Tranches de cahouette

Il regarde par la fenêtre. De plus en plus souvent. Il s’installe contre elle, debout, dans le salon ou la cuisine, là où elles sont portes donc où les vitres descendent bas. Et il regarde. Souvent, il commente. Avec ses séries de syllabes sur différentes tonalités. Parfois, il se retourne, me cherche du regard, me trouve puis me sourit. Et s’en retourne à sa fenêtre.

Il se déplace debout. Il longe les meubles, les murs, pousse les portes… jusqu’à ce qu’il n’ait plus d’appui. Là, il hésite, évalue la distance vers le support suivant. Certaines fois, il plie doucement les genoux, reprend temporairement le quatre pas, puis enchaine. D’autres, il se lance, fait un pas, se déséquilibre et se rattrape. Et quand il veut aller vite, on entend son galop à quatre membres sur les sols de l’appartement, à toute vitesse.

Il jette, dérange, démonte, détruit. Son chaos personnel. Mais il sait aussi, minutieusement, changer les stations de radio en faisant tourner la molette avec son index, allumer la lampe portable, lancer les chansons du livre musical.

Il a compris qu’être trop petit pour attraper les choses en hauteur n’est pas insoluble. Il commence à transporter, ainsi, certains jouets, certaines boites, d’une pièce à l’autre pour atteindre d’autres hauteurs.

Il sait descendre les marches. Il se tourne et glisse en marche arrière d’un degré à l’autre. Je me demande bien où il a appris ça, on vit dans un quotidien sans marche.

Il a inventé le Peanuts Ball. Il ne nous manque qu’un tigre pour jouet avec nous.

Il devient un petit peu câlin. C’est fugitif mais on progresse.

Il rit mais qu’est-ce qu’il rit.

Et tout va mieux, quand il rit.

15 réflexions sur “Tranches de cahouette

  1. Bon, je tente quand même un commentaire, sait-on jamais…
    Quel bel article, tu décris joliment ces étapes. Comme je te suis (enfin plutôt comme ma fille suit ton fils :) ) de quelques mois, je suis toujours partagée, quand je te lis, entre la curiosité de ce qui m’attend et la peur de ne pas avoir la surprise. Je m’auto-spoile, en fait ! Mais je n’arriverais pas à ne pas te lire, les articles sur ton fils sont vraiment très beaux.
    J’ai décidé de ne pas écrire sur ma fille, ni sur ce que je ressens, car je ne voulais pas en faire l’événement de ma vie, je voulais que ça reste quelque chose de naturel parce que dans le fond, il n’y a rien de plus naturel dans une vie que d’avoir un enfant. Les émotions, l’émerveillement, atteignent un niveau supra-galactique, c’est tout le paradoxe de cette petite chose si normale et si exceptionnellement grandiosement magique, que de donner la vie.
    Bref, j’écrirai peut-être là-dessus un jour. En attendant, je te lis avec plaisir et curiosité, toi et aucune autre maman. (et si ce commentaire disparaît, je renonce !!!)

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    • Heureusement, le commentaire s’est publié !
      Pour l’auto-spoile, j’ai eu un peu cette appréhension avec d’autres enfants un peu plus grands que Peanuts. Puis finalement, c’est totalement différent. Parce que ce n’est pas le même regard, parce que les enfants sont tous différents.
      Je ne pensais pas écrire autant sur Peanuts. Ni tweeter autant (et c’est pire qu’ici, mes followers bouffent du Peanuts à longueur de journée). Mais n’importe comment que je prenne les choses, cet enfant, c’est l’événement de ma vie et parmi ce qui la remplit depuis ces derniers mois, il y a lui, essentiellement. Et ce qu’il y a d’autres ne méritent pas forcément d’être raconté.
      Je retrouve avec plaisir mes textes sur lui, ou sur ma grossesse (publiés ou gardés pour moi). C’est une trace que j’aime garder, que je partagerai peut-être avec lui plus tard. Mais on est chacunes différentes dans l’écriture.
      J’espère que ta petite t’ermerveille. Et je t’embrasse.

