Ouverture

Aujourd’hui, j’ai accueilli des élèves au CDI, des collègues, dans un fonctionnement qui n’était pas très loin des habitudes d’avant.

J’avais allumé toutes les lumières, pas seulement la zone autour de mon bureau. Comme je n’allume que quand je ne suis pas seule.

Le CDI est sorti de sa torpeur. Ou alors c’est moi ? Et ce matin, en regardant mon petit groupe de permanence lisant, jouant aux échecs, repassant leurs cahiers, je me suis rendu compte à quel point ça m’a manqué, combien j’ai travaillé avec une part de moi en apnée.

Ce matin, malgré le masque, j’ai un peu mieux respiré.

Reprise

Je me suis remise au boulot.

Parce que c’est ça, être prof, avoir beaucoup de vacances mais ne jamais être bien longtemps sans travailler.

Je m’y suis remise doucement. Un truc un autre, je procrastinais le prioritaire. Puis en discutant en privé sur Insta, j’ai eu un déclic, le truc qui me manquait, concernant les évaluations des élèves que j’ai en cours toute l’année. Et aujourd’hui, je me suis lancée avec des outils que je ne connaissais pas, j’ai tâtonné, bidouillé, bricolé mais j’ai réussi à produire deux capsules vidéos. Je m’y mets un demi siècle après tout le monde, j’en suis consciente, mais je ne voyais pas comment les utiliser, je n’avais pas les bonnes combinaisons d’outils. Encore maintenant, c’est du système D dans la construction mais cette semaine j’ai trouvé comment les articuler avec le reste de mon cours et avec mes évaluations.

Je me suis remise au boulot et c’est assez agréable. J’ai la sensation de me rassembler.

Le contre poids c’est le stress de ne pas réussir à faire bien, à faire assez, que ça ne fonctionne pas. Je ne sais pas comment ces élèves de 6e vont rentrer. Pour certain.e.s, la scolarité s’est arrêtée en mars cette année…

J’ai allégé ma progression de début d’année, prévu plus de temps pour moins de notions dans les premières semaines. Je pense qu’il faut que je m’écrive « rappelle toi qu’iels sortent de confinement » dans mes notes, que je ne perde pas de vue qu’iels sont encore moins préparés que les années précédentes.

Bref, je me suis remise au boulot et ce n’est pas une si mauvaise chose.

19 mai. Aujourd’hui un projet

Aujourd’hui, j’ai lancé un projet, quelque chose que j’aimerais réaliser au collège mais qui suppose que d’autres participent. Des élèves, des profs, d’autres adultes de l’établissement, et peut-être même des familles d’élèves.

J’ai pris soin de bien rédiger mes messages, d’expliquer, d’essayer de ne pas rendre ça trop lourd. J’ai fait 3 messages différents, un pour l’équipe éducative, un pour les élèves, un pour les responsables, afin d’adapter à chaque fois mes propos.

Je n’ai d’abord reçu aucun réaction.

Puis enfin, une élève m’écrit.

Elle veut savoir si c’est obligatoire. Parce que bon, elle a pas trop trop le temps de faire des choses en plus là en ce moment.

Je crois que je vais écrire pour dire d’oublier le message, que le projet est annulé et me contenter de couvrir les 200 et quelques bouquins qui attendent au CDI.

Une professeure

Voilà quatre jours consécutifs que des collègues me relaient des mails de parents en colère qui EXIGENT qu’on fasse les choses différemment concernant la continuité pédagogique. Plus de ceci, moins de cela, plutôt cet outil-ci que cet outil-là, en laissant plus de temps que prévu mais pas trop, en valorisant les élèves qui tiennent le calendrier et sans doute en pénalisant les autres mais surtout, en ne traitant pas de la même manière la copie reçu avec un jour d’avance sur la date prévue que celle reçue avec deux jours de retard… Bref, vous avez saisi l’idée.

Alors voilà. Je voulais vous raconter une histoire.

Jeudi 12 mars. Le Président Macron déclare que les écoles seront fermées jusqu’à nouvel ordre à partir du lundi suivant. La France entière apprend la nouvelle. Et dans la France entière, il y a les enseignant·e·s.

Mon téléphone vibre. Un groupe what’s app de collègues. « Bon ben, on est en vacances ? » Tout est dans le point d’interrogation : on n’en sait rien. On ne sait RIEN. Les élèves ne seront pas dans nos salles de classe, ça, oui. Mais nous ?

Le Ministre Blanquer prend la parole. Et là, on apprend, toujours en même temps que la France entière, qu’on va assurer la continuité pédagogique parce qu’on est prêts ! On est prêts ? On est PRÊTS ?!

Le vendredi 13 mars, on nous balance quelques liens et quelques consignes. Dès le lundi, il faudra assurer. Assurer quoi ? Ben c’est pas clair. Des classes virtuelles, des cours, donner du travail aux élèves. Quel travail ? Sur quoi ? Nos progressions ? On évalue ? On n’évalue pas ? Et les élèves qui n’ont pas Internet ? Et celleux qui n’ont qu’un ordinateur pour 3 enfants ? Et celleux qui n’ont même pas un ordinateur mais une tablette pour 3 enfants et 2 parents en télétravail ? Et celleux qui ont un smartphone, 4 frères et sœurs et un seul parent qui devra se rendre à son travail et compte bien sur notre collégien·ne, ainé·e de la fratrie, pour babysitter les plus jeunes ? Et… ?

