Smack

Il y a du monde, plus que d’habitude, à cause d’une panne dans les transports en commun. Beaucoup de vélos en libres services, ces bécanes lourdes et difficiles à mener. En plus des groupes de touristes. Des gens qui n’ont pas l’habitude de rouler ainsi, qui ont tout leur temps – ou au moins le prennent. Et au milieu, les autres. Les habitués de la piste cyclable, qui circulent ainsi quotidiennement ou quasi. L’un d’entre eux me dépasse, très rapide. Je profite de sa trace, accélère, double une première personne, me range, m’écarte à nouveau et en dépasse une deuxième. Mais très vite, je rejoins encore quelqu’un. Je suis bien lancée, ça m’agace. D’autres personnes arrivent en face, roulant trop sur leur gauche. J’hésite, il y a de la place à droite sur la partie piétonne. Je peux facilement y grimper, dépasser par là, et me rabattre juste derrière. J’ai l’intention de faire ça. Je sais pourtant que ce n’est pas malin. J’oublie, surtout, qu’il a plu ce jour-là. J’oublie que je suis vraiment fatiguée. J’oublie que l’impatience est mauvaise conseillère.

Il m’aura fallu 18 heures pour me rappeler précisément la suite. La roue arrière qui chasse, le vélo qui tortille, la roue avant qui frappe le rebord, le vélo qui s’arrête, pas moi.

Mon visage à heurter le sol. Une de mes incisives, ces incisives de cheval, a reculé. C’est la première chose que je sens. Ça, et le goût du sang. J’enregistre en même temps « Je tombe », « Je suis tombée », « Je n’ai rien de grave », « Putain, j’ai une dent cassée ». Des gens s’arrêtent mais moi, je pense aux enfants. Il faut que quelqu’un aille les chercher, moi, je n’y serai pas. Quatre coups de fil alors que des gens autour m’interrogent, proposent de l’aide. Je crois que quelqu’un a dit « Laissez-là, elle ne fera rien pour elle tant qu’elle s’inquiétera des enfants ». C’est exactement ça. Je raccroche : « C’est bon, maintenant je m’occupe de moi ».

Un jeune homme prend les choses en main. Il nettoie mes plaies, il me pose des questions, m’aide à faire le check up complet de mon corps. Il fait des phrases courtes, simples, efficaces. C’est exactement ce dont j’ai besoin. Sa compagne arrive avec de la glace qu’elle est allé demandée dans un restaurant en face. Un autre homme reste un moment puis voyant la situation bien en main nous salue et s’en va. Plusieurs personnes s’arrêteront ensuite, demander si on a besoin d’aide. Je remercie chaque fois à plusieurs reprises, c’est tellement précieux à ce moment là.

Mes anges gardiens resteront avec moi jusqu’à ce qu’ils soient sûrs que je suis capable de marcher, qu’on vient me chercher. J’ai la présence d’esprit de leur demander leurs prénoms mais pas leurs coordonnées. Je le regrette, j’aurais aimé les remercier encore, leur donner des nouvelles.

Je pousse mon vélo, appelle Celuiquej’aime qui me dit quoi faire, il est en route, j’ai juste besoin d’arrêter de penser quelques minutes.

Je verrai un médecin.

Mon genou est écorché et un gros hématome est en train de se former mais il n’a rien de plus. Ma tête, mes paumes, mes doigts ont été épargnés par mes gants et mon casque. C’est ma bouche qui a pris l’essentiel. Ma lèvre est abimée de l’extérieur mais surtout, de l’intérieur. J’aurai trois points de suture. Ma dent va nécessité des soins mais elle n’est pas cassée. Je m’en tire bien. Ma gencive, la peau sous mon nez, celle sur l’arrête, entre mes lunettes.

C’était jeudi dernier.

Si j’étais une artiste, je ferais quelque chose des couleurs qui fleurissent sur mon corps depuis. Les hématomes, les écorchures, les plaies à différents stades de guérison.

Rien n’est simple, ces jours-ci. Je n’ai pas pu m’enrouler sur moi-même comme j’en avais envie, comme j’en aurais eu besoin. Non, à 21h30, je me suis préparé des pâtes seule dans ma cuisine le soir même. L’adulterie dans toute sa mochitude.

Et s’il n’y avait que ça. L’enfant petit est encore malade, l’enfant grand en vacances a des réclamations, il faut trouver, répondre, entendre, téléphoner, réfléchir, anticiper, décaler, programmer, baliser, réagir, travailler, réaligner, gérer. Et Murphy est un putain de pit-bull.

J’ai embrassé un trottoir et ça n’a rien arrêté à ce tourbillon qu’est ma vie quotidienne. Ça l’alimente, donne des trucs en plus à gérer, dont il faut se préoccuper. Ça allonge un peu ce temps pendant lequel je n’arrive pas à m’endormir malgré l’épuisement. Alors je continue. Ce n’est pas comme si j’avais le choix.

Sortir les rames

La reprise est compliquée.

Il y a les petites choses. Se rapproprier l’espace, réinstaller les choses à la place où elles tomberont sous ma main sans que j’ai a regarder, découvrir les petites « surprises » laissées par ma remplaçante, les encaisser, y remédier, fouiller sa mémoire, devoir demander, se répéter, je ne sais pas, je n’étais pas là.

Et il y a le reste.

Se séparer de Popcorn. Ressentir majoritairement du soulagement, largement, du plaisir à retrouver autre chose. Culpabiliser de ne pas trouver cela plus dur, de ne rien se sentir arracher. Souffrir plutôt du manque de qualité du temps passer ensemble. Cette sensation qu’on ne me laisse pas toujours le temps et l’espace d’aimer ce bébé autant que j’en suis capable.

Surtout son frère.

Je commence à m’inquiéter de cette jalousie et surtout de son pendant, cette absence de complicité, ce regard de Peanuts sur Popcorn, et l’apparition de pointes de méchanceté. Je sais que tout cela s’explique, qu’il y a tant de naturel, mais je m’interroge : et s’il ne l’aimait pas, jamais, que rien ne naisse entre eux ? Je ne sais pas si je m’y prends bien, si on choisit au mieux. Plus on limite l’impact des besoins de Popcorn sur la vie de son ainé, plus celui-ci en demande. Je connais la valeur des jamais et des toujours d’un enfant de cinq ans moins le quart mais ça n’allège pas tant ses reproches…

Il y a eu la gastro qui s’est installée chez nous, l’implication de ma belle-mère pour aller libérer Peanuts de sa journée d’école, puis pour le garder le lendemain. Donc ces deux soirs où elle était là quand je suis rentrée, tardant, trainant, prolongeant le temps passé avec ses petits enfants. Chez moi. Comme ça, là, à peine la reprise. Déjà malades, déjà à demander de l’aide.

Et puis il y a cette nouvelle Direction au Petit Collège de la Rive Droite du Fleuve Sans Eau. Chef et Adjoint, un binôme qui s’installe, et déjà la salle de profs qui grince, grogne, gronde. A raison, pour l’essentiel. Et il y a ces échos, échos, échos, avec une autre reprise, après une autre naissance, avec une autre nouvelle Direction, et tant de semblances, jusque dans les éléments de langage. L’année qui a suivi, j’en garde à la fois des douleurs souvenirs vives et une sensation de flou général car traversée dans l’épuisement.

J’ai eu un moment de peur au ventre, la vraie, parce que je n’ai pas la ressource pour revivre cette année-là. Parce que je sais que le dénouement professionnel qu’elle a eu ne se renouvellera pas. Parce que je sais que sur le plan personnel, avec deux enfants ce sera deux fois plus compliqué. Je ne peux pas, je m’effondrerais.

Puis j’ai discuté avec quelqu’un de bien, collègue, amie, et j’ai décidé que je ne me laisserai pas prendre par la tempête que soulève les collègues. Elle a tout simplement rappelé que notre priorité reste les élèves. Qu’on bosse pour elleux, pour mettre de la qualité dans nos enseignements, de l’humain dans notre pédagogie, que c’est pour elleux qu’on mène nos projets, préparons nos cours, et tout le reste. Alors je ne vais pas perdre ça de vue. Je vais accepter qu’avec cette Direction, ce sera sans doute moins simple, plus difficile, qu’avec d’autres mais je vais garder en ligne de mire que je travaille pour faire, pour mes élèves, du mieux que je peux avec les moyens qu’on me donne. Je vais aussi me rappeler ce que les amies racontent, en particulier sur Twitter, de leurs Direction à elles, parce que, sans accepter tout et n’importe quoi, ça a bon de relativiser. Et je vais refuser d’entrer dans ce flot qu’on alimentait sans cesse, chaque récréation, chaque pause déjeuner, à lister, reprendre, répéter tout ce qui n’allait pas, mettre systématiquement en avant les problèmes et oublier, oublier tout ce qui était positif dans nos journées. Quitte à fuir s’il le faut un peu la salle des professeurs.

