Panne

Je ne sais pas quoi publier ce soir. Je suppose que je touche à la limite du post quotidien. Là, je me suis extraite péniblement du sommeil qui m’avait rattrapée sur le canapé. Le temps d’arriver dans mon lit, volets fermés, démaquillée et en pyjama, me rendormir sera un exercice compliqué. Alors écrire…

Ces jours-ci, j’ai tout de même cette sensation de mes sentir nulles et bonnes à bien peu de choses. Je me laisse déborder, saisir, emporter, parce le quotidien alors qu’il y a un paquet de gens qui s’en sortent avec des conditions même pire que moi. J’ai la sensation que je me noie dans un verre d’eau, me débat alors que ça n’a pas lieu d’être, que j’en fais des tonnes pour rien. Ces jours-ci, suis vraiment nulle.

Presque

Les vacances arrivent et elles sont attendues. Peanuts est tellement crevé que j’ai réussi à lui faire faire la sieste aujourd’hui. Et moi, j’ai la sensation de que si je pourrais dormir toute la journée et la nuit qui suit sans que ça ne réussisse à entamer la chappe de fatigue que je traine.

Cet après-midi, j’ai repris les recherches immobilières dans le sens inverse de ce qu’on fait depuis la rentrée c’est-à-dire qu’au lieu de chercher ce qui est disponible dans notre budget, j’ai cherché des appartements qui entrent dans nos critères. D’abord pour savoir si ça existe et ensuite, si oui, combien ça coûte.

La bonne nouvelle c’est que ça existe et la mauvaise, que ça coûte au minimum et 1,25 fois notre budget.

Paradoxalement, ça m’a apaisée. Parce que maintenant, on sait clairement où on va. Littéralement : chez la courtière. On a rendez-vous lundi. C’est ce qu’elle va nous dire qui va déterminer les suites. Soit on peut emprunter plus qu’on ne le pensait, soit on ne le peut pas. Si on peut, on relance les recherches avec de meilleures chances de s’en sortir. Si on ne peut pas, on reste ici.

Les vacances seront soit très immobilières soit pas du tout. Et j’avoue que la deuxième option ne me déplaît pas tant que ça.

Brève

Moi, là, aujourd’hui, tout ce dont j’avais vraiment envie, c’était d’épouser mon canapé avec la télécommande et Netflix en guise de témoins.

Vous savez bien que ça ne s’est pas du tout passé comme ça, hein. Du tout.

Du tout.

Petits poids

Tout le monde me dit que ça va bien se passer. Que je suis une super profdoc. Que je fais du bon travail. Qu’on n’est pas inquiet pour moi.

Je sais que ce sont des marques empathiques de soutien indéfectible. Que c’est complètement sincère. Que c’est dit pour me rassurer.

Sauf que ce sont autant de petits poids supplémentaires. Si je me plante, je décevrais toutes ces personnes qui sont convaincues que je fais du bon travail. Si l’inspectrice estime que je ne fais pas mon boulot comme il faudrait, pas dans sa totalité, j’imagine bien, mais que je ne suis pas à la hauteur sur certaines missions, toutes ces personnes vont se rendre compte qu’en fait, je ne le fais pas si bien que ça, mon boulot.

Parce qu’être profdoc, la plupart du temps, c’est exercer seul.e dans un établissement où personne ne sait précisément ce que vous êtes censé.e faire. Il y a celleux qui nous imaginent encore passant la journée à faire « chut » par dessus nos lunettes depuis notre bureau où nous lisons et remplissons de petites fiches en carton. Mais même parmi celleux qui veulent bien savoir, et même celleux qui devraient savoir (coucou les chefs d’établissement), personne ne sait exactement.

Parce qu’il y a une part de notre métier qui est juste technique. Et que si tu n’es pas profdoc, que je ne télécharge aucune notice, même pour dépouiller les périodiques, parce que je trouve que les mémo notices contiennent trop d’erreurs et les mémo fiches créent du bruit dans la base, ça ne te parle pas des masses. Et même si je t’explique, tu n’auras pas d’avis sur la question.

Parce qu’il y a une part de nos missions qui est invisibles. Qui va de la réparation de l’étiquette de signalétique sur le rebord du bac à BD à la lecture de cet article finalement pas très intéressant que je ne vais donc pas relayer aux profs de la discipline concernée.

Parce que finalement, ce qu’on voit, c’est surtout si le CDI est ouvert ou non. Si tu as répondu au téléphone, au mail, au papillon pronote.

Puis parce que nos missions, elles sont tellement larges, tellement nombreuses, qu’on ne peut pas toutes les remplir comme on voudrait, comme il faudrait.

Et sans doute pas comme l’inspectrice l’attend.

Je sais qu’elle peut me reprocher de faire trop de séances pédagogiques là où mes collègues de discipline apprécient. Je sais qu’elle peut estimer que certaines choses dont je m’occupe ne sont pas de mon ressort bien que ça convienne très bien à ma cheffe d’établissement. Je sais qu’elle ne va pas valider que je m’inscrive pas dans certains dispositifs.

