Non, rien.

C’est un peu compliqué. D’écrire. De venir raconter. De confier. Déjà parce qu’il y a ces choses que je ne veux pas écrire ici. Puis celles que je ne peux pas trop dire parce que ça ne m’appartient pas ou parce que c’est mon devoir de réserve ou parce que d’autres raisons très valables.

Puis surtout, il y a toutes ces personnes autour de moi qui ne vont pas très bien. Voire par bien. Ou même pas bien du tout. Ce sont leurs job, leurs santés, leurs familles, leurs vies amoureuses, leurs identités, ce sont des mauvaises nouvelles, des nouvelles inquiétantes et des nouvelles tragiques, ce sont des situations compliquées, par forcément passagères. Ce sont des accumulations, des trop-pleins, des nouveautés, des qui durent depuis trop longtemps.

Et ce sont beaucoup de personnes. Des personnes que j’aime et à qui je tiens, sur une échelle allant de vraiment très proches à très bon collègue de travail.

Alors c’est un peu compliqué. D’écrire. De venir raconter. Parce que je mentirais en disant que tout va bien. Parce que ce n’est pas non plus que ça va mal. Ce sont… des petites choses, des agacements, des stress habituels, ce sont des inquiétudes pas si grave, des lassitudes, des usures. C’est aussi la frustration de ne pouvoir vraiment aider toutes ces personnes. C’est aussi cette empathie et que je suis une éponge alors quand celleux que j’aime ne vont pas si bien je ne peux aller qu’au moins un peu mal. Et qu’en même temps je ne suis pas légitime à venir me plaindre.

Donc j’ouvre le navigateur, l’onglet, l’article et je regarde clignoter le curseur puis je finis par tout fermer. Et l’un dans l’autre, et bien ça ira.

1, 2, 3, 4 jeudis ( 19)

Jeudi citation

Il est important de savoir d’où on vient ; quand on ne sait pas d’où on vient, on ne pas pas où on est, et quand on ne sait pas où on est, on ne sait pas où on va. Et quand on ne sait pas où on va, c’est qu’on fait sans doute fausse route. 

Terry PRATCHETT

dans les notes de l’auteur de Je m’habillerai de nuit : un roman du disque monde, L’Atalante, 2010, traduit de l’anglais par Patrick COUTON.

Jeudi photo

Paris, 2 mai 1968, par Paille via Flickr

Jeudi citation

« Un homme digne de ce nom ne fuit jamais. Fuir, c’est bon pour les robinets ».

Boris VIAN

Jeudi 100 mots de la page 100

« Le capitaine Adrien Titus s’est offert une projection privée. Il a voulu voir la fille en duffle-coat en mouvement. Il l’a vue. Celle façons de bouger… merde. Il a voulu entendre sa vois. L’accent british est bidon, pseudo-shakespearien. Ça sent sont théâtre amateur. Merde de merde de merde, elle est anglaise comme je suis malgache ! Il ne la reconnaît pourtant plus. Plus vraiment. Plus tout à fait. Moins. Un peu quand même. C’est elle ? Ce n’est pas elle ? Il fait dire qu’avec ces nattes et ce duffle-coat… Moins conforme à son look habituel, on ne peut pas imaginer. Il a… »

PENNAC, Daniel. Le Cas Malaussène. Tome 1 : Ils m’ont menti. Gallimard, NRF, 2016. p. 100 de la version numérique.

Partir, rentrer, reprendre

Elle n’est pas venue, cette crise que j’appréhendais. Elle ne s’est pas totalement faite oublier tout de même. Je l’ai sentie, sous ma peau, trois fois. Assez pour ne pas me permettre d’imaginer qu’elles puissent avoir disparu. Suffisamment peu pour que je ne m’en inquiète pas trop.

On est donc parti. Jusqu’à la dernière minute, on n’était pas sûr de pouvoir, un truc de la famille des pas-grave-mais-faut-s’en-occuper-mais-s’en-occuper-le-week-end-c’est-compliqué. Mais on est parti.

On a dormi dans des hôtels, l’Enfant Cahouette dans un lit haut qui l’a ravi, on a vu des amies chères à mon cœur puissance dix, ma vieille tante qui est si vieille qu’elle est en fait ma grand-tante, mes parents, mon oncle que j’adore, des gens qui m’ont vue grandir, on a également vu des vaches mais Peanuts est déçu car elles n’ont pas fait meuh, des poules dont on a mangé les oeufs à peine pondus à la coque et là, c’est Peanuts qui a fait mmmmh, des tracteurs, une moto, des champs jaunes et verts à perte de vue, une cathédrale, une tour, des kilomètres de routes et d’autoroute, des montagnes, de la neige attachée sur une ligne de crête comme une funambule, on a mangé dans des tas d’endroits différents, parfois comme c’était prévu, parfois comme ça ne l’était pas, on a passé du temps avec notre fils, ensemble et séparément, il a fait des trous dans le jardin, planté des choses, goûté des tripes, conduit un tracteur à l’arrêt, touché des vaches, une vrai et une en plastique, reçu des livres en cadeaux, plusieurs, lus des tas de livres dont ses cadeaux, il s’est fait porté, il a couru, pédalé, réclamé, négocié, découvert, parlé de mieux en mieux, et on a profité.

Jusqu’au bout.

Jusqu’à un arrêt impromptu, sur la route du retour, « et si on sortait là ? », dans une ville qu’on pourrait dire des nôtres, où j’ai dansé, longuement, avec l’Enfant Loup, ivre de rire, au son d’une trompette de rue, un peu jazzie, sur un des parvis les plus touristiques de France.  Encore, Maman, encore ! Jusqu’à hier, la balade en librairie.

On a cette sensation d’être partis très longtemps et très loin alors que ce n’était pas si l’un et pas tant l’autre mais tout de même. C’était le break dont on avait besoin, de ceux qui rechargent les batteries. Pourtant, on a fait plein de choses, on ne s’est pas tant posé. Peut-être est-ce là, l’équilibre dont j’ai besoin pour rester sur le fil sans me faire faucher par les crises.

Maintenant, on reprend pied en douceur. J’ai enregistré des notes, vérifié mon cahier de texte en ligne, répondu à des mails, j’ai préparé ma lettre de veille, teint les cheveux en rouge, vérifié des piles de copie, préparé une mini exposition sur Mai 68.

Demain, je suis profdoc.

Peanuts s’est essayé plusieurs fois à la photo pendant les vacances. Ici, portrait de son père faisant la vaisselle.