Fauchée

Ça s’est compliqué. L’Hiver.

Il y avait de la fatigue, trop, qui tombait, paf, écrasante, comme des attaques. C’était impossible de toute mener de front alors je ne l’ai pas fait : arrêt de travail. Quinze jours mais je savais que ce serait prolongé. L’année scolaire continuera sans moi, allez-y, les gars, je vais vous ralentir.

Je le prenais plutôt bien. Je me disais que j’irai marcher tous les matins, que j’essaierai de faire de la pâte à gyozas, que la panière ne dégueulerait plus de linge, que ma pile à lire mincirait, que mon abonnement Netflix serait sur-rentabilisé.

Puis. Virus, microbes, bactéries, fièvre, toux, lit, KO.

Allez, l’affaire de 5 jours, 7, 10 au pire. C’est ce que confirme le médecin.

Sauf que non, ça ne passe pas. La toux, en particulier, est installée, à toute heure, le jour, la nuit, surtout la nuit. Je les traverse quasi assise, tantôt dans mon lit, tantôt au salon. Certaines heures, je les vois dix, douze fois affichées en digital. D’autres disparaissent tout de même. La fatigue devient lancinante, le corps ralentit, les courbatures, la fièvre, la tension, je suis à plat. Le moral aussi. Je culpabilise de n’être là pour personne, mon fils né, mon fils pas encore né, moi. Les jours alternent. La toux reste. Deuxième visite chez le médecin. Sirop, 5 jours, ça va aller. Ça ne va pas. Troisième visite. 17 jours, docteur, 17 jours que je tousse. Côté gauche, mes côtes ont démissionné. J’ai mal, surtout quand je tousse. « Et quand vous ne toussez pas ? – Je ne sais pas, je tousse tout le temps » On s’est sourit. « Ça dépend les gestes. Si je ne soulève rien, ne me penche pas, ne me tourne pas de ce côté, ça peut aller ». Elle pense à une déchirure. Le muscle, crac, surmenage. Elle écoute à nouveau mes poumons. Ce coup-là, antibiotiques (moi qui croyais qu’on ne pouvait rien prendre enceinte, je découvre qu’on nous ment. Encore.) Depuis hier, donc. 5 jours, ça va aller. Je doute un peu, quand même, je commence à être échaudée. J’attends voir. Si tout le monde s’accorde sur une chose c’est à me répéter que je dois être patiente. Tout le monde a raison, sur ce coup-là.

Ça s’est compliqué. Et je suis fatiguée, si fatiguée par moments. Mais bon, 5 jours, ça va aller.

A point nommé.

L’hiver est doux.

Il est installé : neige dans les montagnes, arbres en deuil, joues piquetées, kleenex, baumes à lèvres au fond des poches, soupes dans les marmites.

Mais.

Le linge sèche au soleil.

Les radiateurs ronronnent en sourdine.

Les doigts sortent nus. Les orteils aussi, du lit.

Cet hiver ne mord ni ne plante, n’engouffre ni ne sombre, n’attaque ni ne cingle. Il s’étale, se déballe, se tartine, finesse, grâce, diplomatie.

Je remonte la frise, épingle les souvenirs. On est en juillet, on est en août, on est été. Bas sont les ciels, étriquées les températures, rabougrie la saison. Sous mon nombril, un bébé danse. En juin mon corps s’éteignait dans la chaleur, la tension s’affaisse, je m’affale, on s’affole. Un frais été m’est doux, un doux m’eut effrayée, je savoure cette météo.

Ellipse contournée, je goutte à nouveau de n’être rudoyée, alors que danse un autre tout pareil. Que la lumière ne manque, que l’humidité se rationne, qu’il fasse bon sortir.

Et c’est un peu comme si les cieux, les petits peuples ou les petits dieux, l’ordre des choses, je ne sais, comme si on me glissait que tout cela, ces bébés, moi, nous, tout arrivait, les bons moments, à point nommé.

Envies de

On n’est pas encore tout à fait en janvier mais je voulais me lancer dans ma liste d’envies pour la nouvelle année.

Si personne ne peut prédire précisément de quoi 2019 sera faite, ici, on sait déjà que beaucoup de choses vont changer au printemps.

J’ai beaucoup de mal à projeter. Pas que je manque de souvenirs concernant la naissance de Peanuts mais parce que dans tous ces souvenirs, il est seul enfant à bord et que peu de choses restent transposables tels quels pour Popcorn. Je m’apprête donc à me lancer dans la nouvelle année avec une grosse part de « On verra bien ! » (qui, quelque part, est un mantra qui fait ses preuves depuis que nous sommes parents).

Et cela ne m’empêche pas d’avoir des envies pour la nouvelle année. J’en parlais en janvier 2017, des envies plutôt que des résolutions. Ça m’engage sans risquer de me mettre en échec, c’est plus doux, de moi à moi.

