A table

C’est compliqué avec l.enfant petit en ce moment. Il approche des deux ans et on le sent bien. On fait avec, on sait que ca ne fait que commencer. Mais on a un vrai probleme autour des repas.

Il a faim. A intevalles reguliers qui correspondent à des horairs de repas traditionnels. Jusque là, on s’en sort bien. Mais il rejette d’office chaque repas. J’ai varié les contenus les formes, les présentations, il n’y a quasi rien qui trouve grâce à ses yeux au moment de passer à table. Le repas commence quasi systématiquement par des non et des pleurs. Parce que ce qu’il demande alors, ce sont des gâteaux. Qu’il accepterait eventuellement de remplacer par du chocolat, va.

Parfois, aprss moulte cris, descentes de chaise, retour sur la chaise, pleurs et autres manifestations de frustration extrême, il finit par goûter ce qu’on lui a proposé et même par le manger. Mais c’est rare. Le plus souvent, on finit par tomber d’accord sur une banane et un yaourt aux fruits (chimiques), ou une compote, du pain… Mais meme une fois qu’on en est là, rien ne se fait simplement.

On l’a mis a table avec nous, sans nous, uniquemetn avec son frère, on a fait des choses qu’il pouvait manger seule, propose des assiettes avec plein de choses à piocher, on est revenu au fromat mange seule avec un parent une puree en pot, on a varié, mais rien y fait. La grande majorité des repas sont tendus et ponctués de hurlements.

On a essayé de donner un gâteau et voir s’il mangeait autre chose ensuite. Evidemment, non.

Et non, je n’arrive pas à me dire qu’il peut ne mange que des gâteaux (sachant que c’est déjà au menu du petit dej et du goûter).

Et le plus dur, je crois, c’est qu.un menu qui va lui plaire un repas peut tres bien ne pas fonctionner du tout à un autre moment. Il peut devorer jn steak de soja, du taboulé, des petits pois carottes, de la saucisse (après avoir rouspété mais bon) et la fois suivante, ne pas y toucher. Du coup, je n’ai rien sur quoi me reposer pour me dire « ok, ce soir, on la joue cool ». Sauf a lui ouvrir une boire de doonuts Saint Michel…

C’est très pesant pour nous tous et je n’arrive pas a trouver comment nous sortir de cet engrenage. Je comptais un peu sur le temps qui passe, qui est souvent une solution avec les petits mais là, ça fait plus de deux mois que ça dure.

Et pendant ce temps, à la crèche, il mange sans histoire la plupart des trucs. Bon, pas les clémentines, le pamplemousse et le chou rouge en salade mais ça, personne ne lui en voudra.

Je me sens dna sune impasse.

Citation

« Il balaya la cours d’école d’un grand geste de la main.

– Où, dans quel autre endroit de France, peut-on trouver pareil rassemblement de gens différents ? Des pauvres et des riches, de toutes les couleurs, de tant de pays, aux histoires si différentes, qui croient en Dieu, en Jehovah, en Allah, ou qui ne croient en rien, comme le mécréant qui vous parle ? Ils jouent ensemble, ils apprennent au coude à coude et ils fraternisent. Y a-t-il un autre endroit où Églantine de Saint-André aurait quelques chance de rencontrer Toussaint Baoulé et de l’aimer ?

La cloche sonna, coupant court au lyrisme de monsieur de directeur. Il se leva.

– Je dois tout à l’école, dit-il brusquement. Et j’espère que l’école me devra un peu quelque chose.

Ce fut comme une grande secousse pour Cécile. Elle avait la vocation depuis le CE2, mais George venait d’y mettre des mots. »

MURAIL, Marie-Aude. Vive la République. Pocket jeunesse, 2019. p. 145

Attente

On nous balade, nous promène, nous fait courir. Sa Majesté parlera, parlera pas, parlera peut-être. Le confinement sera, ne sera pas, sera serré. Les écoles seront ouvertes, fermées, les deux et ni l’un ni l’autre. Les masques sont inutiles, indispensables, ça dépend (ça dépasse). Le vaccin nous sauvera, est insuffisant, fonctionne uniquement en 5G. Et nous ? Et bien nous, on attend, on est lasse, on est exaspéré…

Point info voix

Bon, c’était pas ça, le contrat. L’idée c’était que je me repose deux jours, accepte de lâcher le boulot, de perdre une journée de salaire en carence, ne sollicite pas ma voix, pêche quelques poissons sur Animal Crossing tout en gardant un œil sur Pronote et paf, ça allait mieux. Pas qu’au soir du deuxième jour de repos, malgré une voix trouvée (qui n’est pas encore la mienne) je me sente environ aussi fatiguée que vendredi dernier. A la veille d’un mercredi solo avec les enfants. Alors que ce soir j’ai recommencé à chuchoter. Il faudrait que je prolonge mon arrêt, reporte d’autres séances, continue de prendre du retard dans le travail de gestion. C’est pas du jeu ! Je sais pas faire ça bien, moi, me reposer, prendre soin de moi. Et j’ai pas envie d’apprendre, na.

