3 mars. Aujourd’hui fragment d’aujourd’hui raconté en statistique

Le vendredi, c’est la journée 50 % pro, 50% perso. Ce matin, ça a été 1/4 de gestion sur accueil libre, 3/4 de séances pédagogiques. La première, sans surprise : 8 élèves, 0 motivation, attention portée au mieux à 4 sur une échelle de 0 à 10, 10 représentant la beuverie de paroles admirative et 0 correspondant à parle à ma main. Ensuite, 22 élèves, 1 école primaire en visite, enthousiasme évalué à 10 sur une échelle allant de 0, « on mange du céleri bouilli ce soir » à 10, « on part trois jours au Parc Astérix ». Aujourd’hui, 23 prêts dont 22 à des emprunteurs extérieurs à l’établissement.  Le déplacement non prévu d’une partie du mobilier ramène à 6 sur 10 les chances de terminer le réaménagement avant la semaine prochaine, 9,5 sur 10 avant la fin de la semaine suivante. J’ai mené à bien 60 % des tâches que je m’étais attribuée pour l’après-midi, l’une d’elle contrariée par les nouveaux délires accueillatoires de ma banque, l’autre par le temps. Aujourd’hui, les minutes étaient 10 fois plus courtes que la norme ne le demande. Mais j’en suis à 3 sur 24 de mon objectif des #2017creatif

1, 2, 3, 4 jeudis (10)

Jeudi citation

kiss« XXXX: Mon ami Amir à besoin de soin, il es malad, vire-moi 200$ sur mon compte bamcair. Je te promé de te lé rendre.
Erydien: Il a une maladie contagieuse ton ami ?
XXXX: Oui tré contagieuse envoi moi vite à cet adress banqér: XXXXXXXXXXX
Erydien: Et bien embrasse le de ma part. »

Dans Ton Chat

Jeudi réel à prise rapide : 16 février – Aujourd’hui liste à faire sans faute demain

2937239799_cdd0bec5ca_mLaver les draps, plier le linge, étendre le temps au soleil, guetter le printemps. Remplir le frigo, les placards,  le garde manger, vérifier qu’il ne contient pas de loup ou alors qu’il reste suffisamment le poireaux et de carottes pour le cuisiner. Ecrire quelques mots, ouvrir un livre, faire vivre le jour, être. Aimer, des gens, des choses, des goûts, des moments, des lumières, un chant. Travailler, lécher, avancer, préparer, faire progresser. Retrouver, serrer, embrasser, discuter, tenter de se faire partager, reprendre. Et surtout des listes.

Jeudi une vidéo

Jeudi (pas tout à fait) 100 mots de la (pas tout à fait) page 100

chouette« […] matin, rentre tard et ne pose pas trop de questions.

Devant la bergerie, une fille en minijupe s’étirait langoureusement. Elle était jeune, belle, avec des jambes sans fin et des seins moulés dans un tee-shirt « Savage Girl ». Gabriel baissa la tête, Vincent esquissa un petit sourire. Il coupa le moteur et sortit de la voiture.

-Passe me voir au potager, j’y suis tous les matins à l’aube. Tu veux mon numéro de portable en cas de pépin ?

– Je n’en ai pas. Pas de téléphone, je trouve que ça ne sert à rien….

– T’es vraiment pas banal, Gabriel.

– Il paraît. »

WITEK, Jo. Le Domaine. Actes Sud Junior, 2016. p. 99

(La page 100 est blanche)

Notes de bas de page :

– Vidéo par Fabrice de Boni et Axel Lattuada via Youtube

– Pix : Smiley Fabian Alexis via Wikimédia Commons ; Post-it par Georgio Montersino via Flickr ; Chouette Athena Noctua par Trebol-a recadrée par Tony Wills via Wikimédia Commons

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15 février. Aujourd’hui serrer