Ah mais ces questions là n’ont pas de réponses, pas encore, peut-être n’en auront pas. Mais parents, famille, ne vous inquiétez pas : on est prêts, c’est le Ministre qui l’a dit !

Toujours le vendredi, selon les académies, on reçoit des consignes rectorales. Certain·e·s inspecteurs·ices se mouillent aussi un peu. D’une académie à l’autre et même d’un établissement à l’autre au sein d’une même académie, les consignes vont de « lundi, vous restez chez vous » à « l’ensemble de l’équipe enseignante doit être présente à 9h pour une réunion ». Une réunion ? Mais le virus, les rassemblements… ? On prendra des précautions. Et celleux qui ont des enfants ? Ah ben celleux là peuvent se mettre… en arrêt maladie ! On n’est pas malade. S’pas grave, vous avez le droit à deux semaines. Puis sinon, emmenez les enfants.

Je vais chercher mon ainé à l’école. La maîtresse a glissé dans le cartable 18 feuilles d’exercices pour Grande Section, ce qu’elle avait prévu de travailler dans les semaines suivantes. Bon, ben, on va faire de la continuité pédagogique, je dis à l’ATSEM en lui souriant.

Les enseignant·e·s ont bossé tout le week-end et le lundi 16 mars, les élèves avaient des cours en ligne, des exercices, des devoirs, des messages.

Alors oui, c’était brouillon. Il y avait des outils différents, les horaires n’étaient pas toujours clairs, les liens ne fonctionnaient pas tous, des messages se contredisaient, les ENT ont sauté, la plateforme du CNED aussi, et c’était stressant pour les élèves et leurs familles. Parce qu’on leur avait dit qu’on était prêts.

La vérité c’est qu’on n’a jamais été formé·e·s à faire cours à distance. On n’a jamais été formé·e·s à utiliser les outils. On n’a eu aucun moment de réunion pour réfléchir ensemble en tant qu’équipe.

La vérité c’est qu’on a passé le week-end à s’échanger des astuces et des conseils, à tester, réfléchir à toute vitesse, à garder une oreille sur les infos, à préparer quelque chose de totalement inédit pour nous. Qu’on s’est procuré du matériel, qu’on a passé des commandes parce que la continuité pédagogique repose sur notre matériel personnel pour lequel on n’a aucune aide financière, cela dit en passant. La vérité, c’est qu’on a galéré. La vérité, c’est qu’on manquait de consignes sur des tas de points et qu’on en avait trop sur d’autres, qu’elle n’allait pas toutes dans le même sens. Que pour nous aussi, c’était stressant ! La vérité c’est qu’on n’a jamais été prêts.

Et puis vous vous souvenez de cette tension, cette attente, cette inquiétude, peut-être ces angoisses dans ce week-end là ? Vous vous souvenez avoir eu peur pour vous, pour des proches ? Vous vous souvenez avoir brutalement compris que ça y est, on y était, que l’Italie c’était à côté et qu’il allait se passer ici exactement la même chose que là-bas, que le confinement nous pendait au nez, que des tas de gens allaient mourir ? Et bien on était dans le même état. Parce qu’on n’est pas que prof. On a des familles, on a des amis, on a des proches en EPHAD, des enfants, des ami·e·s en insuffisance cardiaque, obèses, qui fument depuis des années, on est peut-être nous même une « personne à risque ». Et bien on a préparé la continuité pédagogique dans ce contexte.

Lundi 16 mars, une partie d’entre nous se rendait sur son lieu de travail, notamment dans le primaire pour accueillir les enfants des Soignants.

Mardi 17 mars, 12h, la France est confinée.

Je ne peux pas parler au nom de tous les profs mais voilà mes conditions de télétravail. Je suis confinée dans de bonnes conditions. J’en suis consciente. Mais je travaille dans de très mauvaises conditions.

Mes journées commencent entre 5h30 et 6h30 selon l’heure à laquelle se réveille mon bébé de 11 mois. Mon compagnon part sur son lieu de travail vers 8h parce que non, tout le monde ne peut pas télétravailler. Nous, on a de la chance, il ne doit être sur place que le matin. L’après-midi, il peut travailler depuis chez nous.

Notre ainé a 5 ans. On fait donc l’école à la maison. C’est léger, en Grande Section de maternelle et on n’en a qu’un a suivre. Mais école ou pas, il a besoin qu’on s’occupe de lui. Ses deux parents sont devenus la maîtresse, l’ATSEM, la Chef de cantine, l’économe, les dames de cantine, la psy scolaire, les copains et copines de classe. Ils sont aussi la bibliothécaire des histoires du mercredi, la boulangère, la pharmacienne, la caissière, les libraires, les gardiens du musée, les gens qu’on croise dans la rue, les gamin·e·s qu’on ne voit qu’une fois au parc, mais encore toute sa famille. Nous sommes devenus l’intégralité de ses relations sociales. Et on ne suffit pas.

