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Jeudi citation

« Vivre c’est formidable mais ça n’est pas sérieux, ça n’est pas grave. Il faut fuir la gravité des imbéciles, il faut fuir ça de toutes ses forces. C’est une aventure, c’est presque un jeu »

Jacques Brel

 

Jeudi Top 5

Les 5 personnages de livre avec lesquels je voudrais boire un thé

  1. Ophélie, La Passe-Miroir de Christelle Dabos
  2. Tiphaine Patraque, Les Annales du Disque Monde, Terry Pratchett
  3. Le Fou/Ambre, L’Assassin Royal et Les Aventuriers de la mer de Robin Hobb
  4. Siméon Morlevent, Oh Boy ! de Marie-Aude Murail
  5. Le Chapelier fou, le Lièvre de Mars et le Loire, Alice aux pays des merveilles de Lewis Caroll

Et vous ?

 

Jeudi une photo

Jeudi 100 mots de la pag e 100

« Ensuite il y avait un autre couplet et l’on reprenait le refrain. et voilà que le frère José s’endormit pour de bon. Il avait même la tête inclinée. Personne n’avait le courage de le réveiller. Même pas les autres frères comme ça aurait dû normalement se produire. Mais non. quand sonna la clochette de l’évangile et que tout le monde avait déjà terminé et commençait à s’agenouiller, le frère José se réveillât en sursaut et entonna tout seul :

Volez, volez, céleste messagers,

Vers Joseph à toutes ailes accourez…

Ce fut un désastre. Un éclat de rire général. Il fallut que… »

VASCONCELOS, José Mauro de. Allons réveiller le soleil. Le Livre de poche jeunesse, 1985. Traduction d’Alice RAILLARD.

Pix : Bosmanerwin, StockSnap et VaniMasaro via Pixabay

 

Pas solide

Je ne me sens pas solide.

C’est presque toujours comme ça après une crise. Je me remets à douter de moi, de ma capacité physique à faire les choses, j’appréhende d’être mal à des moments importants, j’ose encore moins me lancer, je rentre bien profond à l’intérieur des frontières de ma zone de confort.

J’ai fait une crise la semaine dernière, seule à la maison. Depuis combien de temps n’avais-je pas toute une soirée et une nuit entière seule devant moi ? Je ne sais plus. Ça datait d’Avant, celui au A majuscule qui désigne les années que l’on n’a pas partagées avec Peanuts. Je n’avais rien prévu d’extraordinaire : plusieurs épisodes de série, une pizza, dormir au milieu du lit. J’ai regardé un peu ma série, en tremblant, en interrompant les épisodes quand je ne tenais plus en place, j’ai maudit mon corps, ma neuro, parce que dans ces moments-là il me faut des coupables, ma colère s’attache à l’extérieur, ne revient en boomerang contre moi-même que le lendemain. Depuis combien de temps n’avais-je pas fait une crise alors que j’étais seule ? Je ne sais plus. C’est bizarre combien c’est pire alors que personne ne peut rien faire de plus. Si ce n’est être là. Comme quoi, c’est important d’être là. 

Je ne me sens pas solide, j’ai envie d’entrer tout au fond de moi-même tout en ayant envie de m’extraire de ce corps là. C’est détestable comme dichotomie.

Ça va durer un temps. Je vois ma neurologue mercredi alors ça durera au moins jusque là et sans doute les jours qui suivent. Puis je vais oublier un peu, jusqu’à me faire faucher, de nouveau. Des fois je me demande combien de temps encore je vais pouvoir supporter ça, reprendre confiance jusqu’au prochain coup dans le dos. Puis je me rappelle que je n’ai pas le choix. Parfois je m’imagine que ça va se régler, comme la neuro le dit, avec le temps. Puis je me rappelle qu’elle avait dit que c’était sans doute l’affaire de quatre ou cinq ans. Il y a 9 ans.

Ce n’est pas évident de s’aimer, dans ces moments là, vous savez.

