Portrait chinois

  • Si j’étais un objet, je serais un moulin à paroles
  • Si j’étais une saison, je seras l’automne, changeant, offrant aussi bien de belles journées que les premiers froids
  • Si j’étais un plat, je serais des farfalles à la sauce tomate, sans ambition, sans surpris, le plat refuge
  • Si j’étais un animal, je serais une hérissonne, qui se replie tous piquants dehors quand elle se sent menacée
  • Si j’étais une chanson, je serais Brave Margot de Brassens
  • Si j’étais une couleur, je serais un bleu jean
  • Si j’étais une légende, je serais une légende urbaine ringarde mais qu’on peut transposer un peu partout, genre l’alligator dans les égouts
  • Si j’étais un personnage de fiction, je serais quelque part entre Sophie du Château ambulant de Miyazaki et Ophélie, la Passe-miroir de Christelle Dabbos
  • Si j’étais un film, je serais un téléfilm de l’après-midi sur M6
  • Si j’étais un dessin animé, je serais Vice et Versa
  • Si j’étais une arme, je serais émoussée. Un couteau à beurre.
  • Si j’étais un endroit, je serais votre canapé. Pas glamour mais confortable, rassurant, qui ne vous mets pas en danger.
  • Si j’étais une devise, je serais « Femme, profdoc, maman : forcément un peu sorcière »
  • Si j’étais un oiseau, je serais une canne.
  • Si j’étais une musique, je serais Brave Margot de Brassens
  • Si j’étais un élément, je serais la terre, les pieds dessus.
  • Si j’étais un végétal, je serais un yucca, pas capricieuse, ni coquette, mais tenace
  • Si j’étais un fruit, je serais une olive, question de région
  • Si j’étais un bruit, je serais une conversation téléphonique tenue à voix haute sous votre fenêtre
  • Si j’étais un climat, je serais tempérée
  • Si j’étais une planète, je serais la Terre, plus grand chose à découvrir…
  • Si j’étais un vêtement, je serais une écharpe
  • Si j’étais une pièce, je serais la bibliothèque, pleine de mots
  • Si j’étais un véhicule, je serais un camping car bon marché
  • Si j’étais un adverbe de temps, je serais relativement
  • Si j’étais un moment de la journée, je serais cette heure d’entre deux en fin de journée, qui peut être douce mais aussi voir naître les angoisses

Et vous ?

Voyage dans le temps

Aujourd’hui, je me suis plongée dans la conception d’un album photo allant de la naissance de Popcorn à fin 2020.

Ce fut un échec car l’album conçu se révèle bien trop cher pour que je le commande. Mais un étrange voyage dans le temps tout de même.

Depuis la naissance de Peanuts, je faisais des albums de 6 mois, printemps/été, automne/hiver, comme les catalogues de la Redoute. Mais après la naissance de Popcorn, je me suis laissée débordée. Pendant le confinement, j’y ai passé du temps puis le logiciel du site a merdé et j’ai laissé tomber. Depuis, les photos s’accumulent.

J’ai de très nombreux souvenirs de temps plongée dans les albums de famille, seule ou avec d’autres. Mes parents commentant, se rappelant. A partir d’un certain âge, j’ai empilé les souvenirs des événements avec les souvenirs de nous, nous souvenant, ensemble. Et c’est doux.

Pour moi, avoir des albums à feuilleter qui ne soient pas sur écran est important.

Je n’avais donc pas abandonné l’idée d’en faire depuis la naissance de Popcorn, c’est juste que je procrastinais. Et plus j’attendais, plus il y avait de photos. Et plus ça devenait compliqué.

Aujourd’hui, j’ai reçu une offre promo. Ça m’a poussée à m’y remettre.

Je me suis donc replongée dans pas loin de 2 ans de photos. Les premières moments de mon tout petit. Mon grand pas encore si grand. J’ai été surprise de retrouver des photos où il a sa tétine dans la bouche. D’autres où Popcorn a les yeux clairs.

Dérouler 2020 était étrange. Janvier, février, comme si de rien n’était. Mars arrivant, nous ne savions pas. Le début du confinement, nous ignorions aussi.

Sortie du tri et de l’enregistrement de toutes les légendes, j’ai eu la sensation d’être revenue sur une si longue période. « Une vie », je me suis dit.

Et pour cause, c’est une vie, c’est celle de mon si grand si petit…

Kelly’s heroes

Ce soir, pour me plateau télé du samedi, on a montré De l’or pour les braves à Peanuts, mangé du popcorn (sans Popcorn, qui dormait) et de la pizza cinq fromages moyenne bof, et partagé le seul coussin qui a survécu aux enfants.