Aujourd’hui, serrer les bras un peu dans le vide, comme ça, parce que l’enfant loup n’est pas là, qu’il est parti avec son grand-père et pas qu’un peu, pour deux nuits, oh la la comme c’est long de l’écrire. Serrer les bras sur son absence pour retenir le temps qui file étrangement, un peu boiteux, un air bancal, quelque chose qui cloche, déséquilibre, trop d’un coup. Serrer les dents, un peu, aussi, parce qu’il répétait « non pas », contre y aller, contre le voir, contre les voir. Serrer les dents sur les trois brefs appels à l’Homme aujourd’hui, ce qui-va-pas dans notre communication en ce moment, y a pas faut qu’on s’dise. Il n’entend pas assez et moi j’entends trop, ça arrive, ça arrive. Serrer, je ne sais quoi, là, dans le ventre, d’avoir le vertige d’être seule, d’être renversée d’un peu de liberté, serrer les genoux pour ne pas que tremble un peu les jambes, puis fermer les yeux, là, juste un peu.

25 janvier. Aujourd’hui ce qui vous empêche d’écrire

Jeudi, je dis, jeu dis…

Là, la fenêtre, la panne.

J’en ai deux sur quatre. 1 demi 4 jeudi.

Les mots pris aux autres, c’est fait.

Quoi faire des miens ?

Aujourd’hui, ce qui m’empêche d’écrire,

c’est la panne d’inspiration,

le sentiment de n’avoir rien d’intéressant à partager.

Je me sens bien pauvre, là.

Réel à prise rapide. Pour en savoir plus, cliquer .

20 janvier : Aujourd’hui sans pitié

La pile est haute, dense, elle me nargue en s’étoffant peu à peu depuis mardi. Dodu sandwich, entre deux tranches de 12 copies de 6e E comme Endormis et P comme Pipelettes, un étage de recherches de 6e Mous-du-genoux, un autre de 6e Speeds, les retardataires de 6e J’m’en-fous-pas-mal ou Arriba-Arriba-Arriba-! Des interros de diverses numéros, des paragraphes de recherches, corrections à faire. D’ordinaire, je prends le temps sur la fin de journée mais c’est moi qui me suis faite prendre. Elle me guette, la pile, quatre jours qu’elle susurre sans pitié qu’elle s’invitera chez moi ce week-end.

Rime avec galope, va !

Réel à prise rapide. Pour en savoir plus, cliquer .

15 janvier : Aujourd’hui j’attends

Le dimanche, j’attends. Le samedi aussi. Le temps de ma vie que je passe chez moi, j’attends. J’attends après Celuiquim’accompagne, beaucoup. Que ce soit le moment pour lui. Le moment de tout. Chaque chose se fait à son temps. A ses minutes qui sont plus longues que la moyenne. J’attends pour le gosse aussi. Ce dimanche, j’attends qu’il soit le moment de sieste, qu’il soit une heure raisonnable pour mettre un peu de télé, d’avoir des pauses de lui. Et j’attends lundi pour vivre un peu plus à mon tempo à moi.

Les 366 réels à prise rapide sont un exercice d’écriture auquel on peut se prêter chaque jour ou ponctuellement. Il s’agit d’écrire sur le vif un texte d’une centaine de mots maximum basé sur les éléments de sa journée en suivant la thématique donnée pour chaque jour commençant par « aujourd’hui ». Pour en savoir plus, vous pouvez notamment consulter ce lien. Je ne compte pas m’y atteler quotidiennement comme j’ai ambitionné le faire à une époque mais Dame Ambre s’inscrit à l’exercice depuis quelques jours et cela m’a donné envie de m’y remettre de temps en temps, d’essayer de saisir des instants, de petits espaces d’écriture. 

