Vacante

Voilà, je tombe en vacances. Cette année nous laisse comme ça, elle nous a transbalottés, on l’a tenue à bouts de bras, et paf, elle nous lâche. Avec un au revoir à la porte d’un bureau qui se transforme en belle nouvelle pour la rentrée. Avec des projets nés dans ces dernières semaines, plop, plop, plop, idées qui ont éclot comme des bulles de savon éclatent à l’instant où on s’est de nouveau senti en confiance pour travailler.

Je découvre que nous sommes plus nombreux que je ne croyais, dans ce bahut, à attendre juste de faire notre travail et de le faire bien.

J’ai dressé un bilan de mes activités et je n’avais à aucun moment saisie à quel point je m’étais plongée dans les séances et projets pédagogiques. Cette année, pour la première fois, le CDI a été moins souvent ouvert au public « libre » qu’il n’a été le théâtre de nos projets. A pas grand chose, mais la bascule est faite.

Ce bilan m’a redonnée une confiance confortable dans ma capacité à faire ce que je fais et à la faire bien. Pas à cause de la quantité mais grâce aux objectifs fixés, atteints, et même dépassés pour certain.

Puis une m’a dit « Madame, je n’aimais pas lire quand on a commencé le projet. Et maintenant, je dévore et je vous en remercie ». Rien que ça, ça vaut toutes les années scolaires du monde.

J’ai aussi compris un peu mieux ma Fatigue. Je l’avais mise sur le dos des nuits de Peanuts, et sur cette vie hors travail enrichie de sa présence. Je n’avais pas voulu voir ce que je mettais dans mes journées de travail.

Je tombe en vacances, encore un peu un pied là-bas. Ces dernières semaines, je sais que je m’investis un peu trop là, parce que c’est un peu lourd à porter d’être moi chez moi. Rien de grave mais je vois bien qu’on me félicite dans mon travail, qu’on m’y sollicite et que j’arrive à valoriser l’accompli dans ce domaine là, que ça m’est facile, alors qu’à côté, bof. Rien de grave, mais le repas préparé, encore, qui termine, encore, en miettes sous la chaise haute, l’enfant rempli de lait par défaut, et encore faut-il qu’il ait accepté le biberon. La robe enfilée qui ne suscite aucune remarque alors que je n’en porte plus depuis presque un an. Les petits pics de la vie quotidienne, ma belle-mère tellement belle-mère, mes jambes qui s’entêtent à rester blanchâtre, le compte en banque qui ne répond pas aux envies de soldes, la soirée grommelée, ma mère qui me demande de choisir mon cadeau d’anniversaire, vous voyez, ces choses-là.

Je tombe en vacances parce que j’ai cette appréhension, quand est-ce qu’une crise va me tomber dessus et vais-je réussir à profiter. Peanuts reste à la crèche jusqu’à notre départ en vacances. Je voyais ça comme un temps long devant moi à consacrer à, ben, moi. Sauf qu’en réalité, il n’y aura que 9 jours. C’est énorme et ce n’est rien. Trois rendez-vous médicaux, déjà, indispensables, la voiture à réviser, ces contraintes là. Puis les uns et les autres à voir, parce que ça fait longtemps. Un peu de boulot à faire, aussi, parce que les cours de la rentrée ne vont pas se préparer seuls. Et les vacances à préparer aussi, réservations, bagages, car si on veut partir dès que l’Homme est libre, il faut que je fasse l’essentiel.

Alors pour ma première soirée de vacances, je me suis retrouvée jusqu’aux coudes dans ma base documentaire. Me débarrasser de ce qui reste à faire côté travail, vite si possible. Je ne sais pas si c’est une bonne stratégie… Depuis quelques temps, je vis en refusant les temps morts, m’arrêter me semble une perte de temps, et le temps qui se perd est devenu inacceptable. Je manque de temps, tout le temps, je n’arrive plus à accepter d’en perdre. Ce qui est terrible car je n’ai jamais été une impatiente.

Je tombe en vacances et j’écris fouillis pendant que le logiciel mouline un changement par lot que je n’ai pas anticipé aussi long. J’ai envie de vous dire des trucs idiots ou peut-être juste pas intéressants ou alors dont le sens m’échappe. Que j’aime mon fils, tiens, je peux pas dire assez combien, que j’ai fait un acte manqué pas grave mais révélateur avec des médocs, que c’est usant d’être la seule à travailler sur soi avec un psy dans une famille, que j’ai envie d’une bière sous la pleine lune, que je suis contente de ne pas avoir muté, finalement, à tel point que vu d’ici, redemander à partir l’an prochain me semble absurde, que mon ordinateur portable me manque, que j’ai emporté 17 livres du CDI à lire cet été puis finalement 5 de plus, et que je suis frustrée quand même, que j’en ai assez d’essayer de me retrouver alors que j’ai commencé à essayer de me rencontrer, que je n’ai jamais laissé le CDI si bien rangé sauf les meubles car j’ai enfin admis qu’ils seraient déplacés pendant mon absence donc autant ne m’y coller qu’à la rentrée, qu’on a envoyé des kilos de manuels dans un lointain pays d’Afrique et que je n’ai pas su accepter les remerciements parce que c’est moi que ça rend contente contente contente qu’ils servent et ne partent pas à la benne, que j’ai, dans un dernier sursaut, sauvé le Mourre de la poubelle bien qu’il fût desherbé, que Peanuts veut maintenant qu’on lui lise des livres là-maintenant-tout-de-suite alors qu’on se retrouve de plus en plus souvent assis en tailleur sur le carrelage du couloir, de l’entrée, de la cuisine, parce qu’il y avait une urgence, que non, ça ne se refuse pas qu’on lise là-maintenant-tout-de-suite. Vous voyez, ces choses-là.

Je tombe en vacances, le dos plein de nœuds, plus de cernes que je n’en mérite, trop d’envies pour pas assez de temps, des mars glacés dans le congélateur.

Et puis, bien, y a plus qu’à.

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