29 septembre Aujourd’hui fait de mes mains

Émincé un demi oignon et un peu d’ail. Mis dans une poêle avec de l’huile. (D’olive. Je suis une fille du Sud, l’huile, c’est d’olive). Ajouté des dès des tomates qui s’abîmaient dans le frigo et de carottes. Du basilic (je suis une fille du Sud, s’il y a des tomates, il y a du basilic). Laissé mijoter. Ajouté du haché végétal, sel, poivre. Puis un bocal de sauce tomate. Couvert, 10 minutes, feu moyen. Un peu de crème fraîche légère au fond du plat à gratin. Une feuille de lasagne fraîche. Recouvert du contenu de ma poêle. Un peu de gruyère râpé (zut, on n’a plus de parmesan). Une feuille de lasagne, repetita. Une feuille de lasagne, la fin du contenu de la poêle, des rondelles de mozzarella pour recouvrir. Une dernière feuille de lasagne, un tout petit peu de crème fraîche pour que ça ne sèche pas à la cuisson. Du gruyère parce que Peanuts adore le gruyère grillé. Four, 180, 30 minutes. Et c’était bon.

Fin septembre

Le froid s’est installé. Pas le grand-qui-mord mais tout de même. Ce n’est pas juste le discret-qui-chafouine, ni uniquement le matinal-qui-picote. C’est le mais-merde-il-fait-froid-non ? Celui qui occupe tous les débuts de conversation.

C’est celui qui me paralyse. Beaucoup de choses simples me deviennent difficiles. Tout ce qui implique de l’eau, par exemple. Bien entendu, je me lave quand même mais là où je ne réfléchis pas à la question en été, ça se complique. Mon appétit change. Même mes gestes, je crois, plus concentrés.

Je suis une fille de l’été. J’y suis née et j’y habite. Pourtant, j’ai toujours eu de l’affection pour l’automne. Mon bébé du printemps, pas contre, encaisse mal ce changement, il est plein de fièvre et son nez n’est plus étanche.

Bref, l’automne est là et on commence à rêver de plaid en polaire et de mugs fumants.

Take care

Il y a deux ou trois jours je vous parlez de la charge mentale et de comment mon mec… ben… euh… est un mec, on va dire (pour faire plaisir aux Not All Men).

La situation a tout de même un avantage : j’ai arrêté d’attendre qu’on prenne soin de moi et j’ai admis que j’étais la seule à m’en préoccuper. Donc que j’étais celle qui allait pouvoir y faire quelque chose.

Je ne dis pas que c’est facile et il y a des jours plus enthousiaste que d’autres. Je ne dis pas que ça ne me manque pas de pouvoir lâcher cette charge mentale là parce que oui, ça aussi, c’est de la charge mentale. Je ne dis pas que je n’ai jamais envie de hurler « Vous me faites tous chier » et partir vivre seule loin avec un chien de berger et un merens dans une campagne reculée (mais avec la fibre). Je ne dis pas que je ne suis pas désabusée.

Mais ça reste que c’est efficace. Je prends soin de moi. Finalement, le « care » dans le foyer, c’est aussi sur moi et ce qui est facile c’est que je m’ai tout le temps sous la main. Alors ça peut passer par de toutes petites choses rapides, des mini attentions. J’apprends à « sauter sur l’occasion ». Attraper 20 minutes pour dérouler mon tapis de yoga, un miroir pour me faire un compliment, un promo pour m’offrir une crème pour les mains. Parce que je le mérite. Et qui sait, peut-être qu’à force d’y croire je finirai par convaincre les autres.

25 septembre. Aujourd’hui où étiez-vous entre 13h et 13h05. Que faisiez-vous ? Vous avez un alibi ?

C’est pas moi ! Moi je faisais griller un steak. Un faux-filet, en fait. Une tranche immense, même qu’on a mangé à deux dessus. Non, c’est pas moi. Je plongeais les pâtes dans l’eau brouillante. Des farfalines. 110 grammes. Ce n’est pas moi, non. Je coupais deux tomates en rondelles, un peu de mozzarella, du basilic, mélangeais de l’huile d’olive et du vinaigre balsamique. Je mettais la table, le couvert pour deux. Je discutais avec Celuiquim’accompagne. Je rouspetais contre le voisin du dessus qui plantait un truc dans un mur. Comment ça, un alibi ? Je ne quoi ? Pouvais pas tout faire ça en même temps ? Mais ! Je suis une femme !

