Perte d’odorat

Les enfants sont rentrés.

Tous leurs vêtements, pyjama compris, sentent très fort la lessive de là-bas.

Ça écrase toutes les autres odeurs.

Je suis toute perdue, qu’a-t-on fait à mes louveteaux ? Qu’est-ce que cette chose étrange qui fait que ce sont eux mais sans être eux jusqu’au bout du nez ?

17 avril. Aujourd’hui chaleur de

La petite tête de mon enfant grand qui est encore petit même s’il l’est moins que l’enfant petit, cette tête là tout contre moi, brièvement, parce qu’il ne faisait que passer, mais j’ai quand même demandé « on se fait un câlin ? » et il n’a rien dit mais il s’est collé à moi, comme ça, petit chat tout doux.

15 avril. Aujourd’hui je ne sais pas

Je ne suis pas sûre d’avoir les mots pour exprimer comment je me sens après quatre journées sans enfant du tout et sans homme de 8h à 19h. Seule. Chez moi. A faire exactement ce que je décide de faire comme et quand je le décide, à ne consulter personne et à être seule dans ma tête, sortir, aller, venir, et même oublier totalement par moment qu’elle heure il est. Ça dépasse le repos. C’est comme être recentrée, réalignée, je ne sais pas, je n’ai pas les mots. Mais bon sang ce que ça fait du bien.

Voilà

Aujourd’hui, je suis allé courir. Oh, pas grand chose, un quart d’heure en tout et même pas en une seule fois. Quand je pense qu’avant ma première grossesse, je courrais deux fois 45 minutes par semaine.

Mais j’ai couru.

Je n’avais pas exactement les bons vêtements. Je n’avais pas de lentilles pour me passer de mes lunettes. Je n’avais pas de musique. Je ne suis pas allé au bon endroit. Je crois que la seule chose qui allait, c’étaient mes chaussures.

Mais j’ai couru.

J’ai réussi à me dire que le mieux est l’ennemi du bien. Que courir un peu dans ces conditions là c’était mieux que rester à la maison. Et je l’ai fait.

Ça n’a pas l’air de grand chose. C’est une petite victoire.

Me rendre floue

Je n’ai pas de crush pour des personnes. Ce phénomène dont je lis parler sur ma TL essentiellement, que je comprends comme un coup de foudre qui provoque une forme d’obsession, plus ou moins durable, qui peut rester platonique, une fascination. Ça ne m’est pas arrivé depuis le cœur de mon adolescence – et encore.

Ça ne rentre pas dans ma relation… farouche ? pataude ? irrégulière ? à ce qui dans l’espèce humaine n’est pas moi. (Ou mes enfants, mais eux c’est parce qu’ils ont un très petit peu été moi pendant quelques mois).

Par contre, je crushe sur des personnages de fiction, ça m’arrive.

Et surtout, surtout, sur des chansons.

Je craque sur des paroles, une phrase, deux mots, sur un rythme, une ligne de basse, un timbre, parfois sur une syllabe entortillée dans une note, je tombe en amour et j’ai besoin d’écouter, encore et encore, de m’étourdir, de m’imbiber, de me dissoudre.

Ça dure quelques jours, quelques semaines. Puis ça passe. Mais jamais complètement.

Je n’ai pas de genre, même si c’est comme avec les grands bruns ombreux, il y a des morceaux qui ont plus de chances de me séduire que d’autres. Mais la plupart du temps, c’est un hasard de rencontre, les bonnes notes au moment où il me les fallait.

Et je vous avons que depuis quelques jours, je vous vois, je vous trouve un charme fou, et ça me rend floue…

Main d’œuvre

On est allé faire quelques courses. J’ai rempli mes sacs et rassemblé ma marmaille et on a pris le chemin du retour. « Et moi, je porte quoi ? » m’a demandé Peanuts. Je me suis délestée d’un sac. Puis Popcorn m’a fait signe. Lui, le sac, la tête, le sac « Moi moi ? » (Parce que Popcorn parle toujours en double de lui même). Je lui ai proposé un sac aussi, pensant qu’il allait se décourager très vite face au poids et à l’encombrement. Que nenni, fier comme un bar tabac, il a portait son sac vaillamment qui tapait à chaque pas dans ses petites jambes.

Ils étaient fierots mes loulous ! Au point de ses pavaner devant les canards.

Artiste

Hier, Popcorn a fabriqué des choses avec des fils de chenille. Des serpents, pour commencer. Puis des éclairs. Puis j’ai perdu le fil et quand je l’ai rattrapé, il me présentait un enchevêtrement compliqué composé de plusieurs couleurs en me déclarant « Regarde, Maman, j’ai maîtrisé le chaos ».

