Chuuuut

Ma voix a démissionné. Déjà hier après-midi. Et je le sentais venir depuis mardi.

C’est mon aphonie annuelle.

Elle a eu le bon goût d’attendre le week-end. J’ai été chez le médecin. Sans doute aurais-je un filet suffisamment solide pour reprendre lundi grâce à la bénie-soit-elle cortisone. En attendant, je chuchote à mes enfants et prends différemment conscience du bruit de mon quotidien. D’ordinaire, je l’affronte. Aujourd’hui, il me fait taire.

Ces quelques jours par an de chuchotis sont à la fois une contrainte (de plus) bien pénible et une forme de repos. Je suis une très grande bavarde, je parle, parle, parle, même quand je m’écoute parler en me disant « Mais qu’est-ce que tu fais ? Tais toi ! » Ces quelques jours où je ne peux pas, c’est un peu comme prendre des vacances de moi-même. Ce n’est pas angoissant parce que comme toutes vacances, je sais que ça va se terminer. C’est aussi assez agréable que les gens soient réellement attentifs, dressent l’oreille. Je n’en abuse pas, je vais à l’essentiel.

Ce week-end devra être fait d’oreilles tendues, d’où est la télécommande que je puisse baisser le son pour en placer une, de douleur à la déglutition, et de boisson chaude au gingembre et au miel. Et puis on verra bien.

Connard de virus

Je me sens oppressée par le contexte sanitaire. On en est toustes là, hein, et je le sais bien. Il me semble qu’on a toustes des hauts et des bas, des élans d’optimismes, des vagues de sinistose. Et je suis dans un sinistre bas pessimiste. A titre personnel, local, national, mondial… Je suis habitée de cette sensation que rien ne va, que rien n’ira à court terme, pas grand chose à moyen terme.

Je me sens oppressée et je le traine jusque dans mes sommeils. Je fais des rêves pesant dont je sors épuisée pour affronter des journées déjà pleine de tant de choses et encombrées de la cave au grenier de mesures sanitaires, gestes barrieres, recommandation, différence d’appréciation des situations…

Je m’aigris et deviens méchante vis a vis de tous ces gens qui… laissent leurs nez à l’air, se réjouissent d’exploiter les failles des mesures sanitaires, qui participent à des cours de sport en salles collectifs et clandestins, partagent des astuces pour trouer leurs masques en toute discrétion, vont crier partout que se laver les mains ne serre à rien, cherchent à contourner systématiquement les contraintes, non exhaustif et en vrac.

Le confinement est sur toutes les lèvres. Tout en moi hurle de douleur et d’horreur à l’idée de revivre le printemps dernier. Mais je ne peux pas me voiler la face, les chiffres sont de nouveau complètement fous. Et l’idée de me retrancher chez nous, ne plus me réunir, fréquenter pas loin de 200 personnes chaque jour, a tout de même quelque chose de rassurant.

Au début du premier confinement, je me voilais la face sur l’épidémie. J’ai été prise par surprise sur la fermeture des établissements scolaires, je n’ai pas vu venir l’enfermement. Je ne voulais pas voir parce que j’étais, à l’inverse, d’une grande lucidité sur ce que serait la vie confinée. Je crois qu’à la probable veille d’un nouveau confinement, je refuse de voir dans quel état de détresse me mettrait un nouveau confinement et focalise sur les risques de tomber malade, de transmettre.

Je me sens acculée. Et je ne trouve pas comment m’apaiser.

Jouvence

178 passages. Ma journée au CDI. L’allègement du protocole ces derniers temps fait remonter la fréquentation de manière assez rassurante : finalement, ce CDI tourne bien, il « suffit » d’en ouvrir l’accès.

178 passages, concrètement, ce sont des élèves tout le temps. Plus ou moins mais non stop de 8h à 12h et rebelote de 13h30 à 16h30, sans pause dans ces « couloirs ». Et un des aléas du protocole c’est que tous les mouvements de classes ne se font pas exactement en même temps donc que j’ai toujours des élèves qui arrivent avant même que les précédents soient partis. Je n’ai même pas la respiration intercalaire entre les groupes.

