25 septembre. Aujourd’hui où étiez-vous entre 13h et 13h05. Que faisiez-vous ? Vous avez un alibi ?

C’est pas moi ! Moi je faisais griller un steak. Un faux-filet, en fait. Une tranche immense, même qu’on a mangé à deux dessus. Non, c’est pas moi. Je plongeais les pâtes dans l’eau brouillante. Des farfalines. 110 grammes. Ce n’est pas moi, non. Je coupais deux tomates en rondelles, un peu de mozzarella, du basilic, mélangeais de l’huile d’olive et du vinaigre balsamique. Je mettais la table, le couvert pour deux. Je discutais avec Celuiquim’accompagne. Je rouspetais contre le voisin du dessus qui plantait un truc dans un mur. Comment ça, un alibi ? Je ne quoi ? Pouvais pas tout faire ça en même temps ? Mais ! Je suis une femme !

11 septembre Aujourd’hui l’écran

Je recommence à avoir plus de boulot urgent à faire que de temps dans une journée de boulot. Alors je navigue, je rapporte des choses à faire à la maison, je connecte Sheldon, mon PC, sur mes comptes pros.

Un peu.

Aujourd’hui, je suis rentrée et j’ai fait une séance de yoga, un tout petit peu de cardio, je suis ressortie, je suis revenue, et quand je me suis posée un petit moment à mon bureau, ça a été pour prendre le temps de faire des jolies choses dans mon carnet de notes. Et l’écran n’a servi qu’à passer de la musique.

Ne pas se laisser envahir.

6 septembre Aujourd’hui le piège

« Je vais m’allonger, tu peux me prévenir quand il est 8h50 ? »

Ça n’a l’air de rien, hein. Une demande de trois fois rien.

Mais voilà comment partir s’allonger et se détendre complètement. Alors que moi, je garde un œil sur l’heure, alors que je porte la charge mentale de veiller à ce qu’il ne prenne pas du retard. Charger ma barque pour un quart d’heure de lecture oisive.

25 août. Aujourd’hui essayé de

Profiter des tout derniers jours de vacances n’est jamais chose aisée. Cette année, c’est l’inquiétude particulière des protocoles qui s’installe. Comment accueilleront nous les élèves ? Comment cela se passera-t-il au CDI ? Comment l’épidémie va-t-elle tourner avec cette rentrée ? Comment traverseront nous l’automne ? Et l’hiver ? Comment enseigner masquée ? Il y a tellement de vide là où devraient sonner les réponses qu’il y a comme un écho dans l’anaphore. Profiter des derniers jours, faire rire le bébé, dérouler le tapis de yoga, essayer.

9 août. Aujourd’hui bouches

Aujourd’hui, la bouche de Popcorn a beaucoup rit, répété le prénom de son frère, écorché, certes, mais c’est bien ce qu’il dit, crié de colère, de joie, d’enthousiasme, pleuré, bavé. Et pas que.

La bouche de Peanuts a beaucoup parlé, raconté des histoires, des et si, posé des questions, demandé à peindre, à lire, à faire une tour de cubes, mangé de la limande mmmh c’est bon ça maman, crié en jouant avec son frère, proposé, râlé négocié, revendiqué. Et pas que.

Et toujours, toujours, voir ces bouches sourire, le bonheur simple.

1er août. Aujourd’hui mangé

À midi, j’ai mangé des saucisses avec des petits pois carottes, du melon, du crottin de chèvres avec du pain frais, et une banane.

Enfin.

Peanuts m’a demandé à partager la fin de ma saucisse en échange de ses petits pois (mais pas de ses carottes).

Popcorn est venu me réclamer du melon, une cuillère pour lui, une pour moi, une pour lui, une pour moi, une pour lui, une pour m… lui, y ‘en a plus mais oui je comprends tu es triste mais on a tout mangé là…

Peanuts a supplié pour que je lui cède ma part de fromage. Je lui ai donné la moitié.

Et « Mamamama da ! Da ! » la banane dans la bouche du plus si bébé.

Pour la peine, j’ai grignoté des sablés aux pépites de chocolat. Pensant leur sieste, na !

30 juillet. Aujourd’hui un objet par terre

… lance sa main vers les lunettes et au « non ! » que je lui rétorque, dévie, n’hésite pas un instant, recalcule juste son geste à toute vitesse, empoigne mon masque et tire dessus avec force. L’élastique pris dans ma branche attire mes binocles, et paf, un totem barrière et mes yeux de rechange au sol. J’en profite pour voler goulument deux respirations libres et je ramasse mon visage d’emprunt, look de l’été en verres fumés. L’autre se marre, toujours installé sur ma hanche. « Crapule », je lui dis. « Da da da da da », il me réplique. Que voulez-vous répondre à ça ?

20 juillet. Aujourd’hui ce qui a un sens

Je fais des choses qu’il faut faire. J’ai vu un dentiste puis un deuxième, dans la même journée, pour m’occuper de cette fichue dent.

Je n’en avais pas envie. Non, pas du tout. Aller chez le dentiste, en particulier dans un cabinet que je ne connais pas. Appeler le deuxième, réorganiser l’après-midi. Appeler, rien que ça.

Pourtant c’était important. Je m’applique.

Je m’applique à prendre soin de moi. Parce que j’ai compris depuis de longs mois que si ce n’est pas moi qui le fait, personne ne le fera.

Alors deux dentistes, certes. Mais une petite victoire.