Pour l’année qui vient, j’ai envie, en vrac et sans hiérarchie…

J’ai envie de soigner la lecture. Je ne vise pas d’aligner des quantités importantes, ni même de m’attaquer à un défi – bien que j’ai beaucoup aimé participer à celui de Dame Ambre cette année – qui pourrait donner des limites : je sais qu’avec un nourrisson, elles seront nombreuses. Mais je sais aussi que les chiffres nous aident, la part de mon cerveau légèrement toqué de nombres et moi. Alors voilà ce que j’ambitionne : 60 livres dans l’année, dont 30 qui ne soient pas de la littérature jeunesse et dont la moitié de ma Pile à Lire dans son état actuel (et sur lequel je pourrais être plus précise dès qu’elle ne sera plus cachée par le sapin de Noël).

J’ai envie de retrouver l’écriture. Fiction ou non, je l’ai totalement délaissée depuis plusieurs mois. Certes j’écris des lettres, des compte-rendus, des projets, des bilans, des tweets, des pouets (et encore), mais je parle de l’écriture qui fait le lien direct entre toutes les choses qui font que je suis moi et les mots. Posts de blog, jeux d’écriture, micro défis, idées à venir, à la main ou sur clavier, peu importe : 30 textes, que je publierai… ou pas. L’important, c’est de les créer, quitte à me forcer un peu parce qu’en écriture, ça me réussit souvent.

J’ai envie de progresser dans nos démarches que je regrouperai sous l’étiquette à guillemets « écolos ». En cette fin d’année, je me suis penchée sur le « zéro déchet » de près et je suis en mesure de déclarer… qu’on n’est pas prêts du tout à se lancer dans cette démarche là de manière… comment dire… réellement significative. Pour autant, je pars du principe que tout ce qu’on produirait en moins serait toujours ça de pris. Et cela concerne aussi nos émissions de CO2. Alors sans prétendre sauver la planète à moi toute seule ni même réaliser quelque chose de… voyons… grand, je veux mettre en place 12 pratiques au moins qui me permettront de réduire nos déchets et/ou notre production de CO2, dès cette année et de manière durable.

J’ai envie de faire la paix avec mon épilepsie. Je ne sais pas encore comment m’y prendre. Je comprends juste que cette colère que je ressens contre elle, contre moi, contre la situation, même si elle n’est pas permanente, ne rime à rien et m’use. J’ai envie de trouver comment m’autoriser à ce que les crises surviennent, même quand ce n’est pas le bon moment, même quand ça gâche des choses, et à vivre sans me limiter à cause du risque de crise. J’ai envie de trouver comment ancrer en moi que si je fais une crise au restaurant en amoureux un soir ou au cinéma en famille, au moins, j’aurais essayé d’aller au restaurant en amoureux un soir ou au cinéma en famille. Parce que plus ça va, plus je m’interdis de choses parce qu’il serait possible qu’une crise survienne. Certes, elles se tiennent davantage tranquilles ainsi. Mais est-ce une vie ? Parce que si je réfléchis au pire, et bien au pire je fais une crise. Ça ne sera pas la première fois, c’est un moment long et désagréable – très long et très désagréable quand je suis en plein dedans – mais c’est un moment.

J’ai envie de ne pas me perdre. Je sais qu’à un moment donné, je vais être prise dans un tourbillon. Je sais que je vais retrouver la Fatigue, qu’il va y avoir ces moments où rien ne va, que je vais sans doute pleurer d’être à bout. Je sais que ça va durer, que ça semblera ne jamais devoir s’arrêter. Je sais que je vais être abattue, découragée, sans doute perdue, peut-être en colère. Je sais aussi que je vais être heureuse, que tout cela a du sens, qu’il y a une fin à cette période et qu’il y a du bon, du chouette, du doux à l’intérieur de cette période aussi. Je sais que je vais me mettre de côté, parce que c’est plus facile, parce que une part de moi pense moins compter que les autres. Lizly, pense à venir relire ceci : ne te perds pas, ne t’écarte pas de toi-même, tu comptes. Et rappelle toi que pour prendre soin des autres il faut commencer par prendre soin de toi et que tu es celle sur qui compter pour ça.

J’essaierai d’écrire ici à propos de tout ça. Je sais déjà que l’écoulement du temps sera différent cette année alors je ne m’engage pas à cela. Disons que c’est un souhait.

Et maintenant, 2019, il n’y a plus qu’à !

Et vous, quelles sont vos envies ?

 

All I want for Christmas

Noël, ça fait des années que j’en parle sur mes blogs successifs, parce que ça fait des années que c’est compliqué. Il y a la famille, il y a la belle-famille, il y avait celleux qu’il n’y a plus, il y a ce que j’aimerais faire, ce qu’on peut faire, ce qu’on ne peut pas faire, ce que les autres veulent faire, ce que les autres ne veulent pas faire, il y a les histoires individuelles, les histoires familiales, l’histoire de l’enfance de Peanuts qui se construit…

Voilà un moment que je me suis lancée dans la reconquête de Noël. Il fallait reconstruire et comme souvent pour cela, il fallait d’abord déconstruire. Il fallait trouver des pistes, les suivre, revenir sur mes pas. Il fallait composer, deviner, lâcher prise, créer des liens et des connexions.

Et c’est maintenant que le Noël de cette année est terminé que je me rends compte que ça y est, j’ai réussi.

C’est passé par les ami.e.s.

C’est passé par les rituels.

C’est passé par des priorités personnelles.

