4 juillet : aujourd’hui permission accordée

Je suis arrivée, me suis glissée à travers la cours vide et silencieuse et j’ai rejoins mon antre. J’aime ces heures solitaires de fin d’année, quand il y a quelque chose de ouaté dans le ventre du CDI. J’ai dressé une liste to do, même pas dans mon Carnet mais sur une feuille volante comme je l’ai longtemps fait. Il s’agissait de terminer de classer, ranger, nettoyer, signalétiser. Les tiroirs, les espaces, les ordinateurs. J’ai noirci mes tâches, interrompue longuement pas la problématique internetionale d’une collègue. Puis j(ai bouclé. Pour la première fois en 10 ans de métier, je n’ai pas tiré jusqu’au dernier instant du dernier jour, laissant des items listés blancs, et je me suis autorisée à rentrer tôt.

2 juillet : aujourd’hui elle ressemblait à

Aujourd’hui, elle ressemblait à une fille que j’ai connu, cette nana qui était moi, à côté de ce poney. Ça n’a duré que quelques pas, l’enfant s’est effrayé. Mais j’ai recconu dans mon corps cette mémoire des gestes. La main sur la longe, celle à l’embouchure du filet, le noeud d’attache ni trop long ni trop court, la chaleur d’un souffle dans ma main, la peau si douce derrière les naseaux sous ma paume. Il a dit stop, a voulu mes bras et à cet instant j’ai eu envie de fuir. Il n’est sans doute pas assez grand, le mouchoir que j’ai mis là dessus.

Aujourd’hui clés

« Non c’est moi ! » est devenu la phrase fétiche. Elle allie ce « Non ! » qui pourrait être son étendard et ce « Moi moi moi » dont il se gargarise. « Non c’est moi ! » entendez suivi de « qui le fait ».

Concentré, il pointe vers la voiture et appuie, souriant de toutes ses seize dents quand les phares clignotent et que les rétroviseurs s’écartent. Il grimpe ensuite, encastrer son précieux dans le logement du tableau de bord. Préalable sans lequel il ne me faut plus imaginer l’installer dans son siège.

Les jours sans voiture, c’est le trousseau festif. « La toute pitite » qui ouvre la boite à lettre, « la grôsse » (voix grave et ronde) pour la porte d’entrée, « la jône » pour l’immeuble et depuis quelques semaines « la pitite tourne » pour l’antivol du vélo. « Et ça c’est quoi Môman ? », la clé de la cave si rarement utile.

« – Tu me rends mes clés ? – Non c’est moi ! – Tu veux de l’aide ? – Oui Môman. Tous les deux ! » Bon sang, qu’il devient grand.

Aujourd’hui, envie d’être à

Au travail, cette fin d’année refuse d’en être déjà une et cela devient pesant. Entre cette fin officielle des cours placées une semaine après le début de juillet, et la liste des choses à boucler avant de passer aux tâches de fin juin qui n’en terminent pas de s’allonger, je suis mal à mon aise. Je repousse et m’inquiète pour la fin tout en menant de front trop de ces trucs qui occupent mon temps et mon esprit plus que je ne voudrais avoir à supporter.

Avec Peanuts, on est dans une de ces phases où tout s’accélère. Il a décidé d’abandonner les couches, comme ça, vendredi dernier. Et ça marche. Il y a aussi tout ce qui est moins visible pour beaucoup. Comme ce matin, il a participé un peu aux chansons de gestes pendant l’heure du conte à la bibliothèque alors qu’il est toujours resté spectateur appliqué dans sa discrétion jusqu’ici. Il parle à des adultes qu’il ne connait pas ou peu, sans qu’on le lui demande, conseille, l’y encourage. Il réclame la présence d’autres enfants. Il mime des gestes (ramasser au sol des lunettes de protection, des gants, un casque, et les enfiler un à un avant d’empoigner son marteau-piqueur fait de briques duplo), il projette, imagine, décide. Il grandit. Et en même temps, il régresse sur certaines choses, comme s’il était trop difficile de mener de front toute ces histoires de pipi, pot, toilettes-des-grands, échanges, bisous, bonjour, je veux, c’est moi qui fait, et demander un objet au lieu de gémir en le désignant vaguement, ne pas entrer en opposition systématique avec sa mère, manger ce qu’on propose, ne pas inonder la salle de bain… J’ai du mal à m’adapter à ces changements fulgurants qui demandent de nombreux réajustement et supporte très mal certains retours en arrière bien que je sache qu’ils sont logiques et passagers.

