Quand on s’attend au pire…

Jeudi dernier, j’ai demandé à la crèche s’ils pouvaient garder Popcorn mercredi de cette semaine.

Ça planifiait cinq journées de garde pour lui, qui a passé son dernier mercredi en famille à réclamer la crèche, et cinq journées sans enfants pour moi.

La Petite Voix (vous la connaissez, cette connasse qui a trop souvent raison même si ça fait bien ch… de l’admettre) m’a dit ou loucedé « Ha ha ha, parce que tu imagines que ça va marcher ? Genre qu’il va vraiment aller à la crèche cinq jours et que toi tu vas genre respirer ? Avant que vous partiez en vacances pour trois semaines les uns sur les autres dans des petits espaces pas adaptés à ta marmaille ? Non mais tu délires, tu sais très bien que ça ne se fera pas, que vous préparerez les vacances en catastrophe, que ton mec va être imbuvable pendant les 48h qui précéderont le départ, et qu’il va quand même se servir du fait que tu n’es plus au travail depuis le 7 juillet comme d’une excuse pour ne rien foutre pendant toute la première semaine au moins »

Et donc aujourd’hui, Popcorn a 40 de fièvre, une double otite et une angine à streptocoque.

Voilà.

17 juillet. Aujourd’hui vite vite

Aujourd’hui vite vite les enfants grandissent. Les nôtres et ceux des autres, à toute berzingue, parce qu’ils sont nés hier, avant hier, aller, la semaine dernière, je vous l’accorde. Et ceux qui n’en sont plus, qu’on a pourtant connu bébé, connu tout petit, avec des yeux énormes dans un visage poupon tout fin, et qui maintenant, ont le culot d’être déjà papa.

Pas aussi

Ce matin, j’écoutais un podcast dans lequel il était question à un moment du mouvement mee too.

À l’époque, je n’ai participé qu’en relayant des contenus, des témoignages, des réactions, et en manifestant un soutien absolu (enfin j’espère qu’il est apparu comme tel) aux victimes avec qui j’ai échangé.

Je n’ai pas témoigné sur le hashtag… Parce que je n’avais rien à dire.

Pas sur le sujet, il y a tant à dire, mais comme témoignage. Parce qu’en fait, pas moi aussi. Je n’ai pas été violée, je n’ai pas été agressée, on ne m’a jamais frottée dans un transport en commun. Je n’ai que rarement été confrontée à la drague lourdingue d’inconnu et ça s’est toujours réglé assez vite, je ne me suis jamais sentie suivie dans la rue, je ne me suis jamais sentir seule à la merci d’un ou plusieurs mecs.

Ça s’explique assez bien. J’ai grandi à la campagne, dans un tout petit bled, donc les transports en commun, je ne les fréquentais pas et la nuit, à part des pipistrelles, peu de risque de croiser des gens. De toute façon, je sortais pas. Au lycée et à la fac non plus. Je n’allais pas en soirées, je restais dans mon nid, ça me convenait. Mon activité principale consistait à aller au cinéma. Et je circulais à pieds (oui, avec des écouteurs dans les oreilles pour ne pas être abordée, c’est vrai) ou dans ma voiture un peu. J’ai eu la chance que notre univers familial et les proches de mes parents soient des gens safe. Je n’ai pas vraiment de style vestimentaire, je suis habillée en mou la plupart du temps, 355 jours par an je porte un jean et des chaussures plates, je passe partout. Et puis je ne suis pas une belle femme.

Et surtout, j’ai eu de la chance.

Beaucoup.

Semaine 1

8 jours de congés et de petite routine avec des objectifs simples, histoire de se structurer un peu.

En yoga, j’ai perdu beaucoup le peu de souplesse acquise mais je retrouve des sensations sympas, notamment celle d’être plus « solide » dans mes postures.

En films et séries, j’ai presque fini Sweet Tooth (j’accroche bien), on a regardé le nouveau Jumanji (divertissant mais sexiste…), un film avec Daniel Radcliffe en flic infiltré (pas mal mené mais prévisible) et un Belmondo (ben euh, un Belmondo).

En lecture, j’ai fini mon Bondoux (pas celui qui m’aura le plus fait vibrer et frémir mais sa plume reste sa plume) et j’ai attaqué une lecture conseillée par ma psy qui me fait dire « Ah, mais c’est pour ça que quand j’étais gamine, je réagissais comme ça à [une situation] » à tous bouts de champs depuis ce matin.

J’ai fait 10 000 pas quasi tous les jours (8000 celui où pas).

J’ai pris un an.

Je vis tout ça plutôt bien.

Veille

22h18. L’enfant petit ne dort pas. Demande « allez maman gratte ‘e p’ed ». En fait il veut dire « masse ». Mais à gratter ou masser, je suis assise sur le parquet flottant de sa chambre. Et la prochaine fois qu’on aura une soirée sans cet enfant là, ce sera au mieux en septembre.

Demain, je prends un an. Ce sera la 6e fois depuis que je suis maman, la 7e si on compte que j’en ai fêté un bien enceinte. Ma trentaine, je l’aurais consacrée à mes enfants.

Dans le livre que je lis (toujours le Bondoux, je ne lis pas vite, et je n’y consacre plus autant de temps qu’à une époque), la personnage principale se remet au sport. Dans mes mentions Instagram, une amie a exhumé une aquarelle en se demandant quand je me relançait. Ailleurs, les envies. Et le mur d’impossibilité.

Il y a des veilles, comme ça, plus amères que d’autres…

Marre

On a eu pas tout à fait 48 heures sans enfants. Le temps de se rappeler ce que c’est, pourquoi ça nous manque, combien ça nous manque. Pas assez pour qu’ils nous manquent, même pas un tout petit peu.

Puis ils sont rentrés.

Popcorn avec 38,9 de température, de la morve plein le nez, les cordes vocales enrouées.

Peanuts deux jours avant ce qui était prévu à la base.

Donc demain et sans doute mardi, je vais passer la journée seule avec les deux enfants. Exactement ce que j’ai tout fait pour éviter en ce début juillet. Parce que je savais pertinemment que je n’aurais pas le ressource. Et comme je me connais bien, je ne m’étais pas trompée.

Alors là, moi, j’éprouve un très, immense, sépulcral, abyssal, ras le bol.

En vrac

Traquer des tétines en ligne, pimper mon abonnement orange (des gigas ! des gigas !), manger au restaurant, lancer la cuisson des pâtes, lire l’herbe sous un murier (toujours Anne-Laure Bondoux), avoir une conversation continue pendant tout un repas sans être interrompus, suivre un chemin parce que « et ça va où par là ? », trouver un canal, un court d’eau, deux moulins, filtrer les appels téléphoniques des parents, choisir un programme netflix, faire du yoga dans la chambre des enfants, rire un peu, se retrouver.

Vacances jour 3

Je tiens mes petits objectifs. Facile, ça ne fait que trois jours. J’ai commencé un livre d’Anne-Laure Bondoux et c’est toujours bien de lire Anne-Laure Bondoux. (Ça marche avec d’autres auteurs et autrices, vous pouvez jouer). J’ai avancé mon travail. Oui, oui. Je fais du yoga, je marche, et ça me fait du bien.

Je m’impose une routine pour ne pas m’écrouler. Je m’apprends, me connais, si je m’arrête brutalement, on ne me relève pas. Alors je ralentis sans m’arrêter. Toujours équilibriste, toujours sur mon fil. Avec l’entraînement, on tient de mieux en mieux.