Louve

Alors il éclate de rire, encore, et ce son là reste le plus merveilleux de tout l’univers –éléphants et tortue inclus-, il cherche, il provoque le jeu, les chatouilles, la poursuite, il invente qu’on est en train de s’amuser alors que je croyais qu’on faisait bêtement la queue à la caisse, puis il réclame un morceau du pain frais qu’on n’a pas encore payé parce qu’il vit une grande histoire d’amour gustatif avec le pain sous toutes ses formes.

C’est lui qui m’épuise, ses deux réveils par nuit en dessous desquels il semble qu’on n’arrivera plus jamais à descendre, cette énergie débordante, ces dix kilos et leurs forces, son envie permanente de vivre à notre hauteur, ses exigences, ça, là, maintenant, tout de suite, l’attitude qui veut dire « si » quand nous on a dit « non »…

C’est lui qui me tient, son enthousiasme quotidien, sa persévérance dans les apprentissages, son entêtement en tout, et son rire, ce rire, son besoin de nous, ses  petites mains qui se plient et se déplient en rythme, le « da ! » qu’il adresse aux choses inaccessibles, la bouille chafouine, la débrouillardise grandissante.

Je me perds, je m’en rends compte. Je marche un peu à côté de moi, peut-être bien de mes pompes. La louve me rappelle à moi, bizarrement, alors que c’est celle de moi que je connais depuis le moins longtemps. Sans doute parce que d’autres me reviennent étrangères, comme cette prof triste et sans enthousiasme, qui n’a plus d’idées saugrenues-mais-qu’on-réalise-quand-même, qui ne sait plus déconner avec ses élèves. Victime de l’épuisement mais surtout d’une ambiance d’établissement tendue et tendeuse, Petit Collège je ne te reconnais plus.

Il me bouleverse et pourtant il m’ancre et me rappelle à moi-même.

4 réflexions sur “Louve

  1. C’est très beau, et si vrai : on leur donne naissance, tout court, mais eux donnent naissance à notre nous-parent, qui n’est ni tout à fait le nous qu’on connaissait, ni tout à fait un autre…

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    • Un peu comme cette sensation d’avoir toujours connu cet enfant, même avant lui, celle d’avoir toujours été cette femme-aussi-sa-mère, tout en sachant qu’il y a eu un avant tout cela. Un avant dont on a du mal à se souvenir vraiment.

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