3 juillet Aujourd’hui est un plan

Si aujourd’hui est un plan, c’est le plan B, ou le C, mais sûrement pas le A.

Le A, c’était celui où je terminais ma dernière matinée de boulot de l’année scolaire, où je profitais de l’ambiance étrange du collège en ce moment, du lâcher prise que j’ai à ce moment là : je ne terminerai pas tout, je le sais. Celui où je prenais le temps de souhaiter bonnes vacances, où je récupérais mon vélo, m’achetais un sandwich en ville, une salade, un panini, n’importe quoi que je n’aurais pas préparé moi-même, je passais à la boutique de cycle faire vérifier l’installation du siège bébé puis je profitais de 3 heures environ dans mon chez moi SEULE. Avant de récupérer le petit nous à la crèche et le grand nous à son école après sa dernière journée d’école maternelle de toute sa vie entière.

Mais Popcorn est malade.

Oh, pas grand chose, une rhino. Le genre qu’on gère avec un doliprane et hop, tu vas à la crèche.

Sauf que la crèche ne prend plus les enfants qui ont de la température, que l’école ne prend plus les grands frères dont les petits frères ont de la température, que les médecins prescrivent des tests PCR aux enfants qui ont une rhinopharyngite et que c’est le bordel.

Alors plan Bordel, plan Ça fait chier, plan Décidément quand ça veut pas…

Quasi

La veille du jour d’avant.

Les vacances, c’est demain.

On a prévu, organisé, confié, calendrié.

Et après un confinement, un déconfinement, des journées interminables, des craquages, des larmes, une lassitude à n’en plus finir, je n’arrive pas à me réjouir. Les enfants sont confiés en partie, il est prévu que j’ai du temps seuke, en journée. J’ai passé des mois à en rêver et maintenant qu’on y est presque, ça me laisse froide.

Une part de moi n’y croit pas.

L’autre est tellement épuisée qu’elle n’a envie de penser à rien.

Bref, c’est quasi les vacances.

L’équipée

Peanuts était chargé de lui-même et de son vélo. Ça fait déjà beaucoup. Moi, j’ai enfilé le Porte-Popcorn, glissé le plus si bébé dedans, jusque là, facile. J’ai mis quelques affaires dans mon sac à dos parce qu’il y a des indispensables à avoir quand on est dehors avec deux enfants, accroché le dit sac au guidon de mon vélo, mon casque, celui de Popcorn et en route, mauvaise troupe.

Pas question pour moi de pédaler, bien entendu. Marcher à côté du vélo a beaucoup intrigué Popcorn et ce n’était que le début. Arrivé dans la bonne rue, je missionne Peanuts : « C’est un magasin de vélos avec une enseigne rouge. Il doit être sur le trottoir d’en face ». Ça l’a mobilisé jusqu’à ce qu’on croise une boutique de jouets. Heureusement que je savais où on allait, en fait.

On est donc arrivé à bon port.

« – Bonjour, vous avez besoin d’un renseignement ?

– Oui, bonjour ! Je voudrais pouvoir transporter ce bébé-ci sur ce vélo-là. »

La forme de mon cadre, mon porte-bagage, limite beaucoup les possibilités. Le vendeur est très pro, il cible très vite quel modèle pourrait convenir, sort rapidement deux pièces de la boîte, vérifie soigneusement : il en a un qui passe, mais c’est millimétré.

Peanuts espérait qu’on puisse repartir tous à vélo (d’où les casques que je transporte pour Popcorn et moi) mais l’atelier est débordé. Peanuts tente un culotté « Mais tu peux prêter tes outils à ma maman peut-être ? » Le vendeur m’assure que c’est simple à monter mais qu’il faut prendre le temps de le faire bien. Je le rassure : je n’avais pas l’intention de bricoler le truc sur le trottoir avec un cycliste miniature monté sur ressort à côté de moi et un bébé koala accroché dans le dos.

