Rouge

Je recommence à être en colère. Contre la situation (sanitaire) et contre les gens. Ouais, les gens, c’est bien, c’est vaste, c’est pratique pour être en colère contre. Les gens, parce qu’ils attrapent le Covid et transmettent le Covid.

Non, alors non, je ne suis pas en colère contre tous les gens. Seulement ceux qui ne font pas ce qu’il faudrait. Tiens, là, la dernière personne dont j’ai appris la contamination, c’était pendant un repas de famille. Un porteur, cinq nouveaux cas. Variant maousse costaud et paf. Mais bordel… Je suis en colère contre cette fleuriste qui porte son masque sous le nez pour parler à des clients mal masqués également au milieu de son étale qui mange déjà la moitié du trottoir, laissant la possibilité soit de passer entre eux sans garder aucune distance, soit de rebrousser chemin, revenir jusqu’au passage piéton quarante mètres plus haut, et changer de trottoir…

Je suis en colère contre la logique économique qui fait que seul chaque labo fabrique le vaccin qu’il a développé aussi. Que le fric compte systématiquement plus que l’humain. Qu’on préfère hypothéquer des vies, la santé mentale des personnes, la santé physique aussi.

Je suis en colère contre cette gestion et cette communication de crise, la manière dont on ne nous laisse pas vivre.

Je suis en colère. Ça va retomber. C’est sans doute que ça m’évite d’être abattue. C’est ma ressource de secours parce qu’il faut avancer et que ça suppose de se nourrir quelque part…

Extrait

« Ce qui s’est passé se passe sans cesse, depuis longtemps, partout. Pendant les guerres. Les putschs. Les temps de paix. Cette paix illusoire. Dans les coins sombres. Les coins clairs. Les rassemblements festifs. Les appartements. Les soirées. Les rames de métro vides. Pleines. Les boîtes de nuit. Un bacon. Un lit. Des toilettes. Un fauteuil. Le béton. La terre. La poussière. Le jour. La nuit. Le matin. L’après-midi. L’ennemi ? N’importe qui. Un ami. Un inconnu. Un amoureux. Un passant. Un jaloux. Un employé. Un jeune. Un vieux. Une connaissance. Un patron. Un oncle. Un éconduit. Un cousin. Un collègue. Un grand-père. Un père…

Imagine. toi, tu as vingt ans, tu as treize ans, tu as trente-deux ans, tu as quarante-cinq ans, tu as soixante ans, tu as dix-sept ans, quatorze ans, ou encore huit ans…

Tu vis en France ou en Angola, en Allemagne ou aux États-Unis, en Suède ou en Tanzanie, en Russie ou en Chine, au Bénin ou en Birmanie, aux Comores ou en Érythrée, en Irak ou en Syrien, tu fais partie d’une entité immense, étendue et travailleuse.

Tu vis aujourd’hui, ou tu as vécu hier : tu as toujours vécu. Imagine. Tu es une bonne partie de la moitié de l’humanité.

Tu as bu de l’alcool, ou bien tu n’en as pas bu, tu as fumé ou tu n’as pas fumé, tu as mis une jupe courte ou un pantalon, un décolleté ou un col roulé, un boubou ou une burqa, un kimono ou un pagne, ou encore tu n’as pensé à rien, ni à tes vêtements, ni à boire, ni à quoi que ce soit d’extérieur à tes rêves ou à tes jeux parce que tu as huit ans. »

HINCKEL, Florence. Comme un homme. Nathan, « court toujours », 2020, pp. 28-29

L’école à la maison

Il y a toujours ce moment où, en particulier la dernière semaine, tu te dis « Je verrais ça pendant les vacances ».

Et ce moment, pendant les vacances, où tu te demandes comment tu vas arriver transformer a minima la montagne en coline.

Alors tout en maudissant un chouia la toi d’il y a 15 jours, tu penses à la toi de la semaine prochaine et à ce qu’elle va se prendre dans les dents (à savoir une reprise) (ou un confinement, hein, va savoir) (ou les deux) et tu t’y mets.

Sauf que voilà, moi, j’ai strictement rien fait la semaine dernière parce que cette semaine, Popcorn reprenait la crèche et Peanuts devait être chez ses grands parents. Ce qui me laissait 4 jours (le mercredi, Popcorn n’est pas gardé) pour bosser et profiter.

