Bref. J’ai fait le ménage

Mercredi, 13h44. En vrac, j’ai.

Pris une douche.

Mis de l’ordre dans l’appartement.

Fais un masque à l’argile rose.

Habillé Peanuts, en trois fois.

Habillé mon corps personnel. En une seule fois.

Pris un petit déjeuner.

Lancé le DVD d’Azur et Asmar.

Lancé le disque de La Baleine bleue de Steve Warring.

Peins un cheval et des visages. Gardé le cheval, jeté les visages. Dessiné deux personnages au crayon gris. Géré une séance peinture avec un Peanuts très enthousiaste qui a peint une route avec deux voitures et un perroquet, une feuille tout en orange, une feuille en orange et en blanc, un « truc, c’est joli maman ? » et un peu la nappe mais c’est pas grave, elle est faite pour ça.

Eu des tas de conversation avec Peanuts. Pas forcément longue mais intéressantes.

Préparé un repas qui a eu un succès certains auprès de mon fils alors que ce n’était même pas des pâtes ni des saucisses.

Lu a Peanuts 5 livres, non 4, euh, attendez… Le Petit Prince en BD (une hérésie pour laquelle il a eu un coup de cœur sur une étagère de la bibliothèqueObelix et compagnie, l’histoire du loup qui se déguise en grand-mère pour manger le petit chaperon rouge mais ça ne se passe pas comme prévu… Ah ben non, 3, en fait.

Nettoyé la bouilloire et la carafe au vinaigre ménager.

Répété « Sur le canapé, on est assis ou couché. Pour être debout, tu peux en descendre », « Sur le lit, on est assis ou couché. Pour sauter, tu peux en descendre », « Je n’ai pas compris, tu peux enlever la tétine et me répéter ce que tu as dis ? », « Je ne sais pas. Viens, on va chercher » et « Qu’est-ce que je t’ai demandé ? » un bon nombre de fois.

Et aussi, j’ai fais le ménage de toutes les pièces de l’appartement.

Ça, c’est une histoire, ni drôle ni même originale. Elle commence au sein d’un couple dans lequel les tâches ménagères sont réparties plutôt équitablement. Pas forcément tout le temps mais l’un dans l’autre, en lissant sur l’année, ça tournait bien. Un couple, mon couple.

Il y a toujours cette tendance, tout de même, cette tentation. Bien que travaillant à plein temps, mon statue d’enseignante ma toujours assurée les mercredis de libre et ainsi que les vacances scolaires. C’est bien facile d’attendre à ce que celui des deux qui est plus souvent à la maison en fasse un peu plus. Surtout quand celui des deux, c’est celle, n’est-ce pas ? Alors pas tant sur le mercredi, sans doute, mais en période de vacances, bien certainement. Mais ça restait ponctuel, passager. Et il est difficile de réclamer à la personne qu’on aime d’assurer sa moitié de tâche alors qu’on a soi-même passé les deux journées précédentes à avaler une saison entière de série en DVD, sachez le.

Puis je suis tombée enceinte. Une grossesse plutôt cool qui ne m’a pas interdit grand chose, dans mes activités. Moins de 24h avant la naissance (surprise car très en avance sur la calendrier prévisionnel) de Peanuts, je remplissais, par exemple, le frigo pour, pensais-je, une bonne semaine. (Pour l’anecdote, cela a sauvé les meubles car quand je suis rentrée de la maternité 6 jours plus tard, on a mangé sur ces courses là pendant quelques jours. Ça n’a pas vidé les panières à linge, par contre.) Autant dire que le partage des tâches s’est plutôt bien maintenu jusque là.

Puis. Et bien, vous savez. Le congés maternité, qui fait que la femme est chez elle, pendant que l’homme travaille. D’autant que le mien, d’homme, il venait de changer de poste donc il en avait beaucoup, du travail, et tout ce qui va avec de préoccupation, stress et tout le toutim. Passé le chaos des premiers jours, la désorganisation totale des premières semaines, on a commencé à trouver un rythme.