Mon compagnon rentre vers 13h. Entre temps, j’ai fait mangé le bébé et j’ai préparé le repas. Des fois, j’ai fait une lessive. Souvent, j’ai vidé le lave vaisselle. Tous les jours, j’ai rangé le salon et la chambre des enfants, la cuisine.

Après le repas, l’ainé dort. Le bébé, ça dépend. Souvent, oui. Mais pas plus de 3/4 d’heure. C’est là que je commence à travailler et que mon compagnon s’y met aussi de son côté.

Mon bureau est installé dans le salon, aucune possibilité de faire autrement dans notre appartement de 3 pièces. Mon compagnon, lui, s’installe sur l’ordinateur portable à la cuisine.

Quand le bébé se réveille, on alterne. Un peu les bras de papa et un jeu, puis on le laisse se balader tout seul et quand il en a marre, les bras de maman, un jeu puis on recommence. Quand l’aîné se réveille, travailler tous les deux devient quasiment impossible. Comme il est à son bureau le matin, c’est souvent mon compagnon qui s’en occupe à ce moment là. Sauf s’il a un coup de fil. Ou qu’une urgence est tombée. Ou qu’il n’a pas terminé de rédiger son texte. Ou que…

Les bons jours, j’arrive à travailler 3 heures en étant interrompue très régulièrement et en ayant du bruit à côté de moi. Bien souvent, je n’ai qu’1h30 de boulot effectif.

Jeux, bains, repas… Le bébé se couche entre 19h30 et 20h, le grand, vers 20h45.

Moi je remplis le blog de confinement pour les grands-parents avec un résumé de la journée et des photos. Je me pose. Je n’arrive pas à me remettre au travail. J’ai renoncé à essayer de faire des courses en ligne.

Je suis crevée mais j’ai un mal fou à m’endormir. Être enfermée me donne des maux de tête quasi chaque fin de journée.

Quand les enfants sont réveillés, je suis sollicitée en permanence. Et quand un seul des deux parents s’en occupe, c’est que l’autre télétravaille, s’occupe d’un repas, d’un bain, d’une lessive, du ménage… On ne se pose pas. Même pas pour ramasser quelques fraises.

Je comprends la colère des parents d’élèves qui voient leurs enfants en difficulté alors qu’on leur martèle qu’iels doivent travailler comme s’iels étaient à l’Ecole. Qu’on est une Nation Apprenante, que la télévision diffuse des cours, que lea prof de maths ou d’anglais fait classe virtuelle à 8h du matin. Vous faites ce que vous pouvez.

Et bon sang, nous aussi.

19 février. Aujourd’hui fragment d’aujourd’hui raconté en fait divers

Elle est en vacances et pourtant, elle travaille !

Aujourd’hui, 19 février, alors que toute sa zone est en vacances, Lizly, enseignante en collège d’un peu plus d’une trentaine d’années, passe la journée chez elle avec son bébé de 9 mois. La suite va vous étonner !

La journée avait pourtant commencé comme une journée de vacances ordinaire quand on est mère d’un enfant en très bas âge : réveillée à 6h du matin, Lizly avait passé du temps avec son fils, déjeuné, assumé quelques tâches ménagères et même fait une courte séance de Yoga. Dans l’attente d’une livraison annoncée entre 7h et 12h, elle ne peut sortir. Tout bascule en milieu de matinée, alors que le bébé s’est endormi. Elle s’installe alors à son bureau et là, elle sort des copies et se lance… dans leur correction !

Elle ne s’arrêtera qu’au réveil de l’enfant pour reprendre plus tard dans l’après-midi. Au total, plus de 2h30 de correction alors même qu’elle est en congés. « Si j’avais été seule, j’aurais continué jusqu’à avoir terminé toutes mes copies. Il m’en reste 24, je m’en occuperai demain entre le départ à la crèche de mon cadet et le retour de mon aîné actuellement en vacances chez sa grand-mère », nous a-t-elle confessé, avant de citer son amie Eleusie « Dans ce métier, on n’est pas payé cher, mais qu’est-ce qu’on se marre ».

 

Rentrer. Ou pas. Un peu, quoi.

Depuis le début septembre, je dis des choses à mes élèves comme « oui ce sera toujours comme ça avec moi », « au mois de mai, les équipes s’affronteront dans un défi cordial, dont nous serons les arbitres », « ne t’en fais pas, on réglera ça en juin quand tu rendras tes manuels », « ça, c’est prévu pour début avril »…

Et je leur mens. Oui, le problème sera réglé en juin. Mais pas par moi. Oui, le défi aura lieu en mai. Mais je ne serai pas arbitre. Oui, c’est prévu début avril. Mais je ne serai pas là pour vérifier que ça se met bien en place. Oui, ce sera toujours comme ça avec moi. Mais je ne serai pas là toute l’année.

