Kamoulox

La fatigue, paire de bottes de plomb. Voilà que ces vendredi après-midi que je devais occuper à conquérir le monde, bloguer, lire et dessiner, sont consacrés à capturer quelques moments de sommeil – trop peu pour être reposée – et à regarder le temps passer trop vite, derrière les pages d’un bouquin. J’ai été nager plusieurs fois, je n’en ai pas eu la motivation aujourd’hui. C’est l’arrivée du froid, comme tous les ans, même si on le devine plus qu’on le ressent, ça me paralyse… Le travail et les nuits trop courtes ont raison de ce bel état de dynamique dans lequel j’arrivais à me maintenir. Je garde du bon, j’y arrive, mais vivre n’est plus aussi facile. Je savais que ça ne durerait pas, je le dis sans tristesse.

J’ai crains un moment que les nuits renouent avec celles de l’an dernier. Il y en a eu quelques unes, puis ça s’est calmées. Elles ne sont pas toutes parfaites mais il devient plus rare d’être réveillés par l’Enfant Cahouette que l’être. Il continue d’être matinal pour le premier biberon, se rendormant très vite ensuite et me laissant, maman Hibou, trop réveillée pour imaginer prolonger ma nuit. On s’habitue, faut croire, à ce coucher plutôt tôt.

Ça reste insuffisant.

Mes journées de boulot, mes semaines, sont riches riches riches. J’adore ça tout en m’en inquiétant un peu. Dans cet emploi du temps tel que je me l’impose, je n’ai pas de fenêtre pour souffler. Pourtant, il va bien falloir que je case quelque part ma gastro annuelle, ainsi que ma bronchite et ma laryngite et les 2 jours de séjour en Aphonie qui l’accompagne. Il faut que j’arrête de blinder mes journées d’heure de séances pédagogiques tout en gérant 50 élèves par récréation, j’en demande trop au simple être humain que je suis.

Celuiquej’aime veut qu’on laisse l’Enfant, qu’on le confie le week-end. Une part de moi sait qu’il a raison, qu’on peut le faire, que ce n’est pas mauvais. Elle crie bien moins fort que la Louve à qui on parle de laisser son petit. Je ne m’explique pas bien de pouvoir le confier à sa crèche sans difficulté y compris à des moments où je pourrais le garder et de bloquer à l’idée de le laisser ailleurs quand je n’y suis pas contrainte. Pourquoi j’arrive à faire confiance à ce groupe d’inconnus qu’est le personnel de la crèche et pas à nos parents ? Sans doute en partie parce que je n’ai jamais vu vraiment faire le personnel de la crèche alors que je suis la fille de mes parents, la belle-fille des autres, parce que j’ai été mère dans la pièce où ils sont grands-parents. Aussi parce que la crèche est un espace totalement sécurisé et qu’on passe beaucoup de temps à fermer les portes, retourner les queues de casseroles, interdire l’accès aux escaliers, éloigner le chat qui souffle, autre (pas besoin de préciser) dès qu’on est ailleurs. Mais encore, est-ce ce qui m’inquiète le plus ? Oui. Non. Je ne sais pas. Je n’aime pas ce qu’on lui dit, comment on lui présente les choses. Je me hérisse quand on parle de caprices, je m’étouffe quand on houspille ses pleurs, je m’étrangle à multiples reprises. Je suis là, je relève, je compense, j’explique, je réplique. Mais tout seul…

Je sais que je ne peux pas le protéger tout le temps, que je ne serai pas toujours là, qu’il entendra bien pire que de nos familles par tant d’autres personnes.

Tiens, l’autre jour, au jardin, une petite a essayé de le pousser de la balançoire, la nounou (la nounou !) l’a saisie et lui a asséné deux grandes tapes sur les fesses. Peanuts en a pleuré alors qu’il n’a pas été touché. Peut-être ce geste réalisé tout proche, peut-être le contre-coup de la frayeur d’avoir manqué tomber, peut-être de me sentir me glacer devant cela. Peut-être un peu de tout ça et d’autres choses.

Alors oui, nos familles sont loin d’être les pires personnes à qui le confier. Mais…

…mais j’ai entendu lui dire « Oh, tu n’es pas beau quand tu pleures comme ça » ou « ce n’est pas gentil de ne pas faire [ce que l’adulte voulait] ».

…mais j’ai vu lui donner à manger parce qu’il pleurait ou parce qu’il s’agitait ou parce qu’il demandait de l’attention. Bref, pas parce qu’il avait faim et alors qu’il ne demandait pas à manger.

…mais j’ai vu les adultes attendre de lui qu’il soit disponible, câlin, joueur quand ils décrétaient que c’était le moment de l’être, qu’il dorme sur commande quitte à le laisser pleurer dans son lit.

…mais je ne vais pas vous dresser une liste de ce qui ne colle pas du tout avec mes manières de concevoir les choses avec lui. Nos manières. Parfois elles ne sont pas les mêmes. Peut-être que les exemples que j’écris vous paraissent détails, choses sans importance. Elles ne le sont pas pour moi.

Plus on avance, plus, Maman Louve, j’écoute mon petit. Plus on avance et plus lui faire confiance s’avère être la meilleure solution dans la majorité des cas. Lui laisser le temps de terminer, attendre qu’il accepte que c’est le moment pour faire, lui expliquer même ce qu’il ne semble pas pouvoir comprendre, lui parler encore et encore, lui demander d’expliquer, de montrer, lui proposer de choisir. Bien sûr, je vais à l’encontre de ce qu’il veut, régulièrement, parce qu’il est questions de sécurité, d’hygiène, de moment, parce qu’il y a des choses que je refuse par principe, parce que je n’ai pas forcément envie pour moi, pour mon corps (il aime beaucoup me donner à manger en ce moment). Mais le considérer comme une personne est à la base de tellement.

Je m’éloigne de… Du propos ? Y en a-t-il un ? Je ne sais pas où va ce post. J’ai envie de vous dire que je suis fatiguée parce que c’est tellement vrai. Que j’aime mon fils tellement que ça bouffe tout par moment, et que je ne m’en défends pas. Que je perds le fil, souvent. Que ce n’est pas si grave. Que j’ai des tas de peurs pour lui, tout le temps. Que j’ai envie qu’il croque le monde. Que je dois prendre sur moi pour le laisser faire et suis tellement heureuse pour lui quand il y arrive. Que je ne suis pas toujours d’accord avec son père. Que son besoin de se reposer de la parentalité me vexe parfois. Que mes gratins de légumes sont meilleurs de semaine en semaine. Que Peanuts est épatant, depuis pas loin de 22 mois maintenant. Qu’il y a des choses pour moi dont je refuse de m’occuper, parce que je n’arrive pas à en parler. Que j’irais bien dans un salon du livre ce week-end. Que j’ai séché la piscine sous l’excuse foireuse qu’il y a des traces rouges dans ma culotte. Que je ne comprends pas pourquoi la trilogie de Joe Dashner s’appelle le Labyrinthe puisque seulement un tome sur trois se passe dans un labyrinthe. Que, Dédale m’excuse, je place mal une fois sur deux le y dans le mot « labirynthe ». Qu’il fait doux pour un automne et que si je n’aime pas la préparation froid, j’adore les lumières.

Puis pour cette fois, ça ira.

2 réflexions sur “Kamoulox

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