20 juin. Aujourd’hui le fin de

Lundi, je retourne au collège en présentiel sur toutes mes heures. Celuiquim’accompagne également, à son travail. Peanuts reprend l’école. Popcorn reprend la crèche.

Je voudrais pouvoir écrire « aujourd’hui la fin de l’épidémie » mais c’est loin d’être le cas. C’est plutôt la fin du confinement. Ou la fin du déconfinement. Celle de cet entre deux, entre la vie d’avant et celle qui fait comme si elle pouvait être la vie d’avant. Avec des masques et du gel hydroalcoolique en plus. C’est la fin d’une année scolaire comme j’espère ne plus jamais en vivre, comme j’espère que mes élèves n’auront plus à en vivre, comme j’espère que mon fils n’aura plus à en vivre et que mon fils n’en vivra pas.

C’est une petite fin en attendant la grande, celle du vaccin ou du traitement, celle du bas les masques et du retour des poignées de main. Ou pas.

18 juin. Aujourd’hui réflexe

Je trie, j’inventorie, j’enregistre, je rends, je déballe, j’empile, je classe, je dépile, et encore.

Ce CDI, je le connais sur le bout des ongles et pourtant, je le change sans cesse et cette année encore. Je déplace, modifie, réorganise.

Dans cette reprise vide d’élèves, je prends de nouveaux repères, un nouveau rythme, je dessine encore l’espace et m’installe un peu plus profond dans les murs.

J’aime bien, ce tête à tête, entre le CDI et moi.

Au feu

On a grillé trop d’énergie pendant le confinement. On a paré à l’urgence, on a lâché prise sur plein de choses, on a mis en place des activités qu’on n’avait jamais faites et qu’on ne referait pas ensuite. On n’a pas beaucoup réfléchi à l’après, il fallait gérer le maintenant et c’était déjà suffisamment compliqué comme ça.

Ce « on », ce sont les parents d’enfants en âge ben euh d’avoir besoin de leurs parents pour avoir des activités sans un adulte on va dire. Ça fait du monde.

On nous a dit que ça durerait deux semaines. On n’y croyait pas. On ne croyait sans doute pas que ça durerait trois mois.

Et on ne savait pas que ce serait encore plus long, que l’école reprendrait en pointillé, voire pas, qu’il faudrait négocier avec nos modes de garde, nos employeurs, que le déconfinement serait une telle galère. On jongle, les emplois du temps sont aléatoires, chaque déclaration d’un ministre ou de sa sainteté Jupiter apporte son lot de changements et de questions auxquelles il faut plusieurs jours pour avoir les réponses.

Les parents ne sont pas vraiment déconfiné.e.s, iels télétravaillent encore pour beaucoup ou ratent des journées de travail pour garder leurs enfants, iels s’arrangent, c’est là sans doute le verbe du déconfinement, avec des amis, la famille, les grands-parents parce que risque sanitaire ou pas, on a vraiment besoin d’elleux.

Et iels se consument.

15 juin. Aujourd’hui comme ça et pas autrement.

Macron a macronné et une fois de plus on tricote derrière. Les textes ne paraîtront que deux jours après, on ne sait rien, les réponses sont partielles, évasives, tronquées et des fois juste complètement cons. Elles se déversent par ma radio. Une fois de plus, notre hiérarchie communique avec nous en même temps qu’avec le reste du monde, par médias interposés. Je me sens sale de travailler ainsi.

Et je ne suis pas Hercule

Mon quotidien est une hydre.

Je règle une chose, j’en ai quatre nouvelle à faire.

Je me lève comme armée d’une machette et j’attaque ma to do list. Je tape dedans à grands coups. J’y mets toute l’énergie que j’ai. Oui, bon, certes, ce n’est pas grand chose en ce moment mais tout de même. Je frappe fort, relativement efficacement mais quand au soir je m’effondre, chaque item tranché à fait la place à d’autres, sans cesse plus nombreux.

Je n’en peux plus. Je ne m’écroule pas parce que je ne peux pas. Je continue parce que je n’ai pas le choix.