Début de vacances

Le contre coup m’a rattrapé et je le réceptionne comme une grosse brique balancée à toutes forces : mal et avec violence. Je suis fatiguée, lasse et à bout de patience. Ce sont 7 semaines de reprises, de cours nez et bouche masqués, de stratégie d’évitement, de Covid, de police du masque, d’élèves n’ayant pas été scolarisés depuis mars…

C’est l’attentat perpétré contre Samuel Paty.

Je n’ai envie que de mon lit. Peut-être mon canapé. J’ai faim de cet appétit est dans ma tête au lieu de mon ventre. Je vis très mal le bruit. Les jouets qui se dérangent au fur et à mesure que je les remets en place. Je me sens vide.

Je crois qu’une des choses qui me met le plus en colère concernant l’assassinat de Samuel Paty c’est le rôle qu’ont joué les fantasmes qui circulent sur notre métier d’enseignant.

Cette manière dont tout le monde croit savoir.

Savoir comment il faut être prof.

Savoir comment on travaille (comme si on travaillait toustes de la même façon) et comment on devrait travailler.

Savoir comment les choses se passent en salle de classe. Croire que notre travail se limite à la salle de classe.

Savoir ce qu’est un.e élève, alors que « l’élève » n’existe pas, nous travaillons auprès d’élèves au pluriel, iels ont chacun.e leurs problématiques et leurs besoins, leurs points forts.

Savoir ce qu’est un bon prof, une bonne prof (et ce n’est pas un hasard si je ne l’écris pas en inclusif).

Savoir ce qu’est notre métier et que n’importe qui peut l’exercer.

Sous prétexte que tout le monde a été élève et que le calendrier des vacances scolaires est médiatisé.

Pour moi, chaque « Ouais mais les profs… » participe de ce qui s’est passé vendredi. La déconsidération, le prof bashing, l’image que nombre se plaît à véhiculer et contre laquelle notre hiérarchie de lutte pas vraiment.

Parent

Le plus compliqué, en tant que mère de deux, c’est de donner du temps de qualité à chacun. Alors que j’ai déjà peu d’énergie. Alors que ces jours-ci, j’ai surtout envie de faire mes trucs à moi et qu’on me fiche la paix. Je sors d’un de ces mercredis satisfaisants en rien. Pas catastrophique mais aucun moment n’a été vraiment réussi. Un mercredi à oublier, voilà, qui a le seul mérite d’être passé.

Les vacances approchent et j’aurais très peu de temps seuls. Mes relais habituels sont peu accessibles, Covid oblige. On ne part pas, non plus. J’appréhende. Beaucoup. Je n’ai pas envie d’y être. Et en même temps, j’ai besoin d’un break dans le rythme des journées.

Ce soir je suis amère. C’est trop loin, la perspective de recommencer à avoir vraiment du temps pour moi. A pouvoir m’asseoir ou prendre une douche sans qu’un enfant ou l’autre ou les deux ne viennent me solliciter.

Ce soir, je suis une vieille louve fatiguée.

Moins quelque chose

J’ai perdu ce qu’il fallait pour que mon IMC passe tout juste en dessous de la limite du surpoids.

Je suis comme ça, les chiffres, les comptes, ça me parle.

Ainsi, je peux aussi dire que j’ai perdu un tiers de mon objectif raisonnable. (Parce que j’ai un objectif raisonnable et une envie déraisonnable. Je pourrais peut-être atteindre le poids de cette envie mais y rester me paraît utopiste. Alors je compte à partir du raisonnable.)

J’ai déjà perdu du poids, plusieurs fois, dans ma vie. Mais c’est la première fois que ça se passe ainsi. Aussi peu de frustration alimentaire. Aussi peu de pulsion. De sensation de me priver. Autant de naturel et d’évidence.

Je ne me l’explique pas bien.

Je profite, surtout.

J’ai fait des photos. De moi. Dans ma tenue de yoga. Confortable, oui, très. Absolument pas flatteuse, discrète sur rien. Je n’aime pas ce que je vois. Je regardais mes jambes en particulier et je crois qu’elle ne me plairont jamais. Tant pis pour les jambes. Je garde les clichés, pour me rappeler. Pour comparer, aussi, c’est plus efficace pour voir. Parce que dans la glace, je ne me vois pas pareil. Ce qui est bizarre c’est que les photos sont celles de mon reflet dans ce miroir.

J’ai du mal à me voir. Moins à me ressentir. Et au ressenti, cette perte, c’est plutôt pas mal.

10 octobre. Aujourd’hui comme tous les jours

Anticiper. Bisouter. Courir, cuisiner, câliner, consoler. Dormir bien trop peu. Écouter. En route, petite troupe. Filer, faucher, filouter. Gigoter. Ho hisse. Habiller des gens, ma carcasse. Installer le plus-si-bébé dans… (sa poussette, son siège auto, son lit, le Porte Popcorn). J’ai oublié ce que j’allais faire à l’instant. Kidnapper l’enfant petit pour mettre des vêtements sur son corps malgré ses « maaaaaais ! », tournoi de catch. Lire des histoires, lister des trucs, check (or not). Manger mais pas n’importe quoi. Nourrir son petit monde. Oublier. Préparer des affaires, des sacs, des vêtements, des repas, des goûters. Qui veut la peau de la maman de deux ? Rire, un peu. S’oublier. Tweeter. Ululer en silence. Voir arriver les bêtises. marcher sur un Wagon de train abandonné à l’entrée des toilettes : X+¥§*¶@!! . voler une séance de Yoga. Zzzz