Et je vais traverser cette année. Mon année scolaire, celle de Peanuts, l’année de crèche de Popcorn, cette année. Je vais la traverser et l’été prochain arrivera.

Béchamel

Je n’aime pas les entre-deux. Ces temps où on a terminé mais pas encore commencé. Cette attente qui se meuble de mou.

Je suis en plein entre-deux.

Les vacances sont terminées. Le congé maternité est terminé. Vivre aboutée à mon bébé est terminé.

Mais le travail n’a pas commencé. Les journées à la crèche n’ont pas commencé. L’école pour Peanuts n’a pas commencé.

Je m’occupe de formalité, je règle des rendez-vous médicaux, je prépare des cartables, j’adapte Popcorn à la crèche (à moins que ce ne soit moi), je fais des listes, je prévois, j’anticipe, je fais en sorte que les journées passent. J’aurais préféré que tout cela se condense en sur une journée. La « méthode sparadrap » pour me séparer de Popcorn : hop je le laisse, hop je file, hop je vais m’occuper tant et tant pour ne surtout pas y penser. Savoir là, déjà, mon travail, mon emploi du temps, l’état du CDI, les nouveaux collègues, la nouvelle Direction. Que mon grand-fils soit avec nous plutôt qu’en vacances encore ailleurs. Que le rythme soit pris. Que j’ai retrouvé Popcorn souriant le soir.

Je n’aime pas les entre-deux, je suis la béchamel qui dégouline entre les tranches du croque-monsieur, je me liquéfie de stresse et d’impatience, je me répands et je me sens coincée.

Le chemin est fait dans ma tête. Je suis prête. Je n’ai pas envie de tout, mais je suis prête. A confier mon tout petit, à gérer la rentrée de mon un peu plus grand avec lui, à retrouver mes élèves, mes collègues, mon lieu de travail, à défendre mon emploi du temps, à me dépêcher pour démarrer la journée de travail, à la mener tambour battant, à courir le soir de garderie en crèche en bains en cuisine, à organiser les repas de la semaine à l’avance, à corriger des copies d’une main en berçant le bébé de l’autre, à pester contre le temps de télé, à rire entre midi et deux sur le canapé de la salle des profs, à improviser des formes dans la pâte à sablés pour que Peanuts accepte ça plutôt que des biscuits industriels pour partir à l’école, à lire les 67 livres des différents défis lecture en piquant du nez toutes les 8 lignes, à reprendre le vélo pour aller travailler, à maudire la pluie, à tenir les comptes serrer parce qu’il va falloir la payer, la crèche, bref, à me prendre ce mois de septembre de plein fouet.

Mais pu… pétard, ce que je n’aime pas les entre-deux.

 

Toujours les fondamentaux

J’ai reçu deux photos.

MMS. De ma belle-mère.

Sur la première, Celuiquej’aime en train de regonfler son VTT.

Sur la deuxième, notre linge étendu.

La légende disait « Toujours les fondamentaux. Bises à tous les deux. »

Tous les deux, ce sont Popcorn et moi, restés chez nous, alors que Celuiquej’aime et Peanuts sont déjà Là Où C’est Haut. Avec ma belle-mère, donc.

Ces photos, on aurait pu les prendre l’année dernière. Ou celle d’avant. Ou la précédente et ainsi de suite pendant plus de dix ans. Ça fait plus ou moins une vie que Celuiquej’aime part là bas en vacances en août. Toute notre vie commune qu’on y passe au moins dix jours l’été. Ces séjours ce sont toujours déroulés en partie avec ma belle-mère.

Ces photos, elle le envoyait avec ce plaisir mêlé d’une pointe de nostalgie qu’on a à retrouver les moments qu’on aime. Elle voyait son ado réparer son vélo à cet endroit et le voilà toujours au même endroit faisant les mêmes gestes avec son fils à lui à côté. Et moi, je les ai reçues avec un agacement mêlé d’une pointe d’angoisse.

Et ça m’a fait réfléchir.

Si je suis chez nous alors que Celuiquej’aime et Peanuts sont déjà partis, c’est parce que j’ai refusé de passer plus de 7 jours là-bas en compagnie de ma belle-mère. Plus ça va, moins je la supporte. J’avais écrit ceci à son sujet fin 2016. C’est toujours valable si ce n’est que l’écart s’est accentué et que j’arrive encore moins à prendre sur moi.

Déjà l’an dernier, lors de la journée de route qui nous emmenait de notre étape de vacances précédente vers Là Où C’est Haut, mon humeur s’est rembrunie kilomètre après kilomètre. J’en avais envie de pleurer tellement j’allais là-bas à reculons. Quelques jours plus tard, j’apprenais que j’étais enceinte. J’ai très mal vécu mon séjour, de devoir la supporter et faire comme si de rien n’était, de chuchoter cette grossesse entre deux portes, et de m’exhorter à la patience.

Je n’y suis pas si bien arrivé, elle m’a dit ensuite plusieurs fois « j’ai bien senti que quelque chose n’allait pas, tu étais à cran ». J’étais à cran à la base parce que sur les quatre semaines de vacances que nous avions, une entière se faisait en sa compagnie. Mais c’est tellement plus simple de se dire que tout était la faute de ma grossesse, hein.

Quand il a été question de retourner là-bas cette année, j’ai décrété que le séjour ne devrait pas excéder 7 jours. Celuiquej’aime était d’accord puis quand on a organisé les vacances et qu’on s’est retrouvé avec un trou de trois jours avant de nous rendre là-bas, il a voulu prévoir un séjour plus long. Je n’ai pas cédé et c’est ainsi qu’on se retrouve à un peu plus d’une heure de route l’un de l’autre depuis hier et jusqu’à samedi.

Je n’ai pas envie de revenir ici sur le pourquoi aller là-bas en vacances. J’espère que vous comprenez que si Celuiquej’aime a choisi de nous laisser trois jours Popcorn et moi, il m’est difficile de décider que non, nous n’irons pas du tout. Pour de multiples raisons, les choses se font ainsi. Je pourrais sans doute décider de ne pas y aller du tout, moi, mais je ne suis pas certaine d’accepter d’assumer les différentes conséquences que cela aurait.

Enfin, ce n’était pas le propos que je voulais tenir. J’en reviens donc à mes photos et ce qu’elles ont provoqué. Passé l’agacement de recevoir un message de ma belle-mère – car j’en suis rendue là, son nom sur mon téléphone m’insupporte – j’ai répondu ce qui me venait tout de suite « Les années se suivent et se ressemblent… » Puis j’ai effacé mes points de suspension pour les remplacer par un point d’exclamation, moins… mélancoliques.

Mais à la réflexion, si elles se ressemblent sur de nombreux points, elles sont aussi assez différentes.

Les meilleurs souvenirs que j’ai là-bas, ce sont les œufs au plat cuisinés à 5h30 en se maudissant d’avoir eu l’idée de partir en randonnée, les ascensions, et les sommets avec leurs panoramas magnifiques, effaçant le réveil très matinal. Ce sont les balades en pleine nuit jusqu’à quelques mètres des premiers arbres du bois pour regarder les étoiles là où il n’y a plus aucune lumière artificielle. Ce sont les siestes comme une buche. Ce sont les heures de lecture sous la tonnelle. Ce sont les cuisses qui brûlent après une descente en VTT. Ce sont les champignons. Ce sont les repas avec l’homme de nos montagnes. Ce sont les gratouilles au chien sur la terrasse.

Et tout cela, on ne peut plus le faire. Parce que des gens sont nés et que des gens sont morts. En résumé.

Et ce qu’il reste, c’est surtout de l’inconfort, parce qu’on loge dans une paire de studios vieillissant, dans un village de la taille d’un timbre poste – dans lequel on n’arrive pas toujours à téléphoner alors je vous laisse imaginer la connexion Internet. C’est encore plus de temps avec ma belle-mère. C’est une vigilance quasi permanente pour qu’elle ne colle pas Peanuts devant la télé au premier prétexte venu, pour baliser son rapport à la nourriture quand elle s’adresse à lui (bonjour le chantage à la nourriture, l’encouragement à manger toujours plus, l’interdiction de ceci ou cela si on ne termine pas son assiette…) C’est la fatigue en plus. C’est les heures au parc, le même seul et unique parc, rythmées par les interminables « Mamaaan ! Tu me regardes, hein ! » Et ce sont des heures et des heures en plus avec ma belle-mère parce qu’on n’est plus par monts et par vaux. Et cette année, il va y avoir les couches, les biberons, les pleurs, un bébé qui vit aux bras.

