Le BGG

bulles

pix by Alexas_Photos via Pixabay

Quand Peanuts avait quelques mois, on a visité la Grande Galerie de l’Evolution. Nous commentions les différentes vitrines, reproduisant les bruits d’animaux quand nous le pouvions, piquant à cette occasion quelques fou-rires. Arrivé devant la vitrine d’un énorme orang-outan, j’annonce à Peanuts, qu’il s’agit là d’un bibliothécaire et que son cri était « ooooooook ». Une visiteuse à côté de moi a rit. « On ne commence jamais assez tôt à leur donner de bonnes références » ai-je plaisanté avec elle. Elle a plussoyé. On s’est séparée sur un sourire.

Si vous n’êtes pas pratchettien-ne, cette anecdote vous semble fort probablement obscure. Il eut été statistiquement plus probable que j’hérite d’un haussement de sourcil dubitatif que d’un rire complice avec cette référence disque-mondiale mais le hasard en a fait cette minuscule histoire.

Depuis quelques jours, j’y repense parce que partout s’affiche la sortie du film le BGG.

Le phénomène n’est pas nouveau et peut-être est-ce une impression erronée mais il me semble que le cinéma adapte des romans à l’écran de plus en plus ces derniers temps. On en obtient même une forme de littérature jeunesse qui sent l’écriture pour le probable-futur-film. Lectrice, je n’ai jamais été pleinement satisfaite de l’adaptation d’un roman que j’avais aimé lire. A l’inverse, j’ai souvent adoré un livre découvert pour avoir premièrement vu le film qui l’adaptait. Souvent, je suis un peu déçue d’apprendre que tel ou tel titre que j’ai aimé lire va faire l’objet d’une adaptation cinématographique.

Devant les affiches du BGG, j’ai senti que quelque chose dans cette annonce me chagrinait. Alors je me suis demandée « Qu’est-ce que ça t’enlève, à toi qui n’iras pas le voir, que ce film existe ? »

A priori rien.

Mais en fait, si. Ça m’enlève les « private joke », les clins d’œil glissés en douce pour voir si quelqu’un la relèvera, ça enlève l’instant de complicité devant la vitrine d’un animal empaillé. Parce que maintenant, quand je prendrai pour exemple de cote « R BGG » en expliquant le classement des livres de fiction à mes 6e, je ne pourrai plus chercher cette lueur dans le regard qui me donnaient les noms des lecteurs et lectrices de Roald Dahl. Les adaptations cinématographiques m’enlèvent que ce n’est pas Prim mais Madge qui offre la broche du geai moqueur à Katniss, que Tom Booker meure à la fin, que non, Saphira ne grandit pas en 30 secondes mais qu’Eragon la protège, la nourrit et l’accompagne pendant un long moment tissant ainsi les liens forts avec elle, que les hobbits croisent Tom Bombadil avant de rejoindre le Poney Fringant, que Gandalf lutte contre Saroumane dans l’Isengard à moitié détruit par l’attaque des Ents, et que non, au cours des premières aventures de Bilbo, rien n’annonce le retour de Sauron, qu’Harry galère bien plus que ça pour gagner la Coupe de Feu, et que finalement, j’apprendrais la fin du Trône de fer par des gens qui regardent la série avant de pouvoir la lire.

Elles font exploser cette bulle, celle qui appartient à celleux qui ont lu un même livre. Elle rende plus probable donc moins savoureux un sourire devant la vitrine d’un orang-outan. Et c’est égoïste, mais moi j’aime mes bulles de lectrice et mes complicités de lectorat.

Et pof, fait celle du Bon Gros Géant.

Note de bas de page :

Les Annales du Disque-Monde, Terry Pratchett. Hunger games, Susan Collins. L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Nicholas Evans. L’Heritage, Christopher Paolini. Le Seigneur des Anneaux et Bilbo le Hobbit, J.R.R. Tolkien. Harry Potter et la coupe de feu, J.K. Rowling. Le Trône de fer, G.R.R. Martin

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12 réflexions sur “Le BGG

  1. Merci ma Lizly pour ce billet qui me permet enfin de comprendre ce que je ressens quand un livre que j’ai tant aimé et soudain adapté et cette impression soudaine d’être dépossédée de quelque chose qui dans le fond ne m’appartient pas.
    J’aurais aimé l’écrire ce billet, au mot près.

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  2. Avec la réforme nous devrons faire étudier ces films adaptés des œuvres littéraires aux collégiens et ceci dans le cadre de l’enseignement du français…

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    • En soit, ça peut être intéressant. Faire comprendre comment la narration va être différente au cinéma et dans un livre, comment l’adaptation est forcément un parti pris de lecture et révèle combien chaque lecteur peut avoir sa lecture, etc. Ce peut être un bon objet d’étude (selon comment c’est mené, comme toujours).
      Peut-être que ce sera l’occasion de faire comprendre à nos élèves la valeur ajoutée de la lecture.

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