Installations

De tout petits vêtements ont séché chez nous tout le week-end, tantôt au soleil, tantôt à l’intérieur. Ce matin, trois si petits pyjamas attendent sur les barreaux du lit de bébé, achevant de se déshumidifier cette nuit. Parmi eux, celui que porte Peanuts sur son faire-part de naissance. Deux jours – huit, même – que se mêlent ainsi les préparatifs de l’arrivée du bébé-qui-vient et les souvenirs de ce bébé-qui-est-venu, maintenant si grand. Ce pull, ces rayures, cette couverture, ce nid d’ange.

Les tailles sont absurdes. Comment un être humain tout entier peut-il, d’aussi peu de tissu, s’habiller des orteils au menton ? Je n’y crois pas, ma mémoire, les photos, les étiquettes, toutes mentent. A l’inverse, à quoi rime ce lit immense ? Quand on l’a descendu, je suis certaine qu’il était plus court de 30 bons centimètres. Il a forcément poussé, à la cave, comme une plante. Après tout, il a été arbre dans une de ses vies. Ou alors a-t-il trouvé les biscuits, suivi l’injonction, « Eat me », croc, paf, huit barreaux supplémentaires. Allez savoir ce qu’il se trame dans les sous-sol aux heures grises.

Bébé s’installe. Enfin. Cela vient d’un coup, moi j’attendais, je piaffais. La chambre, les placards, la voiture. Mon ventre s’élance encore vers l’avant, les mouvements qu’il abrite ondulent à sa surface, se glissent dans la main qui vient les chercher. Bébé s’installe.

Bébé ne se prénomme pas encore. Ou l’a-t-il fait mais son père n’a pas encore entendu. La nuit, quand je rêve de lui, il s’appelle. Bébé se prénomme peut-être, en fait.

Bébé occupe, m’occupe, s’affiche. Bébé patiente, se peaufine, s’entraine. Bébé est là, n’est pas encore là, mais il est là.

 

 

Fauchée

Ça s’est compliqué. L’Hiver.

Il y avait de la fatigue, trop, qui tombait, paf, écrasante, comme des attaques. C’était impossible de toute mener de front alors je ne l’ai pas fait : arrêt de travail. Quinze jours mais je savais que ce serait prolongé. L’année scolaire continuera sans moi, allez-y, les gars, je vais vous ralentir.

Je le prenais plutôt bien. Je me disais que j’irai marcher tous les matins, que j’essaierai de faire de la pâte à gyozas, que la panière ne dégueulerait plus de linge, que ma pile à lire mincirait, que mon abonnement Netflix serait sur-rentabilisé.

Puis. Virus, microbes, bactéries, fièvre, toux, lit, KO.

Allez, l’affaire de 5 jours, 7, 10 au pire. C’est ce que confirme le médecin.

Sauf que non, ça ne passe pas. La toux, en particulier, est installée, à toute heure, le jour, la nuit, surtout la nuit. Je les traverse quasi assise, tantôt dans mon lit, tantôt au salon. Certaines heures, je les vois dix, douze fois affichées en digital. D’autres disparaissent tout de même. La fatigue devient lancinante, le corps ralentit, les courbatures, la fièvre, la tension, je suis à plat. Le moral aussi. Je culpabilise de n’être là pour personne, mon fils né, mon fils pas encore né, moi. Les jours alternent. La toux reste. Deuxième visite chez le médecin. Sirop, 5 jours, ça va aller. Ça ne va pas. Troisième visite. 17 jours, docteur, 17 jours que je tousse. Côté gauche, mes côtes ont démissionné. J’ai mal, surtout quand je tousse. « Et quand vous ne toussez pas ? – Je ne sais pas, je tousse tout le temps » On s’est sourit. « Ça dépend les gestes. Si je ne soulève rien, ne me penche pas, ne me tourne pas de ce côté, ça peut aller ». Elle pense à une déchirure. Le muscle, crac, surmenage. Elle écoute à nouveau mes poumons. Ce coup-là, antibiotiques (moi qui croyais qu’on ne pouvait rien prendre enceinte, je découvre qu’on nous ment. Encore.) Depuis hier, donc. 5 jours, ça va aller. Je doute un peu, quand même, je commence à être échaudée. J’attends voir. Si tout le monde s’accorde sur une chose c’est à me répéter que je dois être patiente. Tout le monde a raison, sur ce coup-là.

Ça s’est compliqué. Et je suis fatiguée, si fatiguée par moments. Mais bon, 5 jours, ça va aller.