Aujourd’hui j’ai

Beaucoup découpé, collé, bidouillé, mon métier, c’est parfois des activités manuelles de cours préparatoire.

Bouclé des trucs.

Déballé des cartons.

Médité.

Envoyé un colis.

Eu froid.

Pédalé.

Remercié, sincèrement.

Rangé le bordel mis par d’autres. J’en ai marre de ranger le bordel mis par d’autres. Surtout quand ce sont même pas mes gosses.

Quoique, j’en ai aussi marre quand ce sont mes gosses.

Ramassé le plus-si-bébé qui pique de grosses colères.

Fais chauffer mon dos contre un radiateur.

Fais une vidéo pour quelqu’un.

Lu des livres à d’autres qu’à moi.

Pas assez dormi. D’ailleurs, je vais y retourner.

Encore…

Je crois que le pire avec la Fatigue, c’est comme elle envahit tout.

Par exemple, au moment d’écrire, le soir, ici, c’est la seule chose qui me vient. Combien je suis fatiguée. Et lasse. Et un peu écœurée.

Parce que ça plane sur tout. Tout le temps. Sur tout ce que je fais. Et tout ce que je ne fais pas. Elle est là tout le temps. Je me couche avec et me lève avec. (Trois fois par nuit, parce que le plus-si-bébé dort mal ces jours-ci.) Je mange avec, fais mon yoga avec, engueule les enfants avec.

Je suis la Fatigue.

Fin de journée

Je referme la porte de leur chambre derrière moi, pas complètement, il faut que la lumière du salon filtre, que Peanuts nous entende, ça l’aide à s’endormir. J’ai remonté la couette sur le ventre de Popcorn. Lui, il est bien « parti », un bras dans le vide de l’autre côté des barreau du lit, la tétine pendouillante entre les lèvres entrouvertes. Je m’assois à mon bureau, rédige rapidement un courrier pour ma voisine, un souci sur son compte, une demande de vérification. Puis j’enchaîne, Mère Noël, par un mail pour mes parents avec les liens qu’il faut et tout le toutim pour qu’ils puissent fêter leurs petits enfants.

21h57, je tape quelques mots ici et je réalise que dans cette journée de folie, je n’ai pas encore pris ma douche. Je vais donc passer par ma salle de bain puis aller me coucher. En espérant sombrer rapidement.

C(OVID).D.I.

Le protocole s’assouplit, se durcit, s’allège, s’allonge, se compresse, se fait une beauté… On s’adapte mais l’un dans l’autre, de moins en moins d’élèves viennent au CDI, les prêts sont en chute libre, je travaille à la gestion d’un joli musée du livre.

Les temps forts de fréquentation, c’étaient ceux sur lesquels les élèves étaient le plus libres : la récréation, le créneau avant le repas, les 5 minutes volées après pour les inaugurateurices du premier service. Ces moments où je dois les refuser, ne pas mélanger les élèves de classes différentes, ne pas les laisser se croiser de près, ne pas, ne pas.

Et comme je fuis la salle des profs, je ne ficelle pas autour d’un tupmerware les projets issus des conversations lancées au hasard pendant la pause déjeuner.

Alors je vois les élèves en cours, dans les créneaux de mes heures fixes, un peu ponctuellement avec les collègues avec qui je travaille quoi qu’il arrive (même une épidémie).

C’est frustrant de travailler ainsi. Et c’est creux. Ce travail de gestion d’un centre documentaire déserté de ses usagers…

Je me sens si lasse…