Je pensais que mon manque d’envie de monter là bas cette année concernait ma belle-mère. Il ma concerne en premier lieu, indubitablement. Mais je me rends compte qu’il n’y a pas qu’elle. Et je ne sais pas quoi faire de ça.

Je dois partir samedi.

Je ne veux pas y aller.

Voilà, pareil

Je fais des lessives tous les jours sauf le mercredi, vidant chaque fois totalement ma panière, faisant tourner bien plus qu’à l’ordinaire le linge de maison.

Il faut dire, ma foi, que les épaules de mes vêtements épongent quotidiennement au moins un peu de bave et un peu de lait.

Je tire les volets du côté où se tient le soleil, j’ouvre ici, ferme là, fait faire des pauses au ventilateur, rouvre côté cuisine, pleurniche de ne pouvoir utiliser mon four.

Il faut dire que seul Peanuts parmi nous supporte bien cette chaleur.

C’est difficile d’écrire après tant de semaines sans. Tout se bouscule et à la fois rien ne vient. Je n’ai pas tant de choses à dire de la vie avec ce bébé. J’ai l’impression qu’elle se fait pour ma part avec beaucoup d’impatiences et peu de découvertes. Je suis plongée dans ce qu’on m’avait décrit sur ce fameux deuxième enfant, celui qui vient après, qui vient quand on connait. J’aimerais pouvoir expliquer cela à Peanuts quand je le sens inquiet, lui chuchoter « Mais comment peux-tu douter de ta place toi qui m’a faite mère ? » Je n’ai pas avec Popcorn ce lien d’absolu qui existait entre Peanuts bébé et moi. Il y a un autre chose, une confiance tranquille et une sorte de réciprocité : on compte l’un sur l’autre là où Peanuts s’abandonnait. Enfants différents, connexions différentes.

Ce bébé est Formidable. Peanuts était Épatant. Ils se ressemblent et se dissemblent à volume égal. Et moi… Popcorn me reçoit mère comme je le suis déjà, Peanuts suivait mon éclosion. L’ourson et le louveteau. On émerveille autour de moi, on répète combien Popcorn est un bébé calme et tranquille. « Un bébé facile ». Je ne sais pas ce que c’est, un bébé facile. Je sais que non, il n’est pas difficile d’être sa mère mais il n’a jamais été difficile être celle de son frère. Pas qu’il soit facile d’être parent pour autant. Disons que même quand il est dur d’être leur parent, il n’est pas difficile d’être leur mère. Je ne sais pas si vous m’entendez…

Mon travail me manque. Mes élèves, mes collègues, avoir une autre ambition pour ma journée que réussir à vider le lave-vaisselle et ne pas m’être retenue trop longtemps d’aller pisser. Parce que c’est ça, aussi, la vie avec un bébé que tout le monde trouve facile. Parce que les gens nous voient ensemble, quand notre deux est au plus proche du un, les bras, l’écharpe, les « a-euh » qu’il me dit à moi, les yeux plantés dans les miens ou la bouche proche de mon oreille, les tortillements que je différencie, moi, rot coincé, mal de ventre, envie de mouvements… Les gens voient moins ces moments où je suis totalement désarmée. Quand il hurle, par exemple, en voiture, que je ne peux pas le prendre, qu’on ne peut même pas se voir, que mon doigt dans sa main et ma voix ne font rien.

Il a eu deux mois, il grandit et ça change tout. La chaleur l’ensuque la journée et ça change tout. Elle nous interdit également de sortir en pleine journée et ça change tout. Il dort de mieux en mieux et ça change tout. Il suce son pouce, arrivant ainsi à se calmer seul parfois, souvent, selon les moments et ça change tout.

On vit ainsi depuis à peine moins de mille ans, lui et moi, dans la chaleur qui ôtent nos vêtements en journée. Il n’est pas né hier, lui. Mille ans, déjà, qu’on a passé quelques jours en tête à tête à l’hôpital, envoyés là-bas au cœur de la nuit par une bronchiolite « Que lui arrive-t-il Madame ? Il ne respire pas. Enfin si, puisqu’il pleure. Mais il respire très mal ». Mille et un ans, alors, qu’on était tous les deux dans le cocon de la maternité, ce sas entre l’avant et l’après.

Et mille ans, forcément, il y a des moments où c’est long. Mais il y a aussi les moments où c’est très confortable. Ceux où c’est doux. Là, voyez, il dort sur le canapé. Je l’ai sécurisé avec le coussin d’allaitement. On a changé ce matin les tétines des biberons. Il en a profité pour manger davantage mais toujours tranquillement. Il dort donc le ventre plein et je le vois, ce ventre, monter et descendre. On ne va pas tarder à devoir bouger, j’ai un rendez-vous pour rééduquer mon corps, vous savez.

Quelqu’un que j’aime et à qui je demandais comment ça aillait, tout récemment, m’a répondu « Écoute je suis un peu en peine pour te répondre, j’alterne entre les moments où j’ai l’impression que ça va et les moments où ça ne va pas fort. Et toi ? » Et ben pareil, voilà.

 

Pop

Je me suis couchée en pensant à ma séance d’acupuncture du lendemain. Je me demandais si je prenais le bus ou si je profitais que Celuiquej’aime ait posé sa journée pour me faire véhiculer, quitte à réveiller Peanuts de sa sieste. Je pensais que ce n’était pas encore pour tout de suite. J’en étais presque déçue. Un peu.

Je dormais bien quand une contraction m’a tirée du sommeil. Ce n’était pas la première fois, les derniers temps ça arrivait souvent. Je n’ai même pas fait l’effort de me lever, me suis contentée de me recaler dans mes oreillers. Puis une deuxième contraction est survenue. Mieux réveillée, je me suis rendu compte qu’elle tirait dans les reins. Qu’elle s’installait un peu dans la longueur. Je jetais un œil au réveil. On venait de passer une heure du matin. Je m’allongeais sur dos et attendais. Quand j’ai commencé à sentir les muscles se serrer de nouveau, à peine plus de dix minutes étaient passées. Je me suis levée, suis allée aux toilettes, j’ai tenté de me recoucher mais ça recommençait. J’en ai attendu trois de plus en marchant dans mon salon, parlant à Popcorn. Je respirais longuement, soufflait par la bouche. Là, ça marchait encore, pour me soulager. Je notais les heures dans mon carnet. Une de plus. J’écris « je douille » à côté : ça commence à faire mal.

Je vais réveiller Celuiquej’aime. Il me demande « Tu as perdu les eaux ? » Pour Peanuts, je l’avais réveillé comme ça. « Chaton, je crois que j’ai perdu les eaux ». « Non mais j’ai des contractions de plus en plus proches et elles commencent à faire mal ».

Une douche pour moi, un appel pour lui. Son père, pour qu’il vienne veiller sur Peanuts. Une douche pour lui, un appel pour moi. La maternité, les prévenir de mon arrivée. On prépare quelques affaires de dernière minute. Je vérifie mon dossier. Les contractions s’intensifient, elles m’interrompent, je souffle. Celuiquej’aime réveille Peanuts pour lui expliquer qu’on part, que son grand-père est là. Je vais l’embrasser, lui dit que je l’aime. On ne traine pas.

Avant de monter en voiture, une contraction me crispe, ça devient vraiment douloureux même si ce n’est pas encore intense. Une autre, sur le chemin « Ecoute, je ne vais pas jouer les héroïnes, je vais demander la péridurale ». Une troisième juste quand on se gare. Je regarde le tableau de bord. « Ok, on se dépêche, elles sont à moins de 5 minutes ». On se glisse par le parking des urgences obstétriques, on sonne. L’attente devant la porte me semble très longue. Je fais des longueurs dans le couloir, m’accroche à « inspire et souffle souffle souffle ». Un étudiant sort. Ce n’est pas pour nous mais je lui demande s’il peut voir à faire accélérer ma prise en charge. Il rentre demander.