Déjà, j’ai commencé à préparer Noël tôt. Fin octobre, car cette année, j’ai préparé un calendrier de l’Avent pour Peanuts. C’est quelque chose que je n’ai jamais eu mais j’aimais bien l’idée et j’ai aimé égrainer décembre avec lui et les petites pochettes cadeaux préparées en douce, d’autant qu’il a vraiment bien joué le jeu. J’ai glané les petites surprises ici et là, ça s’est étalé dans le temps et c’était chouette à construire.

J’ai aussi pris le temps de choisir mes cadeaux, en ligne pour beaucoup, d’être certaines d’être livrées à temps et de pouvoir expédier itou. Je me suis, une nouvelle fois, offert d’offrir, de faire des cadeaux à toutes les personnes à qui j’avais envie d’en faire, même petits. Des amies ont proposé un Secret Santa et c’était bien chouette, cela, aussi.

J’ai emballé des paquets en regardant Love Actually un vendredi après-midi avant de chercher comment cacher toutes ces choses sans que Peanuts ne tombe dessus par hasard.

J’ai chassé les sapins en photo avec une amie tout au long du mois.

On a installé le nôtre, de sapin le soir de l’anniversaire de Peanuts, tous les trois, après qu’il ait eu sa journée à lui. Il a voulu le faire multicolore et on a accroché toutes les décorations qu’on avait. Et c’est le plus beau qu’on ait jamais eu.

On a passé le réveillon entre nous trois-un-peu-quatre et c’était parfait. Le 25, on était chez ma belle-mère. Le 26, dans la famille du côté de mon beau-père.

On a glissé des cadeaux en douce sous le sapin, entendu crier « Il est passé ! Maman, Papa ! Il est passé ! », pris des photos en pyjamas. J’ai été vraiment gâtée par des personnes qui montrent qu’elles me connaissent décidément vraiment bien.

Je comprends, maintenant qu’on en sort, que ce qui est réussi, c’est que Noël ne tourne plus autour de deux dates. C’est devenu une période, une manière d’entrer dans l’hiver, et ça a beaucoup apaisé l’enjeu autour des repas en eux-mêmes.

Reste ma famille avec qui cette année nous nous réunirons le 13 janvier. Je veux bien faire durer un peu l’esprit de Noël, mais là je sais déjà que c’est trop me demander. Mais, bien, tant pis. Je vais continuer de travailler à mes Noël avec ce que je maîtrise et peux décider. Et cette année, et bien, ça a marché !

Mes mots

C’est compliqué, les mots et moi, en ce moment. Les mots lus, un peu. Les mots écrits, surtout.

J’ai des difficultés à ressentir et transcrire, à traduire en lettres, en phrases. Les mots me fuient, les mots m’échappent, les mots s’agitent par delà moi. Je ne sais pas, je n’y arrive pas.

Peut-être est-ce parce qu’il est question de nommer. Je coince sur ce prénom. Pas qu’on n’arrive pas à s’accorder, non, même déjà moi, je ne trouve pas ceux, celui au moins, qui me ferai.en.t dire « oui ! » Et c’est un peu comme si tous les mots restaient en attente de celui-là.

Alors je tourne et je tâtonne, j’use d’artifices quand il faut forcer les choses, dictionnaire des synonymes pour remplir mes bulletins, « champ lexical » demandé à qwant pour mes résumés professionnels, motbis poussé dans ses retranchements, et puis j’attends. Je cherche. Dictionnaires couleurs layettes, sites internet roses et bleus malaisants, traquer le tilt à coup de critères et restrictions et de recherches.

Peut-être, mmmh, non, ah ?, euh, plait-il ?

Et alors que ce prénom m’échappe, sous mon nombril, les mouvements se sentent plus amples et francs, ici puis là. Non, on ne tient pas le prénom mais en ligne, déjà, je l’ai nommé et ici, il s’appellera Popcorn.

pix by jill111 via Pixabay

Rentrer. Ou pas. Un peu, quoi.

Depuis le début septembre, je dis des choses à mes élèves comme « oui ce sera toujours comme ça avec moi », « au mois de mai, les équipes s’affronteront dans un défi cordial, dont nous serons les arbitres », « ne t’en fais pas, on réglera ça en juin quand tu rendras tes manuels », « ça, c’est prévu pour début avril »…

Et je leur mens. Oui, le problème sera réglé en juin. Mais pas par moi. Oui, le défi aura lieu en mai. Mais je ne serai pas arbitre. Oui, c’est prévu début avril. Mais je ne serai pas là pour vérifier que ça se met bien en place. Oui, ce sera toujours comme ça avec moi. Mais je ne serai pas là toute l’année.