Je ressors de ce mercredi rincée. J’ai côtoyé les agacements prodigieux, les attendrissements extrêmes (« Maman moi t’aime »), les exaspérations fulgurantes, les fiertés étourdissantes, auprès de mon fils et à côté de cela, sa sieste a pour l’essentiel était consacrée à régler diverses questions de boulot, que j’ai rêvé du travail cette nuit, que je vais m’y remettre.

Finalement, aujourd’hui, j’aurais eu envie d’être à la fin de la semaine prochaine, ou de la suivante, une fois que tout cela se sera tassé. Ça fera du bien.

10 juin. D’aujourd’hui, j’oublierai certainement demain que

Il a fait chaud. Cette chaleur moite qui leste mes mollets de tonnes d’acier, scier du bois, bois de lit. J’ai pris le frais tôt, trop tôt, endormissement impossible à nouveau, les peintres singuliers pour compagnie dans mon salon. Cette petite toux de nuit qui me suit depuis quelques jours, disparaissant la journée, m’ennuyant une fois couchée seulement. Puis il y a le frais la clim alors qu’on a roulé plus que nécessaire finalement, l’ordre du jour de l’AG de copropriété récupéré ce matin et roulé sous un siège de la voiture. Tout cela va sans doute finir sous un grand jet d’eau froide.

 

19 mai. Aujourd’hui, un projet

Un planisphère. Des livres. Des tas de livres. Des élèves. Des profs que j’aime. Des heures de lecture. Pourquoi pas des bibliothécaires. Des visites. Des échanges. Un tour du monde. Un projet. Peut-être.

Un vélo. Un modèle repéré. Un itinéraire. Quelques courbatures. Des arguments viables. Un peu d’huile de genou. Un projet. Sans doute.

Une Cahouette. Une couleur. Beaucoup d’amour. Des mots doux. Encore du temps. Un projet. Plus tard.

Le printemps. Les projets.

 

3 mai. Aujourd’hui ce qu’il y a dedans

Des pépites de chocolat, du lait, du beurre ramolli à la fourchette, de la farine et de la maïzena pour alléger le tout, un oeuf et le casser est la partie de la recette que Peanuts préfère, un pincée de sel, pas assez de levure, bien assez de sucre, beaucoup de « pas maman ! c’est moi ! » et un ou deux « moi l’est blanc comme Olaf ! », une concrète dose d’autonomie infantile, quelques « Oula oula oula! », « Stop, stop ! », « Encore… Encore… Encore », « Et voilà. – Et voilà ? – Et voilà. », des rires, des « Attends on arrête tout et on te mouche ».

Finalement, on aime sans doute plus les préparer que les manger.

28 avril. Aujourd’hui, le confort c’est

Poire William à 40 degrés, mes doigts… se rétament aux touches du clavier. Léger, léger, léger, léger… vague à l’âme.

Panne d’écriture. Les mots d’Higelin s’écrasent alors sur les miens. Il y a ce truc qui grippe l’écrit, qui accroche dans l’exercice. Ça rappe, ça ripe, ça coince.

Le confort, c’est savoir écrire quand on en a le temps.

Non, confort, c’est en avoir le temps quand on sait écrire.

12 avril. Aujourd’hui ils vont bien ensemble

Virée en jardinerie, des plantes et des soucoupes, des pots et du terreau, l’enfant lion dans le panier du chariot qui dirige et désigne, qui nomme sans cesse, précise, affine et qui s’approprie tout « A moi ! » Moi même, je suis « Ma Maman », ou même « Maman Peanuts », comme sa propriété. Il me crie, me veut, avec cette force violente de l’instantanéité. Il rend peu, un enfant, n’a aucun égard pour mes efforts, le temps données, l’énergie investie, la volonté livrée. On se mal traite à l’espace vide alors j’emplis, prépare, propose. Il s’approprie, détourne, recompose les activités invitées. J’admets, j’accepte, je lâche, apprends à me désarmer quand je me sens braquée. Quelle école que cette vie auprès de lui.

 Ils vont bien ensemble, les petits pots qu’il a choisi.