Enceinte de Peanuts, j’ai commencé l’année avec un arrêt prévu pour début décembre, un ventre rond comme le monde. Bien qu’il ait été prévu que je commence et termine l’année scolaire (mon arrêt débutait en décembre et courrait jusqu’en avril), j’ai eu un mal fou à mobiliser les élèves pour mes cours et avec celleux de la cohorte de 6e de cette année là, celleux qui ont quitté le collège en juin dernier, il y a toujours eu comme un lien qui ne s’est jamais créé. C’était clair dès la rentrée que je partirai en cours de trimestre. Mon col l’ayant imposé, j’ai quitté, sans pouvoir prévenir les élèves, mon poste un mois avant la date prévu. J’ai été remplacé seulement 5 ou 6 semaines après, à mi-temps, par quelqu’un qui travaillait aussi sur 2 autres postes… Quand j’ai repris, à mi-temps également, je n’ai pas eu tout le monde en cours. Selon les jours, les élèves la voyaient elle ou me voyaient moi dans leur fréquentation libre du CDI. Je n’arrivais pas à retenir les prénoms, je m’embrouillais tout le temps…

J’ai commencé cette année-ci alors que je n’étais pas tout à fait au bout de mon premier mois de grossesse. Il n’était pas temps de dire quoique ce soit aux élèves. Et les 6e en particulier ne vivent pas bien les flottements donc j’ai choisi de commencer l’année comme si j’allais la faire en entier. Mes cours sont prêts tels quels, d’ailleurs. Un an de cours, d’évaluations, de correction, que j’ajuste au fur et à mesure de l’année mais ce n’est pas un mensonge de dire qu’il est prévu que soit abordée telle séquence à tel moment de l’année, selon comment les choses se passent d’ici là. De la question de l’omission.

Maintenant, je ne sais pas trop comment m’y prendre avec elleux. Je peux faire le choix de leur annoncer la nouvelle ou celui d’attendre qu’iels me posent la question. Leur annoncer suppose que je le fasse bientôt, parce que sinon, mon anatomie risque de me dénoncer avant que je ne le fasse. Attendre peut demander du temps selon les élèves. Certain.e.s ont l’œil affuté. D’autres… Et bien des élèves m’ont demandé à mon retour de congés maternité pourquoi j’avais été absente il y a pas loin de 4 ans, et ont découvert que j’avais eu un enfant alors qu’iels m’avaient eu en cours enceinte de 7 mois, donc…

Je sais que moi-élève-de-6e, j’aurais préféré que ma prof nous en parle avant qu’on se demande si on a bien vu ce qu’on a vu puis qu’on envoie une grande gueule demander à un.e, courageux.euses mais pas trop, autre prof si c’est vrai que, peut-être à un deuxième selon la première réponse obtenue, pour finalement, dansant d’un pied sur l’autre, aller voir à deux ou trois la prof et lui dire quelque chose comme « Madaaaame, on peut vous demander un truc ? Y en a qui dise que vous êtes enceeeeeeeinte, c’est vraaaaaai ? » Mais je sais aussi que mes élèves ne sont pas moi élève, je le vérifie très souvent. Et je ne sais pas si cela aurait l’effet escompté. A savoir que ce que je cherche, c’est à garder le lien que j’ai instauré avec eux dans les semaines de septembre et octobre.

Alors me voilà à quelques jours de ma reprise avec cette interrogation là…

… et cette non envie de reprendre, chevillée au corps.

J’ai commencé cette année sur un faux rythme, épuisée par mon premier trimestre de grossesse, pleine de trous de mémoire, d’inquiétudes, de petits mensonges (bouh, ce prétendu vilain mal de dos qui m’a fait courir les couloirs à la recherche d’aides pour porter mes cartons). J’ai lancé les projets prévus à l’année, après discussions avec les collègues concerné.e.s, en sachant que je ne les verrai pas aboutir. J’ai commencé à réfléchir à la manière de m’organiser pour que limiter la casse si je suis remplacée par quelqu’un qui ne connait pas vraiment le métier. (Hum).

J’ai gardé un pied dehors. Parce que c’est compliqué de se mettre à fond dans deux gros projets tels qu’une année scolaire et la fabrication d’un bébé, sa naissance et pfioulalala, ben la vie qui s’en suit. Parce que je me protège, que je sais que je peux être arrêtée du jour au lendemain et que le collège, le CDI, tout tournera sans moi, et que je ne veux pas mal le vivre.

Mais alors là, reprendre… Corriger des copies alors que j’ai juste envie de chiner une table à langer et de réorganiser la chambre de Peanuts, brainstormer pour le prochain numéro du journal quand j’ai envie d’acheter des vêtements minuscules, de parler dans l’air avec une main sur mon ventre, de lire les livres du défi lecture alors que je passerai des heures dans le dictionnaire des prénoms…

ça n’a pas l’air, comme ça. Mais c’est toujours plus compliqué que ça.

Encore

Voilà, je suis rentrée.

A la maison et au collège.

Un mois de balades, de gens vus, de paysages, de routes, de Peanuts qui grandit, de nous. De bonnes vacances, celles qui permettent de décrocher, qui font qu’on rentre chez soi avec la sensation d’être partis depuis des mois.

Deux mois loin du collège, même si les cours préparés, les projets alimentés, les bidouillages de bases à distance.

Je suis retournée au collège avec cette facilité des meilleures années. Je suis une vraie ancienne, maintenant, de celles qui ont vu passer 4 Chefs, 5 adjoints, et accueillis de très nombreux nouveaux visages. Ça me va, je me sens bien à connaître tant de choses par cœur, à embrasser le CDI du regard une fois et repérer ce qui ne va pas, les surprises de l’été.