Mais quand elle l’aura écrit noir sur blanc dans un rapport d’inspection qui ne sera pas aussi bon que tout le monde me l’annonce, ça dira quoi, de moi ?

14 octobre. Aujourd’hui sujet brûlant

Ça commence avec un mail d’alerte qui annonce que ma messagerie I prof a popé mais sans me donner le contenu du message. Un instant après, un « éducation nationale ne pas répondre » vient s’empiler dans la messagerie. Puis deux heures plus tard, le fwd de la part de la secrétaire de direction avec un petit mot sympa. Un lien à suivre dans lequel il faut cocher un accusé de réception.

Bref, impossible de contourner l’info, de l’oublier ou de faire l’autruche : je suis inspectée le 22 novembre.

Poser

Si j’essaie de poser…

La mise en œuvre de notre projet immobilier me pèse. Le projet n’est pas très original en lui-même : vendre ici, acheter plus grand et un peu ailleurs.

Mais déjà, ça suppose de parler à plein de gens et de le faire pour beaucoup au téléphone. Agents immobiliers, banquiers, courtiers. Ça me coûte énormément, c’est une grosse source de stresse. Je peux devenir totalement débile au téléphone avec des inconnus et prendre un simple rendez-vous peut tourner à la torture.

Ensuite, plus on essaie d’avancer, moins les choses sont simples. On a demandé trois estimations différentes pour notre appartement et entre le sol de la fourchette la plus base et le plafond de la plus haute, la différence est tour de même de 40 000 euros.

Les trois agents s’accordent à dire qu’on ne devrait pas avoir de grosses difficultés à vendre, si on met en vente au prix qu’ils proposent. Donc on veut bien y croire.

Par contre, acheter ce qu’on voudrait avec le budget qu’on a, personne ne nous dit que c’est impossible mais ça relève du gros coup de bol. 4 pièces, c’est compliqué. 4 pièces dans un quartier un secteur scolaire qui nous conviendrait, c’est pas dans notre budget.

Il y a un quartier de la ville où ça pourrait rentrer. Au chausse pied, avec des négociations.

Mais ce quartier me fait peur. Essentiellement résidentiel, pas très bien desservi, j’ai PEUR de me retrouver isolée, dépendante de la voiture pour le moindre déplacement dans une ville qui est en train de rendre le déplacement en véhicule individuel compliqué. J’ai peur des mercredi seule avec les enfants coincées dans les 3 rues qui entourent l’appartement. Des journées de vacances où aller à la bibliothèque représente une épopée. Parce que notre quartier actuel a des défauts, dont celui de dépendre d’un collège classé rep +, mais il a l’avantage d’être facilement accessible… et facilement « quitable ».

Du coup, on est actuellement dans un entre-deux terriblement inconfortable : on essaie de partir sans savoir si on pourra, on se détache suffisamment de cet appartement (celui qu’on occupe depuis 8 ans, où sont nés nos enfants) pour envisager de le vendre, mais on ne peut pas s’en désinvestir complètement non plus parce qu’on va peut-être devoir y rester encore quelques années.

Tout cela est extrêmement stressant.

À côté de ça, il y a le boulot.

Cette année, je dois être inspectée. Plusieurs collègues pour qui c’était prévu ont leurs dates. Moi, pas encore. Et même si cela n’occupe pas chacun de mes gestes pro, ça tilte régulièrement dans ma tête.

Mais surtout, travailler sous la Direction actuelle me pèse de plus en plus. Je ne peux pas donner trop de détails mais mes choix (tout faire pour réussir à fonctionner, mener des projets, garder un CDI vivant, et ce parce que : les élèves) me vaut l’animosité de beaucoup dans l’équipe. J’y gagne d’être dans les petits papiers de ma cheffe qui… m’intimide au plus haut point. C’est un truc très instinctif, primaire, enfoui très profond en moi : quand je suis en sa présence, toutes mes fibres me crient « ne la contrarie pas, sinon elle va te bouffer ». Je lutte mais lui dire non me coûte énormément, chaque réunion planifiée s’inscrit dans l’agenda avec son lot de cauchemars dans les nuits qui précédent.

Et depuis la rentrée, des réunions, j’en ai eu au moins une par semaine.

Je manque de patience dans mon travail, mes relations avec la Vie Scolaire sont compliquées, je suis de plus en plus isolée.

Et à la maison, je n’aime pas la manière dont je suis maman, depuis de longs mois. Pendant les vacances, il y a eu du mieux mais là… Je n’ai pas la patience, je n’ai pas l’investissement. Le plus souvent, je traverse le temps que j’ai avec mes enfants dans l’attente du temps où je n’aurai plus à m’occuper d’eux. La sieste, le temps de télé, le coucher…

Voilà. C’est posé.

Et vu comme ça ben y a rien qui va.