Je trouve le carton immense alors je réfléchis à comment repasser mais le bricoleur, toujours aussi serviable, propose de le fixer son mon porte bagage avec… des chambres à air ! Super efficace. On repart donc en sens inverse avec un bébé de plus en plus perplexe, un vélo bien chargé, et Peanuts remonté comme un coucou zigzagant entre les piétons, hyper à l’aise.

J’ai lu la notice de montage deux fois, regardé la vidéo trois fois et décidé que j’étais pas plus empoté qu’une autre et j’ai installé le siège.

Évidemment, je me suis lancée alors que Popcorn dormait et que Peanuts était censé commencer sa sieste. Dix minutes après, Peanuts était dans mes pattes. Et il s’est débrouillé pour réveiller son frère dans les moments qui ont suivi. Mais je m’en suis sortie !

La grosse frustration du jour c’est de ne pas avoir pu tester en conditions réelles. On s’est juste assis tous les deux sur le vélo sur le balcon… Mais je suis assez fière d’avoir réussi à me dépatouiller de tout ça.

Vivement la première balade !

101 mots de la page 101

La Nouvelle, de Cassandra O’Donnell, chez Flammarion jeunesse, publié en 2019. (Un livre du prix des incorruptibles 2021)

« Haya est préoccupée. Elle pense à Gabriel qui n’est pas venu à l’école aujourd’hui. Elle s’inquiète pour sa grand-mère. Elle a suivi les cours comme un zombie et est sortie du collège en se demandant si elle devait passer prendre des nouvelles et rapporter des cours à Gabriel. Puis elle s’est dit que non, qu’elle ferait mieux de rentrer chez elle.

– Eh, viens là, toi !

Elle se tourne et voit Erwan et Lucas qui la fusillent du regard.

– Qu’est-ce que vous voulez ? demande-t-elle.

– C’est toi qui es allée cafter au CPE ?

– Cafter ? « 

Aujourd’hui me manque peut-être

Je ne sais plus comment on fait pour être cette maman si synchronisée avec le grand tout en câlinant dans le creux de son coude le petit. Il y a une force, un élan, quelque chose qui se logeait très profond en moi qui ne répond plus à l’appelle. Comme si la louve était anesthésiée par l’épuisement, le confinement, le déconfinement, les enfants, par cette vie là.

Citation

Dans la forêt de Jean Hegland, édité chez Gallimeister en 2018 pour mon édition, copyright de 1996 pour le texte, traduit par Josette Chicheportiche

« Nos mains sont occupées, mais c’est un travail lent. Faire le tour d’un arbre peut prendre des heures d’un labeur minutieux, lequel commence autour du tronc et progresse en spirales jusqu’à la limite de la ramure. on a chaud et on est couvert de poussière, on a mal au dos et aux genoux. Au bout d’un moment, c’est presque une prière. »

En vrac

Tous les ans, en fin d’année je gratte péniblement une semaine pendant laquelle j’accueille de très petits groupes d’élèves et une ou deux journées sans personne. Et je rêve de temps seule au CDI pour mettre une grande claque à mes tâches de gestion.

Cette année, j’en ai plein, des journées sans élèves. Et j’ai la sensation de ne pas avancer le travail. Il me manque un moteur. Trop de temps devant moi, peut-être. Manque d’énergie, le contrecoup du confinement.

Aujourd’hui, j’ai passé des heures à régler des choses dont je ne devrais pas m’occuper. Et d’autres dont j’accepte de m’occuper mais qui ne sont pas le CDI.

Cette semaine, pourtant, tout était censé rentrer dans l’ordre. Les enfants sont de retour qui à l’école qui à la crèche. Moi j’ai repris mes horaires normaux. Les élèves sont de retour au collège. Pourtant. Pourtant.

J’ai cette sensation d’être enlisée. La fatigue. La Fatigue. Mais pas que.

Quelle est étrange, cette année, mais aussi rude et déstabilisante, éprouvante. Quelle est sale, cette période, usante et interminable.