Alors j’en entends qui pense « Oui, mais bon, son mec, il se levait, la nuit, pour donner des biberons », « Oui mais quand elle allait voir son psy, il se rendait disponible pour garder le môme », « Oui mais il faisait des choses, quand même ». Oui, il faisait ça. Parce que mon mec à moi n’est pas un connard misogyne et qu’en plus, il a compris qu’il est le père de notre enfant, que j’en suis la mère et que ça signifie qu’on est tous les deux ses parents. Il n’empêche que s’est installé un rythme et une organisation dans laquelle la répartition des tâches n’étaient plus équitable. D’autant que les tâches, elles ont augmenté. Non, je ne parle pas seulement de la quantité de linge, de draps, ou de surface à laver, je parle du nettoyage des biberons et de la chaise haute, de la préparation de repas spécifiques pour un nourrisson, je parle du bain à donner, de la poubelle de couches à vider, de la housse de la table à langer à changer. Je parle des rendez-vous chez le médecin à prendre et à assurer, des vaccins à aller chercher, du serum physiologique à avoir en quantité, des courses de liniment dans cette pharmacie précise qui vend cette marque précise et la bouteille 3€ moins cher qu’ailleurs et qu’au rythme ou elles passent les bouteilles, ça vaut le coût. Je parle du suivi des repas, de la surveillance de la couleur des selles, de la prévision des besoins en couches, de penser à remettre des kleenex et des carrés de coton dans le sac à langer. Je parle des soins à donner, des vêtements à acheter dans la taille du dessus, du dossier de la crèche à rapporter avant la date butoir, du chèque à faire pour le carnet de photos, des livres à rendre à la bibliothèque. Je parle des contraintes horaires, de la flexibilité indispensable et de l’adaptation permanente parce qu’à peine un truc est stable que déjà il change. Je parle d’être parents d’enfant en bas âge.

Et alors là, l’équilibre équitable des tâches, ha ha ha. Et je ne parle même pas de la charge mentale.

On a tout de même réussi à retomber plus ou moins sur nos pieds, l’un dans l’autre, en particulier depuis que Peanuts mange la même chose que nous (en gros, ses 18 mois, et non, je ne veux pas lancer un débat là-dessus).

Sauf que depuis des semaines et même des mois, les tâches qui reviennent à Celuiquej’aime « sur le papier », j’en assure une partie. Et surtout, que le ménage, ça devient toute une histoire. Parce que pendant qu’il le fait, il râle, rouspète, claque les portes, jette des trucs qui n’étaient pas forcément à jeter, qu’il s’agace, n’a pas envie, le fait quand même, le fait comprendre. Et surtout, parce qu’une fois qu’il l’a fait, Celuiquej’aime ne supporte pas qu’on dérange ce qu’il vient de ranger, qu’on salisse ce qu’il vient de laver. Et qu’en fait, ça dure jusqu’au milieu de la semaine. Logique ? Oui. Non. Ça dépend. Parce que, par exemple, quand il range mon bureau, il empile les papiers qui sont dessus. Et que pour les utiliser, j’ai bien besoin de les désempiler. Ce qu’il prend comme une mise en désordre de ce qu’il a rangé. Parce que Peanuts, qu’on vienne de ranger sa chambre, ça lui fait ni chaud ni froid, qu’il veut jouer, ou lire, et que donc il récupère le jouet, ou le livre, qu’on a rangé deux minutes avant. Que, accessoirement, il fait ça toute le temps, même quand je range sa chambre dans la semaine, c’est-à-dire quasi tous les jours. Parce que trois gouttes d’eau sur le sol de la salle de bain en sortant de la douche deviennent « avoir salie toute la salle de bain ». Parce qu’une trace de sauce tomate sur le plan de travail alors que je viens de terminer de préparer un repas pour trois en rentrant d’avoir fait les courses se transforme en « Je vais arrêter de faire le ménage, ça sert à rien ! ». Parce qu’il arrive, à trois ans et demi, qu’on se rate en faisant pipi et qu’il y ait des traces sur la lunette voire le sol des toilettes. Parce qu’en fait, cet appartement, on y vit, quoi.