Habitudes

Aujourd’hui, j’étais arrêtée et Celuiquim’accompagne était en télétravail.

Autant il a l’habitude de ma voir travailler à la maison, autant la réciproque n’est pas. Même pendant le confinement, il continuait de travailler essentiellement sur site, je l’ai assez peu vu à sa table.

Je m’attendais plus ou moins à ne pas trop le voir de la journée, en dehors du repas, et j’étais décidée à déserter la cuisine qui devient, ces jours-là, son bureau. Ordinateur portable sur la table, smartphone pro à main droite, perso à main gauche, dossiers empilés et machine à café au bout du plan de travail.

Finalement, j’ai replongé plus de 15 ans en arrière quand, tout jeune couple, on allait réviser nos concours respectifs à la BU avec ses potes de fac.

On n’a pas renouvelé l’expérience si souvent. La première fois, je me souviens, elle a d’ailleurs été avortée. On n’a pas mis les pieds dans la bibliothèque, les potes en question abandonnant l’affaire au profit d’une tournée dans un bar du coin, Celuiquim’accompagne les suivant, moi rentrant reviser seule à ma cité U, pas très à l’aise sur un campus qui n’était pas le mien. La fois suivante, on est resté une paire d’heure. La première pause clopes et cafés est intervenue après un quart d’heure de travail, durant environ autant. La suivante, idem. Je ne les ai pas suivis à la troisième, ni à la quatrième.

Moi, dans ma manière de travailler, les pauses, c’était plutôt après une heure trente à deux heures de taf, pour dix minutes, et avant de repartir pour tout autant.

Les quelques fois suivantes (deux seulement si ma mémoire est bonne), je n’ai pris qu’une pause sur deux puis sur trois avec eux. Et les fois d’après, ils ne m’ont plus proposé de venir, et je ne m’en suis pas plains.

Cette année là, je n’ai pas eu mon concours.

Eux non plus.

Comme quoi.

Aujourd’hui, j’ai retrouvé chez Celuiquim’accompagne quelque chose de ces séances de révisions. J’ai vieilli un bon coup en me rappelant que ces séances en bibliothèque, c’était en 2005-2006, purée, c’était carrément une autre vie. J’ai aussi compris pourquoi il ne peut pas comprendre comment j’ai souffert à travailler comme j’ai eu à le faire pendant le confinement.

Souvent, je pense à me reconvertir. J’aime mon métier, énormément, et je crois que je l’exerce plutôt bien, mais les conditions dans lesquelles on nous demande de l’exercer font qu’on y pense toustes, je crois. Bref, quand je pense a me reconvertir, il y a des moments où j’imagine des projets à deux.

Je vais garder en tête cette journée et nos fins d’études pour le rappeler à quel point c’est une mauvaise idée !

Mute mum

J’arrive presque au bout de deux journées et demi sans voix mais avec enfants. Et cette situation me parle énormément de ma parentalité.

Je parle beaucoup à mes enfants. Je suis bavarde, parler m’est confortable, me rassure. Avec mes enfants, je mets des mots partout, forcément, par contre, je parle le plus souvent posément. Moi qui ai un débit à chanter la Valse à mille temps sans fourcher, je le pose avec ma marmaille.

Ma voix me sert à attirer leur attention, à leur répondre, à discuter, à donner des consignes, à rassurer, à consoler, à gronder, à passer des annonces. Je leur parle d’une pièce à l’autre, les interpelle à travers le parc pour leur faire des signes, ma voix est un lien à travers l’air.

Depuis vendredi, je me rends compte que j’utilise aussi énormément le contact pour fixer leur attention. Un main dans les cheveux, sur la joue, une caresse dans le dos, sur le bras, un index sur l’épaule, sur le bout du nez. Parce que naturellement, j’ai glissé là dessus pour palier la défaillance de ma voix. Peanuts se lasse, ça lui fait un peu trop, je limite et remplace par des claquements de doigts. Popcorn, à l’inverse, s’en goinfre et en redemande. Il vient chercher mes mains, mes bras. Comme s’il avait accepté ce changement de mode de communication. De toutes façons, lui, des mots, il lui en manque quand même beaucoup (même s’il dit « crodi » (ils sont partis n’en parlons plus) depuis hier et « l’est là » et « ‘a y est » depuis le milieu de semaine), alors tous les moyens sont bons pour se faire comprendre. Et visiblement, si on peut avoir un câlin au passage, c’est assez satisfaisant.