Entrer dans l’année

Non, elle n’y est pas, cette dynamique, cette page blanche, cette impulsion. Pourtant, je suis en général assez sensible aux étapes, aux tournants, aux virages, aux dates. Mais non, rien n’y fait, je ne me sens pas « nouvelle année ». Je ne me sens même pas « début de mois ».

Je n’ai pas l’envie (pas le besoin ?) de dresser de liste d’envies pour 2018, encore moins de prendre des résolutions. Un bilan ? Aucunement. Non, rien à faire, je ne ressens pas ce petit trifouillou qui me pousse à faire cela, régulièrement, à la moindre occasion, presque.

Alors ça m’interroge.

Oui, hein, parce que j’aime tellement ça, je l’ai fait tant et tant de fois. En plus, 2018, c’est une nouvelle année, un nouveau mois et une nouvelle semaine qui commence pile le même jour, ça devrait m’inspirer.

Ben rien.

Alors je peux y voir du positif. J’aurais un équilibre qui m’épargne ce besoin, qui ne me pousse pas à décider de changer des choses, de m’y résoudre.

Ce n’est pas faux.

Alors je peux y voir du négatif. Cette Fatigue qui ne me quitte pas, imprégnée dans les fibres même de ma personne, qui me pousse à un réalisme atone : je n’ai pas l’énergie de me lancer dans quoi que ce soit de plus, de différent, je fais déjà du mieux que je peux.

Ce n’est pas faux non plus.

Ce n’est pas que je n’ai envie de rien. C’est que je n’ai pas besoin de l’affronter au détour d’une rupture.

Et c’est quelque chose d’assez nouveau pour moi.

Et je souhaite à celles et ceux qui lisent ces lignes, adeptes des résolutions, to do list, grands projets de nouvelle année, ou non, que vos envies se réalisent, que le bonheur vous touche et que cette année, ainsi que les suivantes, vous soient belles.

Être ou avoir

L’autre matin, samedi pour être précise, Peanuts répétait en boucle ses « mais je veux [insérer ici n’importe quelle chose à laquelle j’ai dit non] ! » comme si c’était l’argument ultime. D’ailleurs, je suppose que pour lui, C’EST l’argument ultime. Bref. Dans un élan pas vraiment éducation bienveillante, je lui ai répondu « Ben moi, ce que je veux, c’est avoir des vacances ! » (ouais, les phrases de parents qui n’aident pas).

Celuiquej’aime rétorque alors « Ça tombe bien, tu es en vacances » dans l’espoir naïf de détendre l’atmosphère. Raté, et le pauvre s’est mangé dans les dents « Oui, je suis en vacances mais je voudrais en avoir, toute la nuance est dans le verbe ».

En général, quand on arrive en fin de période, la coupure des vacances m’est nécessaire essentiellement parce que j’ai besoin de repos. Selon les fois, selon les années, selon les saisons, parce que ça me permet de rattraper mon retard de boulot dans certains domaines, de prendre de l’avance sur mes lectures, d’imaginer de nouvelles choses… ça dépend. Ce qui est rare, c’est que j’ai vraiment besoin de rompre avec mon travail.

A la question « qu’est-ce que je ferais si je n’avais pas besoin de mon salaire », la plupart du temps, je réponds « la même chose ». Pas certains jours, pas certaines heures, mais la majorité du temps. Je l’ai déjà écrit, c’est une chance dont j’ai conscience : j’aime mon boulot, je n’en ai pas encore fait le tour, j’imagine continuer longtemps sans en être blasée – et espère réussir à ne pas rendre mes CDI invivables une fois que je le serai mais c’est un autre débat. Mais il se trouve que cette fois-ci, j’ai besoin que ces vacances fassent une rupture.

La dernière semaine avant les vacances de Noël est réputée être la pire de l’année dans l’Education Nationale : la fatigue des élèves, des équipes, la saison, les maladies, l’excitation des Fêtes… Les ingrédients du cocktail sont nombreux et le résultat n’est jamais cool. J’en ai fait les frais avec plusieurs moments très tendus avec les élèves, un point d’orgue violent en milieu de semaine, la nécessité de prendre des sanctions et des décisions qui me punissent tout autant qu’eux, deux séances qui sont tombées totalement à plat, une qui a mal fonctionné car beaucoup d’élèves étaient absents… Bref, le genre de semaine où tu te sens mauvaise prof et mauvaise doc donc très mauvaise profdoc.

