Nuit masquée

J’ai fait un cauchemar cette nuit. Pas un de ceux dont on se réveille en sursaut, ça, je n’en ai pas eu depuis des années. Non, c’était un de ces rêves qui tournent lentement, le malaise s’installant, grossissant, s’étoffant. De ceux dont une part de nous demande à sortir mais dont on n’arrive pas forcément à se réveiller.

Ça se passait dans un musée. Le début de la visite m’intéressait beaucoup. Il était tôt, j’étais parmi les premiers visiteurs. Je prenais beaucoup de photos. J’avais un petit accrochage avec une visiteuse à propos de ça. Mais ça se résolvait, je changeait de salle.

Puis le musée se remplissait. Et les gens portaient de moins en moins bien leurs masques… Parce que oui, on était masqués. Mais la foule grossissait, les nez, les visages entiers… Par endroit, des installations s’animaient pour les visiteurs. Les gens se regroupaient autour, se serraient pour voir…

Je décidais de quitter les lieux, mal à l’aise. Une personne que je connaissais essayait de me retenir. « Ça va, le risque n’est pas si grand ». Insistait. Voulait que j’essaie telle ou telle installation. Refusait de me laisser partir avant que j’ai vu telle ou telle salle. Je la suivais à contre-cœur, essayant de lui faire prendre conscience des risques. Mon masque glissait de mon visage. Je le remontais à plusieurs reprises en m’inquiétant parce que je ne pouvais pas me laver les mains. Par moment, je me retrouvais visage nu sans comprendre comment.

Alors que je pensais réussir à quitter les lieux, je tombais sur mon père qui tenait à ce qu’on aille boire un café au bar du musée. Plein à craquer. Ma mère nous rejoignait et comme il n’y avait pas de place, elle venait s’assoir sur le même pouf que moi, quasiment sur mes genoux. Alors que je gardais mon masque, elle parlait à quelques centimètres de mon visage. On s’engueulait. « Mais je ne suis pas malade ».

J’ai mis plusieurs heures au réveil à me débarrasser de la sensation d’oppression de ce cauchemar. C’était physique, je l’ai porté dans la poitrine jusqu’en milieu de matinée.

Il n’y a pas grand chose à analyser là-dedans. Le message est plus que lisible. Je suis juste étonnée que ça me prenne maintenant, je ne pensais pas être dans un des moments où tout ça m’atteint le plus.

J’aimerais tout de même pouvoir dormir « sans » mon masque, grmrlrlmblbl !

Non anniversaire

Hier, c’était l’anniversaire de ma Mamie.

Qui est décédée à l’automne 2008.

Ma Mamie. Mon deuil impossible.

Je l’ai enterrée et pourtant, je n’ai jamais complètement enregistré sa mort. J’ai revécu son décès mille et une fois, « oh, tiens, si j’appelais Mamie », « cette carte plaira trop à Mamie », « il faudra que je pense à demander à Mamie… » puis… « ah mais… non… » Ça n’a jamais cesse de poignarder. Toujours aussi fort.

De toute façon, ça n’a jamais eu de sens. Ce cercueil minuscule, il est impensable qu’elle ait tenu toute entière dedans. Je l’ai enterrée sans croire une seconde qu’elle ait pu être là. Ça ne fonctionnait pas. Et je n’ai jamais pu réconcilier cette image, ce cercueil, avec ma grand-mère. Elle etait bien trop pour tenir dans cette boite.

Ne pas pouvoir lui présenter mes enfants… Ne même pas pouvoir lui avoir dit qu’ils étaient nés… Ne pas pouvoir lui raconter combien ils sont épatants… Je crois que c’est ce qui me pèse le plus.

Ce n’était pas une mamie gâteau. Ni une mie câline. Elle avait une forme de rudesse et sur la fin de sa vie, elle a su être imbuvable avec nous. Mais mon horizon n’est plus le même depuis qu’elle n’est plus là. On avait un lien que je n’ai jamais construit avec personne d’autre et que je ne construirai jamais. De ses liens qui sont attachés dans le nous même enfant qu’on porte encore.

Je crois que la mort de ma grand mère, ça a aussi été celle d’être une enfant. J’étais sa petite princesse, à 2, 12 ou 22 ans. Je le serais toujours…

Je suis devenu épileptique quelques semaines après son décès. Je suis convaincue qu’il y a un lien. C’était une année compliquée, celle de ma prise de poste en tant que titulaire, d’un sentiment d’incompétence monumental, de l’installation d’une vie à deux qui n’était enfin plus menacée par une mutation mais dont je ne pouvais, en même temps, plus m’échapper (même si je n’en avais pas envie). Et Mamie qui a abandonné.