Ce soir, je suis un peu sonnée. Le collège, c’est une sorte de tourbillon, un peu. Beaucoup. Et ce soir, je suis seule chez moi, l’enfant loup et mon amoureux prolongeant un peu leurs vacances à eux. Le contraste donne un peu de tournis.

A moins que ce ne soit cette ensemble de hâte. Hâte de retrouver ma tribu demain. Hâte de remettre en place le CDI lundi, de savoir qui sera la maîtresse de Peanuts, s’il est dans la classe de cette gamine qu’il adore mais qui ne se comporte pas toujours bien avec lui. Hâte de mon premier cours avec cette classe thématique qu’on a obtenue cette année. Hâte de voir comment fonctionne ma progression modifiée. Hâte que vendredi prochain soit là, aussi. Hâte de notre premier week-end à se retrouver ensemble après une semaine de travail pour les uns, école pour, euh, ben les autres puisque je n’ai pas totalement quitté l’école. Hâtes.

J’aime bien les débuts d’année et leurs promesses. C’est sans doute aussi pour ça, que j’ai voulu être prof. Ce rythme de vie qui t’offre cela, de cette manière, quasi cérémoniale.

Well, la tête qui tourne un peu. Mais je me sens bien.

 

Ce qui se passe en fin d’année

J’ai vu passer sur Twitter ces derniers jours plusieurs tweets, souvent râleurs, sur la fin d’année dans les collèges et les lycées, le non accueil des élèves, ce genre de choses.

Je me rends compte que très souvent, les personnes qui tweetent à propos de ça sont concernées (des parents d’élèves, pour l’essentiel) mais ne savent pas forcément ce qui se passent dans les établissements pendant cette période de fin d’année.

Alors j’ai envie de raconter la fin d’année dans mon établissement.

Le Petit Collège de la Rive Droite du Fleuve Sans Eau (et de la Rive Gauche du Grand Boueux, quand on y réfléchit) est un collège urbain de pas loin de 600 élèves, entre 40 et 50 professeur·e·s, une dizaine de personnels de Vie Scolaire, une demi douzaine d’administratif·ve·s et une quinzaine d’agent·e·s.

Cette année, les conseils de classe ont débuté dans la fin de la deuxième semaine de juin (celle du 4) pour se terminer au début de la quatrième à raison de 4 par soir, jusqu’à 19h. Il était nécessaire de placer les conseils de classe à ces dates car il y a des délais à tenir en rapport avec les commissions d’appel concernant les passages et redoublements (on dit « maintien », maintenant) et surtout, les orientations. Les dates de ces commissions sont indépendantes de notre établissement, nous ne pouvons pas les décider. Il y a également des échéances indépendantes de notre organisation concernant les élèves qui n’obtiennent pas l’orientation souhaitées (nombres de place limitées, pas de patron pour leurs CAP…) et qu’on réoriente en urgence avant la fermeture des serveurs d’affectation (autre date que nous ne maîtrisons pas).

Les manuels ont été rapportés la troisième semaine de juin. Les élèves ont été accueillis et les cours maintenus jusqu’au mardi 26 juin. L’établissement étant centre d’examen, il a été fermé à toustes les élèves le mercredi 27 parce qu’il fallait installer le Brevet, c’est-à-dire positionner les tables de toutes les salles en mode examen alors qu’on travaille pour la plupart en ilots, coller les étiquettes nominatives sur chaque table, installer la signalétique dans l’établissement, préparer les piles de copies, de brouillons, faire en sorte qu’un dictionnaire au moins soit consultable dans la salle pour les parties de l’épreuve de français où c’est autorisé, et j’en oublie sans doute parce que je n’y participe qu’indirectement. Le collège n’a ensuite accueilli que les candidat·e·s au Brevet les 28 et 29 car l’ensemble des personnels enseignants assurent les surveillances d’examens, et que même si certains étaient disponibles pour faire cours, les salles sont occupées. Les dates du Brevet, examen national, sont fixées par le Ministère. Nous n’avons, là non plus, aucune possibilité de les modifier.

Le collège a ensuite été rouvert pour l’ensemble de nos élèves jusqu’à aujourd’hui midi. Lundi et/ou mardi, les collègues de français, maths, histoire et sciences étaient convoqué·e·s pour corriger le Brevet. Les autres assuraient leurs horaires selon leurs emplois du temps habituels et accueillaient leurs élèves. (Pour tout dire, on accueillait aussi celleux des collègues assurant les corrections.)

Demain matin, nous sommes en réunions pédagogiques pour la constitution des classes. Ces réunions permettent que les professeur·e·s, qui connaissent bien les élèves pour les avoir eu une année scolaire en cours, composent elleux-mêmes les classes, associent certains élèves, en séparent, équilibrent les caractères, les points forts, les atouts, pour éviter que les chefs d’établissement utilisent simplement les moyennes, les options, le sexe et l’ordre alphabétique, et afin d’offrir à nos élèves des classes le plus équilibrées possible qui leur permettront de progresser, en tout cas, on l’espère. Ça nous prend trois heures facile.