Comment la charge mentale fait des bébés

En juillet, j’ai eu une longue conversation avec Celuiquim’accompagne. A la base, je voulais lui faire comprendre combien je n’allais pas bien et comment sa manière de gérer les choses (ou de ne pas les gérer) et d’imposer ses humeurs – en particulier sa colère – à toute la maisonnée pouvait me maintenir fermement la tête sous l’eau. Assez vite, il a tenté de faire tourner la conversation en petit concours mesquin de qui de nous deux va le plus mal. J’ai réussi à ne pas tomber dans des listes à comparer pour tourner vers une liste commune de ce qui nous pesait.

Il est ressorti qu’il supporte très mal la charge des tâches ménagères, en particulier leur récurrence et qu’elles ne varient pas. A savoir que lui s’occupait à ce moment là du linge et du ménage de l’appartement le week-end. De mon côté, j’ai partagé que ce qui me pesait particulièrement dans les tâches quotidiennes c’était la préparation des repas, en particulier de trouver les idées de menus. Ce qu’il faut faire « en bloc » (c’est-à-dire établir une liste de repas pour 7 soirs, 3 midis) au moment de faire les courses. Tâches qui me reviennent.

On est sorti de cette échange en s’engageant à échanger nos tâches quand cela était possible.

Très peu après, on est parti en vacances. L’organisation étant totalement différente, la question ne s’est plus posées. En rentrant, j’étais toujours en vacances alors que Celuiquim’accompagne avait repris. J’ai donc pris en charge quasiment tout, pendant 10 jours, en étalant sur un peu chaque jour. Pour lui alléger la reprise.

Puis j’ai repris.

Depuis début septembre, les seuls repas que j’ai mangé sans les avoir imaginés et préparés, on était au restaurant. J’ai fait toutes les courses en conséquence. En ligne. Avec livraison. Le mercredi, pendant la sieste des enfants, pour pouvoir être livrée le samedi matin. Pour pouvoir partager le ménage le week-end, alors qu’il faisait jusqu’ici seul pendant que j’étais en mission ravitaillement.

Je me suis aussi occupée de laver et étendre du linge chaque mercredi et les week-ends. Sans avoir tout fait, j’en ai fait la majorité.

Au delà du temps que je consacre à ces tâches, il y a le poids qu’elles représentent dans ma tête. Maintenant, quand je planifie mon mercredi, je cale les horaires de lessive et d’étendage dans le programme de la journée. Quand je regarde la météo, je pense au linge qui sèche ou doit sécher. Quand je mets du linge au sale, je regarde le bac et vois qu’il y a déjà de quoi faire une lessive de noir. Quand je fais les courses en ligne, je sais qu’il faut acheter de la lessive. Et du produit nettoyant anti calcaire. Et des éponges. Alors que tout ça, c’était Celuiquim’accompagne qui devait me le dire, au moment où je partais faire les courses.

C’est exactement comme ça que ça fonctionne, la charge mentale. Et voilà comment elle se transfert. Parce que maintenant qu’il n’a plus à me dire de penser à acheter de la lessive, ceci à totalement déserté l’esprit de Celuiquim’accompagne. Maintenant qu’il s’occupe de plier le linge et de le ranger, il a juste à voir si l’étendoir est plein. Il n’a plus à se demander combien de machine il va falloir faire tourner le week-end, je le sais, j’ai un œil dessus toute la semaine.

Dans toute ça, je n’ai pas encore lu un livre entier en septembre. Comment je ne regarde pas la saison 2 du Bureau des légendes, série que je regardais seule, pendant la sieste des enfants le mercredi (quand je ne faisais pas les courses et n’étendais pas le linge).

Pourquoi, me demanderez-vous sans doute ? Pour améliorer le confort de vie de l’homme qui partage la mienne. Pour éviter qu’il soit en permanence sur les nerfs, se mette en colère deux fois par jour en nous faisant peser ça dessus, à tous les 4. Pour l’aider. Parce qu’il est mon compagnon. Parce que c’est à moi que revient le « care » dans notre foyer.

Voilà comment ça marche, pourquoi on veut cramer des mecs et comment je peux vous dire que mercredi soir de la semaine prochaine, on mangera de la tarte aux aubergines et à la tomate, et des escalopes végétales.

22 septembre Aujourd’hui 4 murs

Je suis arrivée en salle des profs. Il y avait du monde. Pas mal. Et un tiers des visages n’étaient pas masqués.

J’ai posé la lourde pile de manuels que je déménageais, encore, d’une salle jusqu’au CDI. J’ai répondu à deux questions. J’ai été voir mon casier. Je suis passé aux toilettes. J’ai récupéré les manuels et je suis partie.

J’ai mangé de nouveau seule au CDI. Il est bien trop grand pour que je le qualifie de nid. Trop haut de plafond pour que ce soit une cabane.

Mais finalement, en ces temps de Covid, de fatigue, de besoin de se recentrer, il devient mon refuge.