Cette maison

C’est une vieille maison mais sans le charme que peut sous-entendre ce mot. C’est une maison fatiguée, usée, moulue. Je ne crois pas qu’elle n’ait jamais eu de cachet. Qu’elle ait été cosy, gracieuse, élégante, fonctionnelle, rustique. D’aussi loin que je me souvienne.

C’était une maison de week-end, achetée sans grands moyens ni pour faire une belle affaire, ni pour l’améliorer autant qu’il aurait fallu. Mon grand-père, l’aménagement, il s’en fichait. Ma grand-mère, non, mais c’est lui qui tenait les cordons de la bourse.

Cette vieille maison, elle n’a jamais été chaleureuse. C’est une question de lumière, une question de matériaux. On y a passé de bons moments, pourtant. Bon, pas que, c’est vrai.

Cette vieille maison, elle n’a jamais été pratique et plus ça va, moins je comprends ces adultes qui ont dû y fonctionner au fil des années, ceux qui n’y peuvent plus rien, ceux qui continuent, de ne pas avoir fait évoluer tout un tas d’aspects.

Depuis quelques jours que j’y suis, je râle, je peste, je critique. Tout ce qui ne va pas, ce qui n’est pas pratique. La météo, le contexte mais surtout cette maison, raaah, cette maison.

Pourtant, c’est plus compliqué que ça. Être en vacances ici, c’est exporter toutes les contraintes du quotidien et hop, la charge mentale qui va avec, mais sans la plupart des éléments pratiques d’organisation qu’on a mis en place et qui font gagner en temps et en efficacité. Être en vacances ici, ce sont les repas, les lessives, le ménage et les trouzemilles sollicitations par jour de la part des enfants.

Être en vacances ici, ce n’est clairement pas ce dont j’ai profondément besoin car ce dont j’ai profondément besoin c’est d’une pause dans mes contraintes quotidiennes, ce qui suppose pour commencer que quelqu’un qui ne soit pas moi prenne en charge les besoins de mes enfants, et qu’ensuite, on n’attende plus de moi que je pense à quoi que ce soit de pratico pratique.

Être en vacances ici, c’est aussi avoir 6, 12, 16, 29, 37 et 80 ans. En même temps. C’est trouver dans les gestes du quotidien l’héritage de ceux de ma mère, de ma grand-mère. C’est aller chercher derrière tous les autres, ocres, un petit bol bleu, en mémoire d’une petite moi qui les préférait, qui était même un peu fascinée par sa couleur. C’est envier les heures d’ennui profond de l’ado moi. Ses heures de lecture à bâton rompu aussi. C’est comprendre un peu mieux pourquoi et comment les choses se faisaient dans la tête de la parentalité de mes vieux. C’est être émue de voir mes enfants là, qui ignore combien leurs histoires personnelles sont étrangement, pour des raisons différentes, mêlées à cet endroit.

Je râle, je peste et je critique contre ce qui peut passer pour un simple lieu de vacances mal choisi. Mais dans le fond, tout est plus compliqué que ça.

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