Extrait

« Les mots sont de nature diverse.

Certains sont lumineux, d’autres charges d’ombre. Avril est, par exemple, empli de lumière. Les jours s’allongent ; tel un javelot, leur lumière s’avance et pénètre l’obscurité. Un beau matin, nous nous réveillons, le pluvier doré est arrivé, le soleil s’est rapproché, l’herbe affleure sous la neige et commence à verdir, les bateaux pontés sont mis à l’eau après avoir sommeillé à longueur d’hiver sur la rive et rêvé de la mer. Le mot avril est tout entier de clarté, de chants d’oiseaux et d’impatience. Avril est le mois le plus prometteur de l’année. »

Jón Kalman Stefánsson, Entre ciel et terre, Gallimard, « Folio », 2010. p. 127

Extrait

« Ce qui s’est passé se passe sans cesse, depuis longtemps, partout. Pendant les guerres. Les putschs. Les temps de paix. Cette paix illusoire. Dans les coins sombres. Les coins clairs. Les rassemblements festifs. Les appartements. Les soirées. Les rames de métro vides. Pleines. Les boîtes de nuit. Un bacon. Un lit. Des toilettes. Un fauteuil. Le béton. La terre. La poussière. Le jour. La nuit. Le matin. L’après-midi. L’ennemi ? N’importe qui. Un ami. Un inconnu. Un amoureux. Un passant. Un jaloux. Un employé. Un jeune. Un vieux. Une connaissance. Un patron. Un oncle. Un éconduit. Un cousin. Un collègue. Un grand-père. Un père…

Imagine. toi, tu as vingt ans, tu as treize ans, tu as trente-deux ans, tu as quarante-cinq ans, tu as soixante ans, tu as dix-sept ans, quatorze ans, ou encore huit ans…

Tu vis en France ou en Angola, en Allemagne ou aux États-Unis, en Suède ou en Tanzanie, en Russie ou en Chine, au Bénin ou en Birmanie, aux Comores ou en Érythrée, en Irak ou en Syrien, tu fais partie d’une entité immense, étendue et travailleuse.

Tu vis aujourd’hui, ou tu as vécu hier : tu as toujours vécu. Imagine. Tu es une bonne partie de la moitié de l’humanité.

Tu as bu de l’alcool, ou bien tu n’en as pas bu, tu as fumé ou tu n’as pas fumé, tu as mis une jupe courte ou un pantalon, un décolleté ou un col roulé, un boubou ou une burqa, un kimono ou un pagne, ou encore tu n’as pensé à rien, ni à tes vêtements, ni à boire, ni à quoi que ce soit d’extérieur à tes rêves ou à tes jeux parce que tu as huit ans. »

HINCKEL, Florence. Comme un homme. Nathan, « court toujours », 2020, pp. 28-29

Citation

« Il balaya la cours d’école d’un grand geste de la main.

– Où, dans quel autre endroit de France, peut-on trouver pareil rassemblement de gens différents ? Des pauvres et des riches, de toutes les couleurs, de tant de pays, aux histoires si différentes, qui croient en Dieu, en Jehovah, en Allah, ou qui ne croient en rien, comme le mécréant qui vous parle ? Ils jouent ensemble, ils apprennent au coude à coude et ils fraternisent. Y a-t-il un autre endroit où Églantine de Saint-André aurait quelques chance de rencontrer Toussaint Baoulé et de l’aimer ?

La cloche sonna, coupant court au lyrisme de monsieur de directeur. Il se leva.

– Je dois tout à l’école, dit-il brusquement. Et j’espère que l’école me devra un peu quelque chose.

Ce fut comme une grande secousse pour Cécile. Elle avait la vocation depuis le CE2, mais George venait d’y mettre des mots. »

MURAIL, Marie-Aude. Vive la République. Pocket jeunesse, 2019. p. 145

Citation

« – Et bien, dit Sauveur, regardant pensivement le vieux doudou, Toc-Toc pense que, pour ne pas déprimer dans ce monde anxiogène, la première règle, c’est de se vouloir du bien au lieu de se faire du mal. Ne pas manger trop, ne pas manger des choses malsaines, ne pas s’empêcher de dormir, ne pas rester des heures vissé sur un siège, ne pas se gaver d’écrans. Nos angoisses et notre état dépressif sont dus à un manque de sommeil et à un manque d’exercice bien plus qu’au changement climatique. La deuxième règle, c’est de se tourner vers les autres. Parlons-nous, rions de nous, partageons nos petits plaisirs et nos difficultés, et par-dessus tout, cultivons l’amitié, l’amitié entre frères et soeurs, l’amitié entre enfants et parents, l’amitié entre amoureux, l’amitié, c’est tellement doux… « 