S’est rajouté là dessus des questions de relation dans l’équipe. Il y a ces histoires qui ne me concernent pas directement mais qui m’apprennent beaucoup (de mal) sur la personnalité de certaines personnes avec qui je travaille. Il y a ces histoires qui concernent la vie qui peut être une chienne, et même quand ça arrive aux autres, c’est rude. Il y a ces histoires qui me concernent et me déçoivent aussi. Il y a la manière dont j’apprends ceci, celle dont je n’ai pas appris cela avant, aussi.

Là-dessus, je tombe en période de congés scolaires c’est-à-dire à plein temps dans ma vie de maman bonus « femme au foyer ».

Jusqu’à cette année, je laissais un peu Peanuts à la crèche alors que j’étais en vacances. Un peu… Beaucoup… Ce qui me convenait très bien, c’est qu’il y allait le matin à une heure qui lui convenait puisqu’il se réveillait largement en avance, qu’il rentrait en fin d’après-midi donc qu’on passait du temps à deux puis à trois chaque jour, tout en me libérant dans la journée pour travailler et prendre du temps pour moi. Cette année, il a commencé l’école. Il est donc en vacances exactement en même temps que moi. Il est également bien plus fatigué par ses journées et a besoin de vacances qui soient des vacances.

A Toussaint, il a passé une semaine chez sa grand-mère pendant que notre appartement était en travaux. Il est rentré malade, surexcité, à peine douché, et fan des pyjamasaques. Et surtout, après 8 jours à avoir mené sa grand-mère par le bout du nez (il décidait même s’ils sortaient ou non donc en général non et s’est fait un marathon d’écran…), bien décidé à ne plus entendre le mot « non ». La semaine suivante, passée seule avec lui en journée, a été compliquée à plus d’un titre. (Notez ici que je sais que tout n’est pas la faute de sa grand-mère, notamment qu’il soit tombé malade, hein).

Ces vacances-ci, il est prévu qu’il y passe 3 jours. A la fois, j’ai envie de ce temps. Pas tant sans lui que sans les réveils hyper matinaux, sans les non !, sans les sollicitations permanentes, sans dragon dans la chambre la nuit… Oui, j’en ai besoin, plus qu’envie, parce que je suis Fatiguée. A la fois, ce que cela suppose de déployer, avant et après, me coûte, et j’ai envie d’avoir du temps avec lui.

Bref, je suis en plein paradoxe maternelle (et en pleine contradiction belle-maternelle).

Bon, l’avantage, c’est que je ne pense pas au boulot pendant ce temps. Ah, ben maintenant si.

J’ai vraiment besoin d’avoir des vacances.

