17 février. Aujourd’hui certitude absolue

Je suis dans cet état bizarre où je ne sais pas dire comment je vais. Ça fait quelques semaines que ça dure. Je ne vais pas fondamentalement bien. Mais je ne vais pas fondamentalement mal. Je me sens mais je ne sais pas comment je me sens. Je suis mais je ne sais pas ce que je suis. (A part fatiguée. Et même Fatiguée). C’est un peu comme si une toute petite quelque chose de moi était absente. Celle de la certitude absolue de mon propre état.

Et le plus étrange, c’est que ça ne me manque pas.

Un truc à poser

Pensées en vrac du matin.
Celles qui sont tellement lourdes là dans le bide que je n’arrive pas à me mettre en route pour ma journée de travail, que j’y prends le temps pour les jeter sans quoi je n’arriverai pas à avancer.
 
J’ai cru pendant des mois que mes difficultés de cette année, cet enlisement, cette charge dans ma tête, les 73 onglets, cette fatigue qui dépasse le manque de sommeil, ou cet épuisement, plutôt, c’était la parentalité de deux, surtout, que c’était ce bébé petit mais tellement chouette mais tellement petit et souvent malade et pas gros dormeur mais tellement souriant mais tellement bébé, que c’était cet ainé tellement déjà grand mais tellement encore un petit enfant mais tellement épatant mais tellement exigeant, que c’était ma façon d’être parent, d’être mère, d’être louve, que c’était les manquements de Celuiquim’accompagne, et que le travail n’aidait pas.
Et je me rends compte violemment ce matin que c’est le travail, cette ambiance si lourde et pesante et dense et épaisse et électrique et tendue et contractée et irritée et irritable, cette nouvelle Direction dont je ne peux pas parler dans les détails, réserve, anonymat, tout ça, cette gestion de l’année qui fait « exploser des bombes » comme ça, ces urgences à résoudre, tout à coup, entre le milieu de la matinée et celui de l’après-midi – et ils se closent tôt, les après-midi, dans un collège – et les tâches qui s’accumulent et mes manquements aussi, mes faiblesses, les absences, cours ratés, grêve, bébé malade, les interventions qui chamboulent les emplois du temps, et ce cercle vicieux du moins j’arrive à en faire et plus ça me paralyse. Et que c’est ma situation familiale qui n’aide pas.
Ça ne change pas grand chose à comment je vais, dans quel état gère et tout le toutim. Et je ne sais pas quoi faire de ça. Alors je le pose là.

Une citation.

« Parfois, je m’entends parler, et je n’aime pas qui je suis. Ou plutôt, je n’aime pas la version de moi que je suis en train d’être. Ça dépend à qui je parle. La conversation, c’est comme le tennis, on s’adapte à l’autre. J’aime mes amis parce qu’ils me permettent d’être une version de moi que j’apprécie. D’une certaine façon, à travers eux, c’est moi que j’aime ».JI, Erwan. J’ai avalé un arc en ciel. Nathan, 2017. p. 62

12 février. Aujourd’hui l’imprévu

C’est le difficile équilibre du mercredi : s’organiser tout en laissant une place à l’impro et l’imprévu. Je me suis faite avoir quelques fois par une organisation trop stricte, un emploi du temps bien minuté, malgré les marges prévues. Les enfants, ça ne se laisse pas systématiquement anticiper. Alors forcément, sur un truc ou un autre, ça merdait. Et je le vivais franchement mal. J’ai tenté de me laisser totalement porter mais je me retrouvais trop souvent avec des moments vraiment pas cools à gérer. Alors je tente d’être entre le deux et surtout, je nous accorde de la souplesse. On arrive à en faire quelque chose d’assez sympa, en général, de cette journée sans école, sans crèche, sans travail et sans papa.
C’est une journée exigeante, que j’appréhende souvent un peu, qui tourne de temps en temps au cauchemar maternelle. Mais c’est aussi celle qui alimente le mieux ma relation à mes enfants, celle qui contient parfois un petit grain de folie, toujours une grosse dose de pourquoi pas. J’aime à croire qu’ils en garderont de bons souvenirs, de pique niques dans le salon, de frites offertes à l’improviste, de trésor de lectures à la bibliothèque, de temps de dessin assis par terre au musée, de parc, de course, de doonuts de la boulangerie pour le goûter, de corde à linge tendue dans la chambre pour faire sécher des peinture, de bataille de coussins et de cookies préparé à 4 et j’espère bientôt 6 mains.Moi, je ne les oublierai pas.

Une citation

« Je rapproche aujourd’hui la scène de la lettre et la nuit avec H. : la même impossibilité de convaincre, de faire valoir mon point de vue. Me la repassant encore, elle se dépersonnalise peu à peu. Ce n’est plus moi ni même Annie D au centre. Ce qui a eu lieu dans le couloir de la colonie se change en une situation qui plonge dans un temps immémorial et parcourt la terre. Chaque jour et partout dans le monde il y a des hommes en cercle autour d’une femme, prêts à lui jeter la pierre. »

ERNAUX, Annie. Mémoire de fille. Gallimard, « Folio », 2016. pp. 70-71

10 février. Aujourd’hui note.

Je note…
… Sur un coin de page, le nom d’une élèves et un code de manuel pour les enregistrer plus tard dans Cristal,
… Dans un mail, un pense bête que je m’envoie à moi-même,
… Des copies, le jour même où elles m’ont été rendues, qu’est-ce que je suis sérieuse !
… Dans mon Carnet, le planning que j’aurais aimé mettre en place pour une série d’intervention et face à face avec celui proposé par l’association pour mixer les deux et tenter d’obtenir quelque chose d’équilibré,
… Les lettres mon pseudo Twitter pour essayer d’en faire un anagramme sympa. Mais y a rien qui vient.

9 février. Aujourd’hui véhicule

Tours de roues, tours de roues.

Les quatre roulent sous la planche de Peanuts. Les huit sous la poussette tout terrain où chaloupe le bébé. Discrètement, sur nos écrans de téléphones dits intelligents, on compare les modèles de vélo : les tentatives du beau-père pour ressusciter le bmx d’enfance de Celuiquej’aime s’épuisent. Il va falloir à notre grand louveteau une nouvelle monture, plus adaptée à sa taille. C’est qu’il n’arrête pas de pousser, herbe folle…