Deux infirmières viennent bientôt. Je sens de l’urgence, ça va vite, mais elles prennent les choses tranquillement. Les étiquettes, les questions d’usages, une plaisanterie pour détendre. Je dois faire pipi dans un récipient, « Ne fermez pas à clés, on sait jamais… »

Elles m’installent d’office en salle physiologique. Je ne sais pas si quelque chose est noté dans ce sens dans mon dossier, si les autres ne sont pas disponibles ou si, hypothèse qui a ma préférence, elles ont compris que le travail était déjà tellement avancé. La sage-femme arrive et se présente. Chaque personne qui passera la porte en fera ainsi. Cela avait tellement manqué pour Peanuts ! J’enlève mes vêtements, passe une blouse, on me pose le monitoring et les battements de cœur de Popcorn commencent à nous accompagner. La sage-femme, A, m’examine. « Écoutez, je vais demander un deuxième avis mais je crois que vous êtes à dilatation complète ». Je ne suis pas si surprise, je me rends bien compte que les contractions sont proches, de la progression de la douleur, je savais que c’était bien avancé. Une autre sage-femme vient m’examiner à son tour. Elle est patiente, attend que je me sente de me réinstaller. « Peut-être pas tout à fait à 10. Disons 9 et demi… »

Je sais ce que ça signifie mais je demande quand même « Pour la péridurale c’est trop tard, c’est ça ? ». A. hésite, elle ne veut pas être brutale « ça va être compliqué » commence-t-elle. « Non mais il faut le dire, autant que je sache. C’est trop tard. » Bien. Je le savais. Depuis plusieurs mois, je savais que c’était une option. Et avant même que les portes du service ne s’ouvrent, j’avais compris que les choses allaient vite, très vite, trop vite pour l’anesthésie.

Une étudiante sage-femme est là. Est-ce elle ou la puéricultrice qui m’aide à positiver ? « Sur plein de plans, c’est mieux ». Je le sais. Je parle d’après. On plaisante « Dans deux heures je serai contente que ça se soit fait sans mais je veux que tout le monde note bien que je n’ai pas voulu ça ! » Elles rient et répondent que c’est noté. Je leur raconte l’anecdote du rêve de la nuit de samedi à dimanche. J’inspire et souffle souffle souffle.

J’ai mal.

On ma installé une perf’ d’antibiotiques parce que je trimballe un streptocoque B, le genre de truc pas grave tant que Popcorn ne l’attrape pas à la sortie et la perf’ sert à éviter ça. Je suis debout, je danse d’un pied sur l’autre, marche dans la longueur des câbles du monitoring, saisis les mains de Celuiquej’aime à chaque nouvelle contraction. J’entends les encouragements, les mots de soutiens mais j’ai de plus en plus mal. Je sens les appuis qui changent à l’intérieur de mon corps. Popcorn descend. Je lui parle, souvent, je l’encourage. Je lui dis combien j’ai besoin que les choses se fassent vite. Je lui demande de l’aide.

Je n’ai pas été courageuse. J’ai crié, j’ai juré, j’ai dit que je n’y arriverai pas et j’ai demandé de l’aide à la Terre entière je crois, j’ai pleurniché, je me suis tournée en dérision, j’ai demandé qu’on le fasse sortir sans moi, mais finalement, j’ai su quand changer de position, quand m’allonger parce que c’était ce qui m’allait et comment pousser.

A m’a demandé si je voulais l’attraper et j’ai tendu les bras. Je l’ai senti, chaud, dans mes mains, avant de l’entendre. Je l’ai attiré à moi, posé sur moi, je lui ai parlé. Je crois que je lui ai dit « ça y est, tu es là mon bébé ». Ses pleurs se sont calmés. Celuiquej’aime a coupé le cordon. J’ai remarqué que Popcorn était gris, le vermix, j’ai remarqué qu’il avait plein de cheveux. Je crois que je lui répète qu’il est là. Peut-être que c’est à moi que je le dis. Parce que c’est tellement fou !

La puéricultrice m’a aidé à l’installer en peau à peau. Il était calme. C’était tout doux. Celuiquej’aime était avec nous. Il n’a pas lâché mes mains jusqu’à ce que je les lance pour attraper notre bébé. Il a su me parler tout du long. Être là exactement comme j’en avais besoin.

Je sens mes jambes trembler. Je sais ce qu’il se passe. Je dis à la sage-femme que je soupçonne un début de crise. Elle me demande ce qu’il faut faire si c’est bien ça. J’ai mon médicament dans la valise, une dose. On se met d’accord pour attendre que ça se confirme, « c’est normal les tremblements comme ça après un accouchement aussi » me glisse-t-elle. Le placenta ne vient pas tout de suite. Je sens que ça la préoccupe. Elle me demande comment ça s’est passé pour Peanuts. « La sage-femme m’a appuyé sur le ventre, je n’ai même pas réalisé ce qui se passait, elle me l’a expliqué quand je m’étonnais ensuite de ne pas avoir eu à le pousser ». Elle a un tic du nez. Je tremble encore. Je demande à confier Popcorn à son père. Ils s’installent tous les deux en peau à peau. A fait venir l’anesthésiste et s’excuse presque « C’est le protocole ». La docteure arrive avec deux étudiants. Je prends mon médoc, elle me pose quelques questions. Je suis très tranquille, je sais ce qui se passe. Elle conclut « Bon, vous vous connaissez bien, ça m’a l’air sous contrôle ». Elle repart avec sa clic. Le placenta finit par se décoller et je vois qu’A est soulagée. Moi aussi : ça aurait été con de ne pas avoir eu la péridurale et de finir anesthésiée pour ça.

Elle termine les soins. Elle m’explique que Popcorn a sorti un poing à côté de sa joue ce qui me vaut des points. Elle m’explique les gestes qu’elle doit pratiquer. Je lui dit que je peux maitriser les tremblements, qui ne sont plus très forts, les bloquer quelques instants, quand elle pique. Elle termine. Les tremblements cessent, je reprends Popcorn avec moi pour la tété d’accueil. On ne s’en sort pas si bien lui et moi mais on essaie avec beaucoup de bonne volonté partagée. L’équipe déserte les lieux discrètement. La puéricultrice repasse, plusieurs fois. Celuiquej’aime part habiller et peser Popcorn. Puis on nous laisse se découvrir à trois sans nous laisser trop seuls. Un bon équilibre.

La nuit se termine. Encore quelques moments et on préviendra la famille. L’amie chère qui est sur le point de prendre l’avion pour loin et long, aussi, qu’elle sache avant d’embarquer.

Avant que je rejoigne la chambre, A viendra nous dire au revoir. Je la remercie, m’embourbant dans les mots qui ne suffisent pas. Elle a été parfaite. Elle nous dit que c’était une belle naissance, qu’elle a vécu un beau moment. Et qu’on a fait une bonne équipe, Celuiquej’aime et moi, et Popcorn aussi. J’ajoute « Et vous » mais elle décline qu’elle ne compte pas. Elle compte quand même beaucoup. Et je suis d’accord avec elle : c’était une belle naissance.

C’est la puéricultrice, C, qui m’emmènera à la chambre. Popcorn tout contre moi. Le service est encore endormi en bonne partie. Par la fenêtre, le ciel est bas et lourd de nuages sombres. Le matin est comme mon bébé, encore tout petit.

Mon deuxième enfant, mon bébé, né pendant la nuit. Dans la nuit de mardi à mercredi.

Causeries en vrac

Les livres en tissu trempent dans le lavabo. Les couseries jolies de mon amie Ambre, lingettes lavables et gants de toilette, sèchent sur le petit étendoir dans l’entrée. Le sac à langer contient depuis environ une heure des couches, des kleenex, des pipettes de sérum phy, deux bavoirs, un tapis à langer et un sac à choses à laver. Il attend que sèche les jolies lingettes. J’ai fait quelques courses, de petits trucs qui manquent et du saumon parce que Peanuts m’en a demandé, ce matin, sur le chemin de l’école et que je trouve ça épatant, quelque part, qu’il me réponde « Du saumon » quand je lui demande s’il a envie de manger quelque chose en particulier. J’ai choisi une bouteille de vin pour Celuiquej’aime, Mouton Cadet, béééé, et j’y ai collé une des étiquettes « Château de mon père » que j’ai faites faire il y a peu. Je l’ai cachée avec celle de vieux whiskey du Tennessee que j’ai mis de côté il y a deux ou trois semaines. Petit cadeau de naissance.

Dehors, il pleut.