Et que je ne supporte plus ça.

Dimanche dernier, Celuiquej’aime a boudé une bonne partie de l’après-midi. Partie de l’après-midi que j’avais demandé à consacrer à un salon du livre auquel je voulais aller, ça me tenait à cœur. « Qu’est-ce qu’il y a ? – Rien ». « Pourquoi tu fais la tête ? – Je fais pas la tête. » On y a été, oui, à mon salon du livre. J’ai eu des exemplaires dédicacés, parlé à deux auteur·e·s que j’aime beaucoup. Mais j’en garde un sale goût. « Ne dis pas qu’il n’y a rien, tu boudes ! – Non, je boude pas ». Tout en marchant 20 pas devant nous, en ne disant rien d’autres que les mots indispensables.

J’ai compris ensuite que c’était à cause du ménage, du rangement, de ce qu’il a fait, ce dimanche matin (pendant que je faisais les courses, parce que la veille, on était dans sa famille pour la journée). De ce que Peanuts et moi on a fait ensuite.

J’ai donc décidé de faire le ménage le mercredi, de lui libérer cette matinée par semaine dans laquelle il consacre deux heures à notre appartement, en prenant sur le temps qu’on passe ensemble, Peanuts et moi. Je lui ai proposé, en échange, qu’il établisse les menus de la semaine, parce que ça me pèse, de devoir choisir les repas, varier mais pas trop, équilibrer, rester dans des quantités qui satisfassent son appétit, dans des préparations que Peanuts accepte de manger. Il a dit qu’on verrait. ça ne lui parle pas, cette histoire de menu. N’a pas voulu en reparler. J’ai tout de même fait le ménage aujourd’hui. Même s’il avait été fait dimanche. Je ne lui laisse pas le choix, j’ai besoin que ça change.

Et c’est avec une sensation de libération, que j’ai fait ce ménage. Cette sensation d’acheter la liberté de ne pas surveiller chaque geste, chaque goutte, chaque grain de farine. La liberté de salir mon appartement en y vivant puisque c’est moi qui nettoie.

Alors que ce que j’ai fait ce matin, c’est déchargé mon mec d’une par non négligeable de ses responsabilités et de sa charge mentale sans garantie qu’il en fasse autant pour autre chose que je porte. Et je l’ai fait de moi-même, sans qu’il ne demande ni n’exige rien.

Alors que ce que j’ai fait ce matin, c’est préférer faire à la place de mon homme parce que c’est dur pour lui, comme si ce n’était pas dur pour moi, que c’est une régression dans mon couple et une régression pour les femmes d’une manière générale parce que si une féministe dans mon genre en couple avec un homme dans le sien n’arrive pas à partager équitablement tout cela, qui le peut ?

C’est surprenant, comme sensation, que ma raison sache que j’ai tort tout en n’arrivant pas à me défaire de cette impression de liberté gagnée.

 

3 réflexions sur “Bref. J’ai fait le ménage

  1. Je ne sais *vraiment* pas comment réagir à ton billet, parce que je ne sais pas ce que tu souhaites. Je sais que je détesterais faire le choix que tu fais, et des idées pour faire autrement j’en ai (c’est facile, parce que je ne suis pas dans tes chaussures). En même temps, et si ce que tu veux c’est juste de la solidarité pour avoir à gérer ces questions-là ? Bref, mon cul est entre deux chaises. Ouille.

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    • Ce que je veux… Que chacun fasse une part de tout ce qu’il y a à faire, équitablement, sans le faire supporter à l’autre de manière indirecte. Et je veux que les tâches ménagères restent des tâches ménagères, pas qu’elles deviennent un acte héroïque. Et je veux pouvoir vivre chez moi sans devoir surveiller ma maladresse naturelle à chaque instant, sans culpabiliser quand quelque chose échappe à mes mains.

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      • Chez moi ça se réglerait (après quelques engueulades) en se mettant autour d’une table, pour décider ensemble de ce qui est à faire et comment mieux le répartir, mais ça ne fonctionne pas pour tous les couples.

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