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J’ai téléchargé une appli. Une de ces appli dont j’entends tant de mal. Parce que c’est pas comme ça qu’il faut faire, ça donne des résultats pendant un temps mais après on reprend son poids. Oui, je l’ai souvent entendu, ça.

Qu’il ne faut pas fliquer tout ce qu’on mange.

Que c’est pas bon, que ça tourne à l’obsession.

Que perdre du poids comme ça c’est mauvais.

Parce qu’après on reprend tout.

Sauf que reprendre tout, c’est ce que je fais, moi. En ne faisant pas tous ces trucs qu’on accuse de faire faire le yoyo.

Alors je me suis dit que peut-être que ce qui n’était bon « pour personne » fonctionnerait peut-être avec moi.

Puis ça me parle, moi, les chiffres. La logique d’avaler moins que ce que le corps consomme, ça me parle. C’est mathématiquement logique.

Et puis je ne suis plus à une perte et reprise près. Alors on verra bien.

Mercredi

J’ai tenté d’avaler les dernières pages de Victoria rêve au parc mais la petite marmaille voulait de l’assistance pour monter sur le très grand toboggan.

On a découvert ensemble qu’il n’a plus besoin d’aide mais que quand même, avoir une maman dans le dos, ca aide la confiance en soi.

Arrivé en haut, il se retourne et m’explique à chaque fois qu’il ne faut pas redescendre par l’échelle parce qu’on pourrait tomber et se faire très mal. Oui, tout ça, « Échelle ! Là. Aïe ! » C’est fou tout ce qu’on dit en quelques mots et autant de geste.

Puis il glisse et revient en cavalant, tagada tagada, et c’est reparti pour une ascension, systématiquement précédée d’un « bago lé yaut », annonce que le toboggan, donc, est haut. Quand ta tête arrive à peine à la hauteur du deuxième barreau de l’échelle, oui, il est haut.

Il y en a un à sa hauteur, hein, prévu pour son âge et tout, dans ce parc là. Mais si vous connaissez des enfants, vous savez. D’abord, ce toboggan là, il sert à descendre la tête la première, a minima. Et depuis quelques jours, à se balancer par les bras à la barre verticale tout en haut et se lâcher pour atterrir à mi chemin de la pente.

Popcorn, apprenti cascadeur.

Je n’ai pas fini mon livre, pas passé le coup de fil pour la voisine, pas répondu à la représentante pour l’abonnement à je ne sais trop.

J’ai fait des sablés aux pépites de chocolat en forme de dominos avec un second de cuisine au top, des câlins, joué à faire « toc toc » au volet derrière lequel se tenait un môme hilare qui l’écartait ensuite en me disant « bonyour ! » et refermait aussitôt, et les courses en ligne pendant que la troupe regardait Totoro (et se bidonnait).

Bref, on est mercredi.

Rien ne va plus

Non, je n’assume pas l’ordonnée du graphique. Il y a 2 kilos entre chaque ligne.

Comment fait-on ? Comment fait-on pour ne pas faire le yoyo ? Pour ne pas se prendre d’effroi face à son propre corps comme si on le découvrait un matin ? Réussir à le faire maigrir puis tout foutre en l’air non pas en mangeant normalement, non, en compulsant, en exagérant, en se repoussant ?

C’est cyclique chez moi. Arrive un point, un moment, un vêtement et je me dis que ce n’est plus possible. Alors je fais. Ce qu’il faut, rien de dingue. Je m’astreins. Je limite. Les quantités, le gras, le sucré. J’élimine. Je bouge. Et ça marche. Pas toujours aussi bien, aussi régulièrement, aussi vite que je voudrais mais ça marche. Je sais faire ça.

Puis arrive un point, un moment, une émotion, un trop plein, et je lâche tout. Je ne bouge plus. Je mange et je m’emplis. Et je grossis. Je sais faire ça, aussi.

Jusqu’à ce que. Et ça recommence.

Souvent, je me regarde faire pendant quelques semaines. Je me déteste grossir. Je me résoud 100 fois le soir venu et au petit déjeuner déjà, j’avale n’importe quoi, trop. Je me dis des choses méchantes.

Et puis ça recommence.

Ce n’est pas que j’essaie de me fixer un poids qui ne me correspond. Que j’essaie de me maintenir à tant, tant +5 ou tant +8, le problème est le même.

