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Love lettres to the dead, d’Ava Dellaira. Texte de 2014, mon édition, chez Michel Laffont poche, date de 2015. Le texte est traduit par Philippe Mothe.

« … nos doigts, tout ce qu’il y avait d’électrique en chacun de nous est passé dans l’autre. Et nous nous sommes retrouvés à danser. Les gradins avec leur odeur de bois, les parfums de chacun, le clignotement des lumières blanches de Noël, tout se conjuguait pour nous façonner un espace bien à nous. Un espace où je n’avais jamais pénétré.

Cette chanson, j’aurais voulu pouvoir y rester toute l’éternité avec lui, mais elle s’est terminée trop vite’

– Merci pour cette danse, a murmuré Sky avant de se préparer à se fondre dans la foule. « 

Anecdote

Longtemps, la nuit, revenait dans mes rêves une scène. J’étais assise sur un brancard, très haut. A droite, se tenait ma mère et à gauche, un inconnu en blouse blanche. Au mur pendaient des bandages. Les couleurs changeaient mais le plus souvent, la lumière était blanc verdâtre.

C’était une scène qui intervenait parfois seule et qui entrait parfois dans le scénario du rêve.

Elle n’était pas particulièrement angoissante mais pas très confortable non plus.

Un jour, je ne sais plus pourquoi, j’en ai parlé à ma mère. Je me rappelle qu’elle cuisinait et que moi, j’étais assise dans les escaliers.

Je lui ai décrit la pièce , l’homme brun en blouse.

Elle s’est arrêté un instant et s’est tourné vers moi, surprise. Quand j’ai eu deux ans, on a dû me plâtrer la jambe suite à une mauvaise chute. Ça s’est fait dans cette pièce.

Depuis, je n’en ai plus jamais rêvé. C’est sans doute mon premier souvenir.

Quelques chiffres

Les années bissextiles, le 23 mai est le 144ème jour de l’année. Ce qui signifie que ce post est le 144ème que je prépare en 2020.

Je manque cruellement d’inspiration.

Je sais ce qui me pompe de l’intérieur, qui me laisse là, comme ça, l’air con devant mon curseur sur la fenêtre de mon téléphone. La vie que je mène en ce moment, on celle qui me mène, plutôt, parce que je n’ai pas prise sur grand chose, m’use. Ce confinement et les jours qui le suivent me font vieillir, ça se voit même sur les traits de mon visage.

Puis je me perds un peu parce que je ne sais plus à qui je m’adresse. Anna, je sais que tu es là. D’après les statistiques de WordPress, tu n’es pas seule. Il y a au moins quelques robots 😏

J’ai un peu perdu du vue le pourquoi de cette objectif de publier chaque jour pendant cette année. Reste l’idée.

144 posts. Restent 222.

22 mai. Aujourd’hui assez de

Ce week-end prolongé, une année normale, c’est toujours un moment agréable. Comme de petites vacances volées à une fin d’année scolaire qui commence à peser à ce moment là.

Cette année, c’est de trop. J’aurais voulu pouvoir me rendre à mon travail, échapper à ma cuisine, mes enfants, mon foyer. J’ai fait le plein de tout ça, le trop plein même, j’en dégueule. Faire bonne figure encore et encore.

Je me faisais la réflexion, hier, ou le jour d’avant, d’avoir entendu plusieurs personnes (à la radio)(des hommes surtout) rapporter que le confinement leur avait permis de renouer avec la vie de famille, de retrouver leurs enfants, réapprendre à les connaître. Je n’ai pas le sentiment d’avoir redécouvert mes enfants. J’apprends chaque jour à côté d’eux, qui ils sont, quelle mère je suis, quelle mère je peux être. Mais je n’ai pas la sensation d’avoir appris plus, mieux, en étant confinée avec eux.

En un sens, c’est positif car cela veut dire que la vie qu’on a choisi me laisse consacrer suffisamment de temps à nous. Mais là, j’en ai assez…

19 mai. Aujourd’hui un projet

Aujourd’hui, j’ai lancé un projet, quelque chose que j’aimerais réaliser au collège mais qui suppose que d’autres participent. Des élèves, des profs, d’autres adultes de l’établissement, et peut-être même des familles d’élèves.

J’ai pris soin de bien rédiger mes messages, d’expliquer, d’essayer de ne pas rendre ça trop lourd. J’ai fait 3 messages différents, un pour l’équipe éducative, un pour les élèves, un pour les responsables, afin d’adapter à chaque fois mes propos.

