Encore

Et voilà qu’hier à nouveau je n’ai rien posté. Pourtant, j’avais. Des mots, des photos. J’y ai pensé dans la journée et je ne l’ai pas fait. Pas de réseau, interrompue, je ne sais plus. Vivre ici ne me réussit pas.

J’étais allongée dans mon lit, en compagnie littéraire de la libraire de la place aux herbes, avec la ferme intention de terminer les 2 chapitres qui me restaient, quand mon ventre a commencé à se tordre. J’ai essayé le l’ignorer, progressant dans ma lecture, puis je n’ai plus pu. Je suis allé aux toilettes, toujours avec mon livre. Puis les mots ont commencé à sauter sur la page. Je n’avais pas tremblé depuis mars, la fièvre, l’état grippal. Pas une fois, pas une crise, mon épilepsie se tenait à carreaux. Vivre ici ne me réussit pas.

Je me suis réveillée plein d’idées dérangeantes, forcément issues de mes rêves de cette nuit sans que je me souvienne d’eux. Déjà hier et puis la veille et sans doute l’avant veille. Mes nuits se peuplent des inquiétudes de rentrée, les classiques et les nouvelles sponsorisée par l’épidémie et l’accompagnement… léger, dirais-je (hum) de notre ministère, mais d’autres choses également, plus sombres. Vivre ici ne me réussit pas.

J’ai atteint ce point où quoi qu’elle dise, je suis agacée. Peu importe les mots, je suis agacée. Au-delà des mots, ses soupirs m’agacent, son agitation m’agace, sa manière totalement désorganisée de faire la vaisselle m’agace, les horaires où elle allume la télé m’agace, son vide m’agace. Je ne supporte pas qu’elle soit là. Ou plutôt que j’y sois, moi. Vivre ici ne me réussit pas.

On part demain. Demain parce que Peanuts reste ici, lui, encore une semaine. Qu’il veut chaque jour possible avec nous, entier. On l’a déjà beaucoup confié en juillet, on comprend qu’il ne tienne pas à renoncer à des jours de plus avec nous. Je culpabilise de le laisser ici. Je ne peux plus revenir sur cette organisation prévue de longue date sans créer un énorme shitstorm dont je paierais le pris sur de longs mois voir plus. La louve en moi est comme éteinte. Vivre ici ne me réussit vraiment pas.

Connexion laborieuse

Quand je me connecte ici, j’ai l’image de petits lutins qui empoignent leurs rames et se mettent au boulot en criant en cœur « ho hisse ! » Ou des gobelins. Organisés en galère autogérée. C’est assez pratchetien comme image.

Tout à l’heure, Orange m’a informé que j’avais grillé mon forfait Internet et que mon débit serait ralenti.

J’ai de la peine pour mes petits galériens gobelins qui font tout ce qu’ils peuvent depuis quelques jours pour raccrocher ensemble les tuyaux à données mais j’ai sourit parce que je vois difficilement comment Orange pourrait ralentir davantage ma connexion sans la couper.

En attendant, je n’ai toujours pas assassiner ma belle-mère.

Ça sert à ça , d’avoir un imaginaire débordant.

100 mots de la page 100 de…

La Vraie vie, d’Adeline Dieudonné. Un roman publié en 2018 chez l’Iconoclaste.

« …leur chantait des chansons. Elle disait que ça leur faisait du bien. Surtout à Cumin, qui, d’après elle, avait un tempérament névrotique. C’était une sale bête, oui. Un bouc agressif et vicieux. 58. Mais ça n’était pas sa faute, c’était comme Coco, il ne supportait pas d’être en cage. En plus, cet enclos était trop petit pour cinq chèvres. Mais ma mère refusait de se séparer de l’une d’entre elles. Alors elle leur chantait des chansons. Et mon père l’observait. Lui, ça n’avait pas l’air de l’apaiser, ces chansons. »

Ici

Ce que j’aurais posté ici le 15 août si j’avais écrit le 15 août c’est qu’on est de retour Là Où C’est Haut. Mon purgatoire personnel, le village de montagne désert et austère, dans un studio où nous vivons à quatre, jumelé par une terrasse à un autre studio, où loge ma belle-mère. Cette femme pour qui faire sécher le linge est une activité en soi et qui se soucie du menu du repas de midi avant qu’on ait entamé le petit déjeuner. (Et de celui du soir alors qu’on est à table à midi).