Je sais qu’au quotidien, je me répète beaucoup. Notamment pour me faire obéir. Forcément, condamnée à chuchoter, à lutter contre le bruit ambiant pour me faire comprendre, j’économise la quantité et m’assure de me faire entendre dès la première fois. Je n’irais pas dire que ça marche aussi bien mais finalement, ça fonctionne pas si mal. J’ai sans doute une leçon à retenir ici. Même si je sais que Peanuts joue le jeu parce qu’il a compris que la situation est particulière et que ça ne tiendrait pas sur le long terme.

Finalement, ce qui manque le plus, c’est de ne rien pouvoir leur chanter. Les comptines apaisent beaucoup Popcorn et lancer youtube dans ma poche n’est pas aussi satisfaisant. Chanter en écho à la radio, chanter parce qu’un mot, une phrase m’a fait penser à un texte, chanter pour taquiner. Il va falloir attendre quelques jours encore…

Je vais me refaire un thé avec beaucoup de miel.

Chuuuut

Ma voix a démissionné. Déjà hier après-midi. Et je le sentais venir depuis mardi.

C’est mon aphonie annuelle.

Elle a eu le bon goût d’attendre le week-end. J’ai été chez le médecin. Sans doute aurais-je un filet suffisamment solide pour reprendre lundi grâce à la bénie-soit-elle cortisone. En attendant, je chuchote à mes enfants et prends différemment conscience du bruit de mon quotidien. D’ordinaire, je l’affronte. Aujourd’hui, il me fait taire.

Ces quelques jours par an de chuchotis sont à la fois une contrainte (de plus) bien pénible et une forme de repos. Je suis une très grande bavarde, je parle, parle, parle, même quand je m’écoute parler en me disant « Mais qu’est-ce que tu fais ? Tais toi ! » Ces quelques jours où je ne peux pas, c’est un peu comme prendre des vacances de moi-même. Ce n’est pas angoissant parce que comme toutes vacances, je sais que ça va se terminer. C’est aussi assez agréable que les gens soient réellement attentifs, dressent l’oreille. Je n’en abuse pas, je vais à l’essentiel.

Ce week-end devra être fait d’oreilles tendues, d’où est la télécommande que je puisse baisser le son pour en placer une, de douleur à la déglutition, et de boisson chaude au gingembre et au miel. Et puis on verra bien.

Connard de virus

Je me sens oppressée par le contexte sanitaire. On en est toustes là, hein, et je le sais bien. Il me semble qu’on a toustes des hauts et des bas, des élans d’optimismes, des vagues de sinistose. Et je suis dans un sinistre bas pessimiste. A titre personnel, local, national, mondial… Je suis habitée de cette sensation que rien ne va, que rien n’ira à court terme, pas grand chose à moyen terme.

Je me sens oppressée et je le traine jusque dans mes sommeils. Je fais des rêves pesant dont je sors épuisée pour affronter des journées déjà pleine de tant de choses et encombrées de la cave au grenier de mesures sanitaires, gestes barrieres, recommandation, différence d’appréciation des situations…

Je m’aigris et deviens méchante vis a vis de tous ces gens qui… laissent leurs nez à l’air, se réjouissent d’exploiter les failles des mesures sanitaires, qui participent à des cours de sport en salles collectifs et clandestins, partagent des astuces pour trouer leurs masques en toute discrétion, vont crier partout que se laver les mains ne serre à rien, cherchent à contourner systématiquement les contraintes, non exhaustif et en vrac.

Le confinement est sur toutes les lèvres. Tout en moi hurle de douleur et d’horreur à l’idée de revivre le printemps dernier. Mais je ne peux pas me voiler la face, les chiffres sont de nouveau complètement fous. Et l’idée de me retrancher chez nous, ne plus me réunir, fréquenter pas loin de 200 personnes chaque jour, a tout de même quelque chose de rassurant.

Au début du premier confinement, je me voilais la face sur l’épidémie. J’ai été prise par surprise sur la fermeture des établissements scolaires, je n’ai pas vu venir l’enfermement. Je ne voulais pas voir parce que j’étais, à l’inverse, d’une grande lucidité sur ce que serait la vie confinée. Je crois qu’à la probable veille d’un nouveau confinement, je refuse de voir dans quel état de détresse me mettrait un nouveau confinement et focalise sur les risques de tomber malade, de transmettre.

Je me sens acculée. Et je ne trouve pas comment m’apaiser.