Enceinte de Peanuts, j’ai commencé l’année avec un arrêt prévu pour début décembre, un ventre rond comme le monde. Bien qu’il ait été prévu que je commence et termine l’année scolaire (mon arrêt débutait en décembre et courrait jusqu’en avril), j’ai eu un mal fou à mobiliser les élèves pour mes cours et avec celleux de la cohorte de 6e de cette année là, celleux qui ont quitté le collège en juin dernier, il y a toujours eu comme un lien qui ne s’est jamais créé. C’était clair dès la rentrée que je partirai en cours de trimestre. Mon col l’ayant imposé, j’ai quitté, sans pouvoir prévenir les élèves, mon poste un mois avant la date prévu. J’ai été remplacé seulement 5 ou 6 semaines après, à mi-temps, par quelqu’un qui travaillait aussi sur 2 autres postes… Quand j’ai repris, à mi-temps également, je n’ai pas eu tout le monde en cours. Selon les jours, les élèves la voyaient elle ou me voyaient moi dans leur fréquentation libre du CDI. Je n’arrivais pas à retenir les prénoms, je m’embrouillais tout le temps…

J’ai commencé cette année-ci alors que je n’étais pas tout à fait au bout de mon premier mois de grossesse. Il n’était pas temps de dire quoique ce soit aux élèves. Et les 6e en particulier ne vivent pas bien les flottements donc j’ai choisi de commencer l’année comme si j’allais la faire en entier. Mes cours sont prêts tels quels, d’ailleurs. Un an de cours, d’évaluations, de correction, que j’ajuste au fur et à mesure de l’année mais ce n’est pas un mensonge de dire qu’il est prévu que soit abordée telle séquence à tel moment de l’année, selon comment les choses se passent d’ici là. De la question de l’omission.

Maintenant, je ne sais pas trop comment m’y prendre avec elleux. Je peux faire le choix de leur annoncer la nouvelle ou celui d’attendre qu’iels me posent la question. Leur annoncer suppose que je le fasse bientôt, parce que sinon, mon anatomie risque de me dénoncer avant que je ne le fasse. Attendre peut demander du temps selon les élèves. Certain.e.s ont l’œil affuté. D’autres… Et bien des élèves m’ont demandé à mon retour de congés maternité pourquoi j’avais été absente il y a pas loin de 4 ans, et ont découvert que j’avais eu un enfant alors qu’iels m’avaient eu en cours enceinte de 7 mois, donc…

Je sais que moi-élève-de-6e, j’aurais préféré que ma prof nous en parle avant qu’on se demande si on a bien vu ce qu’on a vu puis qu’on envoie une grande gueule demander à un.e, courageux.euses mais pas trop, autre prof si c’est vrai que, peut-être à un deuxième selon la première réponse obtenue, pour finalement, dansant d’un pied sur l’autre, aller voir à deux ou trois la prof et lui dire quelque chose comme « Madaaaame, on peut vous demander un truc ? Y en a qui dise que vous êtes enceeeeeeeinte, c’est vraaaaaai ? » Mais je sais aussi que mes élèves ne sont pas moi élève, je le vérifie très souvent. Et je ne sais pas si cela aurait l’effet escompté. A savoir que ce que je cherche, c’est à garder le lien que j’ai instauré avec eux dans les semaines de septembre et octobre.

Alors me voilà à quelques jours de ma reprise avec cette interrogation là…

… et cette non envie de reprendre, chevillée au corps.

J’ai commencé cette année sur un faux rythme, épuisée par mon premier trimestre de grossesse, pleine de trous de mémoire, d’inquiétudes, de petits mensonges (bouh, ce prétendu vilain mal de dos qui m’a fait courir les couloirs à la recherche d’aides pour porter mes cartons). J’ai lancé les projets prévus à l’année, après discussions avec les collègues concerné.e.s, en sachant que je ne les verrai pas aboutir. J’ai commencé à réfléchir à la manière de m’organiser pour que limiter la casse si je suis remplacée par quelqu’un qui ne connait pas vraiment le métier. (Hum).

J’ai gardé un pied dehors. Parce que c’est compliqué de se mettre à fond dans deux gros projets tels qu’une année scolaire et la fabrication d’un bébé, sa naissance et pfioulalala, ben la vie qui s’en suit. Parce que je me protège, que je sais que je peux être arrêtée du jour au lendemain et que le collège, le CDI, tout tournera sans moi, et que je ne veux pas mal le vivre.

Mais alors là, reprendre… Corriger des copies alors que j’ai juste envie de chiner une table à langer et de réorganiser la chambre de Peanuts, brainstormer pour le prochain numéro du journal quand j’ai envie d’acheter des vêtements minuscules, de parler dans l’air avec une main sur mon ventre, de lire les livres du défi lecture alors que je passerai des heures dans le dictionnaire des prénoms…

ça n’a pas l’air, comme ça. Mais c’est toujours plus compliqué que ça.

Encore

Voilà, je suis rentrée.

A la maison et au collège.

Un mois de balades, de gens vus, de paysages, de routes, de Peanuts qui grandit, de nous. De bonnes vacances, celles qui permettent de décrocher, qui font qu’on rentre chez soi avec la sensation d’être partis depuis des mois.

Deux mois loin du collège, même si les cours préparés, les projets alimentés, les bidouillages de bases à distance.

Je suis retournée au collège avec cette facilité des meilleures années. Je suis une vraie ancienne, maintenant, de celles qui ont vu passer 4 Chefs, 5 adjoints, et accueillis de très nombreux nouveaux visages. Ça me va, je me sens bien à connaître tant de choses par cœur, à embrasser le CDI du regard une fois et repérer ce qui ne va pas, les surprises de l’été.

