Les jours comme ça

Popcorn a appris à dire « J’en ai marre ! »

Parce que c’est moi qui en aies marre. De ces journées là, de devoir gérer, organiser, réfléchir, anticiper, pour trois, répondre à un milliard de sollicitations, me prendre dans l’éponge tout autant d’émotions ne m’appartenant pas, d’être divinité (parfois noire) de ces univers.

Je l’ai dit, aujourd’hui, que j’en ai marre.

Et c’est forcément aujourd’hui que l’un se retrouve le short et le cul trempé en pleine rue, à force de jouer avec les élastiques de sa couche. Que l’autre se fait un copain de parc qu’il ne veut plus quitter de toute sa vie entière. Qu’on croise par hasard le grand-père de la marmaille et que ça fout en l’air un peu tout pendant un petit moment. Ceci cela.

Mais la petite troupe ne peut pas se mettre sur pause. Alors je prends sur moi, m’agace, et dit, tout de même, que j’en ai marre. Puis on sort, on achète des sandwichs, on mange sur un coin de banc dans un parc de leur choix et ils sortent pas mécontents de leur journée à hauteur d’enfants.

Cette journée a commencé hier, c’est la seule possibilité

Pour qu’elle ait pu contenir autant

Sans être encore achevée

Sans que le jour s’en soit totalement allé

Sans que fourbue

Le temps

Ait éteint l’éveil

Fin d’année

J’avance l’inventaire du CDI et j’ai passé un moment aujourd’hui à engueuler la moi de l’année dernière qui a fait du n’importe quoi sur deux espaces alors qu’elle avait un CDI vide d’élèves.

Puis je lui ai présenté des excuses, parce que j’ai réalisé que toutes ces erreurs que je récupère cette année, tous ces n’importe quoi, témoignent du triste état dans lequel j’étais.

J’avance, avec la sensation de m’enliser. Je connais ce sentiment, je sais qu’à un moment, les choses vont s’emboîter et que je vais pouvoir fermer plein d’onglet dans ma tête, j’aurais la sensation de prendre un grand bol d’air.

J’avance vers la fin de ma douzième (12 !!) année dans ce CDI, ma treizième dans ce métier.

J’avance.

Pensées du soir en vrac

C’est tout de même ingrat, le métier de mère.

C’est quand qu’on votera à nouveau avec des papillons dans le ventre ?

J’ai besoin de réviser les bases de ma mythologie grecques et romaines…

Est-ce que les pas marchés en portant Popcorn comptent double ?

Sans

Je n’ai pas pris mon antidépresseur depuis lundi.

Mon psy dit qu’il n’y a pas de syndrome de sevrage. La demi vie de ce médoc étant de 66 heures, je peux dire que j’en suis sortie.

Ça fout les pétoches.

Alors je repense à la moi d’il y a un an. Je me demande qu’est-ce que je peux continuer de faire pour ne pas me retrouver à nouveau dans cet état.

À part ne pas être de nouveau confinée fermement plusieurs mois, je veux dire.

Je n’ai pas encore toutes les réponses à cette question.m

Mais il m’apparaît que ces 18 derniers mois, j’ai appris à m’imposer de prendre soin de moi-même (puisque personne ne s’en occupe)(constat qui pique)(enfin ce n’est pas toute à fait honnête : il y a les amies douces mais elles sont loin).

Et ce n’est pas rien.

Puis maintenant, je sais que si j’en ai besoin, il existe une béquille avec laquelle je sais continuer à marcher.

En vrac

J’ai oublié mon téléphone au boulot.

Je suis un tantinet en PLS.

Bon, déjà, ça va mieux depuis que tout mon petit monde est rentré. Pas de crainte de manquer un appel d’urgence concernant l’un de mes trois mecs.

Mais j’ai pas l’oiseau bleu sous la main.

J’ai pas ma musique à trainer dans ma poche.

J’ai pas mon appli de suivi de calories.

Bref, je suis pas à l’aise.

Je l’ai oublié parce que je faisais l’inventaire. Le lien de cause à effet n’est pas évident au premier abord, je conçois. Je n’étais pas sur mon rythme habituel, j’ai probablement posé mon téléphone dans une étagère parce qu’il me gênait dans ma poche, je suis partie pressée parce que je voulais finir de pointer les documentaires.

J’ai fini de pointer les documentaires !

Il ne reste plus que les romans, les mangas et les BD.

(Je tente de me convaincre que ce n’est pas tant, que j’ai bien avancé, mais en vrai, tout ça, c’est encore énorme, je suis loin de la moitié…)

On m’a encore piqué un dico de Russe. Et des fictions bilingues français-russe. C’est fini, j’arrête d’acheter des ressources en russe, ça se termine toujours pareil.

On ne m’a pas piqué le Coran. Ni le Sexe sans complexe. Limite je suis déçue, c’était presque devenu une tradition !

Je me demande si les vols ne se sont pas reportés sur le rayon mangas…

C’est crevant, de faire l’inventaire, mais j’aime ça.

Même si la moi de juin 2021 est en colère contre la moi de juin 2020 qui a fait n’importe quoi dans tout le rayon des sélections thématiques.

J’ai fait passer un oral de brevet en rattrapage, aujourd’hui, entre deux colonnes d’inventaires.

Elle s’en est pas mal sortie. Je ne le lui ai pas dit assez clairement, je le regrette.

Il faut aller terminer de faire à manger. Sans musique dans la poche. C’est un peu nul quand même.

16 juin Aujourd’hui faim de

Je m’habitue à moins manger (en quantité) et surtout, à ce que ça ne me stresse pas. C’est idiot, quelque part, mais je réalise que c’est quelque chose qui peut m’agoisser. Me dire que je risque de me sentir mal. Par faim, oui, mais surtout pas hypoglycémie.

Ça fait partie d’une démarche plus générale. S’écouter davantage. Se faire confiance, un peu plus. Être attentive à moi-même.

Ça continue de bien se passer.

Alors même que j’ai abandonné totalement ma béquille.

Enfançon

Ce soir Popcorn s’est endormi dans le creux

De mon corps couché en chien de fusil dans son lit

La tête sur mes cotes, le flanc contre mon ventre,

Tout entier replié dans le nid ouvert de mes genoux, mes cuisses, mon tronc, ma gorge

Apaisé, sécurisé, câlin

Comment redevenir, un temps, quelque chose qui ressemble à nous matriochka, moi sa première maison

Plus si boiteuse

J’ai vu mon psy.

Il m’a trouvée bien.

Il m’a proposé de supprimer ce qu’il reste de béquille.

Ça fout les chocottes. Mais c’est en même temps assez agréable de se sentir suffisamment forte.

Et oui maintenant je sais que si je me remets à boiter, je pourrais toujours m’appuyer quelques temps sur une béquille.

Maintenant, y a plus qu’à en terminer avec celle-ci.