20 juin. Aujourd’hui le fin de

Lundi, je retourne au collège en présentiel sur toutes mes heures. Celuiquim’accompagne également, à son travail. Peanuts reprend l’école. Popcorn reprend la crèche.

Je voudrais pouvoir écrire « aujourd’hui la fin de l’épidémie » mais c’est loin d’être le cas. C’est plutôt la fin du confinement. Ou la fin du déconfinement. Celle de cet entre deux, entre la vie d’avant et celle qui fait comme si elle pouvait être la vie d’avant. Avec des masques et du gel hydroalcoolique en plus. C’est la fin d’une année scolaire comme j’espère ne plus jamais en vivre, comme j’espère que mes élèves n’auront plus à en vivre, comme j’espère que mon fils n’aura plus à en vivre et que mon fils n’en vivra pas.

C’est une petite fin en attendant la grande, celle du vaccin ou du traitement, celle du bas les masques et du retour des poignées de main. Ou pas.

15 juin. Aujourd’hui comme ça et pas autrement.

Macron a macronné et une fois de plus on tricote derrière. Les textes ne paraîtront que deux jours après, on ne sait rien, les réponses sont partielles, évasives, tronquées et des fois juste complètement cons. Elles se déversent par ma radio. Une fois de plus, notre hiérarchie communique avec nous en même temps qu’avec le reste du monde, par médias interposés. Je me sens sale de travailler ainsi.

5 juin. Aujourd’hui un parfum

Je remonte à vélo, ma (demi) journée de travail terminée. Je ne sais pas très bien ce qui m’attend chez moi : les enfants étaient seuls avec leur grand-père, pour la première fois toute une matinée. J’ai reçu une photo cool dans la matinée mais rien de plus.

Je suis sur la piste cyclable, je ne pédale pas fort, Buddy (mon vélo) fredonne doucement, quand tout à coup, un goût de l’enfance m’explose dans la bouche : celui des fleurs volées dans les arbres de la cours de récré. On envoyait les grands, ils nous jetaient les grappes. Il suffisait de leur en garder quelques unes. Les maîtresses faisaient semblant de ne rien voir. Et nous poussions le jeu jusqu’à aller leur en proposer. Une fois cueillies, on délogeait les pétales de leur écrin et on en croquait la base. Un petit sucre piquait alors le palais.

Je lève la tête. Elles sont là, cascadent depuis les branches hautes de ma piste bordée, la haie d’honneur des acacias.

30 mai. Aujourd’hui, la peine de

J’ai essayé de parlé avec Celuiquej’aime de comment je me sens.

Il dit que tout va aller mieux parce qu’on n’est plus coincés à la maison, qu’on peut sortir.

Il dit que maintenant, ses parents peuvent nous aider et emmener les enfants quelques heures, garder le grands plusieurs jours.

Il dit que l’année scolaire est quasiment fini, qu’après, ce sera plus simple.

Il dit qu’on voit le bout.

Je n’ai pas réussi à lui répondre que sortir ne résoud pas grand chose.

Que l’aide de ses parents c’est aussi une logistique lourde à gérer.

Que la fin de l’année scolaire signifie pour moi la fin de mes journées de travail qui sont une véritable respiration.

Que le seul bout que je vois, c’est une rentrée fragile en septembre, et qu’il est menacé.

J’ai du mal à dire. Il n’a pas vraiment envie d’entendre. Est-ce bien la peine d’essayer ?

28 mai. Aujourd’hui pris entre deux

Elles sont fatigantes, ces journées au travail. Et étranges. Travailler dans un CDI dont on ne sait pas quand il accueillera de nouveau des élèves. Ranger, trier, désherber, inventorier. Ne pas entendre l’établissement ronronner, pas de cris dans la cours, pas de chaises qu’on racle au sol. Les salles les plus proches sont inoccupées, les récréations courtes et surencadrées.

Malgré l’étrangeté, j’y vais avec envie et enthousiasme. En même temps que je fuis mon chez moi avec tout autant d’énergie.

Dans ce CDI sans élève, j’ai des centaines de tâches de gestion à mener. Enfin, deux dizaines qui se déclinent en des tas de petites. Et je peux me faire en silence. Sans être interrompue. Je peux même penser.

J’aime mes enfants jusqu’au bout de moi même et au delà mais bon sang, que c’est bon de ne pas être avec eux.

22 mai. Aujourd’hui assez de

Ce week-end prolongé, une année normale, c’est toujours un moment agréable. Comme de petites vacances volées à une fin d’année scolaire qui commence à peser à ce moment là.

Cette année, c’est de trop. J’aurais voulu pouvoir me rendre à mon travail, échapper à ma cuisine, mes enfants, mon foyer. J’ai fait le plein de tout ça, le trop plein même, j’en dégueule. Faire bonne figure encore et encore.

Je me faisais la réflexion, hier, ou le jour d’avant, d’avoir entendu plusieurs personnes (à la radio)(des hommes surtout) rapporter que le confinement leur avait permis de renouer avec la vie de famille, de retrouver leurs enfants, réapprendre à les connaître. Je n’ai pas le sentiment d’avoir redécouvert mes enfants. J’apprends chaque jour à côté d’eux, qui ils sont, quelle mère je suis, quelle mère je peux être. Mais je n’ai pas la sensation d’avoir appris plus, mieux, en étant confinée avec eux.

En un sens, c’est positif car cela veut dire que la vie qu’on a choisi me laisse consacrer suffisamment de temps à nous. Mais là, j’en ai assez…