Rentrer. Ou pas. Un peu, quoi.

Depuis le début septembre, je dis des choses à mes élèves comme « oui ce sera toujours comme ça avec moi », « au mois de mai, les équipes s’affronteront dans un défi cordial, dont nous serons les arbitres », « ne t’en fais pas, on réglera ça en juin quand tu rendras tes manuels », « ça, c’est prévu pour début avril »…

Et je leur mens. Oui, le problème sera réglé en juin. Mais pas par moi. Oui, le défi aura lieu en mai. Mais je ne serai pas arbitre. Oui, c’est prévu début avril. Mais je ne serai pas là pour vérifier que ça se met bien en place. Oui, ce sera toujours comme ça avec moi. Mais je ne serai pas là toute l’année.

Enceinte de Peanuts, j’ai commencé l’année avec un arrêt prévu pour début décembre, un ventre rond comme le monde. Bien qu’il ait été prévu que je commence et termine l’année scolaire (mon arrêt débutait en décembre et courrait jusqu’en avril), j’ai eu un mal fou à mobiliser les élèves pour mes cours et avec celleux de la cohorte de 6e de cette année là, celleux qui ont quitté le collège en juin dernier, il y a toujours eu comme un lien qui ne s’est jamais créé. C’était clair dès la rentrée que je partirai en cours de trimestre. Mon col l’ayant imposé, j’ai quitté, sans pouvoir prévenir les élèves, mon poste un mois avant la date prévu. J’ai été remplacé seulement 5 ou 6 semaines après, à mi-temps, par quelqu’un qui travaillait aussi sur 2 autres postes… Quand j’ai repris, à mi-temps également, je n’ai pas eu tout le monde en cours. Selon les jours, les élèves la voyaient elle ou me voyaient moi dans leur fréquentation libre du CDI. Je n’arrivais pas à retenir les prénoms, je m’embrouillais tout le temps…

J’ai commencé cette année-ci alors que je n’étais pas tout à fait au bout de mon premier mois de grossesse. Il n’était pas temps de dire quoique ce soit aux élèves. Et les 6e en particulier ne vivent pas bien les flottements donc j’ai choisi de commencer l’année comme si j’allais la faire en entier. Mes cours sont prêts tels quels, d’ailleurs. Un an de cours, d’évaluations, de correction, que j’ajuste au fur et à mesure de l’année mais ce n’est pas un mensonge de dire qu’il est prévu que soit abordée telle séquence à tel moment de l’année, selon comment les choses se passent d’ici là. De la question de l’omission.

Maintenant, je ne sais pas trop comment m’y prendre avec elleux. Je peux faire le choix de leur annoncer la nouvelle ou celui d’attendre qu’iels me posent la question. Leur annoncer suppose que je le fasse bientôt, parce que sinon, mon anatomie risque de me dénoncer avant que je ne le fasse. Attendre peut demander du temps selon les élèves. Certain.e.s ont l’œil affuté. D’autres… Et bien des élèves m’ont demandé à mon retour de congés maternité pourquoi j’avais été absente il y a pas loin de 4 ans, et ont découvert que j’avais eu un enfant alors qu’iels m’avaient eu en cours enceinte de 7 mois, donc…

Je sais que moi-élève-de-6e, j’aurais préféré que ma prof nous en parle avant qu’on se demande si on a bien vu ce qu’on a vu puis qu’on envoie une grande gueule demander à un.e, courageux.euses mais pas trop, autre prof si c’est vrai que, peut-être à un deuxième selon la première réponse obtenue, pour finalement, dansant d’un pied sur l’autre, aller voir à deux ou trois la prof et lui dire quelque chose comme « Madaaaame, on peut vous demander un truc ? Y en a qui dise que vous êtes enceeeeeeeinte, c’est vraaaaaai ? » Mais je sais aussi que mes élèves ne sont pas moi élève, je le vérifie très souvent. Et je ne sais pas si cela aurait l’effet escompté. A savoir que ce que je cherche, c’est à garder le lien que j’ai instauré avec eux dans les semaines de septembre et octobre.

Alors me voilà à quelques jours de ma reprise avec cette interrogation là…

… et cette non envie de reprendre, chevillée au corps.

J’ai commencé cette année sur un faux rythme, épuisée par mon premier trimestre de grossesse, pleine de trous de mémoire, d’inquiétudes, de petits mensonges (bouh, ce prétendu vilain mal de dos qui m’a fait courir les couloirs à la recherche d’aides pour porter mes cartons). J’ai lancé les projets prévus à l’année, après discussions avec les collègues concerné.e.s, en sachant que je ne les verrai pas aboutir. J’ai commencé à réfléchir à la manière de m’organiser pour que limiter la casse si je suis remplacée par quelqu’un qui ne connait pas vraiment le métier. (Hum).

J’ai gardé un pied dehors. Parce que c’est compliqué de se mettre à fond dans deux gros projets tels qu’une année scolaire et la fabrication d’un bébé, sa naissance et pfioulalala, ben la vie qui s’en suit. Parce que je me protège, que je sais que je peux être arrêtée du jour au lendemain et que le collège, le CDI, tout tournera sans moi, et que je ne veux pas mal le vivre.

Mais alors là, reprendre… Corriger des copies alors que j’ai juste envie de chiner une table à langer et de réorganiser la chambre de Peanuts, brainstormer pour le prochain numéro du journal quand j’ai envie d’acheter des vêtements minuscules, de parler dans l’air avec une main sur mon ventre, de lire les livres du défi lecture alors que je passerai des heures dans le dictionnaire des prénoms…

ça n’a pas l’air, comme ça. Mais c’est toujours plus compliqué que ça.

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