Depuis 10 jours, un petit groupe d’élèves s’est organisé pour venir m’aider à ranger et changer un étiquetage (qui suppose qu’on modifie les cotes et ajoute des logos sur un bon tiers des 1800 et quelques romans). Je n’étais pas très partante pour former de nouvelles aides maintenant mais iels se sont imposé.e.s en douceur et avec une efficacité incroyable dans leur travail. Je ne peux pas leur refuser cette tâche d’étiquetage que j’ai moi-même un mal fou à caler dans mes journées, mais je cela me prends duntemps parce que je dois les assister sur une partie du processus. Donc je m’interrompts dans un truc un autre parce que « Madame, on a perm ! », « On revient à la récré, vous pourriez nous en préparer quelques uns ? » Puis j’avoue que c’est sympa de les avoir à papilloner autour du bureau, de glâner quelques potins, d’échanger avec elleux. Même si le rythme d travail s’en ressent.

Le CDI reprend bien vie mais moi, j’ai du mal à le suivre. Je m’étais sans doute un peu mémerisée dans le ronronnement de ce premier trimestre à Covid. Il est temps de rajeunir ! Et de trouver la ressource pour cela parce que pour le moment’ j’ai surtout la sensation d’avoir « passé l’âge de ces conneries »…

Citation

« Chacun de nous vit avec un ange, le mien est saboté. »

Bartabas, D’un cheval à l’autre, Gallimard, « nrf », 2020, p. 49

(J’ai commencé ce livre hier en appréhendant de raviver le manque de chevaux dans ma vie. Pour le moment, ça me fait surtout dire que je n’aurais pas eu la place pour un cheval dans cette vie. Et que ce n’est pas si grave parce que je n’aurais pas su y faire pour de vrai. Pour le moment, ça me parle d’une vie rêvée.)

La Lu ?

Depuis quelques soirs, Popcorn remarque la Lune dans le ciel. Ainsi, sur le chemin de la crèche, j’ai le droit à de grand « la Lu ? » en alternance avec « Moto ! » (et « Encore !- Encore quoi mon chat ? – Pain ! »). Mon tout petit qui cause ♥️

20h53

J’ai ramené la marmaille à la maison, lancé une soupe en faisant faire sa lecture à l’Enfant Grand. Préparé la boîte à goûter, checké le carnet de liaison. J’ai douché tout le monde. Chanté beaucoup trop de comptines. Nourrit qui de droit. Lu Alice au pays des merveilles dans une adaptation pas géniale, distribué des bisous et des câlins. Lancé une playlist. Rangé la cuisine, mis en route le lave vaisselle, préparé mon repas de demain midi. Pris une douche. Fait une petite séance 10 minutes de yoga. 20h57, je termine ce post. 20h59, je coupe pour la nuit. 21h01 au lit avec mon bouquin ! Purée, je vieillis…

Bécane à terre

Je suis tombée à vélo. Rien de grave. J’ai ripé sur le bord d’un trottoir, la roue a glissé, et je n’ai pas réussi à retenir le vélo et j’ai basculé sur le côté. Je roulais doucement, il n’y a pas vraiment eu de choc. Mon genou, un peu. Je me suis dégagée et relevée très vite. Ce ne serait vraiment rien si j’avais été seule.

Mais on était en famille. Et Popcorn était lui aussi sur le vélo, dans son siège, derrière ma selle.

Il n’a d’abord rien dit puis a chouiné, contrarié par la position. Il ne s’est pas fait mal et a arrêté de râler à l’instant où j’ai remis le vélo à la vertical. Celuiquim’accompagne et Peanuts m’ont rejoint très rapidement. Je ne voulais pas inquiéter mon enfant grand, ni rester trop longtemps à l’arrêt car ça agace l’enfant petit qui a peu de marge de mouvement dans le siège. J’ai ignoré mon genou. J’avais surtout eu franchement peur.