Le bain

Elle arrête le robinet d’un geste du gros orteil et le silence se fait dans la salle de bain. La brûlure de l’eau sur son corps la réconforte. Elle aime ses bains chauds à s’en carminer la peau. Elle fléchit les genoux et plonge ses oreilles sous cette couverture liquide. Dans l’atonie qui se forme, elle n’entend que la note unique et répétitive d’une goutte plicploquante à l’aplomb du pommeau de douche. Elle ferme les yeux malgré les lumières éteintes. Au creux de son ventre, le va et vient des organes malmenés par les angoissent qui la secouent depuis plusieurs jours lui donne la sensation d’être bercée de l’intérieur. Elle cherche à s’engourdir, croise ses mains sous sa poitrine et envoie à la rencontre de cette vague celle de sa respiration. Là, dans cet instant, elle ne veut plus exister au monde. Sous son crâne pourtant, le déchaînement se poursuit, comme à l’ordinaire, les idées sautent le coq, l’âne, puis toute la basse cours et le champ de courses, à toute allure, encore, toujours, rien n’y fait. Soudain, il lui semble entendre la mer, son chuchotement sur le sable quand elle se retire, puis le ronflement du mouvement suivant quand elle se lance à nouveau sur le rivage. Un sourire se rappelle aux muscles de son visage. Elle a 5 ans, peut-être 6. Le soleil darde et une casquette gène sa tête mais elle est installée sur le boudin de tissu gonflé, bleu vif, plus clair que l’égyptien mais plus soutenu que l’azur, prêt d’une amie de la famille inauguré ce matin là. Qu’elle avait envié les autres enfants l’année précédente qui jouaient sur les mêmes tubes ! Dans son bain, elle frémit. L’eau est fraîche pour la saison et son maillot mouillé raidit ses fesses maigrelettes. Mais elle porte les lunettes de soleil de Tipa alors rien n’a d’importance si ce n’est qu’elle peut conquérir le monde. Dans la salle de bain silencieuse, elle pousse un cri et fait éclater hors d’elle ce souvenir de l’enfance heureuse pour qu’il l’habille. Rapidement, elle sort de l’eau, se sèche et enfile des vêtements. Sur le pas de la porte, elle se ravise et sort d’un tiroir une paire de lunettes teintées aux montures fantaisies achetées à un vendeur ambulant plusieurs étés plus tôt. Elle les chausse, entend de nouveau la mer et claque la porte derrière elle. Dans sa robe bleu vif, plus clair que l’égyptien mais plus soutenu que l’azur, cette journée si angoissante peut commencer, maintenant qu’elle se souvient qu’elle peut conquérir le monde.

Note de bas de page :

Texte libre, inspiré de cette photo prêtée par Minka mon Ophélie. 

Suspensions

…qu’il s’est toujours appartenu à lui-même et jamais à nous mais l’impression que plus ça va plus c’est vrai alors que ça l’est depuis toujours…

…savoir exactement comment je vais. Je me sens plutôt bien mais la Petite Voix traîne dans les parages en chuchotant qu’il ne devrait pas en être ainsi, parce qu’en toute objectivité, je cumule pas mal de lassitude et de fatigue, puis il y a cet automne de plus en plus hivernal et toutes ces petites choses plus ou moins un peu grandes en fait. Alors la Petite Voix chuchote que c’est le médicament-qui-fait-peur qui dit que je vais bien. Allez savoir de combien c’est vrai et…

…continuer doucement de perdre du poids sans avoir l’impression de lutter, en tout cas la majorité du temps. Habituée à yoyoter, je rencontre là quelque chose de nouveau. Je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter un peu parce que je ne sais pas comment j’ai fait et…

…chaque matin et soir, de plus en plus naturellement, avec cette grande bécane à deux roues et…

…couleurs hallucinantes de levé de soleil entre la mer et le front de nuages. J’en ai presque perdu l’équilibre alors je…

…n’ai pas raté un seul goûter fait maison les jours d’école et en tire une forme de satisfaction assez agréable. Et l’idée pas si saugrenue de prendre des actions chez mon fournisseur de chocolat à dessert…

Ne le répétez pas

Ne le répétez surtout pas à ces hordes de touristes qui s’entassent serviettes contre serviettes sur nos plages de juin à septembre et s’extasient devant cette mer de carte postale « Ah qu’elle est belle, ah qu’elle est bleue, la mer d’azur dans sa baie séraphine ». Non, ne leur dites surtout pas mais elle n’est, cette mer bleu plat à peine grêlée de mousse, rien bonne qu’à la toile de fond de leurs selfies à peau rougie. La mer que j’aime et ne peux quitter c’est celle des saisons qui la teignent d’encre, de charbon, de nuit, de fucus, qui lui donnent des reliefs à la lumière rasante d’un soleil bas sur sa ligne de fuite, qui laissent entendre que se trame en son fond de sombres aventures, de tragiques existences. C’est là qu’elle est Belle, à l’automne, à l’hiver, dans son mariage avec un ciel démonté aux camaïeux improbables de gris à rose sans passé qu’infimement par le bleu. La mariée était en obscur, son voile était d’écume en rouleau sur les plages, quittant pour y revenir sans cesse sa couche même pas nuptiale, princesse aux petits galets ronds dont le choc rythmé chantent une complainte mélancolique adressées aux goélands, aux pécheurs et aux poètes. Ne leur répétez rien. Et venez écouter. Venez contempler.