Je n’ai pas explosé en vol. Mais il faut croire que j’en tremble encore.

Petit pouce

Pendant ces deux années de crèche, Peanuts ne « m’accueillait » pas quand je venais le chercher le soir. Il manifestait qu’il m’avait vue, assez souvent, il me souriait. Mais il poursuivait son activité, parfois se carapatait en démarrer une autre. Lors de sa deuxième année, c’était devenu une source de blagues récurrentes avec les auxiliaires. Des parents arrivaient, repartaient avec leurs enfants et moi, j’étais là à essayer de convaincre mon petit bonhomme de rentrer.

Popcorn, lui, est toujours content de me voir. Il m’accueille avec de grand « Maman ! » et vient chercher un contact. Un câlin, les bras, une caresse. Ce soir, un autre enfant a osé s’approcher de moi en faisant mine de me faire un câlin et il a rencontré une épaule de Popcorn bien décidé à récupérer sa mère à lui sans interférence.

Pourtant, quand j’ai l’occasion de l’observer avant qu’il me voit, il s’amuse. J’aime l’apercevoir rire avec les autres, se passionner pour l’imagier que présente son auxiliaire, taper dans un ballon avec concentration ou jouer à se jeter dans la petite piscine à balles. Et j’aime quand tout à coup, il lève la tête, me voit et me sourit largement, « Maman ! » Masque oblige, pas de bisous à ce moment-là. Mais toujours la tendresse. Après, on rentre dans le fais pas ci fais pas ça vient ici que je t’enlève tes chaussures ôte toi de là mais dans quel casier tu as pris cette tétine ?

Avec Peanuts, on avait le temps de trainer, on ne faisait rien de particulier après la crèche, je n’étais pas garée en double file, c’était juste lui et moi. Avec Popcorn, j’ai un oeil sur l’heure, il faut qu’on file à l’école chercher son frère. Sans doute le sait-il, comme Peanuts savait.

En attendant, j’aime comment mon enfant petit a su créer ce moment de doux dans la course de nos fin de journée.

En équilibre

Plus ça va, plus je sors surprise des mercredis qui fonctionnent. Il y a tellement de moment où la journée peut basculer, tellement d’occasions pour qu’un mot, une attitude, un réflexe pourrisse les deux heures qui suivent.

Aujourd’hui, Peanuts a déclaré au moins 5 fois que c’était la pire journée de sa vie.

Il a commencé vers 9h55.

Je lui ai répondu que c’était un peu tôt pour déclarer une journée entière irrémédiablement perdue.

En fait, c’est sa nouvelle réponse à la contrariété et la frustration. (Moins démonstrative que celle de l’enfant petit qui a adopté le hurlement et le jet d’objet en direction de son interlocuteur ces derniers temps). Il a aussi été très content de regarder le Cinquième éléments, de manger des saucisses, de me parler pendant que je faisais mon yoga (notamment pour commenter comme la jeune femme de la vidéo réussit mieux les postures que moi), de jouer avec son frère, de manger un pain au chocolat, d’inventer un robot en lego, de manger des crêpes, de jouer au nouveau jeu de société offert par une amie…

Bref, c’était pas si pire, finalement.

Je sors une fois de plus épuisée de cette journée. Je ne sais pas s’ils se rendront compte un jour de ce que me coûte ces mercredis. Peut-être un jour, à l’aune de leurs souvenirs. Quand ils seront eux-mêmes parents. Peut-être jamais. J’espère surtout qu’ils s’en construisent, des souvenirs de ces journées, sur lesquels ils auront plaisir à revenir quand ils seront adultes.

Charmante petite famille

Le matin de travail, Buddy (mon vélo) et moi, on remonte le bord de mer. On l’atteint à mi chemin du trajet, pour les deux tiers de ce qu’il reste à parcourir.

À cette saison, c’est l’heure du levé de soleil, et les teintes sont souvent épatantes (et ne rendent pas grand chose en photos), mais le froid pique bien.

Quasiment tous les matins, on croise une famille. Un coupléme de parent et leur deux filles, qui rejoignent bien souvent un homme un peu plus âgé qui me semble bien être le grand-père des enfants.