Je compte les jours.

Il en reste 7. Et 6 nuits.

J’ai envie de hurler.

Je vais plutôt faire une séance de yoga.

100 mots de la page 100 de…

L’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante, édité chez gallimard en 2014, traduit de l’italien par Elsa Damien

« Cet épisode est resté gravé dans ma mémoire : j’expérimente pour la première fois la force d’attraction de mon corps exerçait sur les hommes, mais surtout je me rendis compte que Lila agissait comme un fantôme exigeant, non seulement sur Carmela mais aussi sur moi. Dans une circonstance comme celle-ci, si j’avais dû prendre une décision dans le désordre total de mes émotions, qu’est-ce que j’aurais fait ? Je serais partie en courant. Et si j’avais été avec Lila ? Je l’aurais tirée par le bras en murmurant « on s’en va » et… « 

Raté.e

Depuis le 9 janvier j’ai publié tous. les. jours.

Quelques mots, plus, une photo, deux, trois, un extrait, une citation…

Même quand je ne savais pas quoi publier. Même quand je n’étais pas très satisfaite. Même quand je ne me couchais pas tout de suite pour pouvoir terminer ça. Même quand j’étais malade. Même quand j’étais confinée. Même quand il a fallu répéter « Attend. Encore une minute. J’arrive. J’y suis presque. Non j’ai pas fini. Promis c’est pas long ».

Et hier, j’ai éteint le rappel en pensant « je le fais tout de suite ». La connexion merdait alors je n’ai pas fait tout de suite. J’y ai repensé deux fois mais je ne pouvais pas. Et finalement j’ai oublié.

Et je m’en veux, bordel, je m’en veux. Je suis en colère.

Sans doute excessivement mais voilà. Je n’arrive pas à me dire que ce n’est rien. Que je peux faire 2 fois aujourd’hui et que ça ne compte pas. Que j’ai tenu plus de 7 mois ce qui est un record.

Tout ce que je vois c’est que je n’y suis pas arrivée. Une fois de plus…

100 mots de la page 100 de…

Oh happy day ! d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, édité chez Fleuve en 2020 (pagination de ma liseuse)

« …pour votre œuvre et votre grand talent. Je ne suis pas un lecteur très exercé, mais je suppose que quand un écrivain totalise 840 000 entrées Google sur son nom, ce n’est pas un hasard.

Mais ce n’est pas le propos de ce mail. J’y viens.

Mme Wyatt et moi formons un couple harmonieux. Nous n’avons pas de secrets l’un pour l’autre. Elle connaît ma vie d’avant comme moi je connais la sienne. Elle se confie à moi et je sais donc tout des liens particuliers qui continuent de vous unir, elle et vous, malgré…

24 heures plus tard.

Vingt quatre heures toute seule chez moi.

Un peu plus, en fait.

Je peux déjà affirmer les choses suivantes :

– Je vis plutôt bien, seule. L’espace, le temps. Évidemment, c’est facile parce que ça ne dure pas, parce que c’est l’été, parce que ce sont les vacances. Mais beaucoup de souvenir de ma vie en cité universitaire me reviennent aujourd’hui et je me rends compte que ça me manque.

– Si je vivais seule, ce serait le bordel chez moi. Les efforts que je fais en matière de rangement sont vraiment déployés pour mes enfants et Celuiquim’accompagne.

– Je mangerais très différemment si je ne composais pas de repas en fonction des goûts et appétits de Peanuts et Celuiquim’accompagne (Popcorn mangeant encore ses plats de bébé) et mon poids serait très probablement plus bas.

– Je les aime, tous les trois, mais ils me vampirisent.

Umbrella Academy est vraiment une super série !