Entrer dans l’hiver

Ça s’est passé brutalement, comme cela se fait ces dernières années. On entend l’automne s’installer chez les autres et ici, pas une feuille ne craque sous les pieds. Les bourrasques décrochaient des branches de la verdure à peine dorée, le ciel ne dérogeait pas à son bleu, la mer appelait toujours à la baignade même si celle-ci supposait un peu d’oubli de soi-même. Puis une nuit, le ciel a crevé et tonitrué l’entrée en scène de la saison. Depuis, ce ciel pleut plusieurs fois par jour, parfois à gros sanglots, souvent en plaintes silencieuses. Le changement d’heure fait débarquer l’idée de nuit au milieu même de nos après-midi. Les mains demandent après une tasse chaude pour se lover à son tour comme on caressait nos doudous.

Et tout en même temps qu’on entrait dans un automne aux accents déjà hivernal, il a fallu sortir des vacances scolaires. Ouvertes par une journée de lente défaillance, le corps qui lâche contre les virus conjugués d’une laryngite et d’une gastro, j’ai profité de ces deux semaines sans en même temps vraiment les voir passer. Si je suis sincère avec moi-même j’avoue que m’a manqué terriblement une paire de jour seule comme j’ai toujours aimé entamé ces congés d’entre périodes, malgré la semaine rien qu’en couple. Elle a fait du bien. Elle repose les bases, les repause aussi.

Je goutte toujours à cette chance que j’ai de retrouver mon travail avec plaisir. Tout n’y est pas simple pourtant, je pars en guerre contre, pour. J’essaie de nier que ça y est, c’est là, les semaines de l’année que j’aime le moins et nous conduisent sans retour possible au début décembre et ces journées si dures au collège. Celles où s’articulent avec force grincements et douleurs la fatigue de chacun, les maladies petites mais récurrentes, l’excitation sans cesse prospérante des élèves, l’énergie sans cesse déclinante de l’équipe, l’agacement si facile, l’exaspération si attirante. Je reprends, tout de même, avec entrain le chemin de l’école.

Hier, après les cours, élèves partis, locaux quasi vide, j’allais vers les bureaux dans l’attente d’une réunion. Seule dans ces couloirs devenus si familier je me demandais si c’était l’ancienneté ou un sentiment curieux de légitimité qui me donnait ainsi la sensation d’être à ma place. Plus cela va, plus j’accepte de croire que je fais bien mon travail sans que vienne me heurter cette sensation d’imposture.

Et je continue d’aimer cela, ce que je fais.

J’ai eu, aujourd’hui, ce qui me manquait tant ces derniers jours : des heures à moi à faire ce que je voulais, sans réfléchir ni planifier. L’enfant cahouette est ailleurs en famille, facilité pratique à nos contraintes hors parentales de ces 15 dernières heures. J’ai passée une bonne partie de ces temps sans l’avoir prémédité à choisir des cadeaux de Noël. Le hasard d’un livre vu en rayon entraînant une idée puis une autre qui appelle une envie qui suppose une recherche qui devient une liste puis un panier puis… Il ne m’en manque plus que deux et demi, voilà qui me surprend moi-même.

Je transpose, un peu, de ne pas savoir toujours comment m’occuper de moi en attentions pour les autres. Et en faisant cela, je me fais du bien. Gagnant partout, même mon banquier.

Je me suis occupée, un peu, de chouchouter ce blog. Il reste mon nid, ma tanière, même si j’y manque. Il faut que je vole son temps, et je suis mauvaise fraudeuse. Et il y a ce blocage, le truc du forgeron. C’est en forgeant qu’il devient. Moi c’est en n’écrivant peu que je n’écris presque plus. Je ne sais plus n’y jeter que quelques mots, comme ça, en passant. Je n’ose pas, même, quelque part. Tout cela, je sais qu’on en guéri, je suppose même savoir comment. En commençant par savoir que grandit un enfant, peut-être bien.

