24 janvier. Aujourd’hui c’est long

Mon tout petit.

Neuf mois. L’âge que tu as fêté aujourd’hui. On l’a immortalisé, on a fait des photos, avec tes cheveux attachés en champignon sur ta tête, petit samouraï à la tignasse encore un peu pouilleuse.

Neuf mois. C’est un chiffre fort. Car voilà, mon enfant, maintenant, tu as vécu plus de jours en dehors de moi qu’à l’intérieur.

Et tu fais ça très bien.

Mais moi, ce soir, je me sens un peu « petite maman ».

Ça va passer. Et surtout, ne t’arrête pas de grandir pour moi. Fais ton chemin, ma puce, mon ourson, mon trigron, mon chouchou. Continue et moi, je continuerai à te voler des bisous dans le cou, tant que ça te fera rire aux éclats.

23 janvier. Aujourd’hui, mélange

C’est s’occuper des enfants au petit matin, déposer l’un à la crèche, l’autre à l’école, glisser un mot à la directrice de l’une puis de l’autre, alors que le matin, d’ordinaire, je file avant cela.
C’est aller en formation dans un lieu qui est d’habitude consacré à mes loisirs. C’est y côtoyer des collègues de cette vie mais aussi d’autres des précédentes, quand j’étais stagiaire, quand je n’étais pas encore profdoc, quand je n’étais pas maman.
C’est être heureuse que Celuiquej’aime soit de retour mais être tellement épuisée que je rêve d’écourter la soirée.
C’est trouver encore des lentes sur la tête de l’enfant petit mais ne pas cracher sur le temps de papouille à lui tripoter la tête.
C’est être maman, collègue, compagne, voisine, vieille, jeune, malade et drôlement efficace au regard des circonstances.

15 janvier. Aujourd’hui j’attends

Je mouche, je change, je nourris, je mouche, je soigne, je câline, je mouche, j’allume la télé, je négocie, je mouche, j’occupe, je m’occupe, je mouche, je porte, je joue, je mouche, je déplace, je fais rire, je mouche, je range, je jette, je mouche, je taquine, je téléphone, je mouche, je réponds, je répète, je mouche.

Mais dans le fond, j’attends surtout que la journée passe.

13 janvier. Aujourd’hui ce qui ne fonctionne pas

Aujourd’hui, ce qui ne fonctionne pas ce sont les bronches du bébé, pas comme il faudrait, alors branle-le bas alors que la journée semblait sur ses rails, les Urgences, les chiffres sur l’écran que j’ai tellement surveillés quand son âge ne se comptait pas encore en mois que je les identifie trop vite, les médecins. Paf diagnostique : bronchiolite.

Ce qui ne fonctionne pas, c’est la réaction de ma hiérarchie, c’est le truc censé garder l’eau à l’intérieur de mes yeux, c’est le boulot qui s’accumulera pendant les 8 jours à venir où je vais garder mon enfant malade.

Ce qui ne fonctionne pas c’est mon bon vieux réflexe de culpabilité et ça c’est pas dommage.

9 janvier. Aujourd’hui tentative de liberté

Chanter dans la rue, danser, crier, serrer dans ses bras des personnes qu’on voit peut et qu’on aime pourtant, marcher, traverser, se déverser, du trottoir à la chausser, et réciproquement, sans se soucier des feux, rire au nez d’uniformes bleus marines, embrouiller le ciel à la fumée des fusées de détresse, rire, gueuler, on lâche rien et motivés, insulter Manu et virer symboliquement Philippe, discuter un bout avec des inconnus, soulever 121 essuies glaces pour finir la pile de tracts, expliquer mal et en anglais, se rappeler « against », « law » mais pas réforme, ni retraite, réussir à formuler maladroitement, on s’est comprises, on s’est saluées, échanger sur WhatsApp « Mais où vous êtes ? C’est fou ! Ce monde ! », applaudir les avocats, faire la révérence aux hospitaliers, faire du bruit avec les traminots, badger un autocollant féministe sur son sac, un autre pour les 32h sur sa cuisse, redevenir un temps rouge et verte, échanger encore. On n’est pas content, Manu, et quand on est tous.tes ensembles, on est libres et terriblement puissant.e.s.