Demain après-midi, nous avons un conseil pédagogique. Cette instance réunit l’ensemble des enseignant·e·s de l’établissement (selon comment elle est organisée, il y a des établissements où tous les profs ne sont pas convoqué·e·s), notre direction et des représentants de la vie scolaire. On va faire les bilans de certaines points de l’année et poser ce qui est déjà prévu pour l’année prochaine, afin qu’on puisse y travailler cet été (et oui). Dans la foulée, nous nous réunirons en Conseils d’Enseignements c’est-à-dire en équipe par disciplines (les profs en maths d’un côté, les profs d’histoire de l’autre, etc) ou de champs disciplinaires (dans mon collège, les profs de langues vivantes se voient ensemble même s’iels n’enseignent pas la même langues). Cela pour affiner certains projets et pour décider des progressions communes dans certaines disciplines. Afin de pouvoir y travailler cet été (et oui).

Demain, se joignent à nous les collègues ayant reçu leurs mutations et avec qui nous travaillerons l’année prochaine. L’occasion de se rencontrer et de savoir comment iels fonctionnent, afin que tout le monde s’adapte. Et éventuellement y travaille cet été (et… bref)

Vendredi matin, nous sommes toustes convoqué·e·s pour une formation. En effet, l’an prochain, un nouveau dispositif est mis en place dans l’établissement qui nécessite qu’on sache un certain nombre de choses. Ce sont les formateurs qui ont choisi cette date.

Et à midi, on fait le repas de fin d’année. Ça, c’est vrai, c’est nous qui le fixons. On « fait sauter » une après-midi de cours à nos élèves.

En juin, nous (un « nous » qui désigne l’ensemble des personnes travaillant dans l’établissement) avons également assuré les inscriptions des nouveaux élèves, le recrutement de nouveaux personnels de Vie Scolaire et d’AVS pour la prochaine rentrée, fait l’inventaire des ressources de l’établissement en matériel, documents, nourriture, déménagé deux salles de classe, repeint trois, déployé et configuré 30 nouveaux ordinateurs, fait l’état des stocks de manuels et passé la commande pour les manuels à distribuer à la rentrée, rencontré dans leurs établissements les professeur·e·s des écoles du secteur afin qu’iels nous présentent les élèves arrivant et nous transmettent toutes les infos importantes à connaître sur eux, téléphoné à toutes les écoles hors de notre secteur dont on reçoit aussi des élèves (une trentaine en tout), créé les classes de 6e, continué les cours, les sorties et autres activités pédagogiques, on a rempli les bulletins, corrigés les dernières copies, les devoirs supplémentaires que des élèves demandent toujours en fin de trimestre pour rattraper ce qu’iels peuvent sur leurs moyennes, reçu des familles d’élèves pour les orientations de 3e, en 4e vers la prépa pro, de 6e pour la SEGPA, vidé les casiers, les armoires de salle, on a fait le CA, la cérémonie des élèves « méritants », préparé le planning de la prochaine rentrée, on a dressé nos bilans, rédigés des projets, les vœux, on a préparé, pour plusieurs, notre départ de cet établissement, et j’oublie mille et une choses.

Il me reste à vous dire que chaque année, les premiers élèves à quitter l’établissement s’en vont aux alentours de la première semaine de juin et qu’il en va ainsi tout au long du mois. Que dès le début du mois de juin, les élèves sont fatigué·e·s, ont encore plus de mal que d’habitude à se concentrer, qu’iels comptent les jours. Qu’à partir du moment où on ne note plus, iels ne font plus le travaillent demandé, avec l’absolution des familles dans la grande majorité des cas. Qu’ici, depuis 2 semaines, la température dépasse les 30° en journée, y compris dans les salles de classe. Qu’iels n’étaient que 70 lundi, au plus fort de la journée. Que ce sont, à celleux là, leurs journées préférées, celles où tout le monde se relâche, où les rapports s’assouplissent, où C ose confier à sa prof d’Italien qu’elle se faisait aider par une voisine née à Vintimille pour ses devoirs maisons mais qu’elle a appris aussi plein de choses comme ça, où V raconte à un surveillant qu’il voit sa mère pour les vacances et qu’en fait, quand ses parents prétendent à l’établissement qu’elle est présente le reste de l’année, c’est faux, où J explique à sa prof de SVT qu’elle se force à manger mais qu’elle maigrit quand même, qu’elle veut pas, que ça l’inquiète et finit chez l’infirmière avec des recommandations pour l’été, qu’A avoue qu’elle est la seule de son groupe de potes à ne pas partir en vacances, qu’iels l’apprennent là et improvisent au brûle-pourpoint qu’elle passe quelques nuits chez les un·e·s et les autres entre juillet et août selon quand iels sont là et histoire qu’elle ne reste pas en tête à tête avec son énervant petit frère et sa mère qui est, bah, la mère d’une ado, quoi. Que ça a du bon, aussi, d’avoir ces jours ascolaires à la fin d’une année de travail.

Voilà. Dans deux jours, je suis en vacances. Dans quatre, je commence à préparer mes cours pour l’année prochaine. Bon début juillet à toustes.

