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La Nouvelle, de Cassandra O’Donnell, chez Flammarion jeunesse, publié en 2019. (Un livre du prix des incorruptibles 2021)

« Haya est préoccupée. Elle pense à Gabriel qui n’est pas venu à l’école aujourd’hui. Elle s’inquiète pour sa grand-mère. Elle a suivi les cours comme un zombie et est sortie du collège en se demandant si elle devait passer prendre des nouvelles et rapporter des cours à Gabriel. Puis elle s’est dit que non, qu’elle ferait mieux de rentrer chez elle.

– Eh, viens là, toi !

Elle se tourne et voit Erwan et Lucas qui la fusillent du regard.

– Qu’est-ce que vous voulez ? demande-t-elle.

– C’est toi qui es allée cafter au CPE ?

– Cafter ? « 

Aujourd’hui me manque peut-être

Je ne sais plus comment on fait pour être cette maman si synchronisée avec le grand tout en câlinant dans le creux de son coude le petit. Il y a une force, un élan, quelque chose qui se logeait très profond en moi qui ne répond plus à l’appelle. Comme si la louve était anesthésiée par l’épuisement, le confinement, le déconfinement, les enfants, par cette vie là.

Citation

Dans la forêt de Jean Hegland, édité chez Gallimeister en 2018 pour mon édition, copyright de 1996 pour le texte, traduit par Josette Chicheportiche

« Nos mains sont occupées, mais c’est un travail lent. Faire le tour d’un arbre peut prendre des heures d’un labeur minutieux, lequel commence autour du tronc et progresse en spirales jusqu’à la limite de la ramure. on a chaud et on est couvert de poussière, on a mal au dos et aux genoux. Au bout d’un moment, c’est presque une prière. »

En vrac

Tous les ans, en fin d’année je gratte péniblement une semaine pendant laquelle j’accueille de très petits groupes d’élèves et une ou deux journées sans personne. Et je rêve de temps seule au CDI pour mettre une grande claque à mes tâches de gestion.

Cette année, j’en ai plein, des journées sans élèves. Et j’ai la sensation de ne pas avancer le travail. Il me manque un moteur. Trop de temps devant moi, peut-être. Manque d’énergie, le contrecoup du confinement.

Aujourd’hui, j’ai passé des heures à régler des choses dont je ne devrais pas m’occuper. Et d’autres dont j’accepte de m’occuper mais qui ne sont pas le CDI.

Cette semaine, pourtant, tout était censé rentrer dans l’ordre. Les enfants sont de retour qui à l’école qui à la crèche. Moi j’ai repris mes horaires normaux. Les élèves sont de retour au collège. Pourtant. Pourtant.

J’ai cette sensation d’être enlisée. La fatigue. La Fatigue. Mais pas que.

Quelle est étrange, cette année, mais aussi rude et déstabilisante, éprouvante. Quelle est sale, cette période, usante et interminable.

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Dans la forêt de Jean Hegland, édité chez Gallimeister en 2018 pour mon édition, copyright de 1996 pour le texte, traduit par Josette Chicheportiche

… on renouvelle le stock, mieux ce sera. Ça m’embête d’utiliser l’essence, mais je pense qu’on en a assez pour aller à Redwood et revenir. De toute façon, a-t-il soupiré, il faut bien qu’on tente le coup.

« Cette nuit-là, j’ai fait bouillir de l’eau en plus pour me laver les cheveux. Je me suis rasé les jambes et épilé les sourcils, et j’ai repassé du mieux possible ma robe d’été verte en mettant notre fer électrique à chauffer sur le poêle.

Tandis que je repassait, Père a compté son argent. »

(Cette image de couverture est juste parfaite)