Pense pas bête

Ambre to dolistpix by Adrienne

– Briquer les cuivres jusqu’à y voir tête six pieds de long pif à la Jacquouille miroir déforme, gondole, insister sur les embouchures

– Battre le pavé à lui en faire mal, semelles de bois contre petits bouts de briquettes polis à la nonchalance des traines savates et/ou des rêveurs

– Chapeauter (casquer ? képiter ?) les débraillés musicaux avec visières et paratonnerres

– Fanfaronner majesticieusement (départ 14h30)

Note de bas de page :

– Participation à l’atelier d’écriture du mois de juin du blog à mille mains, sur le thème « todolist« . Toutes les participation à retrouver ici.

 

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Recette

Ambre4pix by Dame Ambre pour l’atelier n°4 du blog à mille mains

Prenez une pomme. Ou deux. Ou trois. Ou plus.

Bleues comme des oranges, douces à caresser, juteuses, peut-être un tantinet acide dans le croquant, avec un retour sucré sur le léché.

Un couteau qui découpe, un couteau qui épluche, un couteau qui épépine, qui peuvent être le même.

Un plan plat paré d’une planche à peler.

Pluchez ou pluchez pas, l’épluche c’est personnel.

Taillez.

Compotez ou entartez, confiturez ou croquez cru, séchez ou confisez, garnissez ou simplifiez.

Faites comme vous le sentez, la pomme est une bonne poire.

Note de bas de page :

Ceci est ma participation – in extremis – au 4ème atelier du blog à mille mains

Sur un de ces fameux bancs

ambre3

Pix : Dame Ambre pour l’atelier n°3 des jeux d’écriture(s) du blog à mille mains

Le métal du banc était devenu froid au fur et à mesure que la journée se retirait. Elle le sent à peine, comme si cette froideur du corps touchait quelqu’un d’autre. Elle n’est pas concernée par la raideur qui ferme ses jambes, la torpeur qui étreint son torse, la prostration glacée qui pèse le long de ses bras. Pas plus que par le chagrin mouillé dont pleut son visage, le vacillement spasmodique de sa mâchoire. Elle n’est plus là.

Le ciel garde encore une molle clarté lambinante. Les passants se font rares. La circulation s’est temporisée.

– Tu as mal ?

Depuis combien de temps la fillette est-elle assise là ? Aucune idée.

– Dis, tu as mal ?

Elle porte un pull blanc zippé sur le devant et elle pose sa question avec tout le sérieux que peut renfermer un visage maquillé d’une paire d’ailes de papillon asymétriques.

– C’est là que tu as mal ? persiste-t-elle en appuyant un index prospecteur sur un gros grain de beauté marquant son épaule.

– Non.

– Là ?

– Non plus.

– Là alors ?

– Non.

– T’as mal où alors ?

Nul part. Partout. – J’ai pas mal. Laisse moi. Rentre chez toi, il est tard pour trainer seule dans la rue.

– Moi j’ai mal là, complète la môme en désignant une égratignure sur le dos de sa main. Mais je pleure pas. Tu as de la tristesse ?

Tellement. Chaque molécule de mon corps est triste. Si on le réduisait à feu doux, il resterait un concentrée de tristesse pure. – Je pleure pas non plus.

– Ah bon ?

– Non, ce sont mes yeux qui pleurent.

– Pourquoi ?

– Parce qu’ils sont stupides.

La fillette se penche, observe ses yeux en fronçant les siens.

– Ils n’ont pas l’air stupides, analyse-t-elle. Ils ont fait quoi ?

– Ils ont vu un mec. Et ils ont appelé le creux des reins. « Eh, t’as vu ? » Alors lui, il a eu un coup de chaud. Du coup, il a sonné la bouche qui a débité des bétises. Mais les yeux, ils se sont laissés influencées par ces gourdes d’oreilles qui en entendaient d’autres, des sornettes. Et à eux quatre, ils sont allé réveiller le cœur qui avait pas demandé à ce qu’on le dérange.

– Et à la fin, le loup l’a mangé ?

– Qui donc ?

– Le serpent à sornette qui fait pleurer tes yeux stupides ?