Je ne sais pas. Comment on fait. Comment font les gens.

Les quantités, par exemple. Je vois les quantités qui suffisent aux gens. A moi, ça ne me fait pas assez. Comment les gens savent apprécier un chocolat ou deux là où je commence à me sentir bien à 8. Je suis un ventre…

Chantier

Je suis allée au collège.

Dans les moments comme ça où il n’y a pas d’élèves et pas beaucoup de personnel, il se détend, le collège. Il laisse des portes ouvertes aux quatre vents, des chariots d’entretien se garer dans les couloirs, des bagnoles dans la cours. Et des touristes entrer.

Au moins une. Souris de CDI.

Je passais prendre le pouls, remettre de l’ordre et de la verticalité dans les rayons, couvrir les mangas discretos. J’ai atterri au milieu d’un chantier. Ou plutôt ce qu’il en restait. Je savais ces travaux dans les tuyaux mais pas qu’ils se feraient là, qu’on viderait des rayons en mon absence, que ma banque de prêt serait couverte de documents comme si le meuble à périodiques lui avait dégueulé dessus, que je retrouverais les fauteuils gisant culs par dessus dossiers.

Les ouvriers, sympas, m’ont laissé des souvenirs : canettes et gobelets vides, coca répandu au sol, tubes vides de lubrifiant pour câbles au milieu des bouquins. Et de la poussière blanche et collante dispersée plus ou moins partout.

J’ai rangé ce que j’ai pu mais l’essentiel reste à faire : des meubles ont encore été déplacés, je ne peux pas les remettre en place toute seule, donc pas remettre les documents dedans, dessus, tout ça. Et le ménage, même si j’ai passé le balai…

Je suis passé à l’administration dire que ça n’allait pas, de laisser les lieux comme ça, d’attendre que je fasse encore une fois des miracles. Qu’il était impossible d’accueillir des élèves avec des étagères instables abandonnées au milieu de la pièce.

On m’a dit que oui, oui.

Alors j’ai décidé qu’on verrait lundi prochain et que si les portes devaient rester closes, il en sera ainsi…

Reste à savoir si j’arriverai à conserver ce détachement quand mes lecteurices débarqueront après un mois et qu’il faudra leur dire que non, vous ne pouvez pas entrer…

Reprise

Il va falloir reprendre.

Reprendre le chemin de l’école, de la crèche, du travail, du télétravail.

Reprendre le rythme, les réveils très matinaux, la course du matin petit au soir n’en peut plus, les vite vite vite et les dépêche-toi.

Reprendre les messages, comme un robinet grand ouvert, dans les différentes boîtes pro, le Bullet Journal comme arche, je suis Noé.

Reprendre les corrections, les notes (beurk), les commentaires.

Reprendre sans élève en direct, sans CDI, sans livres, sans collègue. Il n’y a peut-être pas que du mauvais là dedans.

24 avril. Aujourd’hui à 11h30 précises

J’étais dans ma cuisine. Il était question de glaçage, d’astronautes, de chocolat, de hublot, de tri de smarties, d’étoiles (en sucre), et de bougies à préparer. Le four ronronnait. La fenêtre était ouverte parce qu’il commence à faire chaud. Peanuts me racontait des choses à propos de pâtisserie et de quand il sera un peu plus grand parce que là, il est déjà grand mais il veut dire quand il sera encore plus grand. Et c’était un très bon moment avec mon enfant grand.

Carnet rose nostalgique

Il y a deux ans, je me couchais, un peu difficilement comme l’étaient toutes les manœuvres de mon corps encombré. J’adressais à mon abdomen protubérant une prière de bonne nuit. On était un mardi. J’avais très peu contracté dans la journée, bien moins que les autres jours. Je réfléchissais à m’organiser pour mes rendez-vous du lendemain. Et je m’endormais.

Il y aura deux ans dans quelques heures, une douleur dans les reins me réveillait. Il y aura deux ans dans quelques heures de plus mais pas tant, je touchais sa peau pour la première fois.

Mon puceron, mon ourson, mon sorcier, mon chichon, mon pi chou, mon bébé… qui n’en est plus un.

Il y a deux ans. Et depuis, mais même avant, chaque jour et pour toujours, mon enfant.