Alors.

Alors on l’a laissé. Parce que Celuiquej’aime le voulait. Non, parce que Celuiquej’aime en avait besoin. Moi ? Non. Pas là. Pas comme ça. Mais c’est bien pour lui, aussi, d’être avec d’autres gens, qu’il a appris à connaître, de croiser d’autres manières de faire. Puis c’est pas mal de commencer le faire quand c’est détendu plutôt que quand on a une contrainte qu’on ne peut pas déplacer. Puis ses grands-parents étaient ravis. En fait, ça convenait à tout le monde. Sauf à moi. Sauf à lui ?

La journée, la nuit puis la journée.

Deux fois.

Pas chez la même personne.

Et ça s’est bien passé. Il a joué, mangé, dormi. Il a rigolé, raconté, caliné. Il a mené sa barque et fait tourné en bourrique. Il a été un vrai chicouf.

Et nous ? On n’a pas dormi 12 heures parce qu’un rythme, ça met plus de temps que ça à se perdre. On a tout de même dormi 9 heures et c’est sympa de ne pas avoir à négocier ses tartines avec son voisin de table avant 8h le matin. On n’a pas fait la tournée des grands ducs mais on a mangé à l’extérieur, on a fait des boutiques, et on a aussi trainé en pyjama jusqu’en milieu d’après-midi une fois. On n’a pas cherché à « profiter à fond » mais on a passé de bons moments. Je n’ai pas été tétanisée, je me fais à ne plus être avec lui. Je n’ai pas été pleinement détendue non plus, je ne sais pas si je le serai de nouveau un jour.

Je n’ai pas hâte de recommencer. Je ne regrette pourtant pas.

.

Alors on a repris le travail.

C’est le calendrier scolaire qui veut ça. Le courrier s’est empilé, les cartons de commande ont été livré, les radiateurs ont ronronné, les élèves ont bourdonné. Avant les vacances, ils s’agitent parce que la fatigue, l’excitation, la tension. Au retour, ils s’agitent parce que l’énergie, l’excitation, les retrouvailles. Mon agenda continue de se remplir à toute vitesse. J’ai cette année un problème inédit : je suis trop sollicitée. J’ai lancé des projets, des petits, et je continue de recevoir des demandes. Et la plupart étant plus que légitimes, je tente d’honorer le tout. Ceci provoquant cela : j’ai fait plus d’heures de séances pédagogiques que d’heures d’accueil « libre » des élèves depuis le début de l’année. C’est là que commence le trop qui précède « sollicitée ».

Étonnamment, j’ai aussi terminé de rattraper mon énorme retard en gestion et peux imaginer terminer l’année sans laisser d’énormes cartons de saisie en attente et cela tout en ayant fait un semblant d’inventaire (vous avez le droit de garder cette phrase sous le coude et de me la tweeter en juin pour qu’on se marre). Et le tout en assurant le plus petit service de toute ma courte carrière, hors ces semaines à mi-temps de retour d’arrêt maternité (non, plus jamais parler de « congés » pour cette période-là, pour moi comme pour les autres). Concrètement, je ne m’arrête pas. Un tâche chevauche l’autre, j’en fais huit à la fois et ne prends même plus le temps de boire une tasse entière sans corriger des copies ou discuter créneaux de séances en salle des profs. Paradoxalement, je me sens une vie de fois moins tendue que l’an dernier. C’est curieux combien une personne change un bahut. Logiquement par contre, je fatigue. Je n’ai jamais été aussi efficace et organisée. Je n’ai jamais eu aussi peu de temps entre deux sonneries pour respirer. Je n’ai jamais rapporté aussi peu de travail à la maison, aussi bien réparti les heures où la profdoc prend le dessus et celles où c’est la Louve mère. Les autres en moi se calent dans les interstices. On s’équilibre pas si mal ces derniers temps.

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Alors j’ai fait une crise.

Un de mes séismes exclusifs et son tsunami intérieur, des secousses depuis les orteils jusque dans les mâchoires, des crispations dans les pattes, les doigts, et chaque muscle du dos, et ses sanglots secs que je préfèrerais dégueuler un bon coup. Une vraie, une grosse, une 100% moi.

Comme je n’en avais plus eu depuis Avant. Avant Peanuts, Avant ma grossesse. Avant.

Ça m’a consumée pendant les deux jours qui ont suivi  puis c’est passé. Un mouchoir et on passe à autre chose. Reviennent les doutes et les hésitations (est-ce qu’on a le bon diagnostique ?), la culpabilité (qu’ ce que j’ai fait, n’ai pas fait, pour réagir ainsi ?), la tentation d’endormir tout cela sous des doses de moins en moins précautionneuses d’anxiolitiques, le-médicament-qui-fait-peur.

Puis au final, je ne sais pas quoi faire de tout cela à part un baluchon qui attend ma prochaine séance chez le psy et un rire un peu jaune quand je pense qu’à une époque on envisageait d’attendre que je sois guérie pour envisager un gosse.

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Alors j’essaie de reprendre une liste de priorités, d’envies, de mieux. Je me sens un peu grippée, le mécanisme accroche, ça rappe. C’est comme écrire ce post, ça manque de fluidité. C’est le changement d’heure, c’est le changement de temps, c’est le froid qui arrive mais pas complètement. C’est la lumière qui décline, ce sont les couleurs de l’automne, c’est l’heure de la contemplation. C’est saisonnier, c’est annuel, ça vague à l’âme.

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