Ce soir, je suis un peu sonnée. Le collège, c’est une sorte de tourbillon, un peu. Beaucoup. Et ce soir, je suis seule chez moi, l’enfant loup et mon amoureux prolongeant un peu leurs vacances à eux. Le contraste donne un peu de tournis.

A moins que ce ne soit cette ensemble de hâte. Hâte de retrouver ma tribu demain. Hâte de remettre en place le CDI lundi, de savoir qui sera la maîtresse de Peanuts, s’il est dans la classe de cette gamine qu’il adore mais qui ne se comporte pas toujours bien avec lui. Hâte de mon premier cours avec cette classe thématique qu’on a obtenue cette année. Hâte de voir comment fonctionne ma progression modifiée. Hâte que vendredi prochain soit là, aussi. Hâte de notre premier week-end à se retrouver ensemble après une semaine de travail pour les uns, école pour, euh, ben les autres puisque je n’ai pas totalement quitté l’école. Hâtes.

J’aime bien les débuts d’année et leurs promesses. C’est sans doute aussi pour ça, que j’ai voulu être prof. Ce rythme de vie qui t’offre cela, de cette manière, quasi cérémoniale.

Well, la tête qui tourne un peu. Mais je me sens bien.

 

Lettre à l’ado de 15 ans que j’ai étée

Salut Moi.

Il est difficile de commencer cette lettre, tu sais. Je ne vais pas te demander comment tu vas, je le sais. Quoi de neuf, je le sais. Ce serait plutôt l’inverse, qui aurait du sens. Oui, tiens.

Salut Moi. Toi, ça va. Et c’est vrai. Ça va bien. S’il y a une chose que je dois te dire, une chose que tu dois savoir, c’est celle-là : ça va et je suis heureuse dans ma vie. Je suis amoureuse (et il m’aime aussi, ça te change). On a un enfant, oui oui, tu as fini par le vouloir, et il est épatant, tu ne t’attendras pas à quel point, et tu vas l’aimer, tu ne t’attendras pas à quel point non plus. J’ai un métier qui me plait, dans lequel je me sens bien, et qu’on me dit que je fais bien et à force, j’y crois. On a un chez nous bien chouette, où on se sent bien, avec des meubles chinés, des emporte-pièces en forme d’étoile filante, de chevalier, de tour Eiffel et de dragon (si, tu verras, tu seras très contente de les trouver et tu sauras quoi en faire), des plantes vertes qui ne meurent pas systématiquement, et les deux voiliers de Papy accrochés au mur. Et il y a des livres partout, tout le temps.

Je pourrais te révéler plein de choses sur ce qui t’attends. Je pourrais te donner des tas de mise en garde. Et je sais que tu attends. Tu en as envie, tu as le sentiment d’en avoir besoin. On est comme ça, ça n’a pas changé : on a besoin d’anticiper de prévoir tous les scénarios possibles, de s’attendre au pire, au meilleur aussi mais soyons honnête, surtout au pire, on veut pouvoir prévoir.

Tu vas me détester pour ce que je vais t’écrire maintenant. Tu vas m’en vouloir, tu vas croire que j’ai oublié. Et ça va durer quelques années. Parce que je sais que tu ne vas pas bien. Je sais que ça va durer encore un moment. Mais je ne peux pas tout te dire. J’ai besoin que tu comprennes : si je te dis maintenant comment aller mieux, tout de suite, ça va tout gâcher. Parce que si on en est là maintenant, c’est aussi parce que tu traverses, parce que tu vas traverser, des mauvais moments – et des bons, des tas, mais des mauvais – et que ça va te construire, nous construire. Et qu’on aura ce qu’on a maintenant. Et qu’on sera qui on est maintenant. Et non, tu ne veux pas gâcher ça même si tu ne le sais pas encore.

Allez, je t’aide à voir le positif : j’aime ma vie actuelle au point de ne pas vouloir que tu la changes. Si ça, ce n’est pas une bonne nouvelle ! Allez, je suis aussi totalement honnête, il y a des choses dont je me passerais bien et que je t’épargnerais volontiers. Mais il y a « l’effet domino » : si tu changes certaines choses, d’autres changeront en conséquence. Par exemple, je pourrais te dire des paquets de trucs concernant notre sœur. Mais elle est – indirectement et malgré elle mais elle est – en rapport avec ta rencontre avec l’homme qui partage ta vie actuellement. Donc s’il te plait, ne t’éloigne pas d’elle. Enfin, pas tout de suite. Par contre, une fois que tu auras rencontré cet homme, ou plutôt… disons, ce mec, parce que vous n’aurez pas encore l’âge où tu en parleras comme d’un homme, éloigne toi d’elle. Mets de la distance, arrête de ménager nos parents, et arrête, je t’en prie, arrête de croire que parce qu’elle, elle t’aime, que parce qu’elle, elle raconte des souvenirs de ton enfance, que parce qu’elle, elle a une histoire commune avec toi, qu’à cause de tout ça tu lui dois quelque chose. Je vais te donner une autorisation qu’on se donnera trop tard : on a le droit de ne pas avoir de véritable lien avec elle, de ne pas se sentir sœur, de ne pas être réciproque. Et surtout, on a le droit de ne pas l’aimer.