Cette phrase résonne encore.

Je crois que c’est parce que dans le fond, ça dit assez bien ce que je la sensation de faire de mes journée.

Maîtrise du chaos, Peanuts, six ans un tiers

Dans ma tête

Une journée…

Courir après les devoirs, maîtresse en panne, connexion en attente, bricoler pour patienter, un repas sur la plaque, la hôte qui ronfle, le plus-bébé qui grogne, leur père va savoir où

Se doucher, sors, la porte, non pas dans la baignoire, pose ça, sors d’ici, la porte bon sang, ne jouez pas là, arrêtez ça, non pas ici c’est mouillé, je peux me laver les cheveux sans compagnie ou non, la porte bordel

Recevoir les devoirs, prépare ton fichier de maths page 98, non Popcorn ne met pas ça dans ta bouche, oui c’est un 9 et un 8, tiens Popcorn je te donne ce livre rends moi le fichier de français de Peanuts en échange, oui c’est une addition mais attend la maîtresse a précisé les consignes, merde j’ai une élève qui a besoin que je précise l’exercice d’aujourd’hui, Popcorn non ce ne sont pas tes feutres, oui Peanuts il suffit de compter mais commence par les unités, Popcorn je t’en supplie reste dans la chambre, non je ne vais pas te mettre la télé, qu’est-ce qu’il est mignon quand il chante Baby shark quand même, donc dans 18+38 il y a combien d’unité, raaah le téléphone, et c’est quoi ce… bordel je me suis mal rincé les cheveux

Mais si j’écoute ce que tu lis mais je range la livraison de courses mon chat, tu es sûr que ça fait le son k ici ce c, c’est très bien tu lis vraiment de mieux en mieux, non ta grand-mère ramène Popcorn après le goûter, mais oui j’ai déjà dit que tu pourrais peindre après l’écriture mais il faut écrire tous les mots, non reine c’est pas le même ei que fraise, non c’est pas le même que volet non plus, des knackies avec des pâtes sauf si tu vas faire des courses vite fait, ben non parce que moi aussi j’ai du boulot même si ça saute pas aux yeux là dans l’immédiat, oui c’est le même que dans neige, purée je n’ai toujours pas répondu à mon élève, non chaton ça ne s’écrit pas naige…

Je te fais confiance tu n’en mets pas partout, alors c’est quoi le problème de R, ah j’ai déjà 8 retours de copies c’est pas mal pour ce groupe, oh mais il y a 6 élèves qui ont pris de l’avance sur les exos de la rentrée ça devient urgent que je leur écrive avant qu’ils partent dans la mauvaise direction, je sais que tu lui as dit ok pour le plateau télé ce soir mais le repas que j’avais prévu n’est livré que demain, alors les 6e 4 c’est la séance 9 ou l’évaluation que je leur ai prévu déjà, je vais trouver quoi faire à manger quand je m’en préoccuperai mais là je m’occupe de corriger les copies des 6e 1 en fait, tu ne peux vraiment pas te trouver une occupation tout seul tu es sûr, mais comment K a-t-il pu faire un tel contresens, tu peux faire un puzzle de la pâte à modeler une construction en lego ou en cube jouer avec ton garage avec les couleurs à clipper lire un livre et surtout me laisser travailler, oui je sais que j’ai rendez vous à 13h30 j’ai un œil sur l’heure mais il me reste 2 copies à renvoyer, attends mais il n’a même pas mis l’eau à chauffer en fait

À table. Manger. Garder un œil sur l’heure. Répondre aux 827 questions de Peanuts. Vérifier mes papiers, prévoir un livre il paraît qu’on attend.

Une heure comme à la fête foraine et pique, dans mon bras, le précieux, inimaginable, j’y crois à peine.

Oui mon cœur on va aller au parc, met tes chaussures je réponds à une collègue, non pas de lego au parc tu sais que ça se finit mal, oui j’ai envoyé un message pour qu’elle nous rejoigne avec Popcorn, je sais pas prend tes craies par exemple, elle n’a pas encore répondu, tu choisis des gâteaux pour le goûter ou je prends moi dans le placard, c’est bon ils nous rejoignent, ta pelle oui si tu veux, rends moi ce chapeau j’en ai besoin, vive les copains éphémères du parc de quartier

Viens là que je t’enlève tes chaussures, viens là que je te lave, viens là que je t’aide à manger, viens là que je te couche, et non je n’ai pas racheté de chips parce que personne ne m’a dit qu’il ne restait plus de chips bordel, oui on va faire le plateau télé, oh non il s’est relevé, vivement l’heure de se coucher…