C’était vachement bien.

Back to

Cet après-midi, alors que je rangeais les courses qui m’avaient été livrées, pendant que mes deux petits malades dormaient, j’ai réalisé que je me sens comme pendant le confinement.

Cette semaine en particulier.

Entre le couvre feu, les fermetures de certaines zones commerciales, des restaurants, des bars, des lieux de cultures, le réaménagement des horaires de notre bibliothèque, les lieux qu’on évite à cause des risques de contagion et la météo, on est peu hors de chez nous. Je ne vois que très peu mes parents, je ne suis pas allé chez eux depuis des mois, je n’ai pas vu mon frère, ma belle-sœur et ma nièce depuis septembre dernier, et au travail, je ne fréquente que peu d’adultes. Je suis isolée.

Je suis coincée chez moi avec mes enfants. Malades, qui sont sortis encore moins que moi. Dont il faut s’occuper. Seule, beaucoup.

Et j’ai un grand sentiment d’impuissance dans mon travail, d’inefficacité. Sur plusieurs plans, comme me demander pourquoi je continue d’acheter des romans alors qu’iels n’empruntent que les mangas et les BD (et Harry Potter et le Journal d’un dégonflé) mais aussi sur ce que j’arrive à enseigner, en particulier dans les savoir être. Pendant le confinement, j’avais ce sentiment de n’arriver à rien ou presque, j’étais incapable d’auto évaluer pour travail, d’analyser vraiment ce que je faisais.

Et cette semaine, je n’ai quasiment rien lu, épuisée et débordée. Je n’ai rien regardé à part quelques infos. Je ne me suis pas « nourrie ».

Et purée, qu’est-ce que je me sentais mal, pendant le confinement…

Encore…

Je suis dans la chambre des enfants. La playlist du soir a été troquée contre des comptines, un peu criardes à mon goût mais qui ravissent Popcorn et l’aide à se calmer. Merci Youtube… Peanuts peine à s’endormir, les mains croisées sur l’estomac. Il a rendu les quelques pâtes qu’il avait réussi à avaler… Son tour…

J’ai promis de rester jusqu’à ce qu’il dorme pour de bon. Ce n’est pas loin.

L’Enfant Petit n’est pas encore sorti de sa… gastro-rhino-bronchio-truc. Il passe une partie de la journée à hurler, sans utiliser de mot, sans désigner, sans répondre a ce qu’on propose. Ça vrille les nerfs. Parfois, il hurle « tétine « et quand on la lui donne, il la refuse, s’énerve encore plus et la jette. Peut-être qu’il ne dit pas « tétine ». J’en sais rien. Là j’en suis au point où tous les moyens non violents sont bons pour le faire taire.

Ce soir, il a regardé 35 minutes de Mon voisin Totoro…

Au collège, j’ai appris des faits graves qui ont eu lieu ces derniers jours. Ça me ruine le moral. L’impression que ce que je fais ne sert à rien. A quoi bon enseigner à des personnes pour qu’elles soient toujours capables de bêtises, de méchanceté, de cruauté ? A quoi je joue, avec mes affiches pleines de cœurs pour rebondir sur la commercialité de la Saint Valentin pour essayer de faire lire des romans d’amour à des élèves capables de rire de faits d’une profonde gravité ?

Je ne vais pas bien, là, et demain, je suis confinée avec deux enfants malades, ce qui est à cent mille lieux de ce dont j’aurais besoin…

Notes de bas de page :
Je me rends bien compte que ça ne rime pas à grand chose de tourner et retourner cela ici mais tout cela prend toute la place, comment écrire autre chose ?

Purée mais que la plupart des comptines sont niaises !

L(v)ivre

Je me rappelle une conversation que j’ai eu avec mon psy quelques mois après la naissance de Popcorn. On parlait du fait que je n’avais le temps de rien, à peine ce qui est indispensable pour vivre. Il me parlait de commencer par prendre 10 minutes dès que possible pour, par exemple, lire.

– Ah non, ça, lire, j’y arrive. Pas assez mais j’y arrive.

– Alors vous voyez, vous ne vous limitez pas à ce qui est juste nécessaire pour vivre.

– Mais si. Lire, c’est comme respirer.

C’était presque un cri du cœur.

J’y repensais sous ma douche aujourd’hui. Parce que depuis samedi, je n’ai quasiment rien lu. Et que ça me manque.

Dans cette période d’isolement et de tension, la fiction est question de survie. Sur écran, oui, mais dans les pages, aussi, surtout.