La caissière m’a un peu grondée. « Vous auriez dû passer devant… » J’ai haussé les épaules « Le monsieur m’a vue et n’a pas fait mine de bouger, je n’étais pas à un caddie prêt ». « Je ne vous ai pas vue, moi… » s’est-elle excusée. Je l’ai rassurée, je m’en étais bien rendu compte. « Je suis à deux semaines du terme, si ça doit le faire arriver, ce n’est pas bien grave ! »

Je le souhaite sans doute un peu.

Celuiquej’aime est en formation. « Mais je reste joignable ! » Il m’a établi un protocole. « Envoie moi plutôt un texto d’abord. Et si je ne réponds pas tout de suite, tu m’appelles ». J’ai ri « Oui, enfin, je peux te laisser le temps de sortir de la salle pour m’appeler. Si c’est urgent au point qu’il faut que je t’ai dans la minute, c’est plutôt le SAMU que j’appelle ». Il en a convenu. Il est parti à sa formation. Ce serait bien qu’il la termine, elle est importante.

Peanuts est né un jour de pluie. Enfin, une nuit de.

Le terme approche et j’ai envie de rajouter « dangereusement ». Je ne m’étais pas préparée à ça et j’y travaille en temps réel. Une part de moi était convaincue que ce bébé naîtrait à 37 semaines, comme son frère. Cette part se délite, force des choses, on est à 39, et laisse place à des stress inédits : et si on arrivait au terme ? et si on arrivait au déclenchement ? Je ne sais pas à quel point c’est rationnel mais j’ai moins peur d’une césarienne d’urgence que d’un accouchement provoqué. La césarienne avait déjà cela de rassurant lors de ma première grossesse que rien n’y dépend de moi. Je ne risque pas de mal pousser, mal m’y prendre, mal géré, je n’ai pas a décidé si ma limite de douleur est atteinte, péridurale ou pas péridurale, non, je ne risque aucune erreur. Je ne souhaite pas, non, en arriver là. Je n’ai pas envie, pour cet enfant, qu’il ait été forcé à sortir alors qu’il n’était pas décidé. Je ne m’ôte pas de l’idée que tant qu’il reste, il grossit et que j’ai déjà trouvé ça dure avec son frère qui était pourtant petit.

C’était également un mardi. Peanuts. Sa naissance.

Il y a eu ce rêve. Je le pose ici aujourd’hui parce que peut-être que ce sera drôle, ou curieux, et que si je l’écris après, ça ne marchera pas de la même façon. Dans la nuit de samedi à dimanche, j’ai rêvé mais je ne me souviens guère de quoi. Ce n’était pas lié à la naissance, ni même à Popcorn. Il me semble, maintenant que j’écris, qu’il y avait des enfants, et quelque chose comme une cabane. Ce qui est resté clairement inscrit à mon réveil, ce sont les mots « dans la nuit de mardi à mercredi ». Je sais qu’ils revenaient dans ce rêve, qu’ils tournaient entre ses acteurs, c’était quelque chose d’important, d’essentiel. Dans la brume du matin, après un mauvais sommeil, les pieds de l’un cognant mon ventre, les pieds de l’autre, réfugié cauchemardeux du milieu de nuit, poussant mon dos, ces mots-là ont flotté, comme une annonce. Depuis dimanche, je me demande : était-ce une annonce ?

Le calendrier est formel, on est mardi.

J’ai accompagné l’Enfant Cahouette à son école. « – Un bisou ? – Non, j’ai pas envie » Il n’en a jamais envie. Dans son cartable, il y avait les documents d’inscription pour l’année prochaine, un grand bavoir pour la semaine de cantine, une tétine, un doudou (mais pas Doudou), et sa boite à gouter avec une compote pomme fraise et un maxi cookie choco à l’oeuf de Pâques. Il portait sa parka de pluie et ses bottes, mouillées car on a rencontré des flaques sur le chemin. Il a monté les marches sans se retourner. Il ne se retourne jamais.

Aujourd’hui, ils devaient aller au cinéma. Je ne sais pas si la pluie l’empêchera.

Mes pulsions alimentaires se sont brutalement tues sous le rire narquois de la balance, l’autre matin. Elles s’étaient modérées, prenant une forme moins impérieuse, plus… comme… beurrées sur la longueur de la journée. Quasi organisées : il me semble bien que c’est la première fois que je cuisine pour ma compulsion, des biscuits, en l’occurrence, grignotés au fur et à mesure des heures. Puis paf, jeudi dernier, ce gros chiffre, absolument pas surprenant au regard des circonstances mais sans doute symbolique, surtout une fois soustraction faite de celui d’août. Depuis, rien. Non, pas rien. Tout. L’envie, oui, de manger, de sucre, de ces biscuits qu’il reste, des chocolats de Pâques, ces pensées qui y reviennent bien souvent, surtout à la fin du repas, surtout quand je suis seule dans l’appartement. Mais pas cette autorité à laquelle je ne sais refuser. Aucun écart, non. J’ai même rajouté des légumes dans mon assiette là où le menu n’en prévoyaient pas pour Peanuts et Celuiquej’aime (le premier profitant de l’occasion pour demander à personnaliser également les siennes à grand renfort d’olives et de betteraves). Je ne suis pas dupe : je reviens à un contrôle, disons, substantiel, de mon alimentation, ce qui n’est pas ce qu’on peut appeler sain. Je prévois sur plusieurs repas, j’anticipe, je réfléchis où caser un biscuit car clairement ils sentent trop bon en équilibrant le reste, je compte presque, analysant bien qui de la faim et qui de la pulsion, cédant, dans le doute, en pensant au bébé et aux besoins de grossesse. A la fin de mon dernier rendez-vous psy, je lui ai demandé de noter qu’il fallait qu’on en parle, la prochaine fois. Je ne pourrai pas y échapper, c’est bien.

Je ne serai pas fâchée de retrouver seule l’usage de mon corps, d’ici peu, je crois.

Les livres en tissu sèchent, maintenant, sur l’étendoir à côté des lingettes. Sans doute que j’en ajouterai un au sac à langer, tiens, quitte à trimballer un tel sac. A midi, je vais troquer les tomates contre des carottes, finalement. Je vais peut-être réussir à terminer cet épisode de série déjà interrompu 2 fois. Mais je suis tentée d’avancer mon livre, un peu pour m’en débarrasser, je ne crois pas trop à cette lecture. Profiter que les jours s’étirent, le temps va bientôt être bien malmené.

C’est plus compliqué que ça

On me demande comment ça va. Plusieurs fois par jour. En ligne, en direct, par téléphone. Un peu plus que d’habitude. Et dans ces « ça va », on m’ouvre le plus souvent la porte pour un peu plus que le « ça va ! et toi ? » d’ordinaire attendu. Ma difficulté, c’est que je n’ai pas vraiment de réponse à cette question.

En premier, j’ai envie de répondre « ça va ! » parce que globalement, je me sens comme ça, ça va.

J’ajoute rapidement, parce que c’est assez facile et très vrai, les maux physiques. Je me sens lourde, mon ventre tire, mon utérus appuie sur mes intestins et ma vessie, j’ai du mal à trouver une position confortable d’une manière générale mais surtout pour dormir et quand j’en tiens une, elle est loin de convenir plusieurs heures, donc ça me réveille, je me rendors difficilement, mes nuits sont déjà en pointillées, en fait, j’ai envie de marcher mais je le fais très lentement et me fatigue très vite, surtout si ce n’est pas à plat. Malgré tout, j’arrive, la plupart du temps, à ne pas avoir mal et à être installée plutôt confortablement pour un temps. Je continue de savourer les mouvements de Popcorn depuis l’intérieur. Je ne me sens pas (encore ?) au bout, à bout, comme j’ai pu l’entendre par des femmes proches du terme.

Après, et bien, la vérité, c’est que ça dépend des moments.

Je stresse. Quand ce n’est pas pour une chose, c’est pour une autre. Ça concerne, en vrac, le bébé, moi, mon corps, l’accouchement, le bébé, Peanuts, les rendez-vous à honorer, le bébé, devoir circuler, devoir circuler seule, le baby blues, ma belle-mère, le bébé, Celuiquej’aime, la maternité, les Soignants, le bébé… Il y a des objets très objectifs et d’autres beaucoup moins. Il y a beaucoup d’exagération par moment, je me fais des montagnes, pas tant à d’autres. Ça arrive par vagues. Ça passe. Ça revient. Je gère plus ou moins bien. Je remercie Twitter d’exister cent fois par jour et goutte ma chance d’avoir rencontré ces personnes de ma TL.