Sauf que ma belle-mère est tombé malade et qu’elle passe son tour de garde donc que je récupère Peanuts mercredi soir. Et que bosser avec Peanuts, c’est vite l’enfer selon les tâches que j’ai à faire. Aujourd’hui, j’ai donc passé ma première journée sans enfants enchaînée à mon bureau. J’ai même mangé devant.

J’ai corrigé toutes mes copies, entré toutes mes notes, mis à jour mon carnet de relevé de compétences, j’ai remplis les bulletins de mes 5 classes, envoyé un mail aux profs principaux, j’ai rempli un document demandé par ma cheffe, j’ai élaboré un plan de travail pour un projet du mois de mars, j’ai écrit à mes partenaires, j’ai échangé avec ma Super Collègue à propos du travail individuel des élèves (ou plutôt de son absence chez beaucoup de nos élèves), j’ai préparé ma séance de la rentrée soit la trace écrite pour les élèves, la capsule vidéo et l’exercice qu’ils réaliseront en îlot.

Quasiment 9 heures de boulot. Un sentiment de satisfaction professionnelle. Et un peu de détresse à l’idée de devoir remettre ça demain et n’avoir, finalement, de nouveau pas eu de temps pour moi toute seule, malgré deux semaines de congés.

Et tout ça pour qu’iels m’écrivent encore des cotes de fictions avec des chiffres…

Mauvaise pioche

Ça ne convient pas.

C’était une des possibilités, bien entendu. C’était même très probable. C’est même logique, en fait.

J’ai passé trois jours à me répéter de ne pas m’emballer. Qu’on n’avait rien visité d’autre, même pas regardé sérieusement d’autres annonces. Que tomber juste comme ça, c’était quasi impossible. Que c’était trop simple. Que c’est pas le genre de choses qui nous arrive à nous.

Je me suis quand même emballée.

La fin de la visite, l’au revoir avec le propriétaire, ont sonné la fin des vacances. Celles que j’avais réussi à prendre dans ma tête. A projeter un peu sur autre chose. Autre chose que le boulot à faire, que les rendez-vous médicaux à programmer pour les enfants, que les menus de la semaine prochaine, qu’attendre de savoir si on sera confiné ou plutôt quand.

J’ai été rattrapée par la réalité.

Tellement bien que j’ai saisie les périodiques en retard que j’avais rapportés du boulot et que je les ai postés sur l’Instagram du CDI.

Fin de la récréation, retour à la morosité ambiante. C’est pour quand, alors, le confinement total ?

Demain

On ne cherchait pas. Pas encore. On y pensait mais on n’avait rien lancé.

C’est que, chez nous, on commence à manquer de place. Un 22 mois, on ne dirait pas comme ça, mais ça occupe un sacré volume ! Et je crois qu’on a fait le tour de cet espace, de ce qu’on peut en faire, de ce qu’on a envie d’y vivre. Puis qu’on a besoin de se projeter sur quelque chose, foutu covid, de voir plus loin.

C’est un hasard qui a mis le feu au poudre. Quelqu’un publie une annonce sur FB, que quelqu’un partage, que quelqu’un partage encore et paf je la vois. Et j’ai un crush sur les photos.

Il y a plein de points positifs. Pas mal de points négatifs.

Et on visite demain pour trancher.

Et moi ce soir je suis une vraie pile électrique !

7

Aujourd’hui, j’ai appris à Peanuts à jouer au 7 familles.

Cette boîte de cartes, je me rappelle l’avoir achetée à la boutique du CHU. J’étais enceinte de Popcorn, j’allais là-bas pour un contrôle, un truc de routine. J’avais pensé à Peanuts mais je ne le lui avais pas offert sur le coup. Et ensuite, je l’ai un peu oublié.

Je crois que je l’ai ressorti pendant le confinement mais il n’a pas eu envie de l’ouvrir.

C’est un peu le hasard qui nous l’a fait sortir ce matin, après que j’ai gagné 3 parties de Uno contre 1.

Il a vite pigé le truc et on s’est bien amusé. C’était sympa.

Ça m’a donné un coup de vieux.