5 janvier. Aujourd’hui acheté

Ce Noël après Noël, c’est difficile de lui insuffler l’esprit attendu. On joue le jeu, tout de même, et ça reste les cadeaux qui font la fête. C’était aujourd’hui la dernière distribution de toutes ces attentions glanées au fil de semaines de novembre pour beaucoup, décembre pour les derniers. Ces achats dont je truffe mes placards, contre les yeux indiscrets des enfants. Ça reste mon principal plaisir de Noël, chercher, trouver, offrir. On s’y remet en novembre prochain.

50 mots de la page 50 de…

Journal d’un AssaSynth. 1# Défaillances systèmes de Martha Wells, traduction de Mathilde Montier (Éditions l’Atalante, 2019)

« Nous ne versons jamais dans la sentimentalité entre nous. Nous ne sommes pas amis, comme peuvent l’être les personnages de série – ou les humains. On ne peut pas se faire confiance, quand bien même on nous assigne le même contrat ou que nos clients ne s’amusent pas à…  »

(Je n’ai pas mis la page 100 car elle est blanche. Et prendre la précédente ou la suivante divulgachait forcément des choses de ce court mais passionnant roman de science fiction)

1er janvier. Aujourd’hui résolutions révolutions

C’était le bruit du bébé, réveille et appelle, ne se rendort pas, rappelle, les froitis de draps dans notre lit, les bah interrogateurs – Mais où m’as-tu emmené Maman ? Il fait sombre, il y a Papa, mais je ne veux plus dormir, moi. Les bras de l’Homme autour de son fils, allez viens, on va manger, cuisine, lumière, bouchon, biberon, le raclement plastique vs métal : la dosette de lait, 9 fois, le mélange secoué, shake shake shake, les bah qui ponctuent, à moi, ça, je veux, j’ai faim. Le rire sur la table à langer parce que chatouilleux. Couche propre et ventre plein. Il est trop tôt, encore, pas envie que la journée continue de commencer. Alors on fait les choses doucement.

Il y a eu Mario, de la chantilly, un quignon de pain sorti du four, du peau à peau, une douche brûlante, des rires, des sourires, des messages, des voix aimées au téléphone, du temps qui ne cavale pas, une crêpe au sucre, des mots trouvés, des chaussons renard, un livre, un lion dans ce livre, et un bourdon femelle venu visiter la lavande installée tout nouvellement sur notre balcon, dans cette première journée de l’année.

Journée douce qui ne résout rien, ne révolutionne rien, mais qu’il a fait bon vivre.

Que 2020 s’en inspire !

(à partir des 366 réels à prise rapide)

23 septembre. Aujourd’hui ça tombe

La pluie, pour commencer, linéaire, drue, une pluie d’octobre un 23 septembre.

Puis la pression, le champagne dans six flûtes, du cidre doux dans une autre, le temps, les coups d’épée pour jouer, un cadeau très attendu, les minutes devant les écrans, les indices d’une info que je ne voulais pas donner, l’annonce des heures à lire seule le soir, la fatigue de fin de journée, la nausée de regarder le téléphone plutôt que la route, la commande improvisée. Le sommeil, enfin, sans doute.

12 juillet Aujourd’hui prouve que le sol remue

Il est calé dans mon dos, lémurien agrippé, kangourou inversé, et je chatouille son ventre. Il éclate de rire plusieurs fois puis me lance un « ayyète, maman » qui ne tient plus du jeu. Je sens son front posé entre mes omoplates, l’alourdissement qui pointe, la langueur qui s’installe. « Essaie de ne pas t’endormir mon cœur, on est presque arrivé ». Je chipe le doux chiffon mais il l’attire fermement à lui, là, entre son ventre et ma colonne, cet espace rien qu’à lui. Malgré moi, la marche le berce et bientôt, je sais qu’il est « parti ». Il commence à se faire bien lourd et pourtant, je ne me lasse toujours pas. Il faudra que j’en termine mais qu’est-ce que je continue aimer le porter, le sol remuant de concert sous nos pieds.