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J’ai des idées pour détruire ton ego d’Albane Linijier (NiL éditions, 2019)

« Qui eût cru que son manque affectif pouvait aller jusque-là ? Angela ne peut pas s’empêcher de rire à chaque fois qu’elle y pense. Ça la rend dingue d’imaginer que quelque part en France, des gens dépensent leur argent à chercher ce qu’elle n’avait qu’à siffler pour voir accourir. Elle se dit que. A va bien leur prendre deux jours, Léonie aura eu la bonne idée de se cacher derrière une statue en place publique.

Angela a envie d’en parler, mais le chat des voisins constitue sa seule compagnie. Que gâchis, pour une fois…

« 

De l’enfance

Dans nos mercredis, il y a de plus en plus de l’enfant en moi. Aujourd’hui, l’enfant grand a demandé « Et si on allait faire un petit pique-nique au parc ». Maman Louve a refusé, son petit grand est convalescent, son petit petit aussi et le Grand Dehors est trop incertain dans les températures. Mais Moi l’Enfant a proposé un pique-nique dans le salon. On a sorti la nappe, on s’est installé au sol, on a mangé avec les doigts, au soleil s’invitant pas la fenêtre.

Plus tôt, on a joué ensemble à monter un très grand circuit et à faire tourner les trois trains. Les piles s’usant, ils n’allaient pas tous à la même vitesse alors on a jonglé, rajoutant à l’un des wagons retiré à l’autre mais peine perdue alors on a poursuivi et crié « accident ! », « attention ! », « Ouf ! sauvé ! » selon les cas, puis on a mis la plus lente sur une voie de garage et la plus rapide est tombé du pont, ce qui a fait rire mon louveteau aux éclats. Ce circuit de train , je le sais depuis que je l’ai mis sur sa liste d’anniversaire, c’est celui que je n’ai jamais eu, celui qui répare un truc à moi d’il y a bien longtemps. J’arrive à jouer avec l’enfant et non avec le train, pourtant. Mais tout de même, ça parle à celle-là qui n’a jamais totalement grandi en moi.

Un enfant dont on ne voit que les jambes et un bras joue avec un circuit de train en bois assis sur un parquet

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D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan (Éditions Jean Claude Lattès, 2015)

« l’une chez l’autre, de manière un peu cérémonieuse et organisée à l’avance. C’était la première fois aussi que j’allais chez elle et j’avais eu la curieuse impression, en entrant dans l’appartement, de pénétrer sur un décor

de cinéma. Tout semblait neuf, livré le matin même. J’avais pensé à cela, et puis L. m’avait servi un verre de vin et l’impression s’était dissipée.
J’ai terminé mon verre et j’ai commencé à parler à L. de mon projet autour de la téléréalité. Les choses se précisaient, j’avais en tête… « 

24 janvier. Aujourd’hui c’est long

Mon tout petit.

Neuf mois. L’âge que tu as fêté aujourd’hui. On l’a immortalisé, on a fait des photos, avec tes cheveux attachés en champignon sur ta tête, petit samouraï à la tignasse encore un peu pouilleuse.

Neuf mois. C’est un chiffre fort. Car voilà, mon enfant, maintenant, tu as vécu plus de jours en dehors de moi qu’à l’intérieur.

Et tu fais ça très bien.

Mais moi, ce soir, je me sens un peu « petite maman ».

Ça va passer. Et surtout, ne t’arrête pas de grandir pour moi. Fais ton chemin, ma puce, mon ourson, mon trigron, mon chouchou. Continue et moi, je continuerai à te voler des bisous dans le cou, tant que ça te fera rire aux éclats.

23 janvier. Aujourd’hui, mélange

C’est s’occuper des enfants au petit matin, déposer l’un à la crèche, l’autre à l’école, glisser un mot à la directrice de l’une puis de l’autre, alors que le matin, d’ordinaire, je file avant cela.
C’est aller en formation dans un lieu qui est d’habitude consacré à mes loisirs. C’est y côtoyer des collègues de cette vie mais aussi d’autres des précédentes, quand j’étais stagiaire, quand je n’étais pas encore profdoc, quand je n’étais pas maman.
C’est être heureuse que Celuiquej’aime soit de retour mais être tellement épuisée que je rêve d’écourter la soirée.
C’est trouver encore des lentes sur la tête de l’enfant petit mais ne pas cracher sur le temps de papouille à lui tripoter la tête.
C’est être maman, collègue, compagne, voisine, vieille, jeune, malade et drôlement efficace au regard des circonstances.

Citation

« Mais vers la fin des deux heures, alors qu’elle se débattait avec un Powerpoint pour nous montrer une vidéo (les vidéos, ça ne marche jamais ; jamais ; mais les profs ne se découragent pas, ils essaient toujours, c’est là où tout l’optimisme de la fonction apparaît dans sa forme la plus glorieuse), elle a grogné :

– Ça m’agace, ça m’agace ! Ah, la technologie ! »

Comme des images, Clémentine Beauvais