30 mai. Aujourd’hui, la peine de

J’ai essayé de parlé avec Celuiquej’aime de comment je me sens.

Il dit que tout va aller mieux parce qu’on n’est plus coincés à la maison, qu’on peut sortir.

Il dit que maintenant, ses parents peuvent nous aider et emmener les enfants quelques heures, garder le grands plusieurs jours.

Il dit que l’année scolaire est quasiment fini, qu’après, ce sera plus simple.

Il dit qu’on voit le bout.

Je n’ai pas réussi à lui répondre que sortir ne résoud pas grand chose.

Que l’aide de ses parents c’est aussi une logistique lourde à gérer.

Que la fin de l’année scolaire signifie pour moi la fin de mes journées de travail qui sont une véritable respiration.

Que le seul bout que je vois, c’est une rentrée fragile en septembre, et qu’il est menacé.

J’ai du mal à dire. Il n’a pas vraiment envie d’entendre. Est-ce bien la peine d’essayer ?

28 mai. Aujourd’hui pris entre deux

Elles sont fatigantes, ces journées au travail. Et étranges. Travailler dans un CDI dont on ne sait pas quand il accueillera de nouveau des élèves. Ranger, trier, désherber, inventorier. Ne pas entendre l’établissement ronronner, pas de cris dans la cours, pas de chaises qu’on racle au sol. Les salles les plus proches sont inoccupées, les récréations courtes et surencadrées.

Malgré l’étrangeté, j’y vais avec envie et enthousiasme. En même temps que je fuis mon chez moi avec tout autant d’énergie.

Dans ce CDI sans élève, j’ai des centaines de tâches de gestion à mener. Enfin, deux dizaines qui se déclinent en des tas de petites. Et je peux me faire en silence. Sans être interrompue. Je peux même penser.

J’aime mes enfants jusqu’au bout de moi même et au delà mais bon sang, que c’est bon de ne pas être avec eux.

La tête comme une passoire

Je me trompe. De mots, de prénoms, d’ordre. J’oublie. Pourquoi j’ai ouvert le frigo, pourquoi je suis dans cette pièce, pourquoi j’ai ceci à la main.

J’ai la sensation que les deux tiers de ma journée se font presque sans moi. Je fonctionne sur des réflexes, des enchaînements tellement connus et répétés, des automatismes.

Et quand j’ai quelques minutes pour penser, ça grippe. Lundi, je me suis retrouvée à plusieurs reprises dans ma journée de travail perdue. A ne pas savoir quoi faire, dans quel ordre et sans réussir à reprendre un fil de réflexion sans passer par un canalisateur extérieur (écrire, lancer des repères dans le logiciel documentaire, placer physiquement les documents de manière précise…)

Je ne sais pas dans quel état je vais sortir de cette période. Ni combien de temps il me faudra pour m’en remettre.

Mais quelque part, ce sera déjà une bonne nouvelle d’avoir à répondre à ces questions là car ça voudra dire que j’ai tenu jusque là…

100 mots de la page 100 de…

Love lettres to the dead, d’Ava Dellaira. Texte de 2014, mon édition, chez Michel Laffont poche, date de 2015. Le texte est traduit par Philippe Mothe.

« … nos doigts, tout ce qu’il y avait d’électrique en chacun de nous est passé dans l’autre. Et nous nous sommes retrouvés à danser. Les gradins avec leur odeur de bois, les parfums de chacun, le clignotement des lumières blanches de Noël, tout se conjuguait pour nous façonner un espace bien à nous. Un espace où je n’avais jamais pénétré.

Cette chanson, j’aurais voulu pouvoir y rester toute l’éternité avec lui, mais elle s’est terminée trop vite’

– Merci pour cette danse, a murmuré Sky avant de se préparer à se fondre dans la foule. « 

Anecdote

Longtemps, la nuit, revenait dans mes rêves une scène. J’étais assise sur un brancard, très haut. A droite, se tenait ma mère et à gauche, un inconnu en blouse blanche. Au mur pendaient des bandages. Les couleurs changeaient mais le plus souvent, la lumière était blanc verdâtre.

C’était une scène qui intervenait parfois seule et qui entrait parfois dans le scénario du rêve.

Elle n’était pas particulièrement angoissante mais pas très confortable non plus.

Un jour, je ne sais plus pourquoi, j’en ai parlé à ma mère. Je me rappelle qu’elle cuisinait et que moi, j’étais assise dans les escaliers.

Je lui ai décrit la pièce , l’homme brun en blouse.

Elle s’est arrêté un instant et s’est tourné vers moi, surprise. Quand j’ai eu deux ans, on a dû me plâtrer la jambe suite à une mauvaise chute. Ça s’est fait dans cette pièce.

Depuis, je n’en ai plus jamais rêvé. C’est sans doute mon premier souvenir.

Quelques chiffres

Les années bissextiles, le 23 mai est le 144ème jour de l’année. Ce qui signifie que ce post est le 144ème que je prépare en 2020.

Je manque cruellement d’inspiration.

Je sais ce qui me pompe de l’intérieur, qui me laisse là, comme ça, l’air con devant mon curseur sur la fenêtre de mon téléphone. La vie que je mène en ce moment, on celle qui me mène, plutôt, parce que je n’ai pas prise sur grand chose, m’use. Ce confinement et les jours qui le suivent me font vieillir, ça se voit même sur les traits de mon visage.

Puis je me perds un peu parce que je ne sais plus à qui je m’adresse. Anna, je sais que tu es là. D’après les statistiques de WordPress, tu n’es pas seule. Il y a au moins quelques robots 😏

J’ai un peu perdu du vue le pourquoi de cette objectif de publier chaque jour pendant cette année. Reste l’idée.

144 posts. Restent 222.

22 mai. Aujourd’hui assez de

Ce week-end prolongé, une année normale, c’est toujours un moment agréable. Comme de petites vacances volées à une fin d’année scolaire qui commence à peser à ce moment là.

Cette année, c’est de trop. J’aurais voulu pouvoir me rendre à mon travail, échapper à ma cuisine, mes enfants, mon foyer. J’ai fait le plein de tout ça, le trop plein même, j’en dégueule. Faire bonne figure encore et encore.

Je me faisais la réflexion, hier, ou le jour d’avant, d’avoir entendu plusieurs personnes (à la radio)(des hommes surtout) rapporter que le confinement leur avait permis de renouer avec la vie de famille, de retrouver leurs enfants, réapprendre à les connaître. Je n’ai pas le sentiment d’avoir redécouvert mes enfants. J’apprends chaque jour à côté d’eux, qui ils sont, quelle mère je suis, quelle mère je peux être. Mais je n’ai pas la sensation d’avoir appris plus, mieux, en étant confinée avec eux.

En un sens, c’est positif car cela veut dire que la vie qu’on a choisi me laisse consacrer suffisamment de temps à nous. Mais là, j’en ai assez…