Puis j’ai toujours écrit davantage en allant mal et voilà donc que je continue de me sentir bien. Je suis ainsi, écriveuse à l’affect, et cela fera donc mon affaire. En attendant, je vais me faire un thé.

 

Bruissements d’automne en altitude, quelques semaines il y a.

Quand pèse le régime

Depuis ma grossesse, mon poids, ma ligne, ma tête et moi, on cohabite en compromis. Mon poids reste stable, ma ligne n’est pas trop examinée dans la glace, ma tête ne se prend pas sur ce que je mange, et moi je me satisfais de la situation et apprécie de ne plus naviguer entre deux tailles de pantalon même si j’aurais préféré me stabiliser sur la plus petite des deux.

Enfin, ça, c’était valable jusqu’à il y a quelques mois.

Pour une fois, ça n’est pas passé par l’image. Je ne me suis pas vue et trouvée grosse ou pas belle ou pas moi. Il faut dire que dans l’ensemble, je me trouve « pas mal pour le temps, l’énergie et l’argent que je peux consacrer à mon apparence », que j’ai surtout l’air d’une mère de jeune enfant et que c’est quelque chose qui me convient. Que j’ai accepté que mon corps a vécu une grossesse et qu’il y a un après.

Non, cette fois, c’est passé par la sensation, celle d’être ramollie, molasse, flasque. Ce n’était pas seulement ma peau, mon gras, mes bourrelets. C’était un état général, un quelque chose dans le corps qui jaillissait dans beaucoup d’autres domaines et sur mon état d’esprit.

J’ai commencé à me reprendre un peu, à aller travailler à vélo, à me secouer… et à me soucier un peu de mon poids. C’est allé et venu, je me pesais, j’oubliais, je prenais des résolutions et les annihilées une heure plus tard pour lécher l’appareil à muffins avec Peanuts. Les vacances arrivant, j’ai décidé que mon poids restait stable depuis plus de deux ans donc que j’allais déprogrammer cette préoccupation.

L’urgence, c’était de retrouver de l’énergie, de la tonicité, sortir du mou. Et ça a marché. Mais en rentrant de vacances, ma balance m’a rappelé que ben quand je mange n’importe quoi n’importe quand sans me soucier de mon appétit, de ma satiété et en me limitant à « Mmmh, c’est bon, j’en veux encore », il y a des conséquences.

J’ai donc décidé de me faire plus attentive. J’ai commencé (enfin, il était temps) à m’apporter à manger au boulot plutôt que d’aller à la cantine. Pas que la cantine soit mauvaise, au contraire, et c’est bien le problème, mais parce que je termine mon plateau. J’ai progressé : je ne vide pas toujours mon assiette. Mais je mange mon entrée, mon dessert, le fromage. Je ne laisse pas parce que je suis gourmande, puis parce que je suis le mouvement, parce qu’on discute et que je n’écoute pas mon ventre, parce que.

J’ai aussi limité un peu mes quantités le soir, varié mes assiettes, j’ai arrêté de terminer les goûters de Peanuts quand je n’en avais pas réellement envie.

Avec la reprise du vélotaf et ce peu d’attention portée à mon alimentation, j’ai vu mon poids baisser. Sur la balance et dans la glace. J’ai reçu des compliments. Ça descendait bien et ça descendait vite.

Puis sans m’en rendre compte, je me suis interdit certains desserts, de goûter mes propres pâtisseries, le fromage le soir si j’en avais mangé à midi, j’ai commencé à m’inquiéter du menu d’un repas d’anniversaire, de la taille des parts de gâteaux.

C’est insidieux, vous savez. Vous vous demandez en toute bienveillance « Ai-je vraiment envie de manger cela ? » puis vous glissez vers « Ai-je vraiment besoin de manger ceci qui est gras ? cela qui est sucré ? » Vous vous demandez « Est-ce que j’ai atteint ma satiété ? » puis vous vous répondez « J’ai bien assez mangé » en regardant ce qu’il manque dans l’assiette et sans passer par l’interrogation des sensations.

