceux qui nous ont devancés. Je sais, parce que c’est dans mon carnet de citations, que Théophile Gautier a dit le contraire à sa fille Judith :  » Le monde était fait avant que tu sois née et il est inutile d’inventer ce qui existe. » Soit, mais si on y pense vraiment, il y a de quoi être paralysé. Holere a trop bien travaillé. Les écrivains se doivent à eux-mêmes d’être amnésiques. »

Citation

« Sur le mur du collège, avant d’en franchir le portail, j’ai pu lire cette déclaration tracée à la bombe par quelque ado no future : « En raison de l’indifférence générale, demain a été annulé », ce dont j’ai fait part aux petits sixièmes de madame Bouaziz. « Y a pas piscine alors ? » s’est prise à espérer une rouquin de 11 ans. Je crois que je les aime toujours autant ».

En nous beaucoup d’hommes respirent, Marie-Aude Murail (édité en 2018 chez l’Iconoclaste, lu sur la liseuse, p. 162)

Citation

« Maintenant, je sais (je crois savoir… soyons prudente !) que je serai prof de français parce que j’aime les livres d’un amour religieux. Je voyagerai avec Elvire (Elvire, c’est ma sœur : nous sommes unies comme les deux doigts de la main… Non ! Cette expression est stupide : nous sommes le même doigt et si l’on me disais de choisir lequel, je répondrais l’index.) Avant, je rêvais que j’irais chasser le phoque avec les Esquimaux et causer chiffons avec les femmes jivaros. Maintenant, je suis nettement plus réaliste : je ferai le tour du monde dans une Méhari vert bouteille avec, peints sur le capot, les noms des pays déjà visités […] « 

En nous beaucoup d’hommes respirent, Marie-Aude Murail (édité en 2018 chez l’Iconoclaste, lu sur la liseuse, p. 70-71)

Une citation.

« Parfois, je m’entends parler, et je n’aime pas qui je suis. Ou plutôt, je n’aime pas la version de moi que je suis en train d’être. Ça dépend à qui je parle. La conversation, c’est comme le tennis, on s’adapte à l’autre. J’aime mes amis parce qu’ils me permettent d’être une version de moi que j’apprécie. D’une certaine façon, à travers eux, c’est moi que j’aime ».JI, Erwan. J’ai avalé un arc en ciel. Nathan, 2017. p. 62