Je m’en veux énormément. Parce que ma « manœuvre » n’était pas bien maline. Parce que je sais que j’ai moins d’équilibre une fois l’arrière du vélo lesté d’un môme. Parce que j’étais inattentive, occupée à me demander où étaient passé Celuiquim’accompagne et Peanuts qui n’étaient plus juste derrière moi. Parce que je n’ai pas réussi à retenir le vélo qui basculait.

Et finalement, si je suis tombée, si je me suis retrouvée dans cette situation, avec ce rebord de trottoir contre ma roue, c’est avant tout à cause des installations cyclables approximatives. Je voulais rejoindre une piste. J’en avais quitté une 100 mètres plus haut. Mais entre les deux, rien n’est prévu. Il faut donc se glisser dans la circulation puis la quitter là où la piste suit, elle, le trajet des piétons. Il n’y a, à cet endroit, aucune bonne manière de faire.

Et des coins comme celui-là, il y en a foule en ville.

Bref, on n’est pas tout a fait aidé, quand il s’agit de circuler à vélo.

Un moi, ben, j’ai mal au genou.

Nuit masquée

J’ai fait un cauchemar cette nuit. Pas un de ceux dont on se réveille en sursaut, ça, je n’en ai pas eu depuis des années. Non, c’était un de ces rêves qui tournent lentement, le malaise s’installant, grossissant, s’étoffant. De ceux dont une part de nous demande à sortir mais dont on n’arrive pas forcément à se réveiller.

Ça se passait dans un musée. Le début de la visite m’intéressait beaucoup. Il était tôt, j’étais parmi les premiers visiteurs. Je prenais beaucoup de photos. J’avais un petit accrochage avec une visiteuse à propos de ça. Mais ça se résolvait, je changeait de salle.

Puis le musée se remplissait. Et les gens portaient de moins en moins bien leurs masques… Parce que oui, on était masqués. Mais la foule grossissait, les nez, les visages entiers… Par endroit, des installations s’animaient pour les visiteurs. Les gens se regroupaient autour, se serraient pour voir…

Je décidais de quitter les lieux, mal à l’aise. Une personne que je connaissais essayait de me retenir. « Ça va, le risque n’est pas si grand ». Insistait. Voulait que j’essaie telle ou telle installation. Refusait de me laisser partir avant que j’ai vu telle ou telle salle. Je la suivais à contre-cœur, essayant de lui faire prendre conscience des risques. Mon masque glissait de mon visage. Je le remontais à plusieurs reprises en m’inquiétant parce que je ne pouvais pas me laver les mains. Par moment, je me retrouvais visage nu sans comprendre comment.

Alors que je pensais réussir à quitter les lieux, je tombais sur mon père qui tenait à ce qu’on aille boire un café au bar du musée. Plein à craquer. Ma mère nous rejoignait et comme il n’y avait pas de place, elle venait s’assoir sur le même pouf que moi, quasiment sur mes genoux. Alors que je gardais mon masque, elle parlait à quelques centimètres de mon visage. On s’engueulait. « Mais je ne suis pas malade ».

J’ai mis plusieurs heures au réveil à me débarrasser de la sensation d’oppression de ce cauchemar. C’était physique, je l’ai porté dans la poitrine jusqu’en milieu de matinée.

Il n’y a pas grand chose à analyser là-dedans. Le message est plus que lisible. Je suis juste étonnée que ça me prenne maintenant, je ne pensais pas être dans un des moments où tout ça m’atteint le plus.

J’aimerais tout de même pouvoir dormir « sans » mon masque, grmrlrlmblbl !

Non anniversaire

Hier, c’était l’anniversaire de ma Mamie.

Qui est décédée à l’automne 2008.

Ma Mamie. Mon deuil impossible.