Face à la mer, ils font leur gym.

La plus jeune des filles n’est pas encore très bien coordonnée dans ses mouvements et elle se laisse disperser. Elle regarde les gens qui passent, les voitures, les mouettes, les joggers. La plus grande est très appliquée. Le père a une expression imperturbable. La mère tourne en général le dos à la mer. Le grand-père arrive un peu plus tôt et fait ses exercices à quelques pas d’écart.

Ils ne se parlent pas ou peu. Mais ils sont vraiment ensemble.

Certains matins, je les vois arriver. Les filles trotinnent jusqu’au grand-père pour une étreinte rapide mais pleine de tendresse de toutes parts. Puis hop, ils se mettent en place.

Je ne sais pas bien combien de temps dur ce petit sport. Je ne les vois jamais repartir. Mais je me suis rendu compte que je les guette, ils sont devenus un de mes repères de la route. Il y a là dedans un petit côté Truman Show qui me fait sourire.

Je me demande si eux m’ont remarquée. S’ils ont repéré Buddy. Peut-être que pendant leurs squats, l’un ou l’autre se dit « tiens, elle passe tard aujourd’hui » ou « Ah, la voilà ». Peut-être voient-ils courir devant moi le lapin blanc.

Questionnement

Je me rends compte que mes parents m’ont élevée d’une telle manière que j’étais une enfant qui plaîsait aux adultes, par sa conversation, ses références, ses prétentions. Ça fonctionnait. En revanche, je manquais des codes pour fonctionner avec les autres enfants, j’étais maladroite dans mes relations, prétentieuse, exigeante, je n’avais pas les références qu’il fallait, les vêtements qu’il fallait, les goûts qu’il fallait.

La faute à mes parents mais pas que. La faute à plusieurs de leurs choix de vie, indirectement. La faute à moi, aussi. La faute aux autres adultes, parce qu’il n’y a pas que les parents qui « font » l’enfant une fois qu’il est né.

Une fois cela posé, je m’interroge. Comment je fais, moi, en tant que maman, pour aider mes mômes à ne pas être de ces enfants qui plaisent aux adultes mais ne savent pas y faire avec les autres enfants ? Parce que j’ai un peu peur que ce soit le chemin que prend l’enfant grand.

Monde de fou

Aujourd’hui, samedi 9 janvier, les cours de sport de l’enfant grand reprenaient. On a donc dû organiser notre journée en prenant cela en compte, avec cet horaire qui coupe en deux l’après-midi.

Sans trop chercher, on a repris les rythmes des samedis d’avant le deuxième confinement. Les lessives en matinée, le repas un peu tôt, sortir faire deux petites courses dans le quartier quand les enfants s’excitent trop à l’intérieur. Puis les siestes et temps calmes un œil sur l’horloge, habiller l’enfant grand de sa tenue, filer au cours, y revenir une heure après, on ne peut plus y assister.

Ce n’est pas grand chose, trois fois rien ou à peine plus. Mais ça nous a fait du bien à tous les quatre, ce retour à quelque chose d’un peu normal.

Et encore, qu’on ne puisse pas aller prendre un goûter assis quelque part après ce cours, et qu’on doive garder l’heure en tête pour ne pas rater le début du couvre-feu nous maintenait dans cette réalité épidémique.

Un samedi pour se rendre compte à quoi ça tient. Que même si on ne s’y rend pas, voir les terrasses se remplir à nouveau, nous en avons besoin. Entendre les collègues discuter de la pièce de théâtre vue la veille, ou prendre rendez-vous pour aller voir un film ensemble. On a besoin que les possibilités existent. Et que ce soit naturel.

Souvent, je me dis que mon mode de vie m’épargne beaucoup. Beaucoup des pratiques interdites ne font pas partie de mon quotidien, ni même de mon exceptionnel. Et pourtant… J’essaie d’imaginer comme c’est dur pour d’autres. Je suppose que je ne peux qu’essayer. Dans tous les cas, personnes n’est épargnés…

Et on a beau s’habituer, je trouve toujours ça aussi dingue.

Extrait

« – Tu sais, a continué Tom, ce truc de mettre les gens dans des cases, les hommes sont comme ci, les femmes sont comme ça, c’est justement ce qui nous pourrit la vie. Mon père avait ce genres d’idées. Un homme ça doit être fort, courageux, dur. Une femme ça doit être belle, douce, et s’occuper des gamins.Mais tout ça, c’est n’importe quoi.C’est une manière de nous enfermer, les femmes comme les hommes, dans des cases. De toutes petites cases.