– Non. C’est une histoire amorale. Dis, t’as pas de chez toi ?

– Pourquoi tu changes de sujet ?

– Parce que j’ai la sensation que dans quelques minutes, tu vas me parler d’un mouton et d’une rose et que je ne suis pas sûre d’être prête pour ça.

La fillette se lève. Dans la grande jardinière publique, elle coupe d’un coup d’ongle une tige parée d’une guirlande de petites fleurs.

– Tiens, la main, dit-elle la glissant entre les doigts gourds posés contre sa cuisse. C’est de ma part pour les yeux. S’il te plait, demande à la bouche de leur dire qu’ils ne sont pas si stupides et au cœur qu’il pouvait pas savoir. Que le serpent a inventé une belle histoire et que ce qui était séduisant, c’était ce refuge qu’elle offrait. Maintenant, la main, dit aux pieds qu’il est temps de rentrer, qu’il est tard pour trainer seuls dans la rue.

Un bref silence s’ensuit.

– Je me suis trompée.

– A propos de tes yeux ?

– Non, de ton visage. Tu n’es pas maquillée en papillon. Ces ailes, ce sont bien les tiennes et tu es une fée.

Virage à droite

ambre2

Atelier n°2 des jeux d’écriture(s) du blog à mille mains,

photo de Dame Ambre

Elle sert les genoux et son petit hongre cède son mauvais trot heurté à l’amble fluide qui l’avait faite tomber en amour pour la race. Sur sa droite, une diagonale d’herbe jeune barre un ciel de giboulées d’une nette ligne d’horizon quasi-printanière. Sur sa gauche, le soleil de fin de journée étend leur ombre d’allures grotesques.

D’un appel de langue, elle encourage son doux brun à ne pas ralentir l’allure dans la cote. Il rentre d’abord le nez dans son encolure massive puis rallonge sa foulée. Un peu en avant d’eux, l’Arbre se dresse. Leur chemin s’en écarte un peu en aval et s’ils croisent quotidiennement ses branches, sa sève, son air bancal, c’est toujours à distance.

Elle rentre du travail à cheval comme d’autres prennent leur voiture ou en bus. Dès son entretien d’embauche, quand elle a vu l’enclos à l’entrée de la ville, à deux pas des bureaux, elle a compris que ses problèmes de transports étaient réglés. Ainsi, cinq jours par semaine, elle laisse l’Arbre, à main gauche le matin, main droite le soir, sans le remarquer plus que ça. Elle a en tête ses dossiers, la réunion de 10 heures, la liste des coups de téléphone à passer, les mails à envoyer avant midi et ceux qui peuvent être reportés à l’après-midi mais dont il faut s’occuper aujourd’hui sans faute, son tailleur pantalon savamment plié dans un sac hermétique et calé dans une sacoche de selle.

D’ordinaire, le dialogue de ses gestes et sa monture se construit sans passer, presque, par ses réflexions. Ils se connaissent par cœur, le chemin sans surprise se déroule hors des pistes. Mais ce soir, le vent ne suffit pas à la couper de ce qui l’entoure. La saison naissante, les pousses neuves, le ton sur ton de bleu du ciel, peut-être. L’odeur de crins mêlée de paille, le souffle rond, le chant des sabots, ou alors. Elle ferme les doigts et son hongre reprend le pas. Elle observe l’Arbre. Elle le voit chaque jour deux fois mais ne l’a jamais regardé. Elle n’y connait rien en arbre, à peine les noms des espèces les plus courantes, quelques notions sur les feuilles qui tombent et les aiguilles qui…euh… aiguillent ? Mais il est là. Jour après jour, vigie.

Ou sirène.

– Dis, brun, quand est-ce qu’on a oublié l’essentiel ? demande-t-elle à voix haute.

« Aller voir ce qui se passe derrière les choses, les lignes de crêtes et les arbres solitaires, toujours », complète-t-elle pour elle-même, rênes à une main, virage à droite.