J’ignore comment font les personnes qui ne lisent pas. Pour respirer. Vraiment. Ça m’est tellement étranger.

En attendant de comprendre, je vais retrouver mon livre.

Faire le point

L’enfant petit ne va pas tout à fait mieux. Pas tout à fait pire. On ne sait pas exactement. La température est mieux aujourd’hui. Mais c’est descendu sur les bronches.

Ce soir, il refuse de dormir. Il a refusé de manger. Celuiquim’accompagne a prononcé le mot « hospitalisation ». Cela a réveillé des souvenirs, mon bébé de même pas un mois, cette semaine dans cette chambre d’hôpital. Une part de moi est fêlée à l’idée de recommencer.

L’enfant grand réclame de l’attention. Je lui ai expliqué l’inquiétude. Il s’en fout. Mais nous, on est gagné par le rhume, on est déjà knock out de nuits consécutives mauvaises sur un lit de Fatigue déjà épais.

Et je ne sais rien écrire d’autre que cet état dans lequel je suis, à respirer par la bouche en m’endormant quasi sur le canapé, sans avoir manger tellement la soirée a été chaotique, inquiète pour la santé de mon bébé, et préoccupée en arrière plan par cette manière violente avec laquelle je vis ma parentalité.

Un soir où je ne souhaite à personne d’être dans ma peau…

Épuisement, encore.

Passer un week-end épuisant, chevaucher son vélo avec l’estomac en vrac, ranger la moitié du CDI dont les meubles étaient déplacés, assurer 5 heures de cours sur 7 heures de boulot, lutter contre le mal de tête à partir du milieu de l’après midi, filer en fin de journée vers un cabinet médical inconnu, passer une heure là bas, passer la moitié du chemin de retour au téléphone avec ma mère, rejoindre le foyer avec un deuxième enfant flagada ce soir.

Je. Suis. Fracassée. De. Fatigue.

Dimanche soir

L’Enfant Petit a mal dormi. Et nous, et bien, encore pire, forcément. Tellement que j’ai réussi à faire une sieste. Dont Celuiquim’accompagne m’a réveillée en m’appelant « à l’aide », un enfant recouvert de vomi dans les bras.

Comment ça s’appelle, le stade après l’épuisement ?

Je n’ai pas corrigé mes copies. Je n’ai pas fait de yoga. Je n’ai pas cuisiné de légumes. Je n’ai pas regonflé mon vélo. Je n’ai pas, n’ai pas, n’ai pas.

Je sors de ce week-end un peu plus débordée, beaucoup plus fatiguée, qu’en y entrant. Cette semaine, ça a été un enfant malade. La précédente, c’était autre chose. Et ce sera pareil pour la prochaine.

Je ne sais pas comment me sortir de ça. Je remercie mes cachetons de m’anesthésier juste ce qu’il faut pour que la situation ne m’accable pas.

Je vais prendre mon livre, aller me coucher. Dormir avant 22h. Espérer quelques heures avant le premier réveil, le prochain doliprane, la prochaine recherche de tétine ou je ne sais.

Et demain, et bien, je maquillerai un peu plus mes yeux…

Maux d’enfant

L’Enfant petit est malade. On a eu une de ces nuits, si vous êtes parents ou tenez ce rôle, vous savez. Ramasser les draps, déshabiller, donner une douche, rhabiller, trouver un doudou de secours, aérer, câliner, et. Déshabiller à nouveau, redonner une douche, prendre une douche, négocier qu’un doudou qui n’en est pas un fasse office de, remplir le tambours de la machine d’une couette, des draps, deux doudoux, deux pyjamas enfant, un pyjama adulte, fouiller la pharmacie familiale, vérifier les dates de péremption et les posologies, câliner encore, apaiser, réussir à coucher un enfant enfin abandonné… Tranche de nuit, on est passé l’heure d’une à deux ?

Puis au matin, chercher un médecin, s’organiser, répartir les tâches, prévoir lundi, mardi, comparer les emplois du temps, obtenir un traitement, soigner, consoler. Et la journée au rythme de la fièvre qui va qui vient. Cette capacité étonnante des petits à se comporter comme si rien n’allait mal jamais, comme ça, par moment, malgré un début de double otite, malgré la rhinopharyngite carabinée, juste parce que leur température est redescendu à 38,6.

Maman louve couve son enfançon, caresse la peau nue de la petite bouillotte, rassure, observe, ruse pour faire entrer l’antibiotique à l’intérieur du petit bonhomme. Tu veux un bisou ? Il approche la tête, offre son front. Enfant tonnerre, petit sorcier.