Les petites annonces

On a trié et on a mis en vente…

Le transat, le tapis d’éveil, la baignoire. Ces choses de bébé qui ne servent plus parce que le bébé n’est plus si bébé.

Et puis la poussette. Pas qu’il soit assez grand pour qu’on imagine se passer totalement de poussette mais on utilisera l’autre, celle qu’on apparlle « la petite ».

Qu’on se sépare de cette poussette, c’est logique, c’est raisonnable. Ça va permettre de récupérer plein de place. Parce que ce n’est pas qu’une poussette, c’est une nacelle, une coque, une base isofix pour la voiture et une poussette.

Je me rappelle encore quand on l’a achetée. On était partis se renseigner, on est revenu avec une poussette qu’on n’avait même pas payées, elle a ouvert la liste de naissance. J’ai trouvé que c’était allé un peu vite. Je n’ai jamais regretté.

Elle a été ma partenaire dans des tas de moments. Oh, elle m’a encombré, souvent. Je l’ai soulevée plus souvent qu’à mon tour, pliée, installée dans le coffre. J’y ai changé des couches, donné des petits pots. Je l’ai emmenée partout dans la ville. Et pas que dans cette ville. Elle a été mon alliée dans beaucoup de situations. Oui, je le dis, même si je suis toute aussi convaincue par le portage.

J’espère qu’on va trouver une famille sympa pour la vendre. Ça me ferait vraiment mal au cœur qu’elle parte chez des cons…

Parce que, qu’on se sépare d’elle, c’est logique, c’est raisonnable, mais ça me schreugneugneu tout de même pas mal.

30 mai. Aujourd’hui, la peine de

J’ai essayé de parlé avec Celuiquej’aime de comment je me sens.

Il dit que tout va aller mieux parce qu’on n’est plus coincés à la maison, qu’on peut sortir.

Il dit que maintenant, ses parents peuvent nous aider et emmener les enfants quelques heures, garder le grands plusieurs jours.

Il dit que l’année scolaire est quasiment fini, qu’après, ce sera plus simple.

Il dit qu’on voit le bout.

Je n’ai pas réussi à lui répondre que sortir ne résoud pas grand chose.

Que l’aide de ses parents c’est aussi une logistique lourde à gérer.

Que la fin de l’année scolaire signifie pour moi la fin de mes journées de travail qui sont une véritable respiration.

Que le seul bout que je vois, c’est une rentrée fragile en septembre, et qu’il est menacé.

J’ai du mal à dire. Il n’a pas vraiment envie d’entendre. Est-ce bien la peine d’essayer ?

28 mai. Aujourd’hui pris entre deux

Elles sont fatigantes, ces journées au travail. Et étranges. Travailler dans un CDI dont on ne sait pas quand il accueillera de nouveau des élèves. Ranger, trier, désherber, inventorier. Ne pas entendre l’établissement ronronner, pas de cris dans la cours, pas de chaises qu’on racle au sol. Les salles les plus proches sont inoccupées, les récréations courtes et surencadrées.

Malgré l’étrangeté, j’y vais avec envie et enthousiasme. En même temps que je fuis mon chez moi avec tout autant d’énergie.

Dans ce CDI sans élève, j’ai des centaines de tâches de gestion à mener. Enfin, deux dizaines qui se déclinent en des tas de petites. Et je peux me faire en silence. Sans être interrompue. Je peux même penser.

J’aime mes enfants jusqu’au bout de moi même et au delà mais bon sang, que c’est bon de ne pas être avec eux.

La tête comme une passoire

Je me trompe. De mots, de prénoms, d’ordre. J’oublie. Pourquoi j’ai ouvert le frigo, pourquoi je suis dans cette pièce, pourquoi j’ai ceci à la main.

J’ai la sensation que les deux tiers de ma journée se font presque sans moi. Je fonctionne sur des réflexes, des enchaînements tellement connus et répétés, des automatismes.

Et quand j’ai quelques minutes pour penser, ça grippe. Lundi, je me suis retrouvée à plusieurs reprises dans ma journée de travail perdue. A ne pas savoir quoi faire, dans quel ordre et sans réussir à reprendre un fil de réflexion sans passer par un canalisateur extérieur (écrire, lancer des repères dans le logiciel documentaire, placer physiquement les documents de manière précise…)

Je ne sais pas dans quel état je vais sortir de cette période. Ni combien de temps il me faudra pour m’en remettre.

Mais quelque part, ce sera déjà une bonne nouvelle d’avoir à répondre à ces questions là car ça voudra dire que j’ai tenu jusque là…