Et ça marche. Les chiffres sur la balance descendent, les vêtements ne serrent plus à la taille ou aux hanches. Sauf que je me suis mise au régime. Sans même le décider.

Par « être au régime », j’entends s’autoriser et s’interdire certains types d’aliments, triés selon l’impact qu’ils pourraient avoir sur une prise ou une perte de poids, se restreindre dans les quantités, les horaires, selon des critères extérieurs à ses propres sensations de faim, envie, appétit et satiété.

Ce qu’il y a, avec les régimes, c’est que c’est forcément très présent. Parce qu’on mange plusieurs repas par jour, souvent trois, parce que les occasions de manger, grignoter, goûter un truc sont nombreuses. Parce qu’on passe notre temps à avoir l’occasion d’avaler des choses. Les régimes, c’est toujours frustrant, au moins un peu, et ça grignote la bienveillance. Envers soi-même quand on ne suit pas les règles qu’on s’est fixées. Envers les autres parce qu’ils ont proposé une soirée pizzas, viles tentateurs ! Envers son corps qui ne maigrit pas assez, pas assez vite, pas de là où on voudrait (coucou la taille de soutif en moins quand on veut s’attaquer à sa culotte de cheval).

Puis quelqu’un sort « Tu as maigri toi, ça te va bien » ou une phrase de ce genre qui se veut gentille. Parce que c’est ce à quoi on nous apprend à aspirer : à maigrir. Peut-être même plus qu’à être mince quand on y réfléchit (combien de personnes autour de vous n’aimeraient pas perdre au moins 2 ou 3 kilos ? et parmi ces personnes, combien de femme ? Mais celleux qui n’entrent pas dans une démarche d’amaigrissement. Combien disent et pensent que leur poids et celui qu’iels veulent peser ? ») Du coup, quand on constate la perte de poids de quelqu’un, ben on va donner dans les félicitations. C’est normal, c’est ce qui se fait. Puis de l’autre côté, on se dit qu’on tient le bon bout, que c’est une bonne manière de faire.

Un soir de la semaine dernière, Celuiquej’aime m’a proposé de rapporter un Mac Do en rentrant de chez mon psy pour qu’on se le regarde devant un film. Ça m’a mise en colère. Un Mac Do ? Et puis quoi encore ? Il sait que j’essaie de perdre du poids, que je veux retrouver la dizaine du dessous, que je n’en suis pas loin ! Il devrait plutôt m’attendre avec une salade de tomates et une compote pomme-poire sans sucre ajouté !

Alors qu’en fait, mon mec, il ne me proposait pas d’alimenter mon gras, il proposait juste une soirée sympa.

J’ai dis Ok, pour le Mac Do. Et j’ai quand même perdu encore un petit quelque chose cette semaine. Je découvre tout de même ces dernières semaines que je me sens bien en mangeant moins. Qu’arriver au repas du soir, fixé à une heure raisonnable pour le coucher de Peanuts, en ayant vraiment faim est agréable. Que je sais enfin reconnaître ma satiété, presque à tous les coups. Je dois me forcer un peu à me rappeler que si, en ce moment, j’ai tendance à voir dans un carré de chocolat des glucides et des lipides, le collègue qui me le propose en salle des profs y voit un geste sympathique à mon égard. Je suis en train de travailler à trouver une manière de manger qui me mette en accord avec le volume de mon ventre, de mes cuisses, de mes fesses, et mes contraintes quotidiennes.

Et à tourner pour de bon cette page, celle des régimes et des règlements, imposés par moi-même ou par d’autres.

Vous avez vu, je continue de grandir.

23 septembre. Aujourd’hui ça tombe

La pluie, pour commencer, linéaire, drue, une pluie d’octobre un 23 septembre.

Puis la pression, le champagne dans six flûtes, du cidre doux dans une autre, le temps, les coups d’épée pour jouer, un cadeau très attendu, les minutes devant les écrans, les indices d’une info que je ne voulais pas donner, l’annonce des heures à lire seule le soir, la fatigue de fin de journée, la nausée de regarder le téléphone plutôt que la route, la commande improvisée. Le sommeil, enfin, sans doute.