J’ai des angoisses du soir. La lumière baisse, une boule dans ma poitrine enfle. Pas forcément autour de quelque chose de précis. C’est un état général. Ça dure deux heures, trois. Oppression, malaise. Ça s’apaise dans la soirée mais ne disparait totalement qu’au matin. C’est arrivé avec le changement d’heure. C’est pire depuis que Peanuts est en vacances chez son grand-père donc que mes soirées sont plus calmes. Je ne sais pas quand, si, ça cessera.

Peanuts me manque. Je sais que l’envoyer en vacances ailleurs est la meilleure solution, je suis trop fatiguée, pas assez mobile pour qu’il passe de bonnes vacances, je suis trop proche de la naissance pour prendre le risque d’être seule avec lui longuement à l’extérieur. Mais je le ressens comme une démission. Et même un peu une trahison. Parce que je me consacre, du coup, à Popcorn exclusivement. Parce qu’il ne sait pas vraiment qu’il se peut qu’il m’ait vue enceinte pour la dernière fois, que la prochaine fois que je le verrai, il ne sera peut-être plus le seul enfant dans mes bras. Parce que j’ai envie de lui dire que je l’aime vingt fois par jour en ce moment mais qu’il n’est pas là pour l’entendre.

Je suis impatiente de savoir comment les choses vont se passer. Comment je vais vivre mon accouchement, comment Popcorn naîtra, comment je me sentirai ensuite, comment il va être, à quoi il ressemble, comment Celuiquej’aime sera en papa-deux-fois, comment Peanuts réagira, quel rythme on va trouver… Sans être impatiente que la grossesse se termine.

Depuis cette nuit, je suis prête à ce qu’il arrive. Je sens que j’ai accueilli différemment les rêves, les douleurs. Je ne suis pas pressée mais là où l’idée que le travail commence m’insufflait surtout de la peur, je ne la ressens plus ainsi. Hier, j’ai bouclé ma valise de maternité. Enfin, ma… Mes valises. Bref, les affaires sont prêtes.

Je suis un peu perdue dans cette organisation sous laquelle rebondi en permanence un « sauf si… » On se voit lundi. Sauf si… Les courses seront livrées vendredi. Sauf si… Il faudra appeler D. Sauf si… Sauf si Popcorn est né, sauf si je suis déjà à la maternité, sauf si j’y suis encore, sauf si c’est plus court que prévu, sauf si c’est plus long qu’on imagine. Sauf si… J’aligne des rendez-vous, je note, je prévois, j’essaie. Mais c’est bancal, toujours, un peu. Mon quotidien est un dahut.

La grand-mère de Celuiquej’aime est décédée et je ressens face à cette mort une sorte d’indifférence qui ne me ressemble pas. Je me sens plus prise par les affres de la jeune Barbe dans mon roman* du moment que par cette mort pourtant réelle. Quand je lui ai appris la nouvelle, Peanuts a commenté ainsi « Ben moi je suis pas triste ». Et bien mon petit loup, moi c’est pareil, je suis pas triste.

Je me sens sur la défensive vis à vis de pas mal de monde. Je me prépare à « protéger » Popcorn de bien des choses mais surtout, de bien des personnes. Je me prépare à me protéger moi, aussi, ce que je n’ai pas assez su faire à la naissance de Peanuts. Ces jours-ci, je me rends compte combien j’ai mal vécu beaucoup de moments après sa naissance. Plusieurs semaines sont entourées dans ma mémoire d’un brouillard cotonneux. Je n’étais pas moi-même. Je ne sais pas comment échapper à cela. Je ne sais pas comment ne pas être excessive dans cette position défensive. Je sais que mon « trop » en la matière est probablement laaaaargement au dessus de celui de mon entourage. Vu d’ici, il semble que ce serait un bon moment pour redistribuer certaines cartes. Je ne me sens tout de même pas capable de le faire…

Et au milieu de tout ça, je me sens globalement bien. Je n’ai pas particulièrement envie d’être quelqu’un d’autre, d’être ailleurs, ou d’être à un autre moment. Je me sens bien chez moi. J’ai même bien vécu le retour de la pluie. J’arrive de nouveau à lire. Je regarde Netflix. J’avance une lettre. Je tweete. J’ai la sensation de prendre mon temps. Et ce n’est pas forcément désagréable.

 

(*Instruments des ténèbres de, toujours remarquable, Nancy Huston)

 

Pelote

C’est compliqué à démêler. Si je connais le mécanisme, l’organisation, le déroulement, les étapes des différents types de crises sur le bout des ongles, je n’ai jamais tout compris à l’amont, aux origines, aux provocations. Il y a les plus évidentes : stress, frustration. Il y a les situations propices. Les conditions. Mais pourquoi là et pas ici, pourquoi certaine fois ça chatouille et d’autres ça submerge, je ne sais pas.

Ce que je sais, c’est au moins une dizaine d’années de boulimie qui me l’a enseigné mais aussi la dizaine d’années qui a suivi. J’ai appris pendant et j’ai appris après. Visiblement, il me reste à apprendre.

Je recommence à faire de la compulsion alimentaire. Concrètement, ça commence par l’idée de manger quelque chose – Là, sucre, chocolat, gras – qui s’impose au dessus de tout le reste. Je peux faire autre chose, m’y consacrer plutôt bien, mais ça reste superposé dessus. J’y pense et mon esprit vagabonde, dresse l’inventaire des placards. C’est comme ça que ça commence, dans la tête. Je liste, j’écarte, je soupèse. Ces biscuits, non, ils sont à Peanuts. Tels autres ne satisferont pas exactement la pulsion. Ceux-ci peut-être mais ce n’est pas exactement des biscuits qu’il faut. Chocolat… il reste des carreaux de la tablette de noir. Mais pas seuls… Avec du pain ? Il y a de la baguette fraîche, oui, très bien. Une fois qu’un objet précis est choisi, ça devient impérieux. J’en salive, physiquement, pour de bon. Et ça reste là jusqu’à ce que je cède. Je mange. Et tout recommence. Du miel. Dans quoi ? Sur quoi ? Un yaourt ! Non, mieux, un gervita, avec la crème fouettée. Et une fois la cuillère dans la lave vaisselle et le pot à la poubelle, c’est autre chose. Les biscuits qui n’allaient pas tout à l’heure ! On n’avait pas un paquet de smarties pour les cookies ? Et ainsi de suite. Je ne me pousse pas à l’écœurement comme j’ai pu le faire par le passé mais ça s’est étalé sur plusieurs heures. S’arrêtant pour mieux revenir deux heures plus tard, le lendemain matin…

Depuis que je ne suis plus boulimique, ça m’est arrivé de refaire des crises, de ce genre là ou d’un autre, elles peuvent prendre plusieurs formes. Des fois, c’est quelques uns sur une période. ça dure un temps, jamais très long, j’y cède plus ou moins, je les accepte plus ou moins aussi.

Mais là, c’est différent. Pourquoi ?

Voyons… C’est ici que je « réfléchis à voix haute », l’ambition de ce poste étant avant tout de m’aider à comprendre, à jeter, à faire sortir.

Pourquoi. Voyons… Parce que je me cache. Je cache les emballages vers le fond de la poubelle, je fais attention à remettre les boites exactement dans le sens où je les ai prise, je surveille les miettes, les restes, les indices, je n’en néglige aucun. Et je laisse faire l’hypocrisie « Non, vas-y, moi je vais éviter, il faudrait que je fasse attention au poids que je prends, quand même ».

Parce que j’ai retrouvé le cycle « Je cède, après tout, on s’en fout, je m’en fous, pourquoi pas et tant pis > Je culpabilise > Je recommence quand même > J’ai la sensation que c’est réglé > je prends de bonnes résolutions > je les envoie valdinguer et cède, après tout… » Plusieurs fois consécutives.

Parce que ça s’accélère. ça a commencé autour de mon test d’hyperglycémie provoquée, pour savoir si diabète gestationnel ou non. La journée qui a suivi, je me suis gavée de sucre, comme une revanche. Puis j’ai exagéré dans les jours qui suivaient « comme ça, si on me met au régime, j’aurais profité ». Puis le diagnostique a été négatif. J’ai commencé par « profiter ». Un peu, ici et là, « puisque j’ai le droit ». Puis il y avait une journée de crise. Suivie d’une, deux, trois, sans. Puis seulement d’une. Puis deux journées consécutives. Puis le week-end, ça a manqué d’être seule. Hier matin, j’ai oublié de me peser. Pas de conséquence à cet acte manqué mais il est plein de sens. Il y a une vraie gradation en 6 semaines et surtout, une installation quasi minutieuse du mécanisme. Les horaires, les moments, les avants. C’est un processus qui se met en place et ce déroule, pas un sursaut comme j’ai connu ces dernières années.