Je n’ai d’abord reçu aucun réaction.

Puis enfin, une élève m’écrit.

Elle veut savoir si c’est obligatoire. Parce que bon, elle a pas trop trop le temps de faire des choses en plus là en ce moment.

Je crois que je vais écrire pour dire d’oublier le message, que le projet est annulé et me contenter de couvrir les 200 et quelques bouquins qui attendent au CDI.

18 mai. Aujourd’hui, elle a dit

« J’ai beaucoup pensé à toi » et je sais que c’est vrai

« Ne le répète à personne », « J’ai des preuves si tu veux je te montrerai », « Ça me fait mal au cœur »

« On verra ça demain », « Ce n’est pas la priorité », « Donnez mais je ne sais pas quand on pourra s’en occuper »

« C’était vraiment bizarre »

« Et comment ils vont tes petits »

« Gardez les distances sinon ça ne sert à rien »

Aujourd’hui, elles étaient aux pluriels. Je n’avais pas vu autant de personnes dans la même journée depuis longtemps. Aujourd’hui, on reprenait le travail. Le collège a des airs de scène de crime. Aujourd’hui était étrange.

La maternité de l’autre

On discutait l’autre jour sur Twitter, avec des personnes de qualité forcément – parce que j’ai un compte privé et une petite TL constituées de personnes de qualité – du fameux phénomène « T’es une femme, ta tort » aussi résumé par la phrase « Pile tu perds, face ils gagnent ».

Le point de départ était les tweets de réponses à un article dont j’ai perdu les références mais qui disait, en gros, que le confinement avait accentué les inégalités entre les hommes et les femmes dans la gestion des tâches ménagères et « du foyer », comme on dit. Et ouais, parce que les mecs qui disent qu’ils n’en font pas plus à la maison parce qu’ils n’ont pas le temps, quand ils ont le temps, ils n’en font toujours pas plus. Pile, face.

Plusieurs commentaires réagissaient en disant que quand même, toutes ces connes de bonnes femmes, elles n’avaient qu’à pas décider de faire leur vie avec des connards parce que y a plein de mecs très bien qui savent vider un lave vaisselle et j’ai même un ami qui le fait sans que sa femme le lui demande, hein.

Je ne réagirai même pas au « not all men » , hein, ni au « tu souffres à cause d’un homme, femme, mais c’est ta faute » parce que ce n’est pas là que je veux emmener cet article. Je voulais partager cette réflexion que nous avons eu à plusieurs et qui disaient que les mecs changent et en particulier, qu’ils changent avec la maternité. Non non, pas avec leur paternité, avec la maternité de l’autre, de celle avec qui ils vivent.

Si je me fie aux très nombreuses expériences partagées à ce propos, l’entrée dans la parentalité et dans la co-parentalité exacerbe très souvent chez les hommes un forme d’égoïsme et… disons, de connerie humaine profonde. Heureusement, ça ne se fait pas au même degré pour tous mais c’est quand même super fréquent, il n’y a qu’à voir le nombre de couples hétéros qui se séparent alors qu’ils ont des enfants en bas âge.

Je n’ai aucun élément statistiques, aucune études, rien à citer. Je suis juste étonnée parce qu’on lit des tas de choses sur le fait de devenir papa mais pas sur celui de devenir le compagnon d’une maman.

Evidemment, on préfère nous taper dessus, à nous, les femmes, avec cette injonction culpabilisante au possible qui est qu’on doit réussir à être mère ET femme. Parce que c’est forcément notre faute. Et parce que visiblement, c’est un problème d’attendre des hommes qui partagent nos vies qu’ils aiment une mère (qui n’est pas la leur mais celle de leur enfant). Par contre, nous, on est censée mouiller notre petite culotte quand on voit un barbu avec une écharpe de portage.

Et si on disait aux mecs d’apprendre à être homme et mère, un peu, tient. Mère au sens parent impliqué qui gère 120% de la charge mentale du foyer ainsi que des responsabilités concernant de près ou de loin les enfants ?

La fête des mères approchent et on voit fleurir partout les publicités pour faire des cadeaux afin de remercier les femmes extraordinaires que sont les mères. Perso, je rends ma cape de super héros quand vous voulez, les mecs. Parce que je n’ai pas de super pouvoirs. Ce que je fais, pas besoin d’être une mère pour le faire. Et je serais pas contre un véritable relais, fiable, efficace, durable, et moins d’injonctions aux parents au féminin.