– On ne peut pas vivre dans des cases.

– Moi, je ne pourrais même pas y rentrer a dit Tom en posant une main sur son ventre.

– Tu as raison, nous on est fait pour les ronds !

Puis, redevenant sérieux, Tom a ajouté :

– Je suis d’accord avec Fatia, les femmes sont les premières victimes de la violence des hommes. Je peux aussi te dire que certains garçon souffrent s’ils ne rentrent pas dans les bonnes cases. »

SERVANT, Stéphane. Félines. Rouergue, « Epik », 2019. pp 249-250

Couverture du livre représentant une créature mi humaine mi féline avec un capuche

Fiction*

*Toute ressemblance avec des personnages ou des événements existants ou ayant existé, dans ce corps de métier ou un autre, ne serait pas forcément une coïncidence fortuite.

– Allo ?

– Allo, je vous appelle à propos de mon fils.

– Bonjour.

– Oui c’est ça, « bonjour ». Il a rapporté un produit à 3€ à la maison ! Comment avez-vous pu lui vendre ce produit ?

– Pouvez-vous déjà me donner le nom de votre fils et préciser dans quel magasin il s’est rendu ?

– Quoi, vous avez bien mon nom qui s’affiche quand j’appelle !

– En effet, mais vous ne portez pas le même nom de famille que votre fils.

– C’est Djézone !

– Djézone comment ?

– Vous ne connaissez pas tous vos clients ?

– J’ai 8 magasins et plusieurs Djézone dans ces différents magasins. Mais j’ai épluché mon fichier client pendant que vous me parliez et je viens de retrouver de quel Djézone il s’agit. En effet, il a acheté un produit à 3€ mardi. Quel est le problème ?

– Il a fait de gros efforts pour préparer cet achat, il mérite plus qu’un produit à 3 euros !

– Il s’est présenté au magasin sans avoir les moyens d’acheter un produit de meilleure qualité.

– Et son estime de lui-même ? Vous pensez à son estime de lui-même ? Se retrouver avec un produit à 3€ alors qu’il a préparé cette achat pendant des heures ? Vous l’humiliez ! Changez le produit.

– Ecoutez, Madame, je ne sais pas combien de temps y a consacré ni comment Djézone a préparé cet achat mais il s’est présenté avec 2€. On a trouvé 72 centimes en petite monnaie en cherchant bien au fond de ses poches. J’ai arrondi à 3 euros. Je ne peux pas faire davantage.

– C’est votre faute s’il n’était pas prêt ! C’est votre responsabilité !

– Djézone a assisté à la démonstration offerte à tous les clients. J’ai présenté l’ensemble de la gamme, donné les explications, j’ai distribué une plaquette de présentation et répondu à toutes les questions des clients. On a même fait un petit jeu pour aider les clients à bien comprendre les informations. Activité pendant laquelle Djézone s’est montré très dissipé, d’ailleurs. On a noté ensemble les informations nécessaires pour l’achat du haut de gamme et je l’ai publié sur le site Internet du magasin. Je suis joignable, comme vous le constatez, y compris en dehors des heures d’ouverture du magasin. Je pense que Djézone avait les clés en main pour se préparer au mieux.

– Changez le produit !

– Je ne peux pas changer le produit. Les prix sont fixés à l’avance et annoncés aux clients. Toute vente est définitive, c’est bien dit. Puis ce serait injuste envers le reste de ma clientèle.

– Djézone n’a pas compris votre démonstration. D’abord, votre magasin est très mal organisé. Et votre démonstration ne vaut rien.

– Vous n’y avez pas participé !

– Non mais Djézone m’a raconté ! Et j’ai vu les photos qu’il a prise avec son téléphone !

– Avez-vous regardé les photos de notre site Internet, réalisées par un professionnel ? Avez-vous pris connaissance de la documentation que je mets à disposition de tous et toutes en ligne ?

– Non, mais mon fils me dit tout.

– Peut-être que que le récit de votre fils n’est pas pleinement fidèle à la réalité.

– Mon fils ne ment pas ! Jamais ! Changez le produit.

– Vous savez, c’est un adolescent, il est envisageable qu’il ait arrangé la vérité à son avantage.