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  2. Oh la la, si elle m’émerveille ?! Bon sang, il n’y a pas un jour où je ne lui dis pas à quel point je l’aime et à quel point c’est le plus parfait de tous les bébés ! Je m’étonne moi-même de cet émerveillement qui perdure, je me disais que, le temps passant, on doit « ‘habituer à ce petit bout de chose si mignon, mais en fait non, l’émerveillement est le même qu’au premier jour, je me dis chaque jour « mais c’est pas possible que c’est moi qui ai fabriqué ce petit bébé parfait ?! C’est pas possible que ce bébé soit à moi ?! C’est pas possible qu’il soit si beau et si merveilleux ?! »
    Bref, j’ai fini par me dire que je ne m’habituerai jamais, je serai chaque jour émerveillée, un point c’est tout et c’est tellement bien comme ça !
    Quand je dis que je ne voulais pas en faire l’événement de ma vie, ça peut être mal compris. Je n’ai pas voulu dire que j’ai voulu prendre les choses avec détachement, ce n’est pas du tout ça (de toute façon, même si j’avais voulu, ahahahahah la blague ! Impossible !!!). Ce que je voulais dire, c’est que je voulais que cet événement (qui en est un, soyons claires !) reste un événement naturel et normal que vivent, pas toutes les femmes mais une bonne majorité. C’est une chance inouïe que de devenir mère et c’est un cadeau totalement indescriptible. J’aime ma fille d’un amour plus fort que celui que j’ai pu ressentir jusque là pour toutes les personnes que j’ai connues dans ma vie, elle est devenue ma raison de vivre, mon monde tout entier, ma vie tourne autour d’elle et j’adore ça, et tu vois très bien ce que je veux dire :) Mais je ne suis pas la première à vivre ça, je ne suis pas la seule, et je ne serai pas la dernière, je n’ai rien inventé, tout ce que je vis et ressens est exceptionnellement magnifique et en même temps terriblement normal et naturel. J’ai préféré garder à l’esprit le côté normal et naturel, plutôt que le côté exceptionnel. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Peut-être parce qu’elle a été conçue dans un pays où la

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    • maternité est plus envisagée sous cet angle-là et que c’est comme ça qu’on me l’a présentée, peut-être parce que mon désir de maternité est apparu tardivement et que ma vie n’a jamais envisagé prendre ce tour-là jusqu’à mes 35 ans, peut-être pour me protéger aussi un peu de cette dose planétairement immense d’amour et d’angoisses qui vont avec.
      Bref, j’ai fait un pavé (et l’ai envoyé sans m’en rendre compte en plus, désolée !), mais je tenais à expliquer cette expression, je ne voulais vraiment pas qu’elle soit mal comprise parce que cette petite merveille de la nature est clairement le plus beau cadeau que la vie m’aie fait et qu’elle ne mérite pas la moindre incompréhension quand je m’exprime à son sujet :)
      Désolée d’avoir squatté tes coms et belle continuation à vous trois !

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      • Mais comme tu as raison de « squatter [mes] coms », surtout pour décrire si bien cela ! Tu mets exactement les mots sur ce que je ressens (si ce n’est que je suis désolée de te détromper mais le plus parfait de tous les bébés, c’est Peanuts ! ^^)
        Mais je comprends mieux ce que tu veux dire même si je ne sous-entendais pas que tu vivais ta maternité avec distance ou détachement, hein.
        J’aime retrouvé dans ton texte « je n’ai rien inventé » parce que c’est quelque chose que je dis et pense souvent. Je n’invente rien et je suis un chemin que beaucoup d’autres ont suivi avant moi et que tant d’autres suivront après. (Même s’il ma fallu quelques temps. Après la naissance de Peanuts, pendant plusieurs semaines, voir des femmes enceintes me paraissait saugrenu, comme si ça n’avait aucun sens :)
        On a toute notre façon de suivre ce chemin. Le mien passe aussi par les mots écrits et leur partage. Et je suis contente que tu prennes plaisir à me lire.

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        •  » (si ce n’est que je suis désolée de te détromper mais le plus parfait de tous les bébés, c’est Peanuts ! ^^)  »
          Ahah, je savais qu’en écrivant ça, je ne pourrais que recevoir cette réponse, j’ai voulu changer ma phrase d’ailleurs, et puis finalement, tout le monde comprend très bien qu’on a toutes les deux raison ! ;)

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          • Exactement, il n’y avait pas d’autre réponse possible ! Parce que Peanuts est le plus formidable de tous les bébés de tout l’univers et des temps passé, présent et futur. Dans les bons jours. :D

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