Je l’ai enterrée et pourtant, je n’ai jamais complètement enregistré sa mort. J’ai revécu son décès mille et une fois, « oh, tiens, si j’appelais Mamie », « cette carte plaira trop à Mamie », « il faudra que je pense à demander à Mamie… » puis… « ah mais… non… » Ça n’a jamais cesse de poignarder. Toujours aussi fort.

De toute façon, ça n’a jamais eu de sens. Ce cercueil minuscule, il est impensable qu’elle ait tenu toute entière dedans. Je l’ai enterrée sans croire une seconde qu’elle ait pu être là. Ça ne fonctionnait pas. Et je n’ai jamais pu réconcilier cette image, ce cercueil, avec ma grand-mère. Elle etait bien trop pour tenir dans cette boite.

Ne pas pouvoir lui présenter mes enfants… Ne même pas pouvoir lui avoir dit qu’ils étaient nés… Ne pas pouvoir lui raconter combien ils sont épatants… Je crois que c’est ce qui me pèse le plus.

Ce n’était pas une mamie gâteau. Ni une mie câline. Elle avait une forme de rudesse et sur la fin de sa vie, elle a su être imbuvable avec nous. Mais mon horizon n’est plus le même depuis qu’elle n’est plus là. On avait un lien que je n’ai jamais construit avec personne d’autre et que je ne construirai jamais. De ses liens qui sont attachés dans le nous même enfant qu’on porte encore.

Je crois que la mort de ma grand mère, ça a aussi été celle d’être une enfant. J’étais sa petite princesse, à 2, 12 ou 22 ans. Je le serais toujours…

Je suis devenu épileptique quelques semaines après son décès. Je suis convaincue qu’il y a un lien. C’était une année compliquée, celle de ma prise de poste en tant que titulaire, d’un sentiment d’incompétence monumental, de l’installation d’une vie à deux qui n’était enfin plus menacée par une mutation mais dont je ne pouvais, en même temps, plus m’échapper (même si je n’en avais pas envie). Et Mamie qui a abandonné.

Je n’ai pas explosé en vol. Mais il faut croire que j’en tremble encore.

Petit pouce

Pendant ces deux années de crèche, Peanuts ne « m’accueillait » pas quand je venais le chercher le soir. Il manifestait qu’il m’avait vue, assez souvent, il me souriait. Mais il poursuivait son activité, parfois se carapatait en démarrer une autre. Lors de sa deuxième année, c’était devenu une source de blagues récurrentes avec les auxiliaires. Des parents arrivaient, repartaient avec leurs enfants et moi, j’étais là à essayer de convaincre mon petit bonhomme de rentrer.

Popcorn, lui, est toujours content de me voir. Il m’accueille avec de grand « Maman ! » et vient chercher un contact. Un câlin, les bras, une caresse. Ce soir, un autre enfant a osé s’approcher de moi en faisant mine de me faire un câlin et il a rencontré une épaule de Popcorn bien décidé à récupérer sa mère à lui sans interférence.

Pourtant, quand j’ai l’occasion de l’observer avant qu’il me voit, il s’amuse. J’aime l’apercevoir rire avec les autres, se passionner pour l’imagier que présente son auxiliaire, taper dans un ballon avec concentration ou jouer à se jeter dans la petite piscine à balles. Et j’aime quand tout à coup, il lève la tête, me voit et me sourit largement, « Maman ! » Masque oblige, pas de bisous à ce moment-là. Mais toujours la tendresse. Après, on rentre dans le fais pas ci fais pas ça vient ici que je t’enlève tes chaussures ôte toi de là mais dans quel casier tu as pris cette tétine ?

Avec Peanuts, on avait le temps de trainer, on ne faisait rien de particulier après la crèche, je n’étais pas garée en double file, c’était juste lui et moi. Avec Popcorn, j’ai un oeil sur l’heure, il faut qu’on file à l’école chercher son frère. Sans doute le sait-il, comme Peanuts savait.

En attendant, j’aime comment mon enfant petit a su créer ce moment de doux dans la course de nos fin de journée.