Toujours les fondamentaux

J’ai reçu deux photos.

MMS. De ma belle-mère.

Sur la première, Celuiquej’aime en train de regonfler son VTT.

Sur la deuxième, notre linge étendu.

La légende disait « Toujours les fondamentaux. Bises à tous les deux. »

Tous les deux, ce sont Popcorn et moi, restés chez nous, alors que Celuiquej’aime et Peanuts sont déjà Là Où C’est Haut. Avec ma belle-mère, donc.

Ces photos, on aurait pu les prendre l’année dernière. Ou celle d’avant. Ou la précédente et ainsi de suite pendant plus de dix ans. Ça fait plus ou moins une vie que Celuiquej’aime part là bas en vacances en août. Toute notre vie commune qu’on y passe au moins dix jours l’été. Ces séjours ce sont toujours déroulés en partie avec ma belle-mère.

Ces photos, elle le envoyait avec ce plaisir mêlé d’une pointe de nostalgie qu’on a à retrouver les moments qu’on aime. Elle voyait son ado réparer son vélo à cet endroit et le voilà toujours au même endroit faisant les mêmes gestes avec son fils à lui à côté. Et moi, je les ai reçues avec un agacement mêlé d’une pointe d’angoisse.

Et ça m’a fait réfléchir.

Si je suis chez nous alors que Celuiquej’aime et Peanuts sont déjà partis, c’est parce que j’ai refusé de passer plus de 7 jours là-bas en compagnie de ma belle-mère. Plus ça va, moins je la supporte. J’avais écrit ceci à son sujet fin 2016. C’est toujours valable si ce n’est que l’écart s’est accentué et que j’arrive encore moins à prendre sur moi.

Déjà l’an dernier, lors de la journée de route qui nous emmenait de notre étape de vacances précédente vers Là Où C’est Haut, mon humeur s’est rembrunie kilomètre après kilomètre. J’en avais envie de pleurer tellement j’allais là-bas à reculons. Quelques jours plus tard, j’apprenais que j’étais enceinte. J’ai très mal vécu mon séjour, de devoir la supporter et faire comme si de rien n’était, de chuchoter cette grossesse entre deux portes, et de m’exhorter à la patience.

Je n’y suis pas si bien arrivé, elle m’a dit ensuite plusieurs fois « j’ai bien senti que quelque chose n’allait pas, tu étais à cran ». J’étais à cran à la base parce que sur les quatre semaines de vacances que nous avions, une entière se faisait en sa compagnie. Mais c’est tellement plus simple de se dire que tout était la faute de ma grossesse, hein.

Quand il a été question de retourner là-bas cette année, j’ai décrété que le séjour ne devrait pas excéder 7 jours. Celuiquej’aime était d’accord puis quand on a organisé les vacances et qu’on s’est retrouvé avec un trou de trois jours avant de nous rendre là-bas, il a voulu prévoir un séjour plus long. Je n’ai pas cédé et c’est ainsi qu’on se retrouve à un peu plus d’une heure de route l’un de l’autre depuis hier et jusqu’à samedi.

Je n’ai pas envie de revenir ici sur le pourquoi aller là-bas en vacances. J’espère que vous comprenez que si Celuiquej’aime a choisi de nous laisser trois jours Popcorn et moi, il m’est difficile de décider que non, nous n’irons pas du tout. Pour de multiples raisons, les choses se font ainsi. Je pourrais sans doute décider de ne pas y aller du tout, moi, mais je ne suis pas certaine d’accepter d’assumer les différentes conséquences que cela aurait.

Enfin, ce n’était pas le propos que je voulais tenir. J’en reviens donc à mes photos et ce qu’elles ont provoqué. Passé l’agacement de recevoir un message de ma belle-mère – car j’en suis rendue là, son nom sur mon téléphone m’insupporte – j’ai répondu ce qui me venait tout de suite « Les années se suivent et se ressemblent… » Puis j’ai effacé mes points de suspension pour les remplacer par un point d’exclamation, moins… mélancoliques.

Mais à la réflexion, si elles se ressemblent sur de nombreux points, elles sont aussi assez différentes.

Les meilleurs souvenirs que j’ai là-bas, ce sont les œufs au plat cuisinés à 5h30 en se maudissant d’avoir eu l’idée de partir en randonnée, les ascensions, et les sommets avec leurs panoramas magnifiques, effaçant le réveil très matinal. Ce sont les balades en pleine nuit jusqu’à quelques mètres des premiers arbres du bois pour regarder les étoiles là où il n’y a plus aucune lumière artificielle. Ce sont les siestes comme une buche. Ce sont les heures de lecture sous la tonnelle. Ce sont les cuisses qui brûlent après une descente en VTT. Ce sont les champignons. Ce sont les repas avec l’homme de nos montagnes. Ce sont les gratouilles au chien sur la terrasse.

