Mercredi, 21h57.

Mercredi, 21h57. Je pose mon sytlo, un niceday liquid roller 07. Rouge. La pile de copies mesure pas loin de 4 centimètres, ramassées depuis vendredi seulement, et toutes ne sont pas là. Contrôles, recherches. Et encore, je n’ai pas reporté les notes…

Derrière moi, l’étendoir, vidé ce matin, supporte deux grosses lessives. Dans la cuisine, le lave-vaisselle ronronne pour la deuxième fois aujourd’hui. Dans sa chambre, Peanuts dort. Enfin, et je ne sais pas pour combien de temps. Un virus de passage. Dans son organisme, dans nos vies, dans nos nuits.

J’arrive au bout de cette journée les côtes serrées, le dos lourd et une forme de colère sourde dans la poitrine. Parce que ce mercredi, je l’ai passé à négocier avec mon fils parce qu’il a deux ans et que tout est objet à trouver un terrain d’entente, parce qu’un terrible two est usant, qu’une terrible two chez un enfant un peu malade est épuisant. Parce que j’ai fait tourner et étendu deux lessives, que j’en ai plié une autre, alors que dans notre répartition des tâches, ce n’est pas à moi, mais je n’ai pas assez de vêtements pour terminer la semaine, alors. Parce que la météo annonçait l’apocalypse pour cet après-midi, que je l’ai écoutée, qu’il n’est pas tombé une goutte, que ça a foutu en l’air un rythme d’ordinaire plutôt rodé. Parce que circuler en voiture dans cette ville pourrait être une plaie d’Egypte. Parce que l’enfant cahouette malade est un enfant glu. Parce qu’il faut que Peanuts voit sa doc, que c’est encore moi qui me suis occupée de prendre rendez-vous, et que je vais devoir l’emmener vendredi après-midi. Parce que je me retrouve à corriger des copies à partir de 20h30 parce que c’est ingérable autrement. Parce qu’au boulot de Celuiquej’aime, ils poussent le bouchon et qu’il est rentré à 19h15, encore. Parce que j’ai commencé ma journée à 6h30 parce qu’il ne s’est pas levé alors que lui devait le faire un quart d’heure plus tard pour aller bosser. Certes, l’enfant appelait Maman, mais.

Je suis en colère non pas contre Celuiquim’accompagne mais contre cette situation qui fait que si je n’accomplis pas mes tâches, je mets le ménage dans la merde, que s’il n’accomplit pas les siennes, il y a un joker : moi. Moi dont l’emploi du temps permet de passer à Casino, assurer deux lessives, deux lave-vaisselles, la préparation de deux repas et m’occuper de Peanuts, lui proposer des activités, notamment à l’extérieur, tout cela dans la même journée. Moi dont l’emploi du temps permet d’avoir un créneau chez le médecin pour Peanuts.

Sauf que je ne travaille pas à temps partiel : cet emploi du temps, c’est mon plein temps. Mes journées, demi journées de libres, elles sont censées d’une part m’aider à encaisser le rythme de celles où je suis au collège, d’autres par à préparer mes cours et corriger mes copies avant 20h30. De la même manière, si les enseignants ont les vacances scolaires, ce n’est pas uniquement parce que les élèves en ont besoin…

Parce que mes tâches, pour beaucoup, c’est m’occuper de Peanuts. Que je ne peux pas prendre du retard, reporter, décaler, faire à mon rythme.

Je suis en colère d’arriver à tout gérer, je suis en colère de m’en sortir à chaque fois, même si c’est en grinçant des dents.

Je suis en colère parce que si je me retrouve dans cette situation, dans cette dynamique, c’est aussi parce que je suis une femme. Je paie ma condition féminine. Même si je vis avec un mec pas dégueu en la matière, qui assure la moitié des tâches ménagères, connait la pointure de son fils et sait demander à une vendeuse comment se lave un modèle avant de l’acheter, qui appelle la crèche, transmets les infos, se débrouille pour se libérer quand j’ai une réunion au boulot et pour que j’aille voir mon psy, ne critique jamais le menu quand je suis en charge du repas et ne ramène pas ses potes pour boire des bières en regardant le foot sur notre canapé. Mais il y a ces siècles de pression et de conditionnement dont on ne se sort pas comme ça.

Et je suis en colère parce qu’il n’y a rien à faire contre ça. Parce que je resterai prof alors que Celuiquej’aime ne l’est pas, parce que je continuerai d’anticiper que je n’ai pas 7 culottes propres alors qu’une semaine est prévue avant la prochaine lessive, parce que notre médecin continuera de ne pas recevoir de patients le samedi matin, parce que je resterai femme.

Me reste à trouver comment ne pas rester en colère.

5 réflexions sur “Mercredi, 21h57.

  1. Et racheter des culottes ? De manière globale, anticiper le retard de la lessive (ceci afin d’arriver au moment où lui sera en rade de vêtements propres et s’en occupera). Une idée comme une autre, bien des pensées pour toi Dame.

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