Il y a toujours ce moment où, en particulier la dernière semaine, tu te dis « Je verrais ça pendant les vacances ».

Et ce moment, pendant les vacances, où tu te demandes comment tu vas arriver transformer a minima la montagne en coline.

Alors tout en maudissant un chouia la toi d’il y a 15 jours, tu penses à la toi de la semaine prochaine et à ce qu’elle va se prendre dans les dents (à savoir une reprise) (ou un confinement, hein, va savoir) (ou les deux) et tu t’y mets.

Sauf que voilà, moi, j’ai strictement rien fait la semaine dernière parce que cette semaine, Popcorn reprenait la crèche et Peanuts devait être chez ses grands parents. Ce qui me laissait 4 jours (le mercredi, Popcorn n’est pas gardé) pour bosser et profiter.

Sauf que ma belle-mère est tombé malade et qu’elle passe son tour de garde donc que je récupère Peanuts mercredi soir. Et que bosser avec Peanuts, c’est vite l’enfer selon les tâches que j’ai à faire. Aujourd’hui, j’ai donc passé ma première journée sans enfants enchaînée à mon bureau. J’ai même mangé devant.

J’ai corrigé toutes mes copies, entré toutes mes notes, mis à jour mon carnet de relevé de compétences, j’ai remplis les bulletins de mes 5 classes, envoyé un mail aux profs principaux, j’ai rempli un document demandé par ma cheffe, j’ai élaboré un plan de travail pour un projet du mois de mars, j’ai écrit à mes partenaires, j’ai échangé avec ma Super Collègue à propos du travail individuel des élèves (ou plutôt de son absence chez beaucoup de nos élèves), j’ai préparé ma séance de la rentrée soit la trace écrite pour les élèves, la capsule vidéo et l’exercice qu’ils réaliseront en îlot.

Quasiment 9 heures de boulot. Un sentiment de satisfaction professionnelle. Et un peu de détresse à l’idée de devoir remettre ça demain et n’avoir, finalement, de nouveau pas eu de temps pour moi toute seule, malgré deux semaines de congés.

Et tout ça pour qu’iels m’écrivent encore des cotes de fictions avec des chiffres…

Mauvaise pioche

Ça ne convient pas.

C’était une des possibilités, bien entendu. C’était même très probable. C’est même logique, en fait.

J’ai passé trois jours à me répéter de ne pas m’emballer. Qu’on n’avait rien visité d’autre, même pas regardé sérieusement d’autres annonces. Que tomber juste comme ça, c’était quasi impossible. Que c’était trop simple. Que c’est pas le genre de choses qui nous arrive à nous.

Je me suis quand même emballée.

La fin de la visite, l’au revoir avec le propriétaire, ont sonné la fin des vacances. Celles que j’avais réussi à prendre dans ma tête. A projeter un peu sur autre chose. Autre chose que le boulot à faire, que les rendez-vous médicaux à programmer pour les enfants, que les menus de la semaine prochaine, qu’attendre de savoir si on sera confiné ou plutôt quand.

J’ai été rattrapée par la réalité.

Tellement bien que j’ai saisie les périodiques en retard que j’avais rapportés du boulot et que je les ai postés sur l’Instagram du CDI.

Fin de la récréation, retour à la morosité ambiante. C’est pour quand, alors, le confinement total ?

Demain

On ne cherchait pas. Pas encore. On y pensait mais on n’avait rien lancé.

C’est que, chez nous, on commence à manquer de place. Un 22 mois, on ne dirait pas comme ça, mais ça occupe un sacré volume ! Et je crois qu’on a fait le tour de cet espace, de ce qu’on peut en faire, de ce qu’on a envie d’y vivre. Puis qu’on a besoin de se projeter sur quelque chose, foutu covid, de voir plus loin.

C’est un hasard qui a mis le feu au poudre. Quelqu’un publie une annonce sur FB, que quelqu’un partage, que quelqu’un partage encore et paf je la vois. Et j’ai un crush sur les photos.

Il y a plein de points positifs. Pas mal de points négatifs.

Et on visite demain pour trancher.

Et moi ce soir je suis une vraie pile électrique !

7

Aujourd’hui, j’ai appris à Peanuts à jouer au 7 familles.

Cette boîte de cartes, je me rappelle l’avoir achetée à la boutique du CHU. J’étais enceinte de Popcorn, j’allais là-bas pour un contrôle, un truc de routine. J’avais pensé à Peanuts mais je ne le lui avais pas offert sur le coup. Et ensuite, je l’ai un peu oublié.

Je crois que je l’ai ressorti pendant le confinement mais il n’a pas eu envie de l’ouvrir.

C’est un peu le hasard qui nous l’a fait sortir ce matin, après que j’ai gagné 3 parties de Uno contre 1.

Il a vite pigé le truc et on s’est bien amusé. C’était sympa.

Ça m’a donné un coup de vieux.

20 février. Aujourd’hui ce qui pourrait me faire passer pour folle

Je suis allé retirer un colis à l’accueil de Carrefour, avec les enfants, et voilà que Peanuts me parle de préparer hot dog. Je jette un œil aux caisses paniers : la queue est courte. J’en déduis qu’il ne doit pas y avoir un monde fou. On commence par passer au rayon culturel. Le dernier livre musicale de Popcorn a rendu l’âme, on lui en choisit un nouveau. Peanuts négocie un BD. Il n’y a toujours pas grand monde. Ce n’est pas le coin du magasin le plus fréquenté…

Puis on s’avance pour chercher des saucisses, du pain. Vers les rayons alimentaires, la foule augmente. Je commence à repérer beaucoup de nez qui dépassent. C’est impossible de réellement garder ses distances. Je me crispe sur les poignées de la poussette. Peanuts me suit en lisant sa BD. Je lui répète pour la 3ème fois que ce n’est pas le moment. Il acquiesce mais ne lève pas le nez pour autant. C’est bien le moment d’être le fils de sa mère, tiens. Je passe par le fond du magasin, moins de monde, on récupère les saucisses, le pain. Si je n’étais pas avec les enfants, si je n’avais pas promis des livres, des hot-dogs, je serais déjà sortie. Je hausse la voix sur Peanuts qui lit toujours et se fait distancer. Il grommelle mais ferme son Yakari. A l’approche des caisses, je me sens mal. Les caisses paniers sont à l’autre bout mais je fais retraverser tout le magasin aux enfants au pas de charge.

J’arrive à être polie avec la caissière mais ça me demande un gros effort de concentration. Je veux sortir, vite, je n’en peux plus, il y a trop de monde, trop de masques mal portés, trop de contamination potentielle.

Je ne vois plus des gens, je vois des porteurs et des porteuses de virus, partout…