Et tout cela, on ne peut plus le faire. Parce que des gens sont nés et que des gens sont morts. En résumé.

Et ce qu’il reste, c’est surtout de l’inconfort, parce qu’on loge dans une paire de studios vieillissant, dans un village de la taille d’un timbre poste – dans lequel on n’arrive pas toujours à téléphoner alors je vous laisse imaginer la connexion Internet. C’est encore plus de temps avec ma belle-mère. C’est une vigilance quasi permanente pour qu’elle ne colle pas Peanuts devant la télé au premier prétexte venu, pour baliser son rapport à la nourriture quand elle s’adresse à lui (bonjour le chantage à la nourriture, l’encouragement à manger toujours plus, l’interdiction de ceci ou cela si on ne termine pas son assiette…) C’est la fatigue en plus. C’est les heures au parc, le même seul et unique parc, rythmées par les interminables « Mamaaan ! Tu me regardes, hein ! » Et ce sont des heures et des heures en plus avec ma belle-mère parce qu’on n’est plus par monts et par vaux. Et cette année, il va y avoir les couches, les biberons, les pleurs, un bébé qui vit aux bras.

Je pensais que mon manque d’envie de monter là bas cette année concernait ma belle-mère. Il ma concerne en premier lieu, indubitablement. Mais je me rends compte qu’il n’y a pas qu’elle. Et je ne sais pas quoi faire de ça.

Je dois partir samedi.

Je ne veux pas y aller.

4 réflexions sur “Toujours les fondamentaux

  1. Je vais être un peu directe j’en suis désolée par avance. Sincèrement, je ne poserai pas de question soit je lui colle les deux enfants et je prends 7 jours à la mer,, soit tu prends tes deux enfants et tu vas là ou tu a envie d’aller :) la bienveillance et la résilience c’est joli mais si c’est pour se gâcher le plaisir .
    Personnellement, ma belle-mère, est venue ici une fois à Nouméa, 5 semaines insupportables, je peut te garantir qu’elle ne remettra pas les pieds ici . Mon mari a compris.

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    • Et bien je ne suis pas encore prête à faire ça. A rejeter une partie du peu de temps qu’on a de vacances tous les quatre. A créer des histoires supplémentaires avec ma belle-mère, qui est quelqu’un de très présent dans la vie de son fils donc dans la mienne par ricochet, toute le reste de l’année aussi. A rester seule chez moi parce que financièrement c’est peu envisageable de partir quelque part avec les enfants. A imposer ça au sein de mon couple. A assumer toutes les autres conséquences que ça aurait et auxquelles je ne pense pas forcément là ce matin.

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  2. Mon premier élan est de chercher des solutions pour toi, mais je sais que tu as retourné le problème dans tous les sens et que ce compromis pas idéal est tout de même celui auquel tu, vous, avez abouti. Bon. Les gens qui t’aiment et qui ne sont pas impliqués ont envie de te pousser à te faire passer d’abord, ou en tout cas à davantage te prendre en compte, mais tu n’es pas prête à le faire, et c’est ta décision.

    Alors je vais juste te dire que les vacances avec de jeunes enfants, même en mettant de côté la belle-mère, ce ne sont pas des vacances comme on en avait l’habitude. Que je me surprends à rêver de Club Med et que mon moi du passé ne comprend pas cette trahison. Que je commence tout juste, et uniquement avec la grande, à pouvoir faire des marches dignes de ce nom. Que depuis trois ans au moins, je fantasme sur le fait de louer un âne pour faire un bout du chemin de Compostelle, et que je me dis que dans deux ans, peut-être ce pourrait ne pas être une galère sans nom. Ne parlons pas des siestes. Que si K supportait le porte-bébé, certaines choses seraient bien différentes … et qu’en attendant qu’elles grandissent, je grappille des moments des moments de vacances au milieu de mes congés.

    Je t’embrasse,

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    • Tu as raison, tout cela est une étape. Tant de choses ont évolué avec la naissance de Peanuts puis maintenant celle de Popcorn. Dans l’ensemble, j’arrive à trouver des équilibres entre ce qui peut rester comme avant, ce qui a dû évoluer, ce qui est nouveau… Je crois que la difficulté avec Là Où C’est Haut c’est que beaucoup de choses ne peuvent plus se faire mais qu’elles ne sont remplacées que par des choses pas franchement sympas. Ou pas assez imposantes dans une journée/une semaine. Cette année se greffe que Popcorn est vraiment tout petit donc cette cohabitation avec Peanuts qui n’est déjà pas commode à la maison quand on a 3 pièces, un transat, un tapis d’éveil, une poussette, 5 porte-bébés différents, une baignoire où le grand aime passer 3/4 d’heure, des DVD pour éviter Gulli, et pas de belle-mère dans les pattes. C’est un endroit et une formule de vacances sur lesquels je n’arrive pas à apporter d’équilibre… Sans doute parce que trop de choses ne dépendent pas de moi.

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