Cette profdoc là

Hier, ma collègue préférée et une de ses classes sont venues au CDI pour un de nos projets « lecture ». Comme les élèves nous renvoient régulièrement qu’iels n’aiment pas lire, n’y arrivent pas, s’ennuient, donc qu’iels ne lisent pas chez elleux, on s’est dit qu’on allait prendre une demi heure pour lire en classe. Chacun son livre, là où iels voulaient dans le CDI, le silence et nos mots. Plusieurs ont été très enthousiasmé·e·s par la consigne. D’autres, beaucoup moins. Plusieurs ont su tout de suite où iels voulaient s’installer. Confort des fauteuils du coin lecture pour certain·e·s, isolement au sol, dos contre un mur pour d’autres, la raideur des chaises de l’espace de travail où iels pouvaient lire cote contre cote avec les ami·e·s pour d’autres encore. Plusieurs n’ont pas bougé parce qu’ici ou ailleurs, bof.

J’ai quitté mon bureau. J’y suis bien mais ce n’était pas « le jeu ». On lisait, l’amie collègue et moi, aussi. J’ai pris un livre et un fauteuil d’où je voyais suffisamment d’élèves. Elle a choisi une chaise, d’où elle en voyait d’autres. On n’a pas eu besoin de se dire que si on restait voisines, on serait trop tentées de discuter.

J’ai été surprise. J’attendais avec plaisir cette heure de lecture. Je savais qu’iels joueraient le jeu. Je savais que L, M et C seraient assises très proches et ne décolleraient pas le nez de leurs livres. Je m’attendais à ce que D s’isole, qu’on doive séparer M et J, que D et A fassent semblant, que M fasse la mauvaise tête, que L tente de papoter avec J. Non, je n’ai pas été surprise par eux. J’ai été surprise par moi.

Il m’a fallu cinq bonnes minutes pour entrer dans mon livre. Cinq vraies longues minutes pour lire deux pages, revenir en arrière, m’apercevoir que j’avais déjà confondu Mom et Mamma et pas retenu le nom du narrateur. Je percevais le foutoir de mon bureau, les piles de documents qui attendaient que je m’occupe d’eux, les dossiers pour la semaine de la presse à côté des livres que je devais saisir d’ici la fin de journée et les trois énormes piles de livres à ranger.

Je n’arrivais pas à m’arrêter de travailler, à lâcher ma todolist, j’avais besoin d’avancer.

J’ai fait un signe à A pour qu’il colle les yeux à son livre plutôt qu’à la nuque (gracieuse, je concède) de J et je me suis mis une claque mentale. Et j’ai enfin réussi à me lancer et lire vraiment.

C’était agréable. C’est déstabilisant de ne pas avoir réussi à « tomber dans mon livre » comme je le fais d’ordinaire, comme ça, parce que hop, j’ai l’occasion d’avaler quelques pages, de sentir combien je me presse moi-même. Vraiment.

 

Plus tôt dans la journée, j’ai discuté avec une autre collègue d’une contrariété qui court la salle des profs. Encore une dont je n’étais pas au courant. « Mais je pensais que tu savais, tu sais toujours tout ! » Elle était sincère. Je l’ai été aussi « De moins en moins ». Et toujours autant quand j’ai ajouté « Ça n’a pas que des avantages d’être dans les petits papiers du Chef d’établissement ». Elle l’a concédé. Et moi je suis restée bête parce que je n’avais jamais pensé ça. C’est venu en le lui disant. Mais elle l’a concédé. Sans le savoir, elle l’a confirmé. C’est donc ça, c’est donc vrai. On ne me parle plus aussi librement. On se méfie de ce que je pourrais faire remonter.

C’est injuste parce que je ne répète pas. Parce que quand je rapporte des inquiétudes, des préoccupations, quand je remonte parce que ça concerne mes missions, c’est en ayant prévenu que j’allais lui en parler, c’est sans donner de noms, jamais. Même quand il demande « Mais qui dit ça ? », je réponds « Oh vous savez, les collègues, la salle des profs » ou bien « Ne me demandez pas, vous savez bien ». C’est injuste parce qu’il n’a pas besoin de moi pour savoir qui. C’est pour ça « Vous savez bien ». Vous savez bien qui et vous savez bien que vous n’avez pas besoin de moi pour savoir qui.

C’est de bonne guerre parce qu’avec d’autres collègues, d’autres Chefs, c’est moi qui me suis méfiée.

Je ne m’en fiche pas parce que ce n’est pas juste.

Je ne vais pas en faire une montagne parce que sinon, ça voudrait dire qu’il faut que je change les choses. Et que je ne vois pas comment.

 

Plus tard dans la journée, un élève a passé l’heure assis vraiment pas loin de moi. Je lui ai demandé comment ça allait. Il m’a répondu « Bien et vous madame ? » Et il a bouquiné. Sauf que je sais qu’il ne va pas bien parce qu’il l’a confié à quelqu’un qui me l’a répété histoire que j’ai un œil sur lui, puisque c’est un de mes rats de CDI. Ça m’a étonnée parce que c’est une prof que je trouve hâtive dans ses jugements, qui catégorisent beaucoup les élèves, tirent des conclusions dont elle ne démord pas. Mais c’est à elle qu’il a choisi de parler et pas à moi. Je n’en suis pas vexée. Je suis plutôt… insatisfaite de moi, sans perdre du vue que l’essentiel c’est qu’il ait parlé à quelqu’un.

