Fin d’été

La météo dit que nous vivons notre dernier jour d’été. On va rentré brutalement dans l’automne à coup de litres de pluie orageuse, d’alertes oranges et sans doute d’inondations. Alors qu’aujourd’hui encore, jambes et bras nus, nous sortions sans même emporter d' »au cas ou ».

Les annonces d’épisodes météo de ce genre me rappelle toujours le mois qui a précédé la naissance de Peanuts, où j’allais à la maternité faire mes visites de contrôle sous une pluie battante, la route liquide sous mes roues. A sa naissance, on s’est pris quelques gouttes sur le parking. Je crois qu’il a plu pendant qu’il travaillait à naître. On ne pouvait rien savoir, les salles de naissance n’ont pas de fenêtres.

J’appréhende ce retour de l’humidité, de la pluie, du froid même s’il est relatif. Je sais combien ça joue sur mon humeur et comme tout ce que j’ai mis en place ces dernières semaines peut s’effondrer par démotivation totale.

Je décide d’être optimiste et de partir du principe qu’à l’inverse, c’est tout ce que j’ai mis en place ces dernières semaines qui va permettre à mon humeur de se maintenir.

On y croit.

En ce moment…

Je me suis donné quatre ans. Le changement de dizaine. Je « travaille » dans la longueur.

Perdre du poids.

Muscler mes bras, mes abdos.

M’assouplir.

Je ne me laisse pas le choix : il n’y a pas de « si j’y arrive ». Je vais y arriver. En prenant le temps, en trouvant les clés. Je me donne le droit de ne pas y arriver tout le temps, d’y aller très lentement, de ne pas avoir tout le temps envie.

Ce n’est pas un défi sur des chiffres, un objectif à atteindre sur quelques semaines. Non, c’est changer profondément des habitudes pour en installer de nouvelles.

Changer.

De retour

La fatigue recommence à s’installer. Lentement. Il continue de faire beau, l’année est encore neuve, alors la lutte ne prend pas encore toutes mes forces. J’en ai profité pour suspendre une semaine là pilule que je prends en continue. Avoir un corps qui saigne, c’est aussi ça, devoir composer avec cette état là. Je me sens lourde, du coup, lentement. Mais il faut le faire de temps en temps qu’a dit ma sage femme.

Il fait nuit. Elle descend d’automne, un peu tôt mais pas trop. L’appartement est éclairé par la rue. Les mecs dorment tous les trois. Je suis fatiguée mais pas au point de ne pas être tentée de profiter de ce silence là.

La lutte par le dénie.

Parce qu’attendre que cela cesse, c’est attendre une autre vie.

La pause déjeuner de l’après

Depuis la reprise, je prends mes pauses déjeuners au CDI. Seule, les lundis et mardis. Accompagnée les jeudis et vendredis.

C’est assez étrange comme atmosphère. Pas désagréable mais pas dans mes habitudes.

Seule, je m’installe sur une des chauffeuses. De là, je vois mon bureau et tout le reste du CDI sous un angle où je le vois peu. C’est un coin aux élèves, je ne m’y pose pas d’ordinaire. C’est assez sympa en soi.

J’écoute la radio. Je vais télécharger des podcast aussi parce qu’au boulot, ils sont bloqués.

Après avoir mangé, je fais une petite séance de yoga sur chaise. Je m’occupe un peu de mon Bullet Journal. Ça passe assez vite, finalement.

Cette pause me donne un temps calme et un rythme assez différent à tout le reste de ma journée.

Je ne sais pas encore si j’aime vraiment ça. Si d’ici quelques semaines, je ne vais pas courir rejoindre la salle des profs, tant pis pour le Covid, retrouver des collègues avec qui discuter. En attendant, j’essaie d’apprivoiser ce temps-là qui peut devenir un vrai temps pour moi.

Avant

Avant, quand la sonnerie retentissait, un fracas s’en suivait. Chises qui raclent, cartables qui frottent, pieds qui trottent, gosiers qui s’égayent.

Après, il n’y avait plus de sonnerie.

Aujourd’hui, elles sont rétablies. Comme un goût d’avant dans l’après de l’après. Pourtant, manque le fracas, les raclements, les frottements, les trottements et les égayements. J’imagine mes collègues, sacs à l’épaule et documents sous le bras, incliné·e·s vers l’avant plus qu’il ne faudrait pour leurs dos, se croisant dans les couloirs quasi muets. Changement de salles, ce ne sont plus les élèves qui bougent mais les enseignant·e·s. Ces choses-là qui rappellent que rien n’est normal même quand ça veut en avoir l’air.

Une amie disait à ses élèves « Vous ne vous en rendez pas compte mais vos profs sont en train de se péter la santé pour faire cours ». On parlait quelques heures plus tôt des difficultés à poser nos voix avec les masques, de la sensation de forcer dessus bien plus que d’habitudes. Il y aura les maux d’avoir porté, tortues, nos cours, photocopies, manuels, documents, ressources, matériels, d’une salle à l’autre. Et d’autres.

Je ne sais pas où on va.

Ce matin, tout de même, comme une envie de peindre sur les murs « L’Après a fait taire le fracas ».

11 septembre Aujourd’hui l’écran

Je recommence à avoir plus de boulot urgent à faire que de temps dans une journée de boulot. Alors je navigue, je rapporte des choses à faire à la maison, je connecte Sheldon, mon PC, sur mes comptes pros.

Un peu.

Aujourd’hui, je suis rentrée et j’ai fait une séance de yoga, un tout petit peu de cardio, je suis ressortie, je suis revenue, et quand je me suis posée un petit moment à mon bureau, ça a été pour prendre le temps de faire des jolies choses dans mon carnet de notes. Et l’écran n’a servi qu’à passer de la musique.

Ne pas se laisser envahir.