Sauveur & fils saison 6, Marie-Aude Murail, l’Ecole des loisirs, 2020. pp. 255-256

100 mots de la page 100 de…

La libraire de la place aux Herbes, d’Éric de Kermel publié en 2017 chez J’ai Lu.

« Parfois je me dis que les peuples de la Méditerranée ont davantage en commun que les peuples européens. L’histoire a décidé de privilégier la construction de l’Europe alors qu’il s’agit du territoire où sont nées les deux guerres qui ont embrasé le monde. Sans doute était-ce une manière de créer des liens pour empêcher que n’advienne un jour une troisième guerre mondiale. Dans la foulée, le mur de Berlin s’est effondré dans une ville qui était pourtant la Jérusalem européenne et cristallisait l’opposition ente l’Ouest et l’est. Aujourd’hui, l’Est… « 

100 mots de la page 100 de…

Si on chantait ! Ouvrage collectif édité chez Pocket Jeunesse en 2020. Le chapitre 7 dont est tiré l’extrait est écrit pas Stéphane Michaka.

« Quand Philip est contrarié, son naturel british revient au galop. Son menton se redresse, ses narines s’élargissent. Ses phrases font des embardées vers l’anglais.

– Vous embêtez pas à sortir vos clés ! lui lance Ambre. Il y avait un trou dans la clôture, on est entrés là-dedans comme dans un moulin…

Le regard perçant du majordome brille dans un rayon de lune. Ambre s’interrompt, cramoisie.

– Je rater constater par myself, lâche Philip en faisant cliqueter son trousseau de clés comme s’il souffletait le visage d’Ambre.

Led adresse à son amie… « 

100 mots de la page 100 de…

La Vraie vie, d’Adeline Dieudonné. Un roman publié en 2018 chez l’Iconoclaste.

« …leur chantait des chansons. Elle disait que ça leur faisait du bien. Surtout à Cumin, qui, d’après elle, avait un tempérament névrotique. C’était une sale bête, oui. Un bouc agressif et vicieux. 58. Mais ça n’était pas sa faute, c’était comme Coco, il ne supportait pas d’être en cage. En plus, cet enclos était trop petit pour cinq chèvres. Mais ma mère refusait de se séparer de l’une d’entre elles. Alors elle leur chantait des chansons. Et mon père l’observait. Lui, ça n’avait pas l’air de l’apaiser, ces chansons. »

100 mots de la page 100 de…

Oh happy day ! d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, édité chez Fleuve en 2020 (pagination de ma liseuse)

« …pour votre œuvre et votre grand talent. Je ne suis pas un lecteur très exercé, mais je suppose que quand un écrivain totalise 840 000 entrées Google sur son nom, ce n’est pas un hasard.

Mais ce n’est pas le propos de ce mail. J’y viens.

Mme Wyatt et moi formons un couple harmonieux. Nous n’avons pas de secrets l’un pour l’autre. Elle connaît ma vie d’avant comme moi je connais la sienne. Elle se confie à moi et je sais donc tout des liens particuliers qui continuent de vous unir, elle et vous, malgré…

100 mots de la page 100 de

Et je danse aussi, d’Anne Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, édité chez pocket en 2017.

« … courriers, c’est qu’au fonds, je comprends trop bien votre peine inconsolable. Lorsque vous parlez de ces nuits où vous avez l’impression de sentir sa présence, ça me serre le cœur. Si ce chagrin n’est pas soluble dans  » ‘ l’écriture, dans quoi pourriez-vous bien le diluer ? (Évitez le schnaps, conseil d’amie !) Avant de filer sous la douche, je vous propose une liste : le sport, les voyages, la religion, la pratique du yoga, monter sur les planches, le shopping à outrance – et en désespoir de cause : rencontrer d’autres femmes ? Ou des hommes – ça vous changerait ! »