21h23

21h06.

Je suis dans la chambre des enfants, assise sur le bord du lit de Popcorn pour qu’il n’en redescende pas une énième fois. Lui fait rebondir ses pieds sur son matelas. Du coup, je me rappelle que j’aimais faire ça mais pas quand j’ai arrêté de le faire. Ça m’évite de penser à quel point il n’est pas près de dormir.

Avant ça, j’ai passé un quart d’heure à la câliner, debout, parce qu’assis, il se lasse très vite alors qu’en nous bercant, il se cale. Ça n’a pas suffit à l’endormir mais ça a suffit à mon dos qui me dit que hé ho, ça va cinq minutes les conneries mais il a largement dépassé les 12 kilos le chouchou.

Note pour plus tard : me remettre aux abdos…

Hier, j’ai fait une séance pas très satisfaisante avec mon psy. Il a un nouveau cabinet et les choix de l’endroit, du type d’appartement et de la déco font que je ne m’y suis pas bien sentie. Est-ce que c’est ça qui a fait que la séance n’était pas terrible ? Sans doute.

Toujours est-il que je me traine depuis un sentiment pas bourré de bienveillance et un questionnement : où est-ce que je veux en venir, avec mes séances psy ? Parce que bon, ça va pas tarder à faire 12 ans que j’en vois, des psys. Et j’ai cheminé, pendant ces 12 ans. Mais maintenant ?

Je ne me sens pas bien. Ça ne signifie pas que je me sens mal. En fait, je me sens, selon les moments, ça reste assez difficile à dire. Il ne parle pas d’arrêter. Je n’en parle pas non plus. Mais je me demande…

Je me suis réveillée ce matin avec l’idée que ça ne tient qu’à moi de décider de me desinvestir. Me desinvestir de mon travail, me desinvestir de ma vie intérieure. Admettre d’être responsable de cette charge mentale de dingue concernant notre foyer, nos enfants, de ne recevoir aucune reconnaissance, rien, nada, que tchi. Admettre de n’aspirer à rien d’autre. Que les enfants grandiront et que ça changera un jour. Et que si ça ne change pas, je serai suffisamment habituée pour continuer.

On fait comment pour décider de se nier ?

Se connaître

Quand je suis arrivée en 6e, plusieurs profs nous ont demandé de remplir la petite fiche qu’on connaît bien. Nom, prénom, adresses, frère, sœur, parents, métiers…

Ma prof de français, dont je me demande si elle n’était pas ma prof principale, tiens, une femme assez autoritaire, mais qui, je ne l’ai compris qu’après, était extrêmement investie dans son travail, dont je me rappelle très bien le nom, la voix mais pas le visage, et que mon père surnommait « Madame petites cases », cette prof là, donc, nous a demandé quel métier on voulait faire plus tard.

Je me rappelle que je ne savais pas et que je ne savais pas que je ne savais pas. Mais elle n’avait pas demandé « Savez-vous quel métier vous voulez exercer plus tard ? » non, elle posait la question comme si on devait déjà le savoir.

Et mon syndrome de la bonne élève et moi n’imaginions pas une seconde ne pas répondre.

Alors j’ai écrit « auteur-illustrateur ».

Il y a quelques années, je me suis demandé pourquoi je ne l’avais pas mis au féminin.

Je crois que c’est parce que je n’avais pas encore intégré que le fait que je sois une femme pouvait avoir une influence quelconque sur mon futur métier (sweet summer child).

Récemment, je me suis fait la remarque que peut-être bien que je n’y avais pas vraiment réfléchis avant mais que dans le fond, je me connaissais super bien. Parce qu’un métier de création que tu peux exercer chez toi, qui ne dépend pas d’horaires contraints, tu permets de rencontrer du monde mais aussi de t’isoler quand tu le souhaites, c’est exactement ce qui me faudrait. Et mon moi adulte ne renie rien de cette intuition d’enfant, même si je pense que j’y voyais surtout l’idée de créer des objets livres, mes meilleurs amis au monde.

Dommage que je ne sache pas dessiner.

Perte d’odorat

Les enfants sont rentrés.

Tous leurs vêtements, pyjama compris, sentent très fort la lessive de là-bas.

Ça écrase toutes les autres odeurs.

Je suis toute perdue, qu’a-t-on fait à mes louveteaux ? Qu’est-ce que cette chose étrange qui fait que ce sont eux mais sans être eux jusqu’au bout du nez ?

17 avril. Aujourd’hui chaleur de

La petite tête de mon enfant grand qui est encore petit même s’il l’est moins que l’enfant petit, cette tête là tout contre moi, brièvement, parce qu’il ne faisait que passer, mais j’ai quand même demandé « on se fait un câlin ? » et il n’a rien dit mais il s’est collé à moi, comme ça, petit chat tout doux.

15 avril. Aujourd’hui je ne sais pas

Je ne suis pas sûre d’avoir les mots pour exprimer comment je me sens après quatre journées sans enfant du tout et sans homme de 8h à 19h. Seule. Chez moi. A faire exactement ce que je décide de faire comme et quand je le décide, à ne consulter personne et à être seule dans ma tête, sortir, aller, venir, et même oublier totalement par moment qu’elle heure il est. Ça dépasse le repos. C’est comme être recentrée, réalignée, je ne sais pas, je n’ai pas les mots. Mais bon sang ce que ça fait du bien.

Voilà

Aujourd’hui, je suis allé courir. Oh, pas grand chose, un quart d’heure en tout et même pas en une seule fois. Quand je pense qu’avant ma première grossesse, je courrais deux fois 45 minutes par semaine.

Mais j’ai couru.

Je n’avais pas exactement les bons vêtements. Je n’avais pas de lentilles pour me passer de mes lunettes. Je n’avais pas de musique. Je ne suis pas allé au bon endroit. Je crois que la seule chose qui allait, c’étaient mes chaussures.

Mais j’ai couru.

J’ai réussi à me dire que le mieux est l’ennemi du bien. Que courir un peu dans ces conditions là c’était mieux que rester à la maison. Et je l’ai fait.

Ça n’a pas l’air de grand chose. C’est une petite victoire.