C’est plus compliqué que ça

On me demande comment ça va. Plusieurs fois par jour. En ligne, en direct, par téléphone. Un peu plus que d’habitude. Et dans ces « ça va », on m’ouvre le plus souvent la porte pour un peu plus que le « ça va ! et toi ? » d’ordinaire attendu. Ma difficulté, c’est que je n’ai pas vraiment de réponse à cette question.

En premier, j’ai envie de répondre « ça va ! » parce que globalement, je me sens comme ça, ça va.

J’ajoute rapidement, parce que c’est assez facile et très vrai, les maux physiques. Je me sens lourde, mon ventre tire, mon utérus appuie sur mes intestins et ma vessie, j’ai du mal à trouver une position confortable d’une manière générale mais surtout pour dormir et quand j’en tiens une, elle est loin de convenir plusieurs heures, donc ça me réveille, je me rendors difficilement, mes nuits sont déjà en pointillées, en fait, j’ai envie de marcher mais je le fais très lentement et me fatigue très vite, surtout si ce n’est pas à plat. Malgré tout, j’arrive, la plupart du temps, à ne pas avoir mal et à être installée plutôt confortablement pour un temps. Je continue de savourer les mouvements de Popcorn depuis l’intérieur. Je ne me sens pas (encore ?) au bout, à bout, comme j’ai pu l’entendre par des femmes proches du terme.

Après, et bien, la vérité, c’est que ça dépend des moments.

Je stresse. Quand ce n’est pas pour une chose, c’est pour une autre. Ça concerne, en vrac, le bébé, moi, mon corps, l’accouchement, le bébé, Peanuts, les rendez-vous à honorer, le bébé, devoir circuler, devoir circuler seule, le baby blues, ma belle-mère, le bébé, Celuiquej’aime, la maternité, les Soignants, le bébé… Il y a des objets très objectifs et d’autres beaucoup moins. Il y a beaucoup d’exagération par moment, je me fais des montagnes, pas tant à d’autres. Ça arrive par vagues. Ça passe. Ça revient. Je gère plus ou moins bien. Je remercie Twitter d’exister cent fois par jour et goutte ma chance d’avoir rencontré ces personnes de ma TL.

J’ai des angoisses du soir. La lumière baisse, une boule dans ma poitrine enfle. Pas forcément autour de quelque chose de précis. C’est un état général. Ça dure deux heures, trois. Oppression, malaise. Ça s’apaise dans la soirée mais ne disparait totalement qu’au matin. C’est arrivé avec le changement d’heure. C’est pire depuis que Peanuts est en vacances chez son grand-père donc que mes soirées sont plus calmes. Je ne sais pas quand, si, ça cessera.

Peanuts me manque. Je sais que l’envoyer en vacances ailleurs est la meilleure solution, je suis trop fatiguée, pas assez mobile pour qu’il passe de bonnes vacances, je suis trop proche de la naissance pour prendre le risque d’être seule avec lui longuement à l’extérieur. Mais je le ressens comme une démission. Et même un peu une trahison. Parce que je me consacre, du coup, à Popcorn exclusivement. Parce qu’il ne sait pas vraiment qu’il se peut qu’il m’ait vue enceinte pour la dernière fois, que la prochaine fois que je le verrai, il ne sera peut-être plus le seul enfant dans mes bras. Parce que j’ai envie de lui dire que je l’aime vingt fois par jour en ce moment mais qu’il n’est pas là pour l’entendre.

Je suis impatiente de savoir comment les choses vont se passer. Comment je vais vivre mon accouchement, comment Popcorn naîtra, comment je me sentirai ensuite, comment il va être, à quoi il ressemble, comment Celuiquej’aime sera en papa-deux-fois, comment Peanuts réagira, quel rythme on va trouver… Sans être impatiente que la grossesse se termine.

Depuis cette nuit, je suis prête à ce qu’il arrive. Je sens que j’ai accueilli différemment les rêves, les douleurs. Je ne suis pas pressée mais là où l’idée que le travail commence m’insufflait surtout de la peur, je ne la ressens plus ainsi. Hier, j’ai bouclé ma valise de maternité. Enfin, ma… Mes valises. Bref, les affaires sont prêtes.

Je suis un peu perdue dans cette organisation sous laquelle rebondi en permanence un « sauf si… » On se voit lundi. Sauf si… Les courses seront livrées vendredi. Sauf si… Il faudra appeler D. Sauf si… Sauf si Popcorn est né, sauf si je suis déjà à la maternité, sauf si j’y suis encore, sauf si c’est plus court que prévu, sauf si c’est plus long qu’on imagine. Sauf si… J’aligne des rendez-vous, je note, je prévois, j’essaie. Mais c’est bancal, toujours, un peu. Mon quotidien est un dahut.

La grand-mère de Celuiquej’aime est décédée et je ressens face à cette mort une sorte d’indifférence qui ne me ressemble pas. Je me sens plus prise par les affres de la jeune Barbe dans mon roman* du moment que par cette mort pourtant réelle. Quand je lui ai appris la nouvelle, Peanuts a commenté ainsi « Ben moi je suis pas triste ». Et bien mon petit loup, moi c’est pareil, je suis pas triste.

Je me sens sur la défensive vis à vis de pas mal de monde. Je me prépare à « protéger » Popcorn de bien des choses mais surtout, de bien des personnes. Je me prépare à me protéger moi, aussi, ce que je n’ai pas assez su faire à la naissance de Peanuts. Ces jours-ci, je me rends compte combien j’ai mal vécu beaucoup de moments après sa naissance. Plusieurs semaines sont entourées dans ma mémoire d’un brouillard cotonneux. Je n’étais pas moi-même. Je ne sais pas comment échapper à cela. Je ne sais pas comment ne pas être excessive dans cette position défensive. Je sais que mon « trop » en la matière est probablement laaaaargement au dessus de celui de mon entourage. Vu d’ici, il semble que ce serait un bon moment pour redistribuer certaines cartes. Je ne me sens tout de même pas capable de le faire…

Et au milieu de tout ça, je me sens globalement bien. Je n’ai pas particulièrement envie d’être quelqu’un d’autre, d’être ailleurs, ou d’être à un autre moment. Je me sens bien chez moi. J’ai même bien vécu le retour de la pluie. J’arrive de nouveau à lire. Je regarde Netflix. J’avance une lettre. Je tweete. J’ai la sensation de prendre mon temps. Et ce n’est pas forcément désagréable.

 

(*Instruments des ténèbres de, toujours remarquable, Nancy Huston)

 

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