24 mars. Aujourd’hui super héro·ïne·s.

Les Soignant·e·s. Toustes.

Les pharmacien·ne·s.

Les caissier·e·s.

Les livreu·se·s, les postier·e·s, les facteur·ice·s et toustes celleux qui font en sorte qu’on reçoive des choses sans sortir.

Les agriculteur·ice·s.

Les boulanger·e·s, les épicier·e·s, les restaurateur·ice·s à emporter, toustes celleux qui vendent de l’alimentaire.

Les tabatier·e·s.

Les magasinier·e·s.

Les éboueur·euse·s., les cantonnier·e·s, les agent·e·s de la ville.

Les administratif·ve·s dans tous les services dont le pays a besoin pour continuer de fonctionner.

Les camionneur·euse·s qui livrent partout.

Les informaticien·ne·s, les responsables réseaux, les agent·e·s de communication, et toustes celleux qui font en sorte qu’Internet, le téléphone et nos moyens de communication continue de fonctionner.

Les chercheur·euse·s et toustes celleux qui participent à trouver le remède.

Les pompier·e·s, les ambulancier·e·s, les gens du SAMU, et même les flics et toustes celleux qui s’occupent de notre sécurité.

Les secrétaires, partout, qui sont encore à leurs postes.

Les laborantin·e·s, les technicien·e·s de labo, toustes celleux qui s’occupent des analyses de sang.

Les profs et toustes celleux qui portent à bout de bras la continuité pédagogique.

Les journalistes et toustes celleux qui font en sorte que l’information nous parviennent.

Les agent·e·s d’EDF, GDF, et toustes celleux qui font en sorte qu’on ait de l’eau, de électricité, du gaz.

Toustes celleux qui travaillent, en ce moment, partout, dans des conditions inédites, incroyables, invivables.

Puis les autres. Celleux qui restent chez elleux. Celleux qui sont confiné·e·s seul·e·s et le vivent mal. Celleux qui sont confiné·e·s avec des mômes, en particulier en bas âge. Celleux qui sont confiné·e·s à bien trop nombreux dans bien trop peu d’espace. Celleux qui sont confiné·e·s avec d’autres humain·e·s violent·e·s. Celleux que ça rend vides. Celleux que ça rend plein. Celleux qui se protègent les un·e·s les autres.

Et j’en oublie. Vous pouvez compléter !

 

 

 

20 mars. Aujourd’hui au pied du lit

Ce soir, j’ai peur. Peur du temps que tout cela va durer, peur de l’avant, peur de l’après, peur pour tous les gens, connus de moi ou pas, qui vont être très malades, qui auront des effets à vie, qui mourront, j’ai peur de ne pas pouvoir aller pleurer à des enterrements, d’avoir des enterrements où ne pas pouvoir aller pleurer, j’ai peur pour ces femmes qui mettent leurs bébés au monde seule parce que les co-parents ne sont plus admis en salle de naissance, j’ai peur d’être malade et devoir laisser mes enfants à d’autres longtemps, j’ai peur que mes enfants tombent malades et qu’on ne me laisse pas rester avec eux, j’ai peur pour mes parents, j’ai peur pour les parents de tout le monde, j’ai peur pour tous les enfants de quelqu’un quel que soit leur âge, j’ai peur que le temps passe et qu’il ne passe pas, j’ai peur de ce qui se passe après le générique de fin, j’ai peur qu’on ne fasse pas suffisamment, j’ai peur de ne pas avoir eu assez peur, j’ai peur de comment mes enfants vont grandir. Et je ne sais pas comment laisser cette peur au pied de mon lit.

19 mars. Aujourd’hui en toc

Je me suis focalisée sur la continuité pédagogique, donner du travail aux élèves que j’ai en cours, sélectionner les contenus, imaginer comment les transmettre, quoi demander aux élèves. J’ai ficeler mes quizz, j’ai choisi mes outils. Il y avait cette attente des élèves, leurs questions. Aurons-nous du travail ? Comment travaillerons-nous à distance ? Mal, mes loulous, mal… Je n’ai jamais été formée à ce qu’on me demande de faire et je dois l’improviser seule, dans l’urgence, avec mon peu de matériel personnel, tout en m’occupant de mes enfants, sans pouvoir communiquer avec l’ensemble de mes élèves, putain de fracture numérique. On ne pourrait pas faire pire conditions. Et ce soir, je me sens un peu une prof en toc.

17 mars. Aujourd’hui fallait pas que

… je veuille sortir, je veuille travailler, je veuille manger du chocolat, je veuille aller seule aux toilettes, je veuille lire, je veuille regarder un épisode de série, je veuille faire des courses en ligne, je veuille écrire, je veuille faire une sieste, je veuille faire mon yoga, je veuille envoyer une lettre, je veuille jouer sur mon téléphone, je veuille pleurer, je veuille en rire, je veuille…

11 mars. Aujourd’hui blanc

Je n’aime pas ce masque de papier. Il fait chaud, dessous, et ma respiration fait de la buée sur le bas des verres de mes lunettes. J’étouffe dans un demi brouillard.

Popcorn n’aime pas non plus. Il fuit ce visage dont le sourire est remplacé par un grand blanc. Il regarde ailleurs, de retourne, s’échappe.

J’ai pris le coup de main pour l’attacher, vite fait et ça tient. Le premier jour, je balbutiais des doigts, j’ai dû revoir mes nœuds plusieurs fois. Ces derniers mois, j’ai développé de ces toutes petits compétences médicales dont on aimerait n’avoir jamais à s’en soucier. Habiller un bébé équiper d’une sonde et de capteurs, de lunettes d’oxygène, décoder les chiffres de saturation sur un moniteur…

Je ne tiens pas à en développer d’autres. Alors je porte mon masque de papier, je me lave les mains et je désinfecte les poignées de porte et les interrupteurs de la maison. Ça ne me ressemble pas mais il faut savoir faire.

3 mars. Aujourd’hui fragment d’aujourd’hui raconté en statistique

80% de mon temps de travail consacré à des séances pédagogiques.

Rectificatif : 80% du temps d’ouverture du CDI.

Ça fait un peu beaucoup.

1/6e de ma Réserve rangé. Degré de frustration de ne pas pouvoir m’en occuper pour de bon : extrêmement élevé.

11,11% de la saisie qui me restait faite. 100% de la saisie qui reste à faire reste à faire. Et à couvrir, ah, tant de documents à couvrir.

100% des enfants baignés, nourris et couchés. Mais 50% endormis.

1 nana sur 1 Epuisée.

2 mars. Aujourd’hui, difficile de

Qeprise. Pluie battante, les jambes plus au vélo depuis 16 jours, le froid de retour. Le virus sur toutes les lèvres. Trois chiffres aussi et tout le découragement qu’ils apportent. De ces journées où il donner un rythme et de s’y tenir, sur quel pied danser, est essentiel. Ce matin, prendre le contre pied, jouer avec la peur plutôt que de la taire, faire un brin d’humour noir. Oublier que quitter l’enfant petit, je ne sais pourquoi, a beaucoup piqué. Oublier ou ne pas y penser. Lister, encore, répéter. Accepter de se secouer et d’improviser pour dépanner. C’est comme le vélo. Au final, moins rude qu’attendu. C’est déjà ça.