Le grand dehors

Aujourd’hui, je suis sortie. Dans les règles. Ce matin, j’ai fait des courses. Pour au moins 10 jours. Cet après-midi, je suis allé marcher quasiment une heure avec Popcorn en poussette dans un rayon de moins d’un kilomètre, en gardant mes distances avec les autres personnes que j’ai croisées.

Ça fait beaucoup pour une seule journée.

Mais ce matin, quand on a décidé qui allait faire les courses, une boule d’angoisse a commencé à pousser dans mon ventre. Sortir ? Vraiment ? Passer le pas de la porte, aller plus loin que le local à poubelle ?

Je suis sortie aujourd’hui parce que j’avais peur de ne pas y arriver. Parce que j’ai eu la sensation que si je ne le faisais pas maintenant, aujourd’hui, que si je passer encore quelques journées sans sortir de chez moi, je n’y arriverais plus.

Combien de personne vont arriver au bout de cette crise strictement incapable de sortir de chez elleux ?

Voir le positif

Une des bonnes nouvelles du confinement, c’est que ce qui me manque, c’est ce que j’ai en temps normal.

Ça me manque de sortir de mes 4 murs, d’aller dans les magasins, de voir des gens, de travailler, de voir mes élèves, mes collègues, de vélotafer, de lire, de dormir, d’avoir un peu de temps sans personne juste autour de moi…

Alors, une partie de tout ça me manquait avant qu’on soit confinés parce que les enfants petits, les horaires contraints, les fucking dents du bébé, ce genre de choses. Mais c’est un problème d’équilibre, de journée qui ne font que 24 heures et que j’ai besoin d’un nombre d’heures de sommeil assez classique pour une humaine.

Fondamentalement, ce confinement ne remet pas totalement en cause nos choix de vie. Et c’est plutôt une bonne chose.

Ah, si, tout de même : le prochain appartement, c’est terrasse ou rez de jardin non négociable !

24 mars. Aujourd’hui super héro·ïne·s.

Les Soignant·e·s. Toustes.

Les pharmacien·ne·s.

Les caissier·e·s.

Les livreu·se·s, les postier·e·s, les facteur·ice·s et toustes celleux qui font en sorte qu’on reçoive des choses sans sortir.

Les agriculteur·ice·s.

Les boulanger·e·s, les épicier·e·s, les restaurateur·ice·s à emporter, toustes celleux qui vendent de l’alimentaire.

Les tabatier·e·s.

Les magasinier·e·s.

Les éboueur·euse·s., les cantonnier·e·s, les agent·e·s de la ville.

Les administratif·ve·s dans tous les services dont le pays a besoin pour continuer de fonctionner.

Les camionneur·euse·s qui livrent partout.

Les informaticien·ne·s, les responsables réseaux, les agent·e·s de communication, et toustes celleux qui font en sorte qu’Internet, le téléphone et nos moyens de communication continue de fonctionner.

Les chercheur·euse·s et toustes celleux qui participent à trouver le remède.

Les pompier·e·s, les ambulancier·e·s, les gens du SAMU, et même les flics et toustes celleux qui s’occupent de notre sécurité.

Les secrétaires, partout, qui sont encore à leurs postes.

Les laborantin·e·s, les technicien·e·s de labo, toustes celleux qui s’occupent des analyses de sang.

Les profs et toustes celleux qui portent à bout de bras la continuité pédagogique.

Les journalistes et toustes celleux qui font en sorte que l’information nous parviennent.

Les agent·e·s d’EDF, GDF, et toustes celleux qui font en sorte qu’on ait de l’eau, de électricité, du gaz.

Toustes celleux qui travaillent, en ce moment, partout, dans des conditions inédites, incroyables, invivables.

Puis les autres. Celleux qui restent chez elleux. Celleux qui sont confiné·e·s seul·e·s et le vivent mal. Celleux qui sont confiné·e·s avec des mômes, en particulier en bas âge. Celleux qui sont confiné·e·s à bien trop nombreux dans bien trop peu d’espace. Celleux qui sont confiné·e·s avec d’autres humain·e·s violent·e·s. Celleux que ça rend vides. Celleux que ça rend plein. Celleux qui se protègent les un·e·s les autres.

Et j’en oublie. Vous pouvez compléter !

 

 

 

100 mots de la page 100 de…

Génération K. Tome 2. de Marine Carteron, publié aux éditions du Rouergue dans la collection « épik » en 2017

« … moi si je te demandais ça c’était pour éviter de te casser les oreilles mais, après tout, si tu préfères que je chante…

Et c’est ce que je fais. Je me mets à chanter.

Fort.

         Et puis, comme ça n’a pas l’air suffisant je fais glisser deux de mes plus grosses bagues sur les deuxièmes phalanges de mes indes et les utilise pour scander le rythme de ma chanson en les frappant sur la vitre de séparation. Je gueule, je frappe, je m’écalte… et dès la fin de la première chanson je récupère un chargeur pour mon iPod.

Kassandre : 1/ Papounet : 0″