Pédale

Quand je suis tombée enceinte de Peanuts, je me sentais physiquement solide dans mes jambes, dans mon souffle, endurante. Je n’étais pas mince mais je n’étais pas gênée par ce que je voyais dans la glace. Mon corps et moi, on s’entendait plutôt bien, on était prêt pour la sous-location.

Ensuite, j’ai aimé mon corps enceinte. J’ai aimé ma mine, mon ventre, ma silhouette, j’ai adoré mes cheveux. J’ai aimé habiller ce corps, j’ai aimé le promener, le photographier, l’utiliser.

Puis il s’est vidé. Je l’ai senti plus fort que je ne m’y attendais, plus capable. Je m’ignorer savoir accoucher.

Je n’ai pas eu de rupture violente ensuite, de dégoût, de difficulté à me reconnaître. Très vite, mon corps a ressemblé à ce qu’il était avant. Les hanches plus larges, un peu, peut-être. Des vergetures supplémentaires, sans doute. Mais à mes années de pertes et prises de poids importantes j’avais enfin trouvé un bon côté : je connaissais mon corps changeant, je savais que je n’étais pas uniquement condamnée à subir, que c’était un temps. J’avais peu d’attente, aussi, je crois. Et surtout, ce corps, il avait été à tellement de monde, à moi, à ce bébé, aux médecins, infirmières, sages-femmes, j’avais surtout besoin de temps pour lui. J’ai rééduqué l’intime, laissé la nature faire son boulot côté sous-location. Le temps pour lui, je ne l’avais pas, occupé par mon nourrisson. J’ai commencé à vouloir courir de nouveau, me réapproprier mes muscles, retrouver une fatigue différente de l’épuisement total que je ressentais. Mais je n’avais pas encore le feu vert pour cela. Quand je l’ai enfin reçu, il me manquait la profonde motivation, notre organisation branlante était trop installée, la saison était trop chaude. Bref, j’avais tout un tas de raisons, bonnes, légitimes, logiques… ou pas, pour ne pas me remettre au sport.

L’été est venu. Puis la rentrée. Puis ces plus ou moins 9 mois pendant lesquels Peanuts se réveillait 3 à 8 fois par nuit, pendant lesquels il était malade tous les 15 jours, pendant lesquels j’ai repris le travail dans des conditions nerveusement exténuantes, pendant lesquels la fatigue a laissé place à la Fatigue puis à une forme d’exténuation mentale. Dégager du temps pour faire du sport était relégué dans les dernières pages de la liste des priorités.

Puis l’été est venu. Les choses se sont arrangées. Doucement. On a trouvé des solutions à pas mal de choses, on a simplifié une partie de notre existence, Peanuts a recommencé à dormir des nuits complètes, une nouvelle année scolaire s’est ouverte avec des conditions de travail franchement bonnes. Et quand je me suis réellement attardée sur la question, je n’ai pas vraiment été contente du bilan. Je n’aime pas les limites de mon corps, de mes muscles, de mon souffle. Je n’attends rien d’extraordinaire mais je ne m’y sens pas bien.

Et voilà que depuis Noël, je suis grossissante. Je prends du poids. Pas beaucoup, pas rapidement. C’est cette sensation – la connaissez-vous ? – du corps en expansion, de la masse augmentante.  De mes années de yoyo, je retiens ça. Je sais sentir que je suis dans une période allant vers la prise, la perte ou la stabilité du poids. Il y a un inconfort dans l’expansion avec laquelle je sais vivre depuis longtemps mais que j’ai également appris à enrayer. Cela passe surtout par ce que je mange et ne mange pas, ce que je bois. Les muscles, le souffle, je sais aussi comment m’y sentir mieux. Cela passe par le sport, au moins un peu. Mais je repousse, je mets au loin de moi. Un peu de piscine, histoire de, pas mal de circulation à pieds. Mais je n’arrive plus à consacrer de temps, mon temps seule si précieux, à pratiquer un sport régulier.

La solution, j’y pense depuis quelques semaines : si je n’arrive pas à prendre du temps pour le sport, il faudrait combiner un temps consacré à autre chose pour en faire aussi un temps sportif. Typiquement : le temps de trajet entre le boulot et la maison (et inversement).

J’y suis. J’ai levé quelques obstacles (un rien peut devenir un obstacle, pour moi). J’ai un vélo donné, j’ai le matériel nécessaire pour circuler avec, le retrouver là où je l’ai laissé. J’ai même fait ce matin un aller-retour sur ce trajet quotidien pour le repérer, mesurer en temps. Bilan : je n’ai pas les jambes, le trajet est moins plat que je ne m’y attendais, ça me prend un peu plus de temps que prévu. Pourtant, je suis convaincue que ça se tente. Que les jambes, je finirai par les avoir. Que le faux-plats, c’est une habitude à prendre. Que le temps n’est jamais que 5 minutes de plus que ce que je mets en voiture.

Et comme je me connais, j’écris cela. Pour me souvenir et pour m’engager. Me rappeler pourquoi c’est important. Me fixer un objectif, celui d’aller au moins deux fois par semaine (sur les quatre jours où je travaille) au collège ainsi, et me promettre de venir ici faire un état des lieux.

Et maintenant, y a plus qu’à.

pix : Alexas_Fotos via Pixabay

4 réflexions sur “Pédale

    • C’est sûr que ça ne représente pas la même chose pour ton trajet à toi… Je vais m’y appliquer et je me suis promis un meilleur vélo si je m’y tiens assez assidûment.

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  1. Bravo pour la volonté !
    En ce qui me concerne, je marche déjà beaucoup puisque je prends les transports en commun ; aller au boulot en vélo se tenterait, mais il n’y a pas de pistes cyclables tout du long et j’ai peur de l’inattention de mes concitoyens dans leurs voitures.

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    • Quand on habitait notre ancien chez nous, j’avais essayé d’aller au collège à vélo mais c’était trop dangereux. Je m’y mets parce que je suis sur piste cyclable (ou trottoirs très larges) quasiment tout du long, sans quoi je ne me lancerais pas. Autant dire que je comprends bien tes réticences…

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