Bref, hier, j’ai appris que je ne suis pas tout à fait celle que je croyais être dans mon travail. Et je ne sais trop quoi en penser…

Être ou avoir

L’autre matin, samedi pour être précise, Peanuts répétait en boucle ses « mais je veux [insérer ici n’importe quelle chose à laquelle j’ai dit non] ! » comme si c’était l’argument ultime. D’ailleurs, je suppose que pour lui, C’EST l’argument ultime. Bref. Dans un élan pas vraiment éducation bienveillante, je lui ai répondu « Ben moi, ce que je veux, c’est avoir des vacances ! » (ouais, les phrases de parents qui n’aident pas).

Celuiquej’aime rétorque alors « Ça tombe bien, tu es en vacances » dans l’espoir naïf de détendre l’atmosphère. Raté, et le pauvre s’est mangé dans les dents « Oui, je suis en vacances mais je voudrais en avoir, toute la nuance est dans le verbe ».

En général, quand on arrive en fin de période, la coupure des vacances m’est nécessaire essentiellement parce que j’ai besoin de repos. Selon les fois, selon les années, selon les saisons, parce que ça me permet de rattraper mon retard de boulot dans certains domaines, de prendre de l’avance sur mes lectures, d’imaginer de nouvelles choses… ça dépend. Ce qui est rare, c’est que j’ai vraiment besoin de rompre avec mon travail.

A la question « qu’est-ce que je ferais si je n’avais pas besoin de mon salaire », la plupart du temps, je réponds « la même chose ». Pas certains jours, pas certaines heures, mais la majorité du temps. Je l’ai déjà écrit, c’est une chance dont j’ai conscience : j’aime mon boulot, je n’en ai pas encore fait le tour, j’imagine continuer longtemps sans en être blasée – et espère réussir à ne pas rendre mes CDI invivables une fois que je le serai mais c’est un autre débat. Mais il se trouve que cette fois-ci, j’ai besoin que ces vacances fassent une rupture.

La dernière semaine avant les vacances de Noël est réputée être la pire de l’année dans l’Education Nationale : la fatigue des élèves, des équipes, la saison, les maladies, l’excitation des Fêtes… Les ingrédients du cocktail sont nombreux et le résultat n’est jamais cool. J’en ai fait les frais avec plusieurs moments très tendus avec les élèves, un point d’orgue violent en milieu de semaine, la nécessité de prendre des sanctions et des décisions qui me punissent tout autant qu’eux, deux séances qui sont tombées totalement à plat, une qui a mal fonctionné car beaucoup d’élèves étaient absents… Bref, le genre de semaine où tu te sens mauvaise prof et mauvaise doc donc très mauvaise profdoc.

S’est rajouté là dessus des questions de relation dans l’équipe. Il y a ces histoires qui ne me concernent pas directement mais qui m’apprennent beaucoup (de mal) sur la personnalité de certaines personnes avec qui je travaille. Il y a ces histoires qui concernent la vie qui peut être une chienne, et même quand ça arrive aux autres, c’est rude. Il y a ces histoires qui me concernent et me déçoivent aussi. Il y a la manière dont j’apprends ceci, celle dont je n’ai pas appris cela avant, aussi.

Là-dessus, je tombe en période de congés scolaires c’est-à-dire à plein temps dans ma vie de maman bonus « femme au foyer ».

Jusqu’à cette année, je laissais un peu Peanuts à la crèche alors que j’étais en vacances. Un peu… Beaucoup… Ce qui me convenait très bien, c’est qu’il y allait le matin à une heure qui lui convenait puisqu’il se réveillait largement en avance, qu’il rentrait en fin d’après-midi donc qu’on passait du temps à deux puis à trois chaque jour, tout en me libérant dans la journée pour travailler et prendre du temps pour moi. Cette année, il a commencé l’école. Il est donc en vacances exactement en même temps que moi. Il est également bien plus fatigué par ses journées et a besoin de vacances qui soient des vacances.

A Toussaint, il a passé une semaine chez sa grand-mère pendant que notre appartement était en travaux. Il est rentré malade, surexcité, à peine douché, et fan des pyjamasaques. Et surtout, après 8 jours à avoir mené sa grand-mère par le bout du nez (il décidait même s’ils sortaient ou non donc en général non et s’est fait un marathon d’écran…), bien décidé à ne plus entendre le mot « non ». La semaine suivante, passée seule avec lui en journée, a été compliquée à plus d’un titre. (Notez ici que je sais que tout n’est pas la faute de sa grand-mère, notamment qu’il soit tombé malade, hein).

Ces vacances-ci, il est prévu qu’il y passe 3 jours. A la fois, j’ai envie de ce temps. Pas tant sans lui que sans les réveils hyper matinaux, sans les non !, sans les sollicitations permanentes, sans dragon dans la chambre la nuit… Oui, j’en ai besoin, plus qu’envie, parce que je suis Fatiguée. A la fois, ce que cela suppose de déployer, avant et après, me coûte, et j’ai envie d’avoir du temps avec lui.

Bref, je suis en plein paradoxe maternelle (et en pleine contradiction belle-maternelle).

Bon, l’avantage, c’est que je ne pense pas au boulot pendant ce temps. Ah, ben maintenant si.

J’ai vraiment besoin d’avoir des vacances.