On a le droit, aussi, de reprocher des choses à nos parents sans pour autant les aimer moins, mal, ou pas assez. Entre toi et toi, je n’attends pas la « crise d’ado » caricaturale par laquelle tu ne passeras jamais, les cris et les portes claquées. Mais dans ta tête, tu peux, tu en as le droit.

Épargne-toi : ils ne verront rien. Je sais, en particulier, ce que tu fais, avec la nourriture. Pour le moment, tu mets un mouchoir dessus, tu n’en parles pas, pas même avec toi, mais je sais. Non, tu n’as faim, pas autant. Non, ce n’est de la gourmandise. Tu vas continuer. Ça va se voir. Mais ils ne verront rien, jamais. Parce qu’ils sont comme ça. Toi, par contre, tu es en train d’en prendre pour dix ans, de ce truc avec la bouffe.

Pendant que je parles de choses rudes, tu as quelques années devant toi mais tes grands-mères ne sont pas éternelles. Et d’une certaine façon, on peut être absente avant d’être morte. Penses-y.

J’ai de bonnes nouvelles, tout de même.

Ce que tu as vécu au collège : c’est fini. Ah, oui, peut-être que ça t’aidera d’y mettre un nom tout de suite plutôt que dans dix ans alors que je te le dis : c’était du harcèlement. Du harcèlement scolaire. D’ici quelques années, c’est un terme qui sera repris et presque banalisé. Tu n’as pas besoin que je te redonne leurs noms, tu les connais, et tu ne les oublieras pas. Tu n’as pas besoin que je te rappelle des faits, tu les connais, et tu en oublieras certains. Et bien c’est fini. Non, tu ne vas pas te transformer en nana ultra populaire dont toutes les filles veulent devenir l’amie et que tous les mecs rêvent d’inviter au bal de fin d’année. Mais tu vas réussir à te faire des amies. Elles ne te traiteront pas toujours bien, mais ça c’est parce que vous êtes des ados, et ça n’atteindra jamais, jamais, le niveau que ça a atteint. Puis pour être honnête, tu ne les traiteras pas toujours bien non plus, alors… Tu ne l’appelles pas encore ainsi, mais tu as rencontré quelqu’un qui deviendra ta petite sœur de cœur, elle est précieuse. Pour le reste, essaie de ne pas mettre 100% de toi et même un peu plus dans tes relations d’amitié. Je sais que je dis ça dans le vent, tu n’y arriveras pas, mais j’aurais tenté de te prévenir.

Ton frangin, ben tu vois, tu dirais juste « mon frère », mais en fait, c’est vraiment ton frangin. C’est juste que… ben il a ses souffrances aussi et que vous préférez les soigner chacun de votre côté. Vous finirez par comprendre que c’est chouette de faire des choses ensembles aussi. En tout cas, tu peux compter sur lui. Et efface moi cette grimace tout de suite, vos relations vont changer, c’est promis.

Autre bonne nouvelle, il va y avoir des chevaux dans ta vie pendant quelques années encore, ils vont revenir. Plus maintenant, je ne vais pas te mentir, mais ça ne te manque pas pareil. Fais le plein de caresses, passe des heures à respirer des crinières et à poser tes mains sur des encolures, accumule, profite.

Et tu sais, Internet. Tu n’as pas la moindre idée des possibilités que cette chose va t’offrir ! Ouais, pour l’instant c’est le truc sur les ordis du CDI mais ça va devenir immense, et ça va t’ouvrir des horizons dingues. Internet est même à l’origine de plusieurs de tes plus belles amitiés. Si, si, tu verras.

Parmi les conseils qui te paraîtront pas forcément les plus pertinents mais je sais de quoi je parle : ce n’est pas à la minute mais quitte cette gynéco. Essaie de trouver quelqu’un d’autre, une sage-femme dans l’idéal (oui oui, elle peut faire un suivi gynéco, elle ne s’occupe pas que des grossesses et des accouchements, et non, notre mère n’est pas la meilleure personne avec qui parler du choix d’un médecin. Tente ton infirmière de l’Internat plutôt), ou au moins un ou une médecin qui t’écoute vraiment et ne t’assène pas des vérités. Et t’épargne un touchée vaginal à chaque visite alors que tu es vierge. C’est plus important que ça en a l’air.

Et pendant qu’on parle de Soignants, n’écoute pas ce connard de médecin de famille, c’est un misogyne (rassure moi, tu sais déjà ce que veux dire misogyne ? C’est synonyme de phallocrate, ça je sais que tu te le connais parce qu’on l’a lu dans un album il y a des années et qu’on s’en souvient encore) doublé d’un sale con imbu de sa position de Docteur. Et oui, tu le sais, ce serait bien d’aller voir un psy. Tu finiras par le faire. Si tu pouvais commencer plus tôt, on s’épargnerait sans doute des choses. Mais là, tu vois, on est en plein dans le risque de l’effet domino.