Il y a comme un retour.

(Une part de moi dirait « pourquoi pas, si ça règle l’autre truc ». « L’autre truc », c’est mon épilepsie. Il se trouve que je suis sortie de ma boulimie dans les mois où je suis devenu épileptique. Une part de moi a toujours eu la sensation d’avoir troqué des crises pour d’autres. Médicalement, ça ne s’explique pas. Psychologiquement, il y a un lien. Souvent, j’ai pensé qu’à choisir, je préfèrerais redevenir boulimique. Ça a mille fois moins de conséquences sur l’entourage. Ça ne gâche pas des soirées, ça n’effraie pas, ça ne me retient pas chez moi. En vrai, je ne veux surtout pas avoir le choix, parce que la boulimie me détruisait.)

Mais pourquoi ça revient maintenant ? Le test d’hyperglycémie provoquée est un déclencheur. Déjà, lors de ma grossesse précédente, tout ce protocole entourant mon alimentation avait réveillé pas mal de choses. Mais ce n’est pas que ça.

Frustration ? Il y en a eu de plusieurs sortes depuis le début de la grossesse, c’est vrai.

Stress ? Aussi.

Le dernier en date étant qu’il faut que j’arrête de me voiler la face : je vais devoir accoucher. Pour de vrai. Mettre ce bébé au monde. Je ne peux plus me contenter de me projeter sur l’après, l’enfant dans les bras. Non, il y a ce moment, ces moments, où il sort du ventre avant. Oui, j’ai peur. De la douleur, des complications possibles, que ça se passe comme pour Peanuts et que ça ne se passe pas comme pour Peanuts, de devoir y aller, de comment je vais m’y prendre, de la part d’inconnu et de la part de connu, des risques pour le bébé, des risques pour moi.

Il y a autre chose.

La régression ? Oui, c’est le mot que je cherchais. J’ai passé des semaines à me dire que j’avais besoin qu’on prenne soin de moi, un peu, de pouvoir m’abandonner au moins un temps. Et ce n’est pas venu, je n’ai pas pu. Ce que j’aurais voulu, c’est qu’on prenne en charge mon planning, s’occupe de passer ces coups de fil qui me coûtent tant, prenne les rendez-vous, qu’on me dise quelles marques de couche utiliser sans que j’ai à mener mes recherches, quel lait infantile, si je prenais la table à langer en gris ou en blanc, qu’on réponde à ma belle-mère sur ce que sa voisine pouvait prendre sur la liste de naissance, qu’on fasse le point sur l’arrivée des colis, qu’on les suive, qu’on me donne une liste exhaustive pour les courses et les idées pour chaque repas de la semaine, qu’on me remplisse un pilulier, qu’on me dise comment habiller Peanuts sans que j’ai à choisir, qu’on me réponde « c’est fait » ou « c’est arrangé » quand j’anticipais un truc de plusieurs jours. Et oui, manger ainsi compense un peu ça. Ne règle rien mais compense. C’est une abandon de moi, d’une forme particulière et pas celle que je cherchais mais elle compense. Il y a quelque chose de doux, là dedans. De réconfortant. Surtout quand on écarte comme je les fais les inconforts physiques (je n’ai pas eu le ventre lourd, l’estomac en débord). Ne pas se rendre malade. Juste pleine. Lâcher prise et tant pis pour la balance. Et comme je suis enceinte, et bien ne même pas vraiment culpabiliser. Puis je reviens en arrière, quand je fais ça. Je me replonge ailleurs, avant. C’est une petite fuite en direct depuis le carrelage de ma cuisine.

Je sais que je me fais du mal ou qu’au moins, je ne me fais pas du bien. Mais là, en écrivant ces mots, je suis prise d’un élan de « et bien j’ai bien raison de faire ça finalement ».

La grand-mère de Celuiquim’accompagne est en train de mourir. Elle navigue entre conscience et inconscience, si ce n’était pas illégal, le médecin lui aurait déjà donné un coup de pouce pour ne plus retrouver le chemin de l’éveil. Pourquoi je change de sujet aussi brutalement ? Parce que Mamie est morte aussi. Et Nany. Et que ça nourrit les ombres en moi. Parce que je suis furieuse qu’elle fasse ça maintenant, à 6 semaines de mon terme, qu’elle mêle sa mort à la vie de mon fils, à la fin de ma grossesse, qu’elle impose encore des préoccupations quant aux obsèques, à l’absence possible de Celuiquej’aime de la maison alors que le terme approche, et qu’en plus, elle ne fasse pas ça franchement, non, qu’elle nous fasse attendre ainsi, qu’elle me fasse attendre, moi, qu’elle m’empêche de calculer, de savoir si Peanuts sera à l’école pendant la cérémonie, de prévoir sur qui je devrais compter, selon quelles conditions. Je suis si furieuse que ça couvre tout le reste. Je ne suis pas inquiète. Pas triste. A peine compatissante. Non, je suis essentiellement impatiente et en colère. Et je m’en veux de ressentir les choses comme ça. Tout autant que je lui en veux de me faire ça maintenant, à moi, alors que merde, quoi, elle a eu un hiver parfait pour ça juste avant, elle a eu des mois, des saisons, et il y avait tout un été, un automne et autant de ce qu’elle voulait derrière mais non, c’est maintenant.

Je sais bien qu’elle n’a rien choisi. Je sais bien qu’elle n’y est pour rien. Mais cette colère a besoin d’être dirigée contre un objet et elle s’est liée à elle. C’est sans doute plus facile.

Je ne recommence pas à faire de la compulsion parce que sa grand-mère est en train de mourir. Mais ça participe. Parce que depuis que je sais cela, je me suis enfoncée. Sans doute parce que ça aussi, je voudrais pouvoir l’abandonner totalement à d’autres. La tristesse, le deuil, les cérémonies. Je ne veux pas m’en occuper, m’en préoccuper, je ne veux même pas savoir. Qu’elle meurt, allez, et qu’on m’en parle dans 6 mois, 4 si on y tient, je m’en fous, j’ai fait mon deuil d’elle quand elle ne m’a plus regardée que comme cette étrangère qu’on lui amenée sans doute pour une bonne raison mais allez savoir laquelle. J’ai commencé le jour, précisément, où elle regardait Peanuts jouer dans l’herbe en me complimentant sur ma petite fille si mignonne malgré les « Mais, Maman, c’est Peanuts, tu sais, ton petit-fils » de ma belle-mère. « Oui, oui, je sais. »

« Elle est vraiment adorable, cette petite fille, vous avez de la chance ».

Qu’elle meurt, allons-y, rappelez-moi dans quelques mois, dans quelques moi.

Ça tient Celuiquej’aime un peu loin de moi, ce décès. Comme cette douleur dans les gencives qui ne passent pas malgré l’intervention du dentiste. Comme cette opportunité professionnelle offerte par sa Chef ce mois-ci alors que ça fait plus de 2 ans que c’est en réflexion. Comme le calendrier de ce concours pro. Encore un peu loin alors qu’il empruntait enfin ce chemin que j’attendais de le voir prendre depuis des mois.

J’écris parce que ce qui m’a permis de sortir de ma boulimie, c’est d’en avoir parlé. C’est une chose de ne rien dire, de répondre à un texto ou un tweet « ça va ! » d’une seule main parce que de l’autre je tiens un gâteau et ne supporte pas de le poser entre deux bouchées, quand personne ne sait ce qui se passe. C’est différent, quand certains savent. Peut-être que j’en parlerai à Celuiquej’aime. Sans doute pas. Pas maintenant. Parce que ça pourrait nous faire un peu de mal et qu’il n’a pas vraiment les moyens de faire du bien, là.

Je pose parce que ça aide. Et qu’écrire m’a permis de comprendre certaines choses.

Aujourd’hui, je me suis bien tenue concernant la nourriture. ça ne signifie rien pour la suite. Je verrai sans doute au fur et à mesure. Puisque je ne peux pas abandonner ça à quelqu’un d’autre…

Faire le point

Il y a deux mois, je listais mes envies pour 2019. En ouverture de mars, je voulais faire le point sur ce qui concerne les lectures et les envies « écolos ».

