Voilà, pareil

Je fais des lessives tous les jours sauf le mercredi, vidant chaque fois totalement ma panière, faisant tourner bien plus qu’à l’ordinaire le linge de maison.

Il faut dire, ma foi, que les épaules de mes vêtements épongent quotidiennement au moins un peu de bave et un peu de lait.

Je tire les volets du côté où se tient le soleil, j’ouvre ici, ferme là, fait faire des pauses au ventilateur, rouvre côté cuisine, pleurniche de ne pouvoir utiliser mon four.

Il faut dire que seul Peanuts parmi nous supporte bien cette chaleur.

C’est difficile d’écrire après tant de semaines sans. Tout se bouscule et à la fois rien ne vient. Je n’ai pas tant de choses à dire de la vie avec ce bébé. J’ai l’impression qu’elle se fait pour ma part avec beaucoup d’impatiences et peu de découvertes. Je suis plongée dans ce qu’on m’avait décrit sur ce fameux deuxième enfant, celui qui vient après, qui vient quand on connait. J’aimerais pouvoir expliquer cela à Peanuts quand je le sens inquiet, lui chuchoter « Mais comment peux-tu douter de ta place toi qui m’a faite mère ? » Je n’ai pas avec Popcorn ce lien d’absolu qui existait entre Peanuts bébé et moi. Il y a un autre chose, une confiance tranquille et une sorte de réciprocité : on compte l’un sur l’autre là où Peanuts s’abandonnait. Enfants différents, connexions différentes.

Ce bébé est Formidable. Peanuts était Épatant. Ils se ressemblent et se dissemblent à volume égal. Et moi… Popcorn me reçoit mère comme je le suis déjà, Peanuts suivait mon éclosion. L’ourson et le louveteau. On émerveille autour de moi, on répète combien Popcorn est un bébé calme et tranquille. « Un bébé facile ». Je ne sais pas ce que c’est, un bébé facile. Je sais que non, il n’est pas difficile d’être sa mère mais il n’a jamais été difficile être celle de son frère. Pas qu’il soit facile d’être parent pour autant. Disons que même quand il est dur d’être leur parent, il n’est pas difficile d’être leur mère. Je ne sais pas si vous m’entendez…

Mon travail me manque. Mes élèves, mes collègues, avoir une autre ambition pour ma journée que réussir à vider le lave-vaisselle et ne pas m’être retenue trop longtemps d’aller pisser. Parce que c’est ça, aussi, la vie avec un bébé que tout le monde trouve facile. Parce que les gens nous voient ensemble, quand notre deux est au plus proche du un, les bras, l’écharpe, les « a-euh » qu’il me dit à moi, les yeux plantés dans les miens ou la bouche proche de mon oreille, les tortillements que je différencie, moi, rot coincé, mal de ventre, envie de mouvements… Les gens voient moins ces moments où je suis totalement désarmée. Quand il hurle, par exemple, en voiture, que je ne peux pas le prendre, qu’on ne peut même pas se voir, que mon doigt dans sa main et ma voix ne font rien.

Il a eu deux mois, il grandit et ça change tout. La chaleur l’ensuque la journée et ça change tout. Elle nous interdit également de sortir en pleine journée et ça change tout. Il dort de mieux en mieux et ça change tout. Il suce son pouce, arrivant ainsi à se calmer seul parfois, souvent, selon les moments et ça change tout.

On vit ainsi depuis à peine moins de mille ans, lui et moi, dans la chaleur qui ôtent nos vêtements en journée. Il n’est pas né hier, lui. Mille ans, déjà, qu’on a passé quelques jours en tête à tête à l’hôpital, envoyés là-bas au cœur de la nuit par une bronchiolite « Que lui arrive-t-il Madame ? Il ne respire pas. Enfin si, puisqu’il pleure. Mais il respire très mal ». Mille et un ans, alors, qu’on était tous les deux dans le cocon de la maternité, ce sas entre l’avant et l’après.

Et mille ans, forcément, il y a des moments où c’est long. Mais il y a aussi les moments où c’est très confortable. Ceux où c’est doux. Là, voyez, il dort sur le canapé. Je l’ai sécurisé avec le coussin d’allaitement. On a changé ce matin les tétines des biberons. Il en a profité pour manger davantage mais toujours tranquillement. Il dort donc le ventre plein et je le vois, ce ventre, monter et descendre. On ne va pas tarder à devoir bouger, j’ai un rendez-vous pour rééduquer mon corps, vous savez.

Quelqu’un que j’aime et à qui je demandais comment ça aillait, tout récemment, m’a répondu « Écoute je suis un peu en peine pour te répondre, j’alterne entre les moments où j’ai l’impression que ça va et les moments où ça ne va pas fort. Et toi ? » Et ben pareil, voilà.