Causeries en vrac

Les livres en tissu trempent dans le lavabo. Les couseries jolies de mon amie Ambre, lingettes lavables et gants de toilette, sèchent sur le petit étendoir dans l’entrée. Le sac à langer contient depuis environ une heure des couches, des kleenex, des pipettes de sérum phy, deux bavoirs, un tapis à langer et un sac à choses à laver. Il attend que sèche les jolies lingettes. J’ai fait quelques courses, de petits trucs qui manquent et du saumon parce que Peanuts m’en a demandé, ce matin, sur le chemin de l’école et que je trouve ça épatant, quelque part, qu’il me réponde « Du saumon » quand je lui demande s’il a envie de manger quelque chose en particulier. J’ai choisi une bouteille de vin pour Celuiquej’aime, Mouton Cadet, béééé, et j’y ai collé une des étiquettes « Château de mon père » que j’ai faites faire il y a peu. Je l’ai cachée avec celle de vieux whiskey du Tennessee que j’ai mis de côté il y a deux ou trois semaines. Petit cadeau de naissance.

Dehors, il pleut.

La caissière m’a un peu grondée. « Vous auriez dû passer devant… » J’ai haussé les épaules « Le monsieur m’a vue et n’a pas fait mine de bouger, je n’étais pas à un caddie prêt ». « Je ne vous ai pas vue, moi… » s’est-elle excusée. Je l’ai rassurée, je m’en étais bien rendu compte. « Je suis à deux semaines du terme, si ça doit le faire arriver, ce n’est pas bien grave ! »

Je le souhaite sans doute un peu.

Celuiquej’aime est en formation. « Mais je reste joignable ! » Il m’a établi un protocole. « Envoie moi plutôt un texto d’abord. Et si je ne réponds pas tout de suite, tu m’appelles ». J’ai ri « Oui, enfin, je peux te laisser le temps de sortir de la salle pour m’appeler. Si c’est urgent au point qu’il faut que je t’ai dans la minute, c’est plutôt le SAMU que j’appelle ». Il en a convenu. Il est parti à sa formation. Ce serait bien qu’il la termine, elle est importante.

Peanuts est né un jour de pluie. Enfin, une nuit de.

Le terme approche et j’ai envie de rajouter « dangereusement ». Je ne m’étais pas préparée à ça et j’y travaille en temps réel. Une part de moi était convaincue que ce bébé naîtrait à 37 semaines, comme son frère. Cette part se délite, force des choses, on est à 39, et laisse place à des stress inédits : et si on arrivait au terme ? et si on arrivait au déclenchement ? Je ne sais pas à quel point c’est rationnel mais j’ai moins peur d’une césarienne d’urgence que d’un accouchement provoqué. La césarienne avait déjà cela de rassurant lors de ma première grossesse que rien n’y dépend de moi. Je ne risque pas de mal pousser, mal m’y prendre, mal géré, je n’ai pas a décidé si ma limite de douleur est atteinte, péridurale ou pas péridurale, non, je ne risque aucune erreur. Je ne souhaite pas, non, en arriver là. Je n’ai pas envie, pour cet enfant, qu’il ait été forcé à sortir alors qu’il n’était pas décidé. Je ne m’ôte pas de l’idée que tant qu’il reste, il grossit et que j’ai déjà trouvé ça dure avec son frère qui était pourtant petit.

C’était également un mardi. Peanuts. Sa naissance.

Il y a eu ce rêve. Je le pose ici aujourd’hui parce que peut-être que ce sera drôle, ou curieux, et que si je l’écris après, ça ne marchera pas de la même façon. Dans la nuit de samedi à dimanche, j’ai rêvé mais je ne me souviens guère de quoi. Ce n’était pas lié à la naissance, ni même à Popcorn. Il me semble, maintenant que j’écris, qu’il y avait des enfants, et quelque chose comme une cabane. Ce qui est resté clairement inscrit à mon réveil, ce sont les mots « dans la nuit de mardi à mercredi ». Je sais qu’ils revenaient dans ce rêve, qu’ils tournaient entre ses acteurs, c’était quelque chose d’important, d’essentiel. Dans la brume du matin, après un mauvais sommeil, les pieds de l’un cognant mon ventre, les pieds de l’autre, réfugié cauchemardeux du milieu de nuit, poussant mon dos, ces mots-là ont flotté, comme une annonce. Depuis dimanche, je me demande : était-ce une annonce ?

Le calendrier est formel, on est mardi.

J’ai accompagné l’Enfant Cahouette à son école. « – Un bisou ? – Non, j’ai pas envie » Il n’en a jamais envie. Dans son cartable, il y avait les documents d’inscription pour l’année prochaine, un grand bavoir pour la semaine de cantine, une tétine, un doudou (mais pas Doudou), et sa boite à gouter avec une compote pomme fraise et un maxi cookie choco à l’oeuf de Pâques. Il portait sa parka de pluie et ses bottes, mouillées car on a rencontré des flaques sur le chemin. Il a monté les marches sans se retourner. Il ne se retourne jamais.

Aujourd’hui, ils devaient aller au cinéma. Je ne sais pas si la pluie l’empêchera.

Mes pulsions alimentaires se sont brutalement tues sous le rire narquois de la balance, l’autre matin. Elles s’étaient modérées, prenant une forme moins impérieuse, plus… comme… beurrées sur la longueur de la journée. Quasi organisées : il me semble bien que c’est la première fois que je cuisine pour ma compulsion, des biscuits, en l’occurrence, grignotés au fur et à mesure des heures. Puis paf, jeudi dernier, ce gros chiffre, absolument pas surprenant au regard des circonstances mais sans doute symbolique, surtout une fois soustraction faite de celui d’août. Depuis, rien. Non, pas rien. Tout. L’envie, oui, de manger, de sucre, de ces biscuits qu’il reste, des chocolats de Pâques, ces pensées qui y reviennent bien souvent, surtout à la fin du repas, surtout quand je suis seule dans l’appartement. Mais pas cette autorité à laquelle je ne sais refuser. Aucun écart, non. J’ai même rajouté des légumes dans mon assiette là où le menu n’en prévoyaient pas pour Peanuts et Celuiquej’aime (le premier profitant de l’occasion pour demander à personnaliser également les siennes à grand renfort d’olives et de betteraves). Je ne suis pas dupe : je reviens à un contrôle, disons, substantiel, de mon alimentation, ce qui n’est pas ce qu’on peut appeler sain. Je prévois sur plusieurs repas, j’anticipe, je réfléchis où caser un biscuit car clairement ils sentent trop bon en équilibrant le reste, je compte presque, analysant bien qui de la faim et qui de la pulsion, cédant, dans le doute, en pensant au bébé et aux besoins de grossesse. A la fin de mon dernier rendez-vous psy, je lui ai demandé de noter qu’il fallait qu’on en parle, la prochaine fois. Je ne pourrai pas y échapper, c’est bien.

Je ne serai pas fâchée de retrouver seule l’usage de mon corps, d’ici peu, je crois.

Les livres en tissu sèchent, maintenant, sur l’étendoir à côté des lingettes. Sans doute que j’en ajouterai un au sac à langer, tiens, quitte à trimballer un tel sac. A midi, je vais troquer les tomates contre des carottes, finalement. Je vais peut-être réussir à terminer cet épisode de série déjà interrompu 2 fois. Mais je suis tentée d’avancer mon livre, un peu pour m’en débarrasser, je ne crois pas trop à cette lecture. Profiter que les jours s’étirent, le temps va bientôt être bien malmené.

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