Côté lecture, quand j’ai été arrêtée, j’ai pensé « génial, je vais avoir plein de temps pour lire ». En effet, j’ai du temps. Mais je n’y arrive pas. Je me l’explique mal. J’ai des difficultés à me mettre à lire, je n’en ai pas forcément envie. Une fois que j’y suis, je me sens bien. Mais si je suis chez moi, rapidement, je m’endors… Du coup, j’ai peu lu depuis janvier. Mais j’ai lu essentiellement des choses qui m’ont beaucoup plu !

Mon objectif est de lire 60 livres dans l’année dont 30 qui ne soient pas de la littérature jeunesse, et dont 19 qui soient de ma PAL actuelle. Et d’essayer de lire plus d’autrices, j’ai l’impression de ne lire que des hommes.

  1. MURAIL, Marie-Aude. Papa et Maman sont dans un bateau. L’Ecole des loisirs, « Médium », 2009. 294 p. #CDI (1er janvier)
  2. HEURTIER, Annelise. Envole-moi. Casterman, 2017. 261 p. #CDI (2 janvier)
  3. OLAFSDOTTIR, Audur Ava. L’embellie. Editions Zulma, 2012. 336 p. #Kube (3 janvier – 9 janvier ?)
  4. HUNTER, Erin. La Guerre des clans, Cycle I, livre 1. Retour à l’état sauvage. Pocket Jeunesse, « PKJ », 2007. 305 p. #PrêtElève (9 janvier ? – 15 janvier)
  5. TROPPER, Jonathan. Le Livre de Joe. 10/18, 2006. 411 p. #PAL #Eleusie_ (16 janvier – 28 janvier)
  6. VIDAL, Séverine. CAUSSE, Manu. Nos Coeurs tordus. Bayard jeunesse, 2017. 223 p. #CDI (28 janvier – 29 janvier)
  7. CENDRES, Axl. Dysfonctionnelle. Sarbacane, « X' », 2015. 305 p. #CDI (30 janvier – ?)
  8. ERNAUX, Annie. Mémoire d’une fille. Gallimard, « Folio », 2016. 164 p. #Kube (? Février)
  9. MARI, Silvana de. Le Dernier elfe. Albin Michel, 2005. 287 p. (sur la liseuse) #DameAmbre (? – 27 février)

Soit : 9 livres, reste 51 ; 4 livres qui ne sont pas de littérature jeunesse, reste 26 ; 1 seulement de la PAL, reste 18 ; 8 autrices pour 2 auteurs (!) (Oui, ça fait 10 auteurs pour 9 livres mais le 6 et coécrit. Et j’ai découvert qu’Axl Cendres est une femme)

Côté « écolos », j’ai listé les actions suivantes. Certaines sont à mener dans leur totalité, d’autres sont en cours, et d’autres en attente.

Les goûters : je prépare les goûters de Peanuts en bonne partie et ceux que j’achète ne sont pas emballés individuellement. Par contre, il mange des compotes en gourde tous les jours, boit de régulièrement des jus de fruit en briques individuelles accompagnées de leurs petites pailles et certains de mes goûters sont transportés dans des caissettes jetables (muffins…) ou du papier d’aluminium (parts de gâteau…), en particulier quand il les emmène à l’école.

Donc :

Pratique 1 > Supprimer les déchets « gouters ».

  • Passer aux gourdes lavables, faire la compote maison quand je peux et acheter de la compote en grands bocaux en verre. Etat : On ne s’en est pas encore occupé, il faut que j’achète les gourdes lavables
  • Passer au jus de fruit en brique d’au moins 1L (plus grand si je trouve) et aux pailles lavables Etat : Fait. On n’achète plus de briquettes. On n’a pas de pailles lavables mais Peanuts s’est habitué à boire sans donc je ne sais pas si je vais en acheter. D’autant que faute de briquette à paille, il demande moins souvent du jus de fruits !
  • Changer mes moules à muffins pour pouvoir me passer des caissettes, trouver des solutions pour que les parts de gâteaux et de cake ne finissent pas en miettes dans la boite à goûter : Fait !

Les bouteilles d’eau. En général, on boit l’eau du robinet mais on utilise des bouteilles en plastique pour transporter l’eau. Bouteilles qui s’abîment, qui s’accumulent, qu’on perd… Bref.

Pratique 2 > Supprimer les bouteilles en plastique et investir dans des gourdes. Je ne m’en suis pas encore occupé car j’ai besoin, joyeuseté de la grossesse, de boire de l’eau d’Hépar quotidiennement et en grande quantité. Par contre, l’école reprend plein de bouteilles en ce moment, c’est toujours ça qui ne finit pas à la poubelle.

Le ménage : on utilise depuis longtemps peu de produits d’entretien différents et tous sont écolabélisés. On a un bidon de lessive qu’on remplit avec des recharges qui utilisent moins de plastique, les tablettes pour lave vaisselle ne sont pas sur-emballées et le paquet est en carton… Celuiquej’aime utilise des lingettes pour quelques endroits très précis. Il est d’accord pour limiter mais pas supprimer… Je vais en reparler avec lui mais je ne peux pas décider pour lui. Puis bon, il fait le ménage, hein. Par contre, on a encore une marge de manoeuvre.

Pratique 3 > Réduire les déchets liés au ménage.

  • Passer aux éponges lavables : En cours. J’en ai une, qui est devenue mon éponge à vaisselle et j’ai retrouvé des chiffons qui ont remplacé en partie les éponges pour le ménage. Il faut que je nous équipe d’autres éponges lavables, ce que j’ai prévu de demander à une amie qui les coud
  • Limiter l’utilisation de l’essuie-tout. On y arrive. On a ressorti beaucoup de torchon et de serviette et j’ai trouvé chez carrefour un essuie-tout qui fait de petites feuilles qui suffisent très souvent là où on en aurait utilisé une grande. Je n’ai pas de « chiffres » précis mais le dernier paquet de 3 rouleaux que j’ai acheté dure depuis un bon moment déjà. On peut encore progresser mais c’est pas mal.

Pratique 4 > Réduire les déchets de la salle de bain. On a beaucoup réduit notre consommation de cosmétiques mais nos essaies en cosmétiques solides ne nous ont pas vraiment convaincus pour ceux qu’on a gardé. Mais…

  • Passer aux lingettes lavables à la place du jetable : Fait ! J’ai retrouvé des lingettes que j’utilisais pour débarbouiller Peanuts et nettoyer ses mains. J’en ai gardé quelques unes pour moi. Les autres serviront pour Popcorn.
  • Tester les brosses à dent en bambou avec têtes interchangeables : Pas encore fait.

Le papier. Cette année encore, j’ai emballé tous mes cadeaux de papier acheté pour l’occasion. Qui n’était pas recyclé et qui est parti avec les autres déchets… On jette aussi beaucoup de papiers d’une manière générale.

Pratique 5 : Limiter les utilisations du papier.

  • Passer aux paquets cadeaux en tissu et à la réutilisation de papiers : En cours. J’ai récupéré des tissus mais ce ne sera pas suffisant.
  • Remettre un « stop pub » sur la boite à lettres : Fait ! (Bon, c’est pas forcément respecté mais ça limite)
  • Essayer de stopper au maximum tout ce qu’on reçoit sur papier et qu’on ne demande pas et ne lisons pas… En cours, mais ce n’est pas facile parce que c’est le plus souvent publicitaire…

La voiture : On a deux voitures et on s’en sert quasi quotidiennement alors qu’on travaille dans la ville où on habite. On avait réduit nos trajets mais entre ma grossesse et d’autres aléas, on est revenus en arrière.

Pratique 6 : Circuler plus propre.

  • On va revendre les deux voitures et n’en reprendre qu’une seule (qui, de plus, est récente et raisonnable dans sa consommation). En cours, la nouvelle voiture est commandée. 
  • Je vais remettre sérieusement au vélotaf et s’équiper en conséquence. On verra ça quand je travaillerais, que j’aurais accouché et que j’aurais fini de rééduquer ce qu’il y aura à rééduquer.

Le stockage en ligne : Je stocke beaucoup de données en ligne qui utilisent de la place et font fonctionner des serveurs. Une partie y est faute de temps consacré au tri et à la suppression.

Pratique 7 : Trier et supprimer au maximum les données que je stocke partout et régler mes applications de téléphone pour qu’elles ne tournent pas toute la nuit. Les mis à niveau et notifications peuvent bien attendre le matin. En cours : Je dois poursuivre le tri.

Je suis arrêtée à 7 sur 12 pour le moment parce que je n’ai pas encore trouvé quelles autres pratiques on pourrait adopter ou modifier. Je prends vos idées si vous en avez !

Voilà pour ce début mars. C’est pas si mal, l’année ne fait que commencer.