Et puisqu’on parle de médecins, tu vas avoir un problème de santé. Un truc ni franchement grave ni franchement invalidant mais emmerdant. C’est une forme de, et non, ne t’effraie pas à ce nom, tu crois connaître mais il y a plein de facettes à cette maladie, c’est donc une forme d’épilepsie. Ça va se manifester une première fois fin 2008. Va voir un neurologue. Je sais que ça t’effraie mais n’attends pas un an. Vas-y tout de suite. Et même s’il ou elle ne détecte rien au début, rappelle toi : c’est de l’épilepsie, ça reviendra, il ne faut surtout pas prendre d’antidépresseurs même si on te les prescrit, et n’arrête jamais brutalement un anxiolytique même si un médecin te dit de faire comme ça. Change de médecin, s’il te dit de faire comme ça.

N’écoute pas trop ta Petite Voix. Elle dit beaucoup de choses vraies, mais elle te le dit mal.

Et, détail, je ne prétends pas te faire devenir sportive mais si tu pouvais vraiment essayer de faire quelque chose pour muscler nos bras, ce serait sympa. Fous la paix à tes cuisses et tes hanches, mais commence à bosser les biceps s’il te plait.

Je vais te laisser. Je voudrais que tu gardes en tête qu’à la fin, tout va bien, qu’avoir 25 ans c’est mieux que 15 sans être si bien que ça mais que la trentaine, c’est le pied. C’est le bout du monde, je sais. Mais ça vaut le coup d’attendre.

Je t’embrasse, petite Moi. Avec beaucoup d’affection, bien que je sais que ça t’étonne te ta part.

Toi

Note de bas de page

Exercice inspirée de la lecture de Lettres à l’ado que j’ai été et par Minka, qui s’est prêtée à l’exercice.

Ce qui se passe en fin d’année

J’ai vu passer sur Twitter ces derniers jours plusieurs tweets, souvent râleurs, sur la fin d’année dans les collèges et les lycées, le non accueil des élèves, ce genre de choses.

Je me rends compte que très souvent, les personnes qui tweetent à propos de ça sont concernées (des parents d’élèves, pour l’essentiel) mais ne savent pas forcément ce qui se passent dans les établissements pendant cette période de fin d’année.

Alors j’ai envie de raconter la fin d’année dans mon établissement.

Le Petit Collège de la Rive Droite du Fleuve Sans Eau (et de la Rive Gauche du Grand Boueux, quand on y réfléchit) est un collège urbain de pas loin de 600 élèves, entre 40 et 50 professeur·e·s, une dizaine de personnels de Vie Scolaire, une demi douzaine d’administratif·ve·s et une quinzaine d’agent·e·s.

Cette année, les conseils de classe ont débuté dans la fin de la deuxième semaine de juin (celle du 4) pour se terminer au début de la quatrième à raison de 4 par soir, jusqu’à 19h. Il était nécessaire de placer les conseils de classe à ces dates car il y a des délais à tenir en rapport avec les commissions d’appel concernant les passages et redoublements (on dit « maintien », maintenant) et surtout, les orientations. Les dates de ces commissions sont indépendantes de notre établissement, nous ne pouvons pas les décider. Il y a également des échéances indépendantes de notre organisation concernant les élèves qui n’obtiennent pas l’orientation souhaitées (nombres de place limitées, pas de patron pour leurs CAP…) et qu’on réoriente en urgence avant la fermeture des serveurs d’affectation (autre date que nous ne maîtrisons pas).

Les manuels ont été rapportés la troisième semaine de juin. Les élèves ont été accueillis et les cours maintenus jusqu’au mardi 26 juin. L’établissement étant centre d’examen, il a été fermé à toustes les élèves le mercredi 27 parce qu’il fallait installer le Brevet, c’est-à-dire positionner les tables de toutes les salles en mode examen alors qu’on travaille pour la plupart en ilots, coller les étiquettes nominatives sur chaque table, installer la signalétique dans l’établissement, préparer les piles de copies, de brouillons, faire en sorte qu’un dictionnaire au moins soit consultable dans la salle pour les parties de l’épreuve de français où c’est autorisé, et j’en oublie sans doute parce que je n’y participe qu’indirectement. Le collège n’a ensuite accueilli que les candidat·e·s au Brevet les 28 et 29 car l’ensemble des personnels enseignants assurent les surveillances d’examens, et que même si certains étaient disponibles pour faire cours, les salles sont occupées. Les dates du Brevet, examen national, sont fixées par le Ministère. Nous n’avons, là non plus, aucune possibilité de les modifier.

Le collège a ensuite été rouvert pour l’ensemble de nos élèves jusqu’à aujourd’hui midi. Lundi et/ou mardi, les collègues de français, maths, histoire et sciences étaient convoqué·e·s pour corriger le Brevet. Les autres assuraient leurs horaires selon leurs emplois du temps habituels et accueillaient leurs élèves. (Pour tout dire, on accueillait aussi celleux des collègues assurant les corrections.)

Demain matin, nous sommes en réunions pédagogiques pour la constitution des classes. Ces réunions permettent que les professeur·e·s, qui connaissent bien les élèves pour les avoir eu une année scolaire en cours, composent elleux-mêmes les classes, associent certains élèves, en séparent, équilibrent les caractères, les points forts, les atouts, pour éviter que les chefs d’établissement utilisent simplement les moyennes, les options, le sexe et l’ordre alphabétique, et afin d’offrir à nos élèves des classes le plus équilibrées possible qui leur permettront de progresser, en tout cas, on l’espère. Ça nous prend trois heures facile.

