30 avril. Aujourd’hui, ce qui craque

Aujourd’hui, ce qui craque, ça aurait pu être moi, mais non. Parce que ce matin, j’étais avec un seul enfant, chez le médecin. Puis que j’ai eu ma Super Collègue au téléphone. Puis que je suis allé à mon travail et que j’y ai passé trois heures sans être interrompue par mes enfants, sans les entendre, sans avoir à me demandait pourquoi, sans les veiller, surveiller, accompagner.

Et ça fait un bien FOU !

100 mots de la page 100 de…

Songe à la douceur de Clémentine Beauvais, édité chez Sarbacane dans la collection « Exprim’ » en 2016

« … le contrat en paraphant chaque page comme il est d’usage.

« Ça va, Eugène ? T’as l’air un peu stressé. » (Quatrième collègue en partant de la gauche dans l’open space)

« Ça va très bien, j’aimerais juste

qu’on me laisse bosser »

Voire des accents actifs-agressifs,

heureusement non vocalisés :

« Fais gaffe au burn-out » et toi à tes burnes

« Tu fais quoi ce week-end ? » l’amour connard

Comme Eugène travaillait en trois langues, il s’impatientait en trois langues,

J’ai tellement hâte

Can’t wait can’t wait

Ne mogu dojdat’sia

Samedi Saturday Subbota

Tatiana Tatiana Tatiana »

Anniversaire

Il y a un an à cette heure ci, je me préparer pour ma première nuit avec ce bébé tout neuf dans mes bras. Celui qui était devenu si familier dans mon ventre. Il avait des airs de famille avec un autre bébé, lui ressemblait tout en étant si différent.

Pour cette première nuit, je n’ai même pas essayé de le poser dans son berceau. Je nous ai calé dans le lit et on a passé la nuit collés serrés. Et c’était doux.

Depuis un an, on apprend à se connaître. Ce bébé, c’est un soleil. Il a le sourire si facile. Il aime le pain, qu’on lui parle, son frère passionnément, les chatouilles, l’eau, jouer avec les mains des autres, vider des choses, son doudou, rire, fouiller, explorer, et encore tant de choses.

Un an, un an que, dans la nuit de mardi à mercredi, ce bébé est né. Mon petit sorcier, surprenant, décidé, incroyable. Et cette amour indicible pour ce petit bonhomme.

Vampirisée

Quand je dis un peu comment je vais et comment je vis ce confinement, c’est-à-dire quand je ne prétends pas que tout va bien et que je laisse entendre que cette période est rude pour moi, la réaction unanime : on me conseille de prendre un peu de temps pour moi.

La semaine dernier, j’ai complètement craqué. Cette semaine, les choses se passent mieux.

Et j’ai réalisé ce matin que la semaine dernier, j’avais décidé de prendre 20 minutes quotidiennes pour faire une séance de yoga ou de sport. Que je les ai prise, lundi, mardi, mercredi et même ce fameux jeudi où j’ai complètement craqué.

Mais il a fallu que je les vole, que je les impose, que je les fasse entrer en force, violente mes matinées, répète que non, là, c’était mon moment, et que je sois quand même disponible, pas physiquement, non mais que je réponde, que j’ai une oreille, un œil.

Certes, j’ai essayé de faire ça aux heures où Celuiquej’aime n’était pas là, c’était le pire moment sans doute. Mais dans l’après-midi, je savais que je n’arriverai pas à me motiver pour bouger…

Le jour où j’ai craqué, le chrono tournait alors je peux précisément vous dire que j’ai eu 9 minutes. 9 minutes avant que les enfants, pour qui j’avais été dispo depuis leur réveil, qui viennent me chercher dans les toilettes et sous la douche pour me demander des choses, 9 minutes avant que les enfants viennent me solliciter de nouveau.

J’ai laissé tomber. D’essayer d’avoir ce temps pour moi. Parce que finalement, j’arrive à des trucs encore plus frustrant. Comme Celuiquej’aime qui me dit qu’il veut bien que je sorte 1 heure mais qu’il ne pense pas réussir à me sauvegarder 1 heure où je serais enfermée dans la chambre.

Et finalement, j’encaisse mieux de ne rien avoir du tout, de ne rien attendre, que de grignoter 9 minutes…

Question

Le ministre a parlé, celui que m’a TL surnommé Jean Michel À Peu Près, il a donné des éléments à propos de la rentrée.

L’enfant grand est en Grande Section de maternelle. L’enfant grand n’est pas si grand… Il ferait donc partie des premiers à reprendre.

L’échéance se précise et il va falloir qu’on se décide. Nous, les parents. Reprendra, reprendra pas. On pourrait bricoler pour ne pas qu’il retourne à l’école même si moi je dois reprendre le travail. Ce ne serait pas vraiment satisfaisant, un peu de grands-parents par ci, avec tout ce que ça suppose de risques, des jours de congés de Celuiquim’accomapgne par là… Mais on pourrait le faire, sans doute.

Je ne sais pas. Je n’imagine pas une seconde que l’équipe de son école puisse faire appliquer les gestes barrières. Pas parce qu’elles sont incompétentes, mais parce qu’elles ne sont pas magiciennes. C’est impossible. Je sais donc que le mettre à l’école, c’est l’exposer. Et nosu exposer par extension.

Mais si je dois reprendre le travail, exposée, je me serai. Mes élèves, mes collègues. Je ne sais pas de quel côté penche les stats mais je peux tenir mon enfant loin de l’école et contacter cette saleté en allant récupérer mon courrier pro dans mon casier de l’open space de l’administration parce que quelqu’un éternuera trop près de moi.

Et puis je garde cette interrogation sur les conséquences du confinement dont on ne sait rien ou dont on ne dit pas grand chose. Parce que le Covid, on commence à savoir. On nous dit. Les symptômes, les complications, les risques. Mais le confinement, pas grand chose. Et je me rends compte qu’il fait du mal à mon fils. Qu’il est fatigué sans réussir à dormir, qu’il est soucieux souvent, qu’il cherche des limites tout le temps. Qu’on s’enfonce, au fur et à mesure que les jours passent.

Je me pose sincèrement la question : qu’est-ce qui est le plus risqué pour lui, pour sa santé physique mais aussi sa santé psychologique, son équilibre, le garder hors école ou l’y renvoyer.

Et je n’ai pas du tout la réponse.