3 juillet Aujourd’hui est un plan

Si aujourd’hui est un plan, c’est le plan B, ou le C, mais sûrement pas le A.

Le A, c’était celui où je terminais ma dernière matinée de boulot de l’année scolaire, où je profitais de l’ambiance étrange du collège en ce moment, du lâcher prise que j’ai à ce moment là : je ne terminerai pas tout, je le sais. Celui où je prenais le temps de souhaiter bonnes vacances, où je récupérais mon vélo, m’achetais un sandwich en ville, une salade, un panini, n’importe quoi que je n’aurais pas préparé moi-même, je passais à la boutique de cycle faire vérifier l’installation du siège bébé puis je profitais de 3 heures environ dans mon chez moi SEULE. Avant de récupérer le petit nous à la crèche et le grand nous à son école après sa dernière journée d’école maternelle de toute sa vie entière.

Mais Popcorn est malade.

Oh, pas grand chose, une rhino. Le genre qu’on gère avec un doliprane et hop, tu vas à la crèche.

Sauf que la crèche ne prend plus les enfants qui ont de la température, que l’école ne prend plus les grands frères dont les petits frères ont de la température, que les médecins prescrivent des tests PCR aux enfants qui ont une rhinopharyngite et que c’est le bordel.

Alors plan Bordel, plan Ça fait chier, plan Décidément quand ça veut pas…

Aujourd’hui me manque peut-être

Je ne sais plus comment on fait pour être cette maman si synchronisée avec le grand tout en câlinant dans le creux de son coude le petit. Il y a une force, un élan, quelque chose qui se logeait très profond en moi qui ne répond plus à l’appelle. Comme si la louve était anesthésiée par l’épuisement, le confinement, le déconfinement, les enfants, par cette vie là.

20 juin. Aujourd’hui le fin de

Lundi, je retourne au collège en présentiel sur toutes mes heures. Celuiquim’accompagne également, à son travail. Peanuts reprend l’école. Popcorn reprend la crèche.

Je voudrais pouvoir écrire « aujourd’hui la fin de l’épidémie » mais c’est loin d’être le cas. C’est plutôt la fin du confinement. Ou la fin du déconfinement. Celle de cet entre deux, entre la vie d’avant et celle qui fait comme si elle pouvait être la vie d’avant. Avec des masques et du gel hydroalcoolique en plus. C’est la fin d’une année scolaire comme j’espère ne plus jamais en vivre, comme j’espère que mes élèves n’auront plus à en vivre, comme j’espère que mon fils n’aura plus à en vivre et que mon fils n’en vivra pas.

C’est une petite fin en attendant la grande, celle du vaccin ou du traitement, celle du bas les masques et du retour des poignées de main. Ou pas.

18 juin. Aujourd’hui réflexe

Je trie, j’inventorie, j’enregistre, je rends, je déballe, j’empile, je classe, je dépile, et encore.

Ce CDI, je le connais sur le bout des ongles et pourtant, je le change sans cesse et cette année encore. Je déplace, modifie, réorganise.

Dans cette reprise vide d’élèves, je prends de nouveaux repères, un nouveau rythme, je dessine encore l’espace et m’installe un peu plus profond dans les murs.

J’aime bien, ce tête à tête, entre le CDI et moi.

15 juin. Aujourd’hui comme ça et pas autrement.

Macron a macronné et une fois de plus on tricote derrière. Les textes ne paraîtront que deux jours après, on ne sait rien, les réponses sont partielles, évasives, tronquées et des fois juste complètement cons. Elles se déversent par ma radio. Une fois de plus, notre hiérarchie communique avec nous en même temps qu’avec le reste du monde, par médias interposés. Je me sens sale de travailler ainsi.

Aujourd’hui je n’ai rien dit quand

… Celuiquim’accompagne, qui me rassurait hier soir en me disant qu’il le ferait aujourd’hui, m’a dit, très nonchalant, qu’il n’avait pas fait le mail hebdomadaire à la maîtresse,

Quand il m’a dit qu’il n’était pas sorti de la journée entière, avec les enfants.

Quand j’ai constaté que les poubelles du CDI n’était toujours pas vidées. Au bout de 8 jours.

Quand une troisième collègue est descendue juste pour discuter alors que je suis débordée.

Quand des portes étaient fermées alors que les personnes derrières étaient censées travailler.

Pour une nana si bavarde, je me tais beaucoup.

5 juin. Aujourd’hui un parfum

Je remonte à vélo, ma (demi) journée de travail terminée. Je ne sais pas très bien ce qui m’attend chez moi : les enfants étaient seuls avec leur grand-père, pour la première fois toute une matinée. J’ai reçu une photo cool dans la matinée mais rien de plus.

Je suis sur la piste cyclable, je ne pédale pas fort, Buddy (mon vélo) fredonne doucement, quand tout à coup, un goût de l’enfance m’explose dans la bouche : celui des fleurs volées dans les arbres de la cours de récré. On envoyait les grands, ils nous jetaient les grappes. Il suffisait de leur en garder quelques unes. Les maîtresses faisaient semblant de ne rien voir. Et nous poussions le jeu jusqu’à aller leur en proposer. Une fois cueillies, on délogeait les pétales de leur écrin et on en croquait la base. Un petit sucre piquait alors le palais.

Je lève la tête. Elles sont là, cascadent depuis les branches hautes de ma piste bordée, la haie d’honneur des acacias.