Demain après-midi, nous avons un conseil pédagogique. Cette instance réunit l’ensemble des enseignant·e·s de l’établissement (selon comment elle est organisée, il y a des établissements où tous les profs ne sont pas convoqué·e·s), notre direction et des représentants de la vie scolaire. On va faire les bilans de certaines points de l’année et poser ce qui est déjà prévu pour l’année prochaine, afin qu’on puisse y travailler cet été (et oui). Dans la foulée, nous nous réunirons en Conseils d’Enseignements c’est-à-dire en équipe par disciplines (les profs en maths d’un côté, les profs d’histoire de l’autre, etc) ou de champs disciplinaires (dans mon collège, les profs de langues vivantes se voient ensemble même s’iels n’enseignent pas la même langues). Cela pour affiner certains projets et pour décider des progressions communes dans certaines disciplines. Afin de pouvoir y travailler cet été (et oui).

Demain, se joignent à nous les collègues ayant reçu leurs mutations et avec qui nous travaillerons l’année prochaine. L’occasion de se rencontrer et de savoir comment iels fonctionnent, afin que tout le monde s’adapte. Et éventuellement y travaille cet été (et… bref)

Vendredi matin, nous sommes toustes convoqué·e·s pour une formation. En effet, l’an prochain, un nouveau dispositif est mis en place dans l’établissement qui nécessite qu’on sache un certain nombre de choses. Ce sont les formateurs qui ont choisi cette date.

Et à midi, on fait le repas de fin d’année. Ça, c’est vrai, c’est nous qui le fixons. On « fait sauter » une après-midi de cours à nos élèves.

En juin, nous (un « nous » qui désigne l’ensemble des personnes travaillant dans l’établissement) avons également assuré les inscriptions des nouveaux élèves, le recrutement de nouveaux personnels de Vie Scolaire et d’AVS pour la prochaine rentrée, fait l’inventaire des ressources de l’établissement en matériel, documents, nourriture, déménagé deux salles de classe, repeint trois, déployé et configuré 30 nouveaux ordinateurs, fait l’état des stocks de manuels et passé la commande pour les manuels à distribuer à la rentrée, rencontré dans leurs établissements les professeur·e·s des écoles du secteur afin qu’iels nous présentent les élèves arrivant et nous transmettent toutes les infos importantes à connaître sur eux, téléphoné à toutes les écoles hors de notre secteur dont on reçoit aussi des élèves (une trentaine en tout), créé les classes de 6e, continué les cours, les sorties et autres activités pédagogiques, on a rempli les bulletins, corrigés les dernières copies, les devoirs supplémentaires que des élèves demandent toujours en fin de trimestre pour rattraper ce qu’iels peuvent sur leurs moyennes, reçu des familles d’élèves pour les orientations de 3e, en 4e vers la prépa pro, de 6e pour la SEGPA, vidé les casiers, les armoires de salle, on a fait le CA, la cérémonie des élèves « méritants », préparé le planning de la prochaine rentrée, on a dressé nos bilans, rédigés des projets, les vœux, on a préparé, pour plusieurs, notre départ de cet établissement, et j’oublie mille et une choses.

Il me reste à vous dire que chaque année, les premiers élèves à quitter l’établissement s’en vont aux alentours de la première semaine de juin et qu’il en va ainsi tout au long du mois. Que dès le début du mois de juin, les élèves sont fatigué·e·s, ont encore plus de mal que d’habitude à se concentrer, qu’iels comptent les jours. Qu’à partir du moment où on ne note plus, iels ne font plus le travaillent demandé, avec l’absolution des familles dans la grande majorité des cas. Qu’ici, depuis 2 semaines, la température dépasse les 30° en journée, y compris dans les salles de classe. Qu’iels n’étaient que 70 lundi, au plus fort de la journée. Que ce sont, à celleux là, leurs journées préférées, celles où tout le monde se relâche, où les rapports s’assouplissent, où C ose confier à sa prof d’Italien qu’elle se faisait aider par une voisine née à Vintimille pour ses devoirs maisons mais qu’elle a appris aussi plein de choses comme ça, où V raconte à un surveillant qu’il voit sa mère pour les vacances et qu’en fait, quand ses parents prétendent à l’établissement qu’elle est présente le reste de l’année, c’est faux, où J explique à sa prof de SVT qu’elle se force à manger mais qu’elle maigrit quand même, qu’elle veut pas, que ça l’inquiète et finit chez l’infirmière avec des recommandations pour l’été, qu’A avoue qu’elle est la seule de son groupe de potes à ne pas partir en vacances, qu’iels l’apprennent là et improvisent au brûle-pourpoint qu’elle passe quelques nuits chez les un·e·s et les autres entre juillet et août selon quand iels sont là et histoire qu’elle ne reste pas en tête à tête avec son énervant petit frère et sa mère qui est, bah, la mère d’une ado, quoi. Que ça a du bon, aussi, d’avoir ces jours ascolaires à la fin d’une année de travail.

Voilà. Dans deux jours, je suis en vacances. Dans quatre, je commence à préparer mes cours pour l’année prochaine. Bon début juillet à toustes.