– Jamais ! Il ne me ment pas ! Surtout pas à sa mère ! Il n’a aucune raison de me mentir ! Vous, par contre, je vois bien que vous chercher à m’embobiner. Je vais contacter votre supérieur hiérarchique.

– Il n’est pas indispensable de contacter le directeur du magasin, Madame, il n’est pas au fait de ce qui se passe au sein de chaque espace de vente.

– Oh mais je ne compte pas contacter le directeur ! Je parle de la propriétaire de la chaîne de magasin. Ou peut-être même la Chambre de Commerce et d’Industrie !

– Madame, il n’est pas nécessaire d’en arriver là.

– Je vais vous faire renvoyer ! Vous allez voir ! Changez le produit !

– Madame, vous énerver ne changera rien au fait que Djezone s’est présenté au magasin avec 2,72€ sur lui alors qu’il savait que les produits hauts de gamme coûte 20€. Les tarifs sont les mêmes depuis qu’il est client dans des magasins.

– Alors proposez lui une autre vente, d’un autre produit. Il mélangera les deux et obtiendra un produit de milieu de gamme.

– D’autres ventes sont prévues dans les semaines à venir.

– J’exige une vente personnalisée et immédiate !

– Ecoutez, j’entends votre inquiétude concernant les produits utilisés par votre fils et les conséquences que leur usage pourrait avoir sur son bien-être actuel et futur. Je veux bien organiser cela, bien que ça ne puisse se faire qu’en dehors de mes horaires habituels de travail, en temps supplémentaire qui ne me sera pas rémunéré.

– Oh ça va, le client est roi, vous êtes là pour qu’il soit satisfait !

– Je ne vais pas rentrer dans ce débat avec vous. Djézone peut venir mardi prochain après la fermeture pour une nouvelle vente concernant la même démonstration. Il faut qu’il vienne avec l’argent sur lui.

– Le mardi, ça ne m’arrange pas. Il viendra jeudi.

– Madame, c’est mardi ou rien. Les autres jours, je ne peux pas.

– Comment ça ? Vous savez que j’enregistre toute cette conversation ? Je vais de ce pas envoyer le fichier à la Chambre !

– Et vous, vous savez qu’enregistrer une personne à l’insu de son plein gré est une pratique douteuse en matière de légalité ?

– Changez le produit !

– Je ne changerai pas le produit, Madame, Djézone en a eu pour son argent.

– Je contacte votre hiérarchie ! Changez le produit !

– Ecoutez, Djézone assiste à une nouvelle présentation vendredi et une nouvelle vente lundi. Vous aurez tout le week-end pour vous assurer qu’il arrive à la vente avec le montant nécessaire pour acquérir un produit d’une gamme satisfaisante. Vous trouverez toutes les informations nécessaires sur le site Internet du magasin.

– Je n’ai plus l’accès à mon compte personnel. Je ne m’y suis jamais connecter. A quoi bon ? Et j’ai mieux à faire que revoir vos présentations. J’ai du travail, moi !

– Et bien je vais faire en sorte que le responsable des accès sécurisés vous communique au plus vite vos identifiants personnels. Et dans tous les cas, Djézone aura la plaquette de présentation avec lui. Et il aura assisté à une présentation complète. Il pourra poser toutes les questions qui lui viendront. Et je suis convaincue que vous trouverez comment consacrer le temps nécessaire au bien-être et à l’estime de votre fils.

– Mais vos présentations l’ennuient ! Vous faites de mauvaises présentations ! Je contacte la Chambre. Il y a intérêt à ce que le prochain produit soit de meilleure qualité que la merde que vous lui avez vendue cette fois-ci !

– Madame, tout dépendra de la monnaie qu’apportera Djézone. Je vous souhaite une bonne journée.

– C’est ça, c’est ça. Je vais écrire à la Chambre des commerces et de l’industrie ! Vous ne ferez pas l’étonnée !

– Merci de m’en avoir informée. J’ai une présentation de produit à réaliser. Je vais raccrocher. Bonne journée Madame.

– Vous ne prenez même pas le temps pour les parents de vos clients, c’est inadmissible ! J’écris au ministre de l’Économie !

-Bien le bonjour à Madame la ministre alors. Et un dernier conseil : un adolescent qui ne ment strictement jamais, c’est inquiétant. Vous devriez peut-être